‹ Les métamorphoses des insectes (volume 3)Chapitre 16 sur 35 · Souvenirs d'un naturalisle, t. II, p · texte numérisé non relu

Souvenirs d'un naturalisle, t. II, p

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et les fenêtres du palais, suffisantes pour laisser passer un ouvrier ou up soldat, sont trop étroites pour livrer passage au roi et plus encore à la reine. Celle-ci, toujours au centre de la chambre princière et reposant à plat, frappe tout d'abord les yeux de l'observateur. Qu'elle ressemble peu à ce gracieux insecte aux ailes fines, à la taille svelte, qui n'avait que trois à quatre fois la longueur et trente fois le poids d'un ouvrier ! Ses ailes ont disparu, la tète et le corselet sont restés à peu près les mêmes ; l'abdomen, au contraire, a pris un développement monstrueux et tend à s'accroître sans cesse. Dans une vieille femelle, il est deux mille fois plus gros que le reste du corps, et atteint jusqu'à quinze centimètres de long. Cette femelle pèse alors autant que trente mille ouvriers, et, grâce à cette obésité exagérée, les précautions prises pour prévenir la fuite sont parfaitement inutiles, car elle ne peut faire un seul pas. Quant au mâle, il a aussi perdu ses ailes, mais n'a d'ailleurs changé ni de dimensions, ni de formes. Toutefois il use peu de sa faculté de locomotion, et, tapi d'ordinaire sous un des côtés du vaste abdomen de sa compagne, il se borne à être le mari de la reine. Les travailleurs et les soldats ont l'air de faire assez peu d'attention au roi; mais ils sont fort occupés de la reine. L'espace laissé libre autour de celle-ci est constamment rempli par quelques milliers de serviteurs

empressés qui circulent autour d'elle en tournant toujours dans le même sen^ (fig. 242, 243). Les uns lui donnent à manger, d'autres enlèvent les œufs qu'elle ne cesse de pondre, car ici, comme chez les abeilles, cette reine est avant tout la mère de ses sujets. » Sa fécondité est devenue vraiment prodigieuse chez les termites exotiques. Son corps déformé n'est plus qu'un sac à œufs. Il y en a toujours un demùr, et on voit de continuels mouvements de contraction s'exécuter, tantôt sur un point, tantôt sur l'autre. Elle pond au delà de soixante œufs par minute, plus de quatre-vingt mille par jour. De ces œufs naissent des petites larves blanches, objets des soins les plus attentifs ; elles se nourrissent de champignons qui poussent sur les mursgommeux et humides des couvoirs. Vers la saison des pluies les nombreux mâles et femelles de la termitière prennent des ailes, et sortent par millions, lors d'une soirée d'orage, de leurs retraites souterraines. Leur vie aérienne dure peu, leurs ailes flétries se détachent au bout de quelques heures. Le soi est jonché de ces insectes qui deviennent la proie de mille ennemis. Quelques couples, recueillis par des ouvriers, protégés par des soldats, sont les noyaux de nouvelles termitières, et bientôt se trouvent cloîtrés chacun dans une cellule royale.

Smeathman signale encore un Termite mordant, construisant des nids en forme de colonnes cylin-

Fig. 242, 243. Termite lucifugo, mâle, ouvrier, soldat, giossis; Femelle féconde d'un termite exotique.

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driqiies, terminées par des chapeaux voûtés comme des champignons, et un Termiti' desirucleur, étabh'ssant aux fortes branches des arbres des nids en forme de grosses boules composées d'un mélange de branchages, de feuilles et de terre réunis à des sucs gommeux et résineux. Les insectes y abordent au moyen de tubes clos et maçonnés descendant le long de Tarbre. Rien de plus curieux, rapportet-il, que les voyages des termites. Les soldats, qui font l'office d'inspecteurs quand les ouvriers réparent une brèche au nid, se postent ici en défenseurs sur les flancs de la colonne d'ouvriers. Certains se placent en sentinelle sur des plantes, et de temps en temps battent des pattes, de façon à produire un cliquetis. A ce signal, l'armée répond par une sorte de sifflement prolongé, et tous doublent le pas avec la plus grande ardeur.

