‹ Les métamorphoses des insectes (volume 3)Chapitre 15 sur 35 · Grillon champêtre · texte numérisé non relu

Grillon champêtre

une paille, il la saisit avec ses mandibules et se laisse tirer au dehors ; d'où le proverbe de quelques pays : plus sot qu'un grillon. Il sort la nuit, chasse aux insectes et mange aussi des végétaux. Le mâle appelle la femelle en frottant l'une contre l'autre ses élytres à nervures épaisses. Les grillons sont très-frileux et tournent toujours au midi l'orifice de leurs trous. Au printemps, on ne voit guère que des larves qui ont passé l'hiver engourdies; les adultes sont morts. Le Grillon domestique, qui mange nos provisions, est un peu plus petit, d'une

teinte cendrée. Il se lient, le jour, derrière les plaques des cheminées, dans les crevasses des fours de boulanger. La nuit, il se promène et fait entendre son cri-cri. Jl paraît toujours altéré, se noie dans les vases pleins de liquide et fait des trous aux vêtements humides qu'on met sécher. On prétend qu'en introduisant dans les cuisines des grillons champêtres, ils ont bientôt détruit les grillons domestiques et les blattes. Le Grillon sylvestre est beaucoup plus petit que les précédents,' et parfois si commun dans les bois que ses sauts sur les feuilles sèches produisent le bruit de gouttes de pluie. Les femelles des grillons ont une longue tarière ou tuyau à deux valves pour pondre leurs œufs dans les fissures. Moufet raconte que dans certaines parties de l'Afrique on vend des grillons dans de petites cages et qu'on aime à entendre leur chant qui provoque au sommeil. Chez nous, au contraire, on a souvent regardé comme de funeste augure le chant du grillon du foyer.

Les courtilières sont des fouisseurs bien plus énergiques que les grillons. Elles sautent encore moins bien. Leurs pattes de devant sont élargies en pelles robustes, ressemblant aux mains de la taupe; de là, le nom de taupes-grillons donné à ces insectes. L'autre nom vient du vieux mot courlille ou jardin, d'après le séjour habituel de ces orthoptères. Les ailes sont longues, repliées en lanières. Elles ser-

vent peu; cependant, le soir, la courtilière vole en s'élevant un peu, puis retonnl)ant en courbe. Le corselet très-vaste ressemble à une carapace d'écrevisse; il y a une tarière de ponte chez la femelle, et aussi, dans les deux sexes, deux filets terminaux, comme chez les grillons. Les courtilières vivent de végétaux et aussi de proie vivante ([u'elles cherchent avec avidité en perforant les racines des plantes ; aussi sont-elles très-nuisibles. Elles se réfugient volontiers dans le fumier, surtout à cause des insectes qu'elles y trouvent. La femelle creuse un trou ovale, chambre d'incubation où elle déposera ses œufs (fig. 240). Une galerie verticale y communique et, en outre, des galeries en divers sens aboutissent à la galerie verticale, de sorte que l'insecte a de nombreux refuges. Les œufs éclosent vers la fin de l'été, et les larves, d'abord molles et blanches, sont gardées avec sollicitude par la mère, qui les tient rassemblées dans le nid et va, dit-on, leur chercher de la nourriture. Elles ne deviennent nymphes, c'est-à-dire ne prennent des rudiments d'ailes, que l'année suivante. Il faut, paraît-il, trois ans pour le développement complet. Dès le moic d'avril, les mâles font entendre leur cri d'appel, sur une note lente, monotone, moins pénétrante que le grillon, ressemblant au cri de la'chouette ou de l'engoulevent.' Ce sont les mâles seuls, chez les courtilières et les grillons,

qui peuvent striduler. Aussi, le poëte grec comique, Xénarque, félicite, dans une de ses pièces, les grillons mâles : « Que vous êtes heureux, dit-il, vous qui avez des femmes silencieuses! »

Les sauts deviennent bien plus étendus chez les locustiens, qui marchent peu par la grande disproportion de leurs pattes. Ce sont les sauterelles, c'està-dire les orthoptères sauteurs par excellence. Les femelles ont au bout de l'abdomen une longue tarière recourbée, à deux valves, qu'on appelle quelquefois leur sabre, et qui leur sert à entamer la terre pour y pondre leurs œufs. Ces œufs passent l'hiver, et les jeunes larves n'éclosent qu'au printemps suivant. Elles ressemblent dès lors complètement aux insectes parfaits, sauf les ailes, et on peut immédiatement en reconnaître l'espèce. Elles subissent trois mues, puis, à une quatrième, deviennent nymphes en prenant des rudiments d'ailes. Enfin, à la cinquième mue, du milieu de l'été à l'automne, les ailes sont développées, et l'insecte est apte à reproduire. Les sauterelles peuvent émettre des sons comme les grillons, surtout les mâles. C'est encore le même mécanisme; ces insectes sont des cymbaliers et frottent leurs élytres' l'une contre l'autre. Le son n'est plus produit dans toute l'étendue de l'élytre, mais à sa base, dans une partie transparente qu'on appelle le viiroir. Une seule note répétée constitue ce chant mono-

