‹ Les métamorphoses des insectes (volume 2)Chapitre 6 sur 40 · Trou d'affût de cette larve · texte numérisé non relu

Trou d'affût de cette larve

le fond du trou et bouche l’orifice avec de la terre détachée du sol; c’est ce qui fait qu’on a été fort

longtemps sans connaitre la nymphe, découverte et publiée par M. Blisson, en 1848. Il est bon de fixer à demeure un petit piquet dans le trou de la cicindèle, il servira plus tard à retrouver la nymphe. Elle est luisante, un peu arquée, d’un jaune paille, avec des pattes blanchâtres, le tout recouvert d’une mince peau qui laisse voir les formes, comme chez tous les coléoptères. Les premiers segments de l'abdomen ont de petiles épines, le cinquième deux longues pointes divergentes, servant sans doute à la maintenir au fond du trou (fig. 19 et 20).

Fig. 49. — Nymphe de la Près des cicindèles se pla- RS M cent des coléoptères, également ailés el très-agiles, de forme plus robuste, remarquables par la grosseur de la tête et le développement des yeux qui sont très-proéminents. Ce sont des chasseurs semi-nocturnes, ayant besoin de bien apercevoir leurs victimes, dans une lueur indécise qui tend à les dérober aux atteintes. On les nomme les mé- __ gacéphales, et ils existent dans Pet Re meme les deux continents. Une espèce doit nous intéresser à juste titre, c'est la mégacéphale de l'Euphrate (genre Tetracha des auteurs modernes), découverte par Olivier sur les rives de ce fleuve célèbre. Elle est un peu plus grande que notre cicindèle champêtre ;

ses appendices sont fauves, le sommet de la tête, le corselet, la majeure partie des élytres et le dessous du corps d’un beau vert brillant.

L'extrémité des élytres est noirâtre, puis, d'un fauve pâle. Celte mégacéphale existe près d'Oran, sur le bord de salines naturelles, vivant dans des trous circulaires qu'elle creuse dans la terre grasse et humide des berges. C’est seulement au crépuscule du soir et du matin, nous apprend M. Cotty, qu’on voit ces insectes courir avec rapidité autour de leurs trous, * sans faire usage de leurs ailes.

Il ne faut donc pas chercher ce brillant insecte ni en pleine + nuit , ni au milieu du Jour. En Dans la Transcaucasie, pareillement dans des terrains salés, Ménétriès a capturé la mégacéphale et l’a vue se nourrir avec voracité de lombrics et de chenilles.

Sa larve est remarquable par sa grosse tête et la largeur du premier segment du thorax. Elle se tient en embuscade, pliée dans son trou, comme les larves de cicindèle, et, pour s'appuyer, son huitième anneau est muni de quatre crochets cornés. Enfin, cet insecte est devenu européen, on l'a rencontré dans des salines naturelles près de Murcie, en Espagne, et on peut présumer qu'il existe en France dans quelques localités analogues, par exemple dans les environs de Maremmes ou près

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des marais salants des côtes méditerranéennes. L'espérance de déterminer quelques personnes à faire celie intéressante recherche nous a engagé à mentionner la mégacéphale de l'Euphrate, et à montrer combien s'étend sa zone d'habitation.

Un type des plus étranges termine le groupe des cicindèles. Ils se compose d'insectes {rès-rares dans les collections et habitant les déserts du pays des Holtentots, dans l'Afrique australe. Au lieu des formes élégantes des cicindèles proprement dites, imaginez des coléoplères aux longues paltes robustes et velues, à la parlie ventlrale renflée, non sans analogie d'aspect avec les mygales, ces énormes araignées poilues qui atlaquent, dit-on les oiseauxmouches, vous avez les manticores. Leurs élytres soudées, larges el tranchantes sur les bords, ne recouvrent pas d'ailes.

Les manticores, peuchées un peu en arrière lors de l'affût, tiennent leurs formidables mandibules hautes et ouvertes. Elles disparaissent par la fuite la plus rapide dès qu’on cherche à les saisir. Si elles ne trouvent pas de retraite, elles s’adossent contre quelque obstacle et se mettent sur la défensive. C’est à l’ardeur du soleil qu’on les voit courir, dit M. de Castelnau dans la relation de son voyage en Cafrerie. Elles se réfugient dans des trous circulaires, faits peut-être par des Condylures, animaux de la famille des Taupes. M. de Castelnau essaya en vain de s'en emparer dans ces retraites profondes. I] fit inutilement creuser à deux mètres et demi, et les nombreuses galeries qu’on découvrait sans cesse l’obligèrent à abandonner un travail

manifestement inulile. On connait maintenant plusieurs espèces de ces curieux insectes, dont la moins rare est la manticore tuberculeuse. Nous figu-

Fig. 22. — Manticore à larges élytres.

rons la plus grande espèce, la manticore à larges élytres.

Les carabes sont des chasseurs encore plus fortement armés que les cicindèles. Ce sont essentiellement des carnassiers terrestres ; ils manquent d’ailes sous leurs élytres soudées. On les reconnait tout de suite à leur corps ovale et convexe, à leurs longues antennes amineies, à leur corselet élégam-

ment découpé en cœur. Leurs élytres sont épaissies au bord, leurs pattes longues et robustes. Toujours solitaires, ils courent dans les sentiers, entre les herbes des bois, sur les talus bien exposés où abondent les insectes. Leurs élytres sont parfois lisses, le plus souvent striées longitudinalement ou rugueuses et chagrinées. Parfois elles sont noires et ternes, le plus souvent elles brillent d’un viféclat métallique. Dans nos jardins, dans nos champs abonde le carabe doré, aux élytres d’un beau vert, avec des côtes élevées; aux pattes et aux antennes jaunätres (fig.