On rencontre au printemps dans les bois, volant contre les troncs d'arbres, des insectes à grosse tête triangulaire suivie d'un long corselet.

Les ailes ont de fines nervures, et les femelles ont une longue '

tarière pour déposer leurs œufs Raphidie remarquable,

entre les écorces où vivent les ^"''i'^-

larves (fig. 244). Celles-ci sont allongées, carnassières, et se tordent comme de petits serpents (fig. 245). De là le nom de Raphidie ser-

pentine donné à l'une des espèces. 11 y en a plusieurs se ressemblant beaucoup, toujours rares. On les nomme, en Allemagne, mouches à tête de chameau. Les nymphes , pourvues de fourreaux d'ailes, sont agiles et commencent à ressembler

Fig. 245. Larve Fig. 246.

de raphidie, Nymphe de

grossie. raphidie, grossie.

Fig. 247.

Mantispe payenne.

aux adultes (fig. 246). Près de ces raphidies se rangent les mantispe.-^. La forme du corps et des ailes est analogue ; les pattes de devant sont élargies, épineuses et repliées pour saisir les insectes, comme chez les manies. Une des plus rares captures qu'on puisse faire dans les bois des environs de Paris est celle de la Mantispe payenne, dont les métamorphoses sont à découvrir (fig. 247).

Les névroptères aquatiques dans leurs premiers états quittent peu le bord des eaux. Les libellules volent avec rapidité en repassant sans cesse aux mêmes endroits. La grâce de leurs mouvements,

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leurs riches couleurs, qui disparaissent mallieureusement par la dessiccation, leur ont valu le nom de demoiselle !>. Leurs yeux énormes, embrassant tout l'horizon, leurs fortes mandibules indiquent des insectes cruels et carnassiers. Chacune a son territoire de chasse , saisit au passage les mouches, les papillons et les déchire aussitôt. On voit souvent les femelles planer au-dessus des eaux, surtout des eaux stagnantes et vaseuses. L'extrémité de leur long abdomen se replie et touche l'eau de temps à autre. C'est un œuf qui tombe au fond et donne naissance à une larve. Celle-ci rappelle la forme de l'adulte, mais plus ramassée. Elles sont souvent couvertes de la vase dans laquelle elles aiment à vivre. Leur respiration est fort étrange. L'eau pénètre dans la partie terminale du tube digestif très-élargie et dont les parois portent un réseau de délicates branchies (Communiquant avec les trachées. Celte eau sort ensuite refoulée brusquement, et la larve s'avance par un effet de recul. Elle n'a plus ces branchies latérales en panaches qui servent en outre à la natation chez d'autres larves aquatiques. Cette larve, lourde et peu agile, est cependant très-carnassière, avide d'insectes, de mollusques, de petits poissons. Elle s'approche lentement de sa victime; puis, tout d'un coup, débande sa lèvre inférieure très-longue qui était repliée sous le thorax. Deux crochets, si-

tués à l'extrémité, forment une pince pour saisir la proie, qui, par le retrait de cette lèvre, se trouve naturellement portée à la bouche. Les nymphes, un peu plus allongées que les larves et à moignons d'ailes, ont les mêmes mœurs (fîg. 248, 249). Pour

Fig. 248, 249. Larve de libellule et éclosion de l'adulte.

se transformer elles sortent de l'eau et s'attachent par les pattes à quelque plante. Le soleil sèche peu à peu la peau qui se fend en long sur le dos, et la libellule se débarrasse de son fourreau. Elle reste molle pendant quelques heures ; puis , ses téguments bien raffermis, prend son essor. Les adultes

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vivent plusieurs mois. Les grandes espèces sont souvent emportées , dans l'ardeur de leur chasse, fort loin des eaux. On rencontre parfois sur les coteaux secs la plus grande espèce des environs de Paris, atteignantun décimètre de longueur, l'^^c/ine grande, dont le vol dépasse en vélocité celui de l'hirondelle. Ce sont surtout les ailes antérieures qui concourent au vol des libellules, et qui peuvent encore le produire seules, quand on a coupé les autres. Quand ces insectes se tiennent au repos à l'extrémité des branches, les ailes restent étalées.

