‹ Les métamorphoses des insectes (volume 3)Chapitre 11 sur 35 · i. Sa chenille · texte numérisé non relu

i. Sa chenille

Fig. 194.

Son cocon.

trouve maintenant de ces papillons, échappés aux éducations, venant voler autour des ailantes dans les jardins de Paris pour y déposer leurs œufs.

L'Asie donne également à l'industrie trois Vers à soie du chêne, de l'Inde, de la Mandchourie, du Japon, à cocons fermés, dévidables comme ceux du ver à soie du mûrier. De très-intéressantes tentatives se sont faites dans ces dernières années pour introduire en France l'espèce japonaise {Auacusyama-mdi), à cocon d'un blanc verdâtre, ressemblant aux céladons. Il y a là le germe d'une bien précieuse conquête. C'est au Muséum que furent essayées les premières éducations, en France, de VAttacusCecropia, par Audouin, puis par MM. Lucas et Blanchard. Cette espèce, des régions méridionales de l'Amérique du Nord, se nourrit volontiers d'aubépine, de pommier et surtout de prunier. La Guyane, le Sénégal ont aussi des espèces à cocon utilisable ^

Les bombyx proprement dits ont des chenilles très- velues. Nous voyons les papillons de plusieurs espèces parcourir nos bois d'un vol rapide, avec de fréquents crochets. Le plus commun, celui du chêne, n'a qu'un cocon de couleur brune, comme une sorte de gros papier. Le Bombyx de la ronce,

1. Voir les Auxiliaires du vei- a soie, Paris, 1864, J. B. Baillière et fils.

dont la chenille se roule dès qu'on la touche , ce qui l'a fait appeler anneau du diable, présente un cocon plus soyeux, mais bien trop pauvre encore pour nous servir. Le même genre est beaucoup plus favorisé en soie à Madagascar, et plusieurs espèces sont utilisées par les Hovas. Elles vivent sur un cytise, Yambrevale, et pourront être acclimatées à l'île de laRéunion. Les coconssont remplis de poils de la chenille ; il faut s'en débarrasser par des lessives bouillantes, puis les carder. La soie est inaltérable, et les Hovas couvrent leurs morts de vêtements de cette soie. Les chrysalides servent encore à un curieux usage; on les mange frites ou bouillies. Lors de la réception de l'ambassade française envoyée au couronnement du malheureux Radama II, le docteur Vinson rapporte que le tils du roi, enfant de dix ans, présent à l'audience, mangeait de ces chrysalides avec un grand plaisir. Les chrysalides du ver à soie sont aussi employées à l'alimentation dans plusieurs provinces de la Chine.

Les bombyx ont des espèces qui vivent en société dans d'immenses toiles de soie filées en commun, et où chaque chenille, parvenue à sa croissance, se file en outre un cocon particulier. A Madagascar, au Mexique, on a cardé la soie sauvage de certaines de ces espèces. Nos bois de pin et surtout les forêts de chêne offrent en France deux espèces de mœurs analogues. Celle du chêne est appelée la Procession-

nam, parce que le soir les chenilles sortent du nid commun en véritable procession, une en tête, suivie de files qui augmentent d'une chenille à chaque rang, jusqu'à ui.e largeur égale à l'entrée du nid. Ces chenilles sont très-velues et les poils se détachent, volent de toute part, pénètrent dans la peau , produisant des rougeurs, des cuissons comme les orties, au point de donner la fièvre à oertaines personnes. Ce sont là les prétendues chenilles venimeuses, si redoutées dans les bois des environs de Paris, dans les années oi!i les bourses abondent, collées au tronc des chênes. Cette année même (1865), plusieurs allées du bois de Boulogne furent interdites aux promeneurs pour cette cause. Ces poils urticants empêchent de faire aucun usage des toiles. Enfin rien de plus commun que le Bombyx neuslrien dont la chenille est nommée la livrée, à cause de ses lignes longitudinales de diverses couleurs. Les œufs sont pondus en bracelets autour des branches, et éclosent en octobre. Les petites chenilles passent l'hiver sous une toile et se dispersent au printemps.

Les Liparis sont très-nuisibles aux arbres. Une espèces à ailes blanches {L. chrysorrhea) dévaste les plantations des promenades parisiennes. Les petites chenilles assemblent des paquets de feuilles avec des fils de soie pour y passer l'hiver. Les femelles des liparis s'arrachent les poils roux de leur ab-

clomen et en font un moelleux duvet autour de leurs œufs, pour préserver du froid ces enfants qu'elles ne verront jamais, car leur mort suit la ponte. Sur nos boulevards extérieurs nous trouvons sur le tronc des ormes des plaques d'œufs du L. (lispar passant l'hiver sous cet abri protecteur. Les mâles de cette espèce sont bien plus petits que leurs énormes femelles immobiles.