21). On le nomme la jardinière, la couturière, le sergent, le vinaigrier. Cet insecle, comme ceux de son genre, lance par l’anus, quand on lirrite, un liquide corrosif et d’une odeur fétide; c’est de l'acide butyrique, ainsi que l’a reconnu Pelouze, celui qui donne . {6e la mauvaise odeur au beurre crus rance. En outre, il rejette une salive brune et âcre. Il serait bien

à désirer que les gens de la campagne, au lieu d’écraser ce brillant insecte, eussent pour lui le respect qu'on doit aux défenseurs des récoltes. Les larves qui vivent de racines, les chenilles, les hannetons surtout n’ont pas de plus formidable ennemi. On rencontre parfois au milieu d’un sentier un carabe doré saisissant un hanneton par le ventre, lui dévorant les intestins, tandis que le hanneton marche en endurant ce terrible sup-

plice, sans que le carabe cesse de le suivre un seul instant. Nos environs de Paris nous offrent aussi le carabus monilis, d’un vert cuivreux ou violacé, avec trois rangs de lignes sur les élytres et trois séries de points saillants entre les sillons comme des grains de chapelet, le earabus purpurascens, d’un aspect très-allongé, à robe sombre bordée de belles nuances violettes et purpurines (fig. 22). Le midi de la France, les Pyrénées présentent aux amateurs des carabes dont les teintes métalliques rivalisent d'éclat avec les plumes à reflets étincelants des paradisiers et des oiseaux-mouches; ainsi les Carabus auronitens, splendens et rutilans, ces derniers propres aux Pyrénées, dont la rencontre comble de joie les jeunes entomologistes, émerveillés des feux brillants de leur parure.

Les larves des carabes vivent sous les herbes et les mousses, une dans les feuilles sèches et les trones d'arbre. Elle se ressemblent beaucoup dans les diverses espèces, sont assez longues, aplaties, d’un brun foncé, luisant en dessus, avec le corps terminé par deux petites pointes. Elles s’enfoncent en terre et se transforment en nymphes sous les pierres. Les carabes qui en sortent par la peau fendue le long du dos sont d’abord mous et d’un jaune terne; mais au bout de deux ou trois jours leurs

téguments acquièrent leur dureté et leur éclat métallique. Les larves des carabes sont agiles, à pattes

Rig.25;:

Larve du Carabe brillant d'or.

bien développées ; aussi n’ont-elles pas besoin de piéges. Elles chassent à découvert et sont aussi carnassières que les insectes pariaits. Nous figurons la larve du Carabus auro nitens (fig. 25).

Nous engageons à rechercher sur les berges des ruisseaux une espèce de carabe, très-rare à cause de la difficulté de sa chasse. Il faut le guetter la nuit, aux lanternes. IL parait

vivre de grenouilles et de petits poissons. C’est le carabe noduleux à élytres creusées de fossettes et re-

levées de bosselures, tout noir. On le cite d’Allemaone et d'Alsace, mais on doit le rencontrer avec de la patience en d’autres lieux de notre pays.

Un autre groupe de coléoptères chasseurs est celui des calosomes. Ceux-là grimpent aux arbres et de plus ont des ailes sous leurs élytres, ce qui leur sert à passer d’un arbre à l’autre.

Fig. 26. — Carabe noduleux. Tandis que les carabes ont

les épaules étroites, arron-

dies eteffacées, les calosornes ont la base des élytres bombée et saillante sur les côtés, afin de loger ces or-

ganes nécessaires à leur genre de chasse. Ce sont, eux et leurs larves, de grands destracteurs de chenilles. C’est au mois de juin, de six à sept heures du soir, dans nos bois parisiens, qu’il faut chercher le magnifique calosome sycophante, le long des troncs de chène ou en en secouant les branches. Son corselet en cœur, comme celui des carabes, est d'un blea sombre bordé de bleu plus vif, ses élytres étincellent de léclat de l'or le plus poli, son abdomen est mêlé de noir et de violet (fig. 27).

Réaumur nous fait connaître que sa larve, d’un noirlustré analogue d’aspect à celles des carabes, va souvent établir son domicile au milieu de ces grandes bourses soyeuses que nous voyons attachées sur les chênes.

Elles sont habitées Par Fig. 27. — Calosome sycophante. des chenilles dites pro-

cessionnaires (Bombyx processionea) d’après la manière dont elles sortent en rang à la suite les unes des autres. Ces chenilles paisibles semblent ignorer les intentions de leur hôle terrible. Tout d’un coup il se jelte sur elles, les perce de ses robustes mandibules et sème autour de lui le carnage, au grand profit de l'arbre, qu'il débarrasse d’un fléau. Nos bois présentent aussi une espèce plus petite, le calosome inquisiteur, à cou-

leur sombre, un peu cuivreuse. On trouve bien plus rarement le calosome à points d’or, propre au Midi. M. Lucas a vu en Algérie, près d'Oran, la larve de cette espèce dévorer des colimaçons et s’établir dans leur coquille (fig. 28 et 29). Toutes les larves de calosomes sont si voraces, qu’elles se gorgent d'aliments au point de doubler de grosseur dans leur peau distendue. Elles tombent alors dans un état de torpeur, comme les serpents qui digèrent, et sont pariois dévorées par de plus jeunes larves de leur propre espèce. Elles s’enfoncent en terre pourse changer en nymphes de couleur claire, en forme de croissant.