Dans des genres voisins, les insectes volent beaucoup plus lentement, et tiennent au repos les ailes relevées. Ainsi les calopteryx, dont les larves aiment les eaux courantes et dont les adultes, pourvus d'ailes colorées, volent au bord des fleuves et des rivières. Le Calopteryx vierge est très-commun dans toute la France. Le mâle, d'un bleu métallique, a ses ailes diaphanes, traversées d'une bande bleue verdâtre, et la femelle offre le corps et les ailes d'un vert de bronze. Ils se posent fréquemment sur les roseaux. Les agyions ont le corps très-grêle, les yeux très-éloignés l'un de l'autre et très-saillants. Leur corps est tantôt d'un blanc de lait, tantôt brun, tantôt vert. Ils volent faiblement, et abondent sur les buissons qui bordent les mares. Ils peuvent voler avec l'une ou l'autre paire

d'ailes qui sont bien égales. Leurs larves sont minces et allongées.

Les éphémères sont des sortes de libellules dégradées , dont les adultes ne vivent que quelques heures sans prendre d'aliments, comme l'indique leur bouche imparfaite. L'éclosion a lieu le soir, plus rarement le matin, et la nuit ou le jour suffit pour accomplir leur reproduction et mettre fin à leur existence. C'est ce qu'indique leur nom. Bientôt les étangs, les rivières sont jonchés de leurs cadavres, véritable manne pour les poissons. Le sol semble parfois couvert de neige, et on assure qu'en certains pays on les enlève par charretées pour fumer les terres. Au-dessus des eaux , on voit une nuée de ces éphémères qui se précipitent en tournoyant autour des lumières. Chez elles les ailes de la seconde paire sont très-petites, et manquent dans certains genres. Les antennes sont deux soies très-courtes comme celles des libellules. L'abdomen se termine par deux ou trois longs filets ; les pattes antérieures, très-grandes, se tiennent dirigées en avant. L'Ephémère vulgaire est brune, tachée de jaune, avec les ailes enfumées, à taches brunes, et les trois filets de l'abdomen sont bruns (fig. 250). Les éphémères, dans leur vol, s'élèvent et s'abaissent continuellement; en agitant leurs ailes, elles montent; en les laissant étalées et immobiles, ainsi que les filets de l'abdomen, elles retombent.

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Les poètes et les philosophes se sont complu à établir leurs comparaisons sur la vie si courte de cet élégant insecte. Le fait n'est même pas exact pour les adultes, car on peut prolonger leur vie pendant une à deux semaines en empêchant la reproduction .

Il est tout à fait faux, si on prend l'existence entière de l'insecte qui est d'un an ou plus. Les femelles laissent tomber dans l'eau leurs œufs en deux ou trois paquets portés au dehors de l'abdomen , et cette ponte sejait avec une extrême rapidité. Les paquets d'œufs ' •

s'imbibent d'eau et vont au fond. Il en naît des larves ^ig. 250.

très-agiles, entourées sur Éphémère vulgaire, adulte.

les côtés de longs panaches de branchies qui leur servent en même temps à nager. L'extrémité de l'abdomen est muni de deux ou de trois longs filets, comme dans les insectes parfaits. Selon les genres , ces larves ofTfrent des différences intéressantes. Celles des éphémères proprement dites et des palingénies, de forme cylindrique, sont fouis-

seuses et se creusent avec leurs mandibules et leurs pattes de devant des galeries droites, séparées les unes des autres et à deux ouvertures, dans la vase argileuse et molle des hords des rivières et des étangs (fig. 251). Dans cet abri qui les soustraite la voracité des poissons, elles se nourrissent de petits insectes, et vivent deux ou trois ans. Les bœtis ont des larves plates qui ne creusent pas de terriers , mais demeurent appliquées contre les pierres dans les ruisseaux rapides. Elles sont carnassières, et vivent un an. Les doës ont des larves nageuses allongées et cylindriques qui chassent en nageant lespetites proies. On trouve souvent dans les maisons, contre les vitres et les rideaux, la Cloê diptère, qui n'a que deux ailes et vole peu (fig. 252). Enfin, les larves rampantes despotamanthcs ne peuvent fouir, se traînent sur le limon, s'entourent de vase et chassent à l'embuscade.