Les bombycides ont certaines chenilles des plus bizarres , où les pattes anales se sont changées en prolongements fourchus , qu'elles agitent d'un air de menace et qui paraissent destinés à chasser les

Fig. 195. Chenille de Uicrunura erininea.

insectes hostiles, cherchant à pondre sur leur corps. Telles sont les chenilles du <^eare dicranure (hg. 195)

et celles de la Harpye du hêlre, d'un aspect si étrange, qu'on hésite d'abord à y reconnaître une chenille

Fjg. 196. Chenille de Harpye du hêtre.

(fîg. 196). Les papillons n'ont au contraire rien de remarquable.

Il y a quelques bombycides dont les chenilles vivent dans l'intérieur des bois. Les femelles ont alors l'abdomen très-prolongé en pointe pour pondre dans les cavités des écorces. Ainsi le Cossus gdte-bois, à chenille rougeâtre, comme cuirassée, d'une odeur très-désagréable , ronge l'intérieur des saules et d'autres arbres, ainsi la Coquette ou Zeuzère du marronnier d'Inde, qui vole le soir dans nos jardins publics (fig. 197).

Les femelles des bombycides sont en général aussi lourdes et paresseuses que les mâles sont vifs et agiles. Bien plus, il en est qui n'ont que des rudiments d'ailes et sortent seulement sur le bord du

cocon. Ce sont les orgyes (198, 199, 200). Nous voyons souvent , dans les rues de Paris à jardins, voler, en septembre et octobre, le mule à ailes

Fig. 197. Zeuzère du maronnier, femelle.

fauves de VOrgye antique. Les femelles perdent complètement les ailes chez les psijchés. Elles ressemblent tout à fait aux chenilles et en général ne

Fig. 198, 199, 200. Orgya gonostigma, mâle, femelle, cocon et chrysalide.

sortent pas du fourreau de celle-ci. Leurs chrysalides n'ont aucune marque d'ailes. Les chenilles ont les anneaux du thorax assez durs et à pattes

agiles (fig. 201, 202); les autres anneaux sont trèsmous et leurs pattes ne servent qu'à reîenir des hrins d'herbes, de feuilles, des morceaux d'écorce, etc., avec lesquels la chenille se fabrique un fourreau protecteur, toujours hérissé et ae forme spéciale, ainsi que la nature des matériaux, suivant les espèces. Les mâ-

Fig201,202. 1 A * ,■ X

Chenille de Pij/c;,e du gramen^^^' ^ antennes pectinées ,

et de Psyché radiella. SOUt d'un gris noirâtre et

volent très-vivement (fig. 203).

Un très-nombreux groupe de papillons est constitué par les noctuelles. Les papillons ont, en géné- __ rai , les ailes supérieures

sombres, avec des taches au milieu en forme de rein, et les inférieures très-variablement colorées, parfois rouges ou jaunes, souvent blanchâtres. Ils volent presque tous le soir, sont pourvus d'une trompe pour sucer le miel des fleurs. Les chenilles, lisses ou très -peu velues, se cachent pendant le jour, vivent le plus ordinairement de plantes basses, parfois de racines et sont alors très-nuisibles à nos cultures. Elles ont presque toujours seize pattes. 11 en est

Fig. 203.

Psyché du gramen, mâle.

(Tiii se dévorent entre elles. Les unes s'entourent d'un léger cocon pour devenir chrysalides,

Fig. 204. Irachea pitiipeida à ses divers étals.

et d'autres s'enfoncent dans la terre meuble (ti^. 204).

Bien plus singulières sont les chenilles qu'on nomme arpenteuses ou géomètres. En général, outre les six pattes du thorax, elles n'ont plus que quatre pattes de l'abdomen, y compris les deux autour de l'orifice anal. Quand elles veulent avancer, elles fixent d'abord les pattes de devant, puis rapprochent les pattes postérieures en formant une boucle avec leur corps. Elles paraissent ainsi arpenter le sol sur lequel elles marchent. Souvent elles restent immobiles des heures entières, dressées sur

Fi2. 205. Chenilles'arpenteuses d'Ennomos de l'aulne.

leurs pattes de derrière, le corps simulant tout à fait une baguette (fig. 205). Les chrysaUdes sont le

plus souvent dans la terre. Les papillons ont des ailes délicates, ornées parfois de riches couleurs et en général horizontales au repos. On les nomme spécialement phalènes. Nous figurons une belle espèce du début du printemps (fig. 206).