Nous nous contenterons maintenant d'indi-

Fig. 98 et 29. quer d'une manière ra-

ne ne du Calosome bide quelques exemples

Curieux qui lermine-

ront cette revue de la grande famille des carabi-

ques ou coléoptères terrestres se nourrissant de proie vivante.

En 1895 fut signalé pour la première fois à l’attention des amateurs un coléoptère de Java, de la forme la plus singulière, avec les élytres élargies et débordant en manière de feuille (fig. 50). Il demeura longtemps fort rare dans les collections et d’un prix excessif. On peut voir ci-contre la figure

d’un magnifique exemplaire de cette espèce, prise d'après nature, comme au reste presque tous les

Fig. 50. — Mormolyce-feuille.

dessins de cet ouvrage. La larve, récemment connue, se rapproche par sa forme de celle des carabes, et se trouve sur les troncs et les racines des arbres de haute futaie, dans les forêts profondes de Pile malaise. On peut voir que la nymphe commence à présenter un élargissement en rapport avec la forme de l’adulte (fig. 31 et 52). On a cru longtemps que

ces Carnassiers aplalis vivaient sous Jes écorces. On sait maintenant, par M. de Castelnau, qui a découvert deux espèces nouvelles dans la presqu'ile de Malacca, qu’ils se tiennent exclusivement, favant la lumière,con{re le sol, sous les arbres gigantesques, gisant renversés. Quand, à force de bras, de vigoureux Malais, ces troncs sont déplacés brus- FR quement, on voit les mor- Larve et nymphe de Mormotyce, Molyces immobiles, éblouis pendant quelques instants.

Qu'on se hâte de les saisir, car ils fuient bientôt avec rapidité.

Nous rencontrons dans le midi de la France, sur les plages sablonneuses de la Méditerranée, par exemple près de Cannes, de singuliers coléoptères noirs, à tète énorme, insérée sur un corselet en demi-cercle et armée de deux fortes mandibules. Ce sont les scarites, insectes semi-nocturnes, qui se creusent des galeries dans le sable et sortent la nuit pour chasser. Une espèce, la plus grande que nous ayons en France, passe le corps à demi hors de son terrier, à la façon d’un grillon, et tient écartées comme une pince ses fortes mandibules, prètes à saisir la proie qui passe à portée (fig. 33). Nous recommandons aux touristes ces insectes intéressants. Écoutons M. de la Brülerie au sujet de cet insecte, le Scarite géant, qu'il observait sur les côtes du sud de l'Espagne :

« Les heures de soleil sont pour lui les heures de chasse. Ses pattes, si bien construites pour fouir la terre, lui seraient de peu de secours pour atteindre

Fig. 55. — Scarite géant à l'affut.

à la course une proie plus agile que lui; aussi ne connaîl-il que l'affût à l’entrée de son trou. Il sait que ni la nuit ni l'ombre ne sont favorables à ses exploits, puisque les mélasomes dont il se nourrit n'aiment que la lumière et la chaleur. Aussi met-il à profit les nuits et les journées sombres pour la promenade. Les mäles sont bien plus vagabonds que les femelles ; celles-ci sortent peu de leur retraite. C’est sans douie leur recherche qui, par certaine journée où le soleil ne se monira pas, avait fait sortir des scarites mâles plus nombreux que de coutume. J’en vis deux qui se battaient, peut-être pour la possession d’une femelle. C’était plaisir de les voir prendre champ, et, dressés sur leur première paire de paltes roides en avant, se menacer de la dent. Tous deux ensemble ils s’élan-

cent, enlacent leurs maudibules, serrent et secouent avec rage. L’un et l’autre fait d'inutiles efforts pour blesser son adversaire ou le forcer à lâcher prise. Grâce aux armes et aux cuirasses égales des deux champions, cette première attaque reste sans résultat. Ils se séparent, reculent de quelques pas et s’élancent de nouveau. Cette fois, le plus adroït réussit à saisir l’autre par la taille, c'est-à-dire par le pédoncule étroit qui joint le prothorax au reste du corps. Il serre de tout son pouvoir; son iateniion manifeste est de couper en deux son ennemi, mais c’est en vain; il ne parvient pas même à entamer sa carapace. Alors, au lieu d’user ses forces en pure perte, il prend un autre parti. Roïdissant en avant plus que jamais ses paltes antérieures et fléchissant en arrière son prothorax, dont l'articulation mobile lui permet de donner à ce mouvement une amplitude peu ordinaire chez les carabiques, il élève verticalement ses mandibules et tient ainsi son adversaire enlevé de terre. Le pauvre scarite, privé de point d'appui, agite en vain ses pattes, ouvre et ferme sa bouche sans rien saisir que le vide, puis cesse de faire aucun mouvement. Mais le vainqueur inexorable ne se laisse pas prendre à ce stratagème ; il continue à rester immobile et à tenir en l’air son adversaire. J'avais été jusqu'alors simple spectateur du combat; mais comme la scène paraissait devoir se prolonger sans nouvelle péripétie, je me décidai à intervenir. Le danger commun fit fuir les combattants, mais à peine avaient-ils parcouru quelques décimètres qu'ils se retournaient et se jetaient de

nouveau l’un contre l’autre. Tous deux étaient sur leurs gardes ; aussi, bien des attaques furent-elles parées. Enfin, l’un saisit l’autre et l'enleva de terre comme la première fois. Malgré mon désir de voir l'issue définitive de la lutte, je ne pouvais rester à la même place toute la journée, et je les laissai dans cette position‘. »