Les nymphes des éméphères ne diffèrent des larves que parce qu'elles ont des rudiments d'ailes (fig. 253). Elles se meuvent et se nourrissent de la même manière. Le dos, sorti de l'eau, se gonfle et se fend lors de l'éclosion de l'adulte. Elle a lieu

Fig. 251.

Larve d'éphémère vulgaire, grossie.

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à la surface même de l'eau pour les larves cylindriques, et la peau de la nymphe sert de radeau à l'adulte. Les larves plates sortent de l'eau et s'attachent. En s'échappant de la peau de nymphe,

Fig. 252.

Cloë diptère, grossie.

Fig 253. Nymphe

d'éphémère vulgaire,

grossie.

les éphémères présentent une particularité remarquable. L'animal paraît lourd, il vole mal, ses ailes sont en partie opaques. Il se fixe sur quelque plante, et se débarrasse, au bout d'une ou deux heures, d'une dernière peau, très-line et blanche,

qui recouvrait le corps et les ailes, et reste attachée au support en conservant la forme de l'insecte. On obtient, au lieu de la première forme {subimago), un insecte à ailes diaphanes, volant beaucoup mieux , et dont les antennes, les soies caudales et les pattes sont plus longues {imago). Cette dernière mue est spéciale aux métamorphoses des éphémères.

Les perles et les némoures sont des insectes au vol faible, ne quittant pas le bord des eaux. Leur corps est large, la tête surtout, leurs ailes amples et celles de la seconde paire très-développées en ar-

Fig. 254. Perle à deux points, adulte. '

rière, et se repliant sur elles-mêmes dans le repos (fig.254). En outre les supérieures s'entre-croisent. Les larves sont toujours nues, sans fourreaux, tou-

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jours aquatiques (fig. 255). Les unes respirent au moyen de branchies placées latéralement, les autres par la peau. Elles nagent peu, mais marchent au fond ^

des eaux, en laissant leur abdomen traîner sur la vase.

Elles se cachent sous les pierres ou contre les feuilles et les tiges des plantes aquatiques. Elles aiment les eaux courantes et se plaisent là où Feau se précipite et se brise sur les pierres. On les voit souvent balancer leur corps , en se tenant fixées par leurs pattes contre une pierre. Elles sont exclusivement carnassières, vivent de petits insectes, de larves d'éphémères ou de larves d'espèces de leur genre (fig. 256). Elles chassent à l'affût en se cachant dans la vase. Les nymphes prennent des rudiments d'ailes, et, à cela près, ont la vie et les habitudes des larves. Pour se métamorphoser, elles sortent de l'eau et attendent, en se séchant, qu'une couche d'air soit venue s'intercaler entre l'ancienne peau et la nouvelle. Alors, la peau se fend au milieu du thorax. L'adulte ne vit

Fig. 2.0.5.

Perle à deux points,

larve.

que peu de jours, car sa bouche est imparfaite et il ne mange pas. Les larves ont passé l'hiver, et c'est surtout au printemps qu'éclosent les adultes. Une espèce est très-commune à Paris, au commencement d'avril, et se trouve sur les parapets des quais et des ponts, et contre les maisons des rues

Fig. 256.

Perle bordée, larve-nymphe.

Fig. 257.

Némoure trifaciée, larve.

voisines. Les femelles sont bien plus fortes que les mâles , et pondent dans Feau les œufs associés en paquets peu compactes, sans gelée comme les phryganes, et se séparant facilement.

Les larves et les nymphes des perles ont à l'extrémité de l'abdomen deux longs filets qui sub-

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sistent chez les adultes. Tl en est de même pour les premiers états des némoures (tig. 257) ; mais chez celles-ci les soies caudales demeurent attachées à la dépouille de la nymphe, et les adultes en manquent ou n'en ont que des vestiges (fig. 258). Ils sont plus grêles et plus délicats que les perles, avec une tète plus petite, plus ronde et moins aplatie.

Fig. 258. Ncmoui'e iiiyarrée.

Dans beaucoup d'espèceg, les mâles ont les ailes plus petites que les femelles, et même quelquefois à l'état de rudiments. C'est une exception fort remarquable chez les insectes, où ce sont au contraire les femelles qui d'habitude présentent, dans certains types des divers ordres, une réduction des ailes.

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