Fig. '20ti. [Amphidasis prodromaire.

On peut appeler certaines phalènes les papillons de l'hiver. On ne se doute guère que des papillons volent par les soirées brumeuses du mois de novembre. C'est pourtant ce qui arrive aux mâles des

Fig. 207.

Phalène défeuillée mâle.

Fig. 208.

Phalène défeuillée femelle.

Iiibernia. Deux espèces, la Phalène défeuillée et la Phalène hyémale, sont fort communes. Les femelles n'ont que des traces d'ailes (fig. 207,208, 209, 210). On les ti'ouve facilement, au commencement de

262 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES, novembre, dans une singulière station, sur les candélabres à gaz de certaines promenades publiques, par exemple des routes du bois de Boulogne, soit

Fig. 209. Fig.210.

Phalène hyémale, mâle. Phalène hyémale, femelle,

grossie.

<|u'elles aient grimpé, attirées par la lumière, soit que les mâles ailés les y transportent. En février et mars apparaissent d'autres espèces analogues. Nous trouvons près de Paris, dans les prairies qui entourent le confluent de la Seine et de la Marne , à la lin du mois de mars, la Nyssia zonaria^ dont les mâles restent pendant le jour immobiles sur

Fig. 211.

Nyssie de Pomone, mâle.

Fig. 212.

Nyssie' de Pomone, femelle.

l'herbe. Les fèmellesà moignons d'ailessonttrès-poilues. Une espèce voisine est ici figurée (fig. 211,212).

Les derniers papillons sont de très-petite taille. Leurs écailles semblent une imperceptible poussière que détache le moindre contact. Les chenilles de ces délicates espèces, tantôt roulent les feuilles en attachant leurs oords avec de la soie, tantôt minent leur parenciiyme, n'atta(iuant (jue la matière verte, trop faibles pour manger les nervures (fig. 213). Il en est qui vivent à l'intérieur des pommes ou des poires (fruits véreux), des châtaignes, des glands. On donne en général le nom de

Fig. 213. Œcophore du prunier, Fig. 214. Teigne des drap.s, très-grossie. très-grossie.

teignes à ces insectes. Les chenilles courent Irèsvite, se tortillent en tous sens dès qu'on les touche. Il en est deux espèces qui vivent des grains de blé, deux qui dévastent les vignes. Certaines de ces chenilles se nourrissent de matières animales. Les qalleries chassent les abeilles des ruches et mangent la cire dont les rayons sont pénétrés de leurs fils soyeux. Une chaleur considérable, sensible à la main, se dégage des gâteaux envahis par ces larves voraces. Beaucoup de chenilles de teignes s'abri-

tent sous des fourreaux qu'elles traînent avec elles. Telle est la Teigne des drops, qui accroît son fourreau à mesure qu'elle grandit en y mettant des pièces de laine (fig. 214). En lui donnant à manger des étoffes de laine de diverses couleurs, on finit par lui voir un véritable habit d'arlequin.

Fig. 215. Adèle de De Géer, très-grossie.

La Teig^ie des pelleteries se comporte de même. Dans nos bois, beaucoup de teignes ont des fourreaux lisses, d'une sorte de carton grisâtre. Ainsi, les petites chenilles des adèles (fig. 215), dont les adultes, ornés des plus riches couleurs métalliques,

lorsqu'ils sont, rassemblés dans les matinées de printemps sur les buissons, ressemblent à des émeraudes ou à des améthystes étincelantes. Les antennes démesurées des mdles, comme des fils d'argent, les gênent pour leur vol, toujours lent et oblique. 11 est des teignes dont les chenilles s'entourent de plusieurs étages de parcelles de feuilles

Fig. 216.

Chenilles à fourreaux

d'une Coléophore.

Fig. 217. incTophore pentadactyle.

en forme de colleretles. Réaumur les nommait les teignes à falbalas (fig. 216).

Remarquons aussi que les derniers papillons ont les ailes divisées en sorte de plumes. Leurs cheiiillessont nues,àseize pattes, etla plupart s'attachent pour se transformer par la queue et par un ^^ lien autour du corps. Une espèce ^'^- 218- oméode

„ , 1 '.1 • T hexadactvie.

fort commune dans les jardins, au bord des chemins, le long des haies, est le Ptérophore pentadactyle, d'un beau blanc de lait (fig. 217). Une autre espèce, assez fréquente contre les vitres

à rintérieur des maisons de campagne, est VOrnéode hexadactyle , dont les ailes ont l'apparence d'un éventail étalé, à douze divisions. La chenille vit sur le chèvrefeuille des jardins et se file un petit cocon à claire-voie (fig. 218)

Page 1