Nous passons avec indifférence à côté des pierres qui gisent dans les chemins champêtres. Soulevons-les au contraire, 1l s’en échappe une nuée de petits êtres divers. Nous y trouverons d’élégants carabiques dont la tête, dont le corselet svelte et brillant se détachent en rouge sur des élvtres vertes ou bleues. Ils sont faibles et ne peuvent vivre que des plus chétives proies. Les gros carnassiers se meltent volontiers à leur poursuite. 0 surprise ! de petites explosions se font entendre, une vapeur corrosive sort en forme de fumée par l'anus de ces brachins ; l'ennemi est mis en fuite à coups de revolver. Il parait en outre que la nuit une légère lueur phosphorescente accompagne la crépitation. Chez les espèces exotiques de beaucoup plus grande taille, l'explosion est plus violente et le liquide projeté peut causer des urtications sur la peau. Ces fumées sont très-acides, rougissent le tournesol et répandent une odeur analogue au gaz nitreux. De là le nom de canonniers ou bombardiers, qu’on donne à ces petits coléoptères, qui vivent chez nous en sociétés nombreuses sous les pierres. Les noms d’espèces, sclopeta, crepitans, explodens, sont en rapport avec celte singulière arme défensive.

1 Ann. Soc. entomol. de France, 1866, p. 521.

Enfin une innombrable légion, celle des harpales, termine le groupe des carnassiers terrestres. On les rencontre toute l’année, sous les pierres, dans les chemins, au pied des arbres. Ils sont de petite

taille, de couleur foncée, quelquefois métallique, -

avec des pattes päles. Grâce à eux, le plus menu gibier des espèces nuisibles aux végétaux est dévoré; ils s'attaquent à ces petites proies que dédaignent les grandes espèces, et, malgré leurs faibles dimensions, nous rendent d'éminents services. Qui n’a observé parmi eux le harpale bronzé, si commun, si répandu, qu’on rencontre dans l'intérieur de Paris, dans toutes les cours, dans les moindres jardinets ?

Nous citerons encore, comme bien utiles et se trouvant partout, la féronie noire, la féronie cuivrée, l'amara trivialis, ete. On voit souvent ces petits insectes, courant en tous sens après la proie, agiles,

étincelants, comme de menus morceaux de cuivre !

qui brillent sur les chemins et même entre les pavés des places publiques.

Par une curieuse inversion de régime, les zabres sont des carabiques dont quelques espèces manent des plantes. La larve du zabre bossu est nuisible aux céréales; le docteur Laboulbène a vu dans les Landes le zabre enflé dévorer les étamines des Carex.

Les eaux, comme la terre, sont habitées par d'autres chasseurs. Les pattes recourbées et élargies en rames, munies de cils, les font aussitôt reconnaitre, D'ingénieux arlifices leur permettent de respirer l'air en nalure; de même que les marsouins, les

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épaulards, ils sont obligés de puiser Pair à la surface et ne peuvent se contenter de l'eau aérée comme les poissons et les mollusques. Les plus puissants de ces carnassiers aquatiques sont les dytiques. Leur corps ovalaire, aplati, arrondi vers les extrémités, en biseau sur tous ses bords, est admirablement conformé pour fendre l'eau. Amis des eaux stagnantes, bourbeuses même, on les voit nager avec vélocité au moyen de leurs pattes postérieures. Ils remontent aisément en demeurant immobiles, la tête en bas, leur corps étant gonflé d'air amassé dans la partie terminale de l'intestin. Ils soulèvent l'extrémité postérieure de leurs élytres, englobent une bulle de fluide atmosphérique et les referment. De cette façon l'air, poussé comme par le piston d’une pompe, pénètre dans leurs tubes respiratoires,sans que l’eau puisse y entrer. Ils poursuivent tous les êtres vivants qui nagent autour d'eux ; ce sont les requins de la création entomologique. Ils saisissent leur proie avec leurs pattes de devant et la portent contre leur bouche. Non-seulement ils s’attaquent aux larves des libellules, des éphémères, des cousins, mais aux têtards des grenouilles et des tritons, aux mollusques des eaux, aux petits poissons, aux œufs des écrevisses. Qu'on leur jette une grenouille éventrée, ils s'y allachent avec délices. On peut les conserver dans des bocaux et les alimenter avec de petits morceaux de viande crue. Esper en à nourri ainsi un plus de trois ans : dès qu'il voyait arriver sa pelile provision, il se Jetait dessus avec l’avidité de Phyène et en suçait le sang de la manière la plus complète. Une si

grande voracité doit dépeupler souvent les eaux qu'habitent les dytiques.

Heureusement pour eux, ils sont amphibies. Ils sortent de l’eau et marchent sur le sol avec quelque difficulté; mais le soir, dépliant leurs ailes, bourdonnant à la facon des hannetons, ils se transporteront dans d’autres mares où ils amèneront la terreur el le ravage. Une espèce commune et de forte taille est le dytique bordé. Le mâle a les élytres lisses, celles de la femelle sont cannelées pour qu'il

Fig. 54et 35. — Dyhque bordé, mâle et femelle, patte antérieure du mâle grossie.

puisse s'y cramponner, et sous ses pattes antérieures sont deux cupules garnies d’une foule de peti-" tes ventouses qui assurent son adhérence.

Dans leur premier état, les dytiques sont exclusi= vement aquatiques, encore plus voraces qu’à l’état adulte, se nourrissant pareillement de proie vivante. La lave du dytique bordé est brune, comme cou verte d’écailles, allongte, renflée au milieu. Elle

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nage par des mouvements vermiculaires rapides en frappant l’eau avec la partie postérieure de son corps. Deux petits corps cylindriques, divergents, à l'extrémité de son abdomen, lui servent à puiser l'air à la surface de l’eau. Sa tête est armée de deux mandibules en pince acérée, propre à harponner ses victimes. En dessous est la bouche, très-cachée, et contenant de petites mâchoires à l’intérieur. Quand le temps de la métamorphose est arrivé, ces larves aquatiques deviennent exclusivement terrestres. Elles quittent l’eau, s'enfoncent dans la terre hu-

Fig. 36 et 57. — Nymphe et larve du dytique bordé.

mide qui borde les ruisseaux et les mares, et, dans une cavité ovale qu’elles se pratiquent, se changent en nymphe d’un blanc sale, qui passe habituellement l'hiver. Disons, pour terminer, qu'on à remarqué l’extrême sensibilité du dytique bordé aux variations de l’atmosphère. [se tient dans l'eau à diverses hauteurs selon l’état du ciel, et peut servir ainsi de baromètre vivant. La plus grande espèce de France est le dytique très-large, trouvée d'abord dans le nord de l'Europe, puis en Alsace, en Lor-

raine, enfin aux Andelys. Nous engageons les jeunes amateurs à la rechercher près de Paris, où elle existe probablement. Dans un genre très-voisin, il faut citer le cybister de Rœsel, dont le corps à l'état vivant parait orné d’un beau glacis bleu.

A la suite des dytiques se placent d’autres carnassiers des eaux, les gyrins, de mœurs un peu différentes. Ceux-là aiment les eaux claires, un peu agitées. Qui ne connait ces petits In-

bronzé, traçant à la sur- Di face des eaux les plus

Dytique Re femelle. capricieux méandres.

On dirait au soleil de

brillantes étoiles se détachant sur l'azur liquide. Ils vivent en troupes nombreuses, tournoyant sans cesse les uns dans les autres sans se heurter, ce qui leur a valu le nom vulgaire de tourriquets. Leur corps est entouré d’une mince couche d'air qu'ils entraînent avec eux lorsqu'ils plongent, et on voit alors sous leur ventre une bulle d'air simulant un globule d'argent et qui trahit leur présence. Ils poursuivent sans relâche les insectes qui, comme eux, vivent

sur la surface de l’eau, ceux qui y viennent respirer

ou qui y tombent. Deux longues pattes antérieures sont projetées brusquement sur la proie, puis elles

sectes noirs, à reflet

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se cachent dans des sillons latéraux pour ne pas gèner la natation rapide du gyrin. Ce sont les paltes suivantes, courtes, mais larges et munies de cils roides, qui font l'office de rames. Par une organisation admirable, les yeux composés des gyrins sont doubles : la moitié inférieure aperçoit dans l’eau la larve molle qui peut servir de proie ou les poissons féroces , la moitié tournée vers le ciel avertit l'animal du danger aérien qui le menace et lui permet d'échapper, par un plongeon rapide, au bec assassin de l'hirondelle. Qu’on mette un gyrin dans un verre d'eau; après avoir fait quelques tours en nageant, il vient se poser immobile à la surface du liquide; sion approche le doigt, il s'enfonce aussitôt. Il saute hors de l'eau pour échapper aux poissons, et bientôt s’aide de ses ailes, qui lui servent le soir à se transporter de ruisseau en ruisseau. Cette vue perçante, la prestesse de leurs mouvements, rendent fort difficile la capture des gyrins. À peine si on en prend quelques-uns en jetant brusquement un filet en forme de poche au milieu de la troupe en ébats. On les saisit entre les doigts, aussitôt, arme perfide ét imprévue, une humeur laiteuse et fétide suinte de leur abdomen. Si on les pose sur le sol, ils exécutent une série de petits bonds et tâchent de retourner à l’eau.

Les femelles du Gyrin nageur pondent leurs œufs sur les plantes ou sur les pierres submergées, œufs cylindriques d’un blanc jaunâtre. Il en sort de petites larves vermiformes, au corps entouré d'ap-

Fig. 59. — Cyrin nageur, grossi.

pendices flottants qui les font ressembler à de petits mille-pieds. Bien développées, ces larves quittent l'eau au commencement d'août et grimpent sur les feuilles des roseaux, des nénuphars.

Là elles se construisent une coque ovale, pointue aux deux bouts, qu’on a comparée à du papier gris, et y deviennent nymphe, molle d’abord, puis prenant peu à peu de la consistance.

Le dernier groupe des coléoptères des eaux qui mérite d'attirer notre at- tention est celui des hydrophiles, dont Fig.40. une espèce, le grand hydrophile brun, nageur, Commun dans les eaux des environs de Paris, est un des plus gros coléoptères de la France. Ce groupe est beaucoup moins carnassier que les précédents, surtout à l’élat parfait, et on nourrit très-bien l'hydrophile brun avec des feuilles de salade. Je m'étonne que, par la mode d’aquariums qui court, on ne s'amuse pas à remplacer par ces curieux insectes les insipides poissons rouges. Les hydrophiles nagent moins bien que les dytiques; leurs pattes plus longues sont moins élargies, et ils les font mouvoir non pas simultanément, mais l’une après l’autre. Il ne faut les saisir qu'avec précaution, car leur poitrine porte en dessous une pointe aiguë qui perce la peau jusqu’au sang. Bien que puissamment cuirassés, les hydrophiles sont souvent la proie de dytiques de taille moitié moindre, qui parviennent à les tuer en les perçant entre la tête et le corselet, c’est-à-dire à la seule place qui, comme le talon

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d'Achille, donne prise aux blessures. C'est par la tête que l’hydrophile, à l'inverse du dytique, vient puiser l'air à la surface de Peau. L’antenne est coudée, et ses articles aplalis, en godet, collés contre le corps, forment une gouttière ou rigole où s’engage une bulle d'air quand l'antenne sort de l’eau. De là, l’air glisse sous le corps, où il est retenu par un duvet de poils serrés, de sorte que l'animal semble entouré d’une robe d’argent, et il parvient ainsi aux orifices respiratoires.

C’est à la fin de l’été que lhydrophile brun prend sa forme parfaite. Il passe l’hiver engourdi au fond de l'eau, ou parfois sous les mousses et les feuilles sèches des bords. IL peut se transporter en volant d'une mare à l’autre. Dès le mois d’avril, les femelles fécondées s’occupent du soin d’assurer le sort de leur postérité. Des glandes abdominales leur permettent de sécréter une sorte de soie ; les filières de ces glandes, à la façon de celles des araignées, sont autour de l’orifice anal. Cet exemple est unique chez les insectes adultes. La femelle s’accroche en lravers sous une feuille qu elle courbe un peu.

*L'’abdomen s'applique sous ce dôme, et les filières laissent sortir une humeur gommeuse qui se solidifie dans l’eau et forme une coque voütée où il reste engagé (fig. 41). Puis on voit se dégager une à une de petites bulles d'air, à mesure que les œufs pondus occupent leur place. Enfin linsecte façonne une pointe relevée au-dessus de l’eau et qui ferme la coque. La femelle traine après elle cette coque fixée à une feuille; puis, comme la mère de Moise, elle confie à l’onde ce cher berceau

dans un endroit calme et propice. La corne solide et recourbée qui Le termine lui donne la faculté de

Fig. 41. — Hydrophile brun, larve et coque.

s’accrocher aux corps flottants qu’il rencontre et sauve ainsi la jeune famille que des vents violents pourraient porter sur des rives inhospitalières. Au bout de douze à quinze jours sortent des œufs et de la coque de petites larves. Elles restent plusieurs jours attachées contre leur berceau, et paraissent d’abord se nourrir de végétaux. Elles changent plusieurs fois de peau’ et deviennent très-carnassières. Réaumur les nomme vers assassins. Agiles, à longues pattes, elles grimpent volontiers aux plantes. Elles sont brunes, se raccourcissent et se

dilatent aisément. De longues mandibules et de longues mäâchoires dépassent leur tête. Nous leur trouvons des instincts bien curieux. Elles vivent surtout de ces Ivmnées, de ces physes, mollusques à minces coquilles spiralées qui flottent sur l’eau. Les mollusques sont saisis par-dessous ; la larve recourbe sa lête en arrière et presse la coquille contre son dos, comme un point d'appui, la brise, puis mange le limaçon à son aise. Qu'on la saisisse, que le bec d’un oiseau aquatique la rencontre, elle fait la morte, son corps pend de chaque côté comme une dépouille flasque et vide. Si cette ruseestinutile, elle rend par l'anus une liqueur noire qui trouble l'eau et peut lui permettre d’échapper à son ennemi. L'état de larve dure environ : deux mois. Elle cesse de manger, sort de l’eau et va creuser en terre une sorte de terrier de # à » centimètres de profondeur , s’y pratique au fond une cavité sphérique très-lisse à l'intérieur, Elle s’y change en nymphe blanchâtre, et chaque angle du corselet porte trois pointes cornées qui semblent permettre à la nymphe de rester à quelque distance des parois de la coque (fig. 43). Au bout d’un mois environ, l'hydrophile sort de la peau de la nymphe fendue sur le dos ; ses élytres couchées le long du ventre se retournent sur le dos, ses ailes se déploient, puis se replient, quand elles sont de-

Fig. 42, — Sa filière.

venues fermes, sous les étuis encore blancs et mous ; l’insecte s’appuie sur ses pattes encore mal affermies. Telle est la manœuvre commune aux coléoptères. Peu à peu linsecte se colore; il reste encore une douzaine de jours sous terre, puis s’échappe et se rend à l’eau après trois mois d'évolutions successives dont nous avons présenté l’histoire. Selon une découverte anatomique intéressante de C. Duméril, Pintestin de la larve, à mesure que ses métamorphoses se poursuivent, s’allonge de plus en plus, en même temps que le régime tend à devenir herbivore. En effet, l’adulte préfère les végétaux aux matières animales, dont il mange cependant si la faim le presse. La métamorphose mverse s’observe pour le tube digestif du tétard, qui se nourrit de végétaux aquatiques; ce tube devient très-court sous la forme adulte de la grenouille, avide au contraire d'insectes et de mollusques.

Nous retournerons maintenant sur la terre, et nous trouverons d’autres mœurs à étudier. Après les lions et les tigres des insectes, viennent les hyènes et les chacals, qu'un odorat des plus subtils amène vers les cadavres. Qu'un mulot, une taupe ait trouvé la mort, qu’une grenouille ou qu'un poisson soit abandonné sur le bord des eaux, bientôt arrive en volant une troupe funèbre; ce sont les

Fig. 45, — Nymphe de l’hydrophile.

nécrophores ou fossoyeurs. Le plus souvent leur corps quadrangulaire offre les élytres bigarrées de jaune et de noir, par bandes, comme on le voit dans le necrophorus vespillo, c'est-à-dire fossoyeur, le plus commun, le type du genre, et aussi dans le necrophorus fossor où fouisseur, que nous représentons (fig. 44). On rencontre, mais bien plus rarement, une grande espèce toute noire, le Nécrophore germanique (fig. 45). Ces insectes bizarres

Fig. 44. Fig. 45.

Nécrophore fouisseur, Nëécrophore germanique.

exhalent une odeur désagréable, mêlée de muse. Souvent leur corps est couvert de petits animaux à huit pattes, les gamases des coléoptères, de la classe des arachnides. Mœurs étranges! ces chétifs parasites ne semblent nullement vivre de l’insecte qui les porte, ils se sont accrochés à ses poils, et leur troupe s’en sert comme d'un véritable omnibus pour se faire conduire là où la table sera à leur goût. On trouve aussi ces gamases sur les carabes,

les géotrupes, etc., et sur les bourdons, insectes hyménoptères.

On les rencontre aussi sur de petits mammifères, comme les mulots: enfin ils courent librement entre les mousses, Quand on inquiète les nécro-

phores, ils font entendre un petit bruissement, en frollant leur corselet contre les élytres.

Les femelles surtout entourent le petit cadavre ; s'il est trop lourd, elles vont chercher des aides de leur espèce en leur apportant sans doute des traces odorantes de leur proie. Ce n’est pas seulement pour leur propre nourriture que ces coléoptères

sont atlirés, c’est pour préparer le berceau et les repas de leurs enfants, en débarrassant le sol d’une source d'infection, par une admirable harmonie. La terre est creusée au-dessous des restes de l’animal au moyen des larges pattes de devant des nécrophores, pareilles à des bêches ; le petit cadavre s'enfonce peu à peu, parfois à trente centimètres au-dessous du sol. Après ce travail acharné, la troupe festine et les femelles pondent leurs œufs. Le diner des pères servira aux fils. Promptement écloses des larves à douze anneaux, grisätres, garnies sur la région du dos de plaques écailleuses, à pattes très-courtes, car elles ont à peine besoin de se mouvoir, à tête brune et dure, munie de puissantes mandibules, elles s’enfoncent ensuite plus profondément, et s’entourent d’une loge ovalaire, en terre enduite d'une salive gluante qui durcit bientôt, puis sortent à l’état adulte environ un mois après. Quelques espèces de nécrophores vivent dans les champignons pourris.

A côté des nécrophores, et plus utiles encore pour la salubrité atmosphérique, se placent les silphes ou boucliers, ainsi nommés à cause de leur forme large et arrondie. Ils s’attaquent aux mammilères et aux oiseaux morts qui gisent dans les bois et les campagnes ou que rejettent les eaux ; ils ne les enterrent pas, mais pénètrent avec avidité sous leur peau et bientôt ont dépouillé leurs chairs jusqu'aux os. Une grande espèce noire, le silphe littoral se plait dans les poissons morts rejetés par les eaux. Leur livrée est en général sombre, en rapport avec ces repoussantes fonctions. Leur odeur

est nauséabonde. Les larves, comme les adultes, vivent au milieu des chairs putréfiées. Elles sont plates et paraissent très-larges par suite des prolongements latéraux et dentelés de leurs anneaux. Elles seremuent avec vivacité et se réfugient promptement dans les cadavres, quand on cherche à les saisir. Elles s’enfouissent en terre pour se changer en nymphes. Deux espèces, que nous trouvons abondantes près de Paris, ont des mœurs plus nobles

Fig. 47. Fig. 48.

Silphe thoracique. Silphe à quatre points.

et recherchent les proies vivantes. Elles grimpent aux arbres et vivent de chenilles, ainsi la silpha thoracica, dont le corselet fauve et arrondi tranche sur les élytres noires (fig. 47), et surtout la silpha quadripunctata, à élytres jaune clair, marquées de quatre points noirs (fig. 48). On la voit voler d'un arbre à l’autre, principalement entre les chênes et les ormes. Souvent les sentiers des bois sont jonchés de chenilles arrachées aux feuilles, mutilées et sur lesquelles s’acharnent les silphes à quatre points. Une espèce dite le silphe obscur cause souvent beaucoup de tort aux betteraves à sucre. Par un

changement de régime dont les insectes offrent

d'assez nombreux exemples, les larves mangent

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COLÉOPTÈRES. sl

les feuilles de la plante. Sans doute aussi elles se nourrissent de chenilles et d'insectes qu’elles v rencontrent.

Plusieurs espèces de silphes dévorent les colimaçons. Nous signalerons surtout sous ce rapport la silpha lævigata et sa larve. Quand on se promène sur les falaises crayeuses de nos côtes normandes, ainsi au Tréport, à Mers, etc. ; on écrase à chaque pas une hélix (helix variabilis) qui pullule sur tousnoslittoraux, ravageant les avoines, les maigres luzernes de ces sols crayeux. CEE tn nn LS Les noirs silphes courent et grimpent, assurés d’une perpétuelle provende, et eux et leurs larves enfoncent leur tête avide dans la bouche de la coquille pour se repaitre de l'habitant.

La famille des silphes nous conduit à dire un mot de créations bien étranges. On s’est longtemps refusé à croire que l'horreur de la profonde nuit des cavernes puisse servir de demeure habitueile et normale à des êtres vivants. On sait aujourd’hui au contraire, que le Créateur a peuplé les abimes de la mer comme les ténèbres des grottes. Les insectes souterrains ont d’abord été trouvés dans la célèbre grotte du Mammouth, dans le Kentucky; Vhabitation dans des cavités à température con-

stante, très-humides et sans lumière a imprimé à

(ous ces animaux un cachet uniforme. Les organes de la vue et du vol se dégradent, ceux du tact, de l'odorat et de l'ouie acquièrent au contraire une sensibilité exquise, comme chez les personnes qui ont perdu les yeux. Près des silphes se range le plus singulier de ces insectes des cavernes, du genre leptodère. On en connait aujourd hui trois espèces, d'une taille qui varie de 4 à 6 millimètres , d’une couleur toujours uniforme, d’un brun clair ou ferrugineux, propre aussi aux aulres Coléoptères très - souterrains. La plus grande est le leptodère de Hohenwart, découverte en Carniole dans la grotte d’Adelsberg où vit le protée décoloré. Qu’on s’imagine une sorte d'araignée roussâtre, translucide, à abdomen vésiculeux, avec la région antérieure du corps étroite et allongée, sans trace d’ailes ni d’yeux. On trouve toujours ces insectes dans les parties les plus profondes des cavernes les plus obscures, accrochés aux stalactites humides ou dansles fissures des stalagmites du sol. Le leptodère marche lentement, élevant son corps sur ses longues jambes comme sur des échasses. Il s’arrête au moindre bruit, comme stupéfait d’une commotion qui trouble

Fig. 50. — Leptodère de Hohenwart.

na ne à à

sa silencieuse solitude, étale ses longues pattes, le corps collé au sol. Qu'on le touche ou qu'on approche une torche, 1l se cache dans les replis des pierres. Il parait qu’une araignée, aveugle comme lui et vivant aux mêmes endroits, lui fait une chasse active et en détruit un grand nombre.

Les divers groupes de coléoptères, surtout les carnassiers , sont représentés dans la faune des cavernes. On a cru longtemps que tous étaient aveugles, tant on trouvait naturelle la suppression des yeux chez des êtres destinés à passer leur vie dans lPobscurité. Il n’en est rien, comme la reconnu M. le docteur Grenier. Si cela est vrai pour quelques genres, la plupart ont au contraire des yeux allengés, sans facettes et dépourvus de pigment foncé, ce qui est une condition pour que la lumière les impressionne avec la plus grande facilité. Bien plus, on voit souvent, dans la même espèce, des individus aveugles, et d’autres dont les yeux ont divers degrés de développement, en raison sans doute du degré variable d’obscurité de leurs retraites. À ce propos, M. Grenier se demande avec beaucoup de raison, si lobscurité des cavernes est véritablement absolue. Ne peut-il pas se faire que de minces filets de lumière, entrés par l'ouverture et réfléchis par les parois, tout à fait insensibles pour nos yeux habituës à lPéclat éblouissant du jour, puissent impressionner ces jeux particuliers. IL y aurait des yeux faits pour les ténèbres des cavités, comme d'autres animaux ont des yeux appropriés à la faible lumière de la nuit étoilée, et d’autres aux rayons douteux des crépuscules. La vie

des ténèbres n'est pas une des moindres merveilles | du Créateur, et l’on voit que l'observation exacte de la nature dépasse en curiosité les conceptions les plus hardies de l'imagination des romanciers.

Nous indiquerons aux amateurs un moyen assez simple de se procurer sans grande fatigue ces singu- | liers insectes des cavernes, toujours rares dans les : collections. On laisse sur le sol de la grotte quelques débris organiques, par exemple une tête de mouton, ! etonattire ainsiles insectes qu'on saisit sans peine.

Il faut qu'aucun détritus animal ne puisse rester longtemps exposé à l'air, où il répandrait l’infection. Matières stercoraires, fumiers, champignons corrompus, tous ces débris doivent disparaître sous l’action d’une foule d'espèces de coléoptères, la … plupart de petite taille, les staphylins, dont les M plus volumineux chassent les proies vivantes et | dépècent les petits cadavres. Ces insectes frappent » les yeux à première vue par l'extrême brièveté de leurs élytres. On dirait qu’ils portent un habit beaucoup trop court, ou une veste, laissant à découvert presque tous les anneaux de labdomen. Il y a là évidemment dégradation, persistance d’une forme temporaire chez les nymphes. Cependant des ailes développées sont cachées sous ces courtes élytres, et la plupart des espèces volent bien. Il est probable que les grands staphylins, qui fréquentent les ca= davres, y cherchent surtout les larves de diptères provenant des œufs pondus par les muscides. Less grandes espèces ont de fortes mandibules qui serrent vivement, et ils dégorgent, comme les Cas rabes, une salive âcre et brune. A l’extrémité des

COLÉOPTÈRES. 85 l'abdomen du staphylin odorunt paraissent, quand on l'irrite, deux vésicules émettant une matière volatile odorante, éthérée ou musquée. Aristote croyait que les staphylins eausaient La mort des chevaux qui les avalaient. On rencontre à chaque pas, dans les chemins de toute l'Europe, le staphylin odorant (ocypus olens), d’un noir terne, vivant de rapine; au moindre danger, il

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