Fiy. 24U. CuurLilierej larves et œuls.

tone. Il est des espèces cachées dans l'herbe qui chantent le soir seulement; d'autres se font entendre pendant le jour. Ainsi, la Grande Sauterelle verte, qu'on appelle à tort la cigale dans le nord de la France, fréquente les prairies un peu humides, les orties ; le m.lle, perché sur quel([ue buisson, chante pendant, toute la nuit à la fin de l'été. On croirait entendre zic, zic, zic, avec des interruptions égales à la durée de chaque note , C'est, au contraire, pendant le jour qu'une plus grosse espèce, le Dectique verruci-

Fig. 241. Dectique verrucivore pondant.

vore, au milieu des blés mûrs, produit une stridulation analogue, un peu plus lente (fig. 141). Au dire

de Linnœus, les paysans suédois croient que cet insecte, en mordant les verrues qu'on a sur les doigts, les fait disparaître, grûce à la liqueur dégorgée. De petites espèces de dectiques, pareillement grises, habitent les prairies, et on trouve dans les vignes, en automne, quelquefois près de Paris, mais surtout dans le midi de la France, les èphippigères, dont le corselet, fortement excavé, ressemble à une selle de cheval. Les mâles et les femelles sont également bruyants, en frottant l'une contre l'autre deux écailles voûtées qui représentent leurs ailes rudimentaires. Tous ces insectes chanteurs sont très-timides et cessent de s'appeler dès' qu'ils entendent le moindre bruit.

D'autres orthoptères, encore mieux organisés pour le saut que les précédents par la longueur et la force de leurs pattes postérieures, ne possèdent plus chez les femelles cette longue tarière de ponte des sauterelles. Ces acridiens ou criquets sont tous diurnes et aiment pour chanter à grimper au soleil sur les herbes : ils fréquentent les lieux secs et recherchent la chaleur. Les pays de montagnes en ont de nombreuses espèces, se rassemblant en grande quantité dans les sentiers qui sillonnent les pentes gazonnées, là où les mulets ont répandu leur urine. Les chants des criquets sont plus variés que ceux des sauterelles, peuvent avoir plusieurs notes et se modifier, tantôt chant d'appel pour la

femelle, tantôt chant de colère, si plusieurs mâles se rencontrent. Les sons sont moins musicaux que ceux des grillons et des sauterelles. Il y a là plutôt un bruit de crécelle, mais avec des timbres trèsdivers, selon les espèces, comme si les pièces sonores étaient en carton ou en bois, ou en métal. Yersin a noté en musique les chants des orthoptères. Les criquets sont des violonistes. Leur chant se produit par le frottement des pattes de derrière contre les élytres. Ordinairement, les deux pattes frottent à la fois. La note est grave si le mouvement de la patte est allongé et lent, aigué si ce mouvement est court et rapide. Il y a des espèces où une tout autre note que la note habituelle se produit par des mouvements alternatifs des pattes.

Le chant s'accélère à mesure que le soleil monte au-dessus de l'horizon, et se ralentit à l'approche de la nuit, ou quand la saison devient plus froide. Enfin , les femelles de ces mâles si bruyants , et les deux sexes de certaines espèces font le même mouvement des pattes sans que notre oreille perçoive de son. Très-probablement, il y a là une musique très-douce qui n'est destinée qu'à ses auditeurs naturels. Il semble que les criquets musiciens habitent de préférence les contrées tempérées et froides de l'Europe, et que les espèces à stridulation insensible aiment mieux les régions chaudes du midi. Là les orthoptères musiciens sont

remplacés par les cigales (hémiptères), bien plus bruyantes, mais d'un chant moins varié d'une espèce à l'autre.

Nous connaissons tous ces criquets qui s'enlèvent à quelques mètres au-devant du promeneur, et lui font admirer leurs belles ailes rouges ou bleues. La plupart des espèces volent peu ; mais certaines, sous l'empire de causes inconnues, se gonflent d'air et entreprennent ces désastreux voyages qui sont un des plus grands fléaux des régions chaudes. Deux espèces, dans l'ancien monde, sont le désespoir de l'agriculteur, La plus grande, le Criquet voyageur^ se rencontre des côtes occidentales de l'Afrique aux rivages de la Chine, Une seconde espèce, de taille un peu moindre, V Œdipode migrateur (figuré dans l'introduction), s'avance plus au nord et se montre dans le midi de la France et dans toute l'Europe orientale. On en trouve des individus isolés dans les prairies de la banlieue de Paris, Le nouveau monde et l'Australie ont aussi quelques espèces d'acridiens à migrations, mais moins fréquentes et moins désastreuses que dans l'ancien monde. On a reconnu, en étudiant en Afrique le Criquet voyageur, qu'il a cinq mues : la première a lieu cinq jours après la sortie de l'œuf; la seconde, six jours après la première ; la troisième, huit jours après la seconde, et, dans ces trois premières mues, l'insecte n'a pas d'ailes. Ensuite, se produit

la quatrième mue au bout de neuf jours, et l'insecte est alors en nymphe, avec des rudirfients d'ailes. Entin, la cinquième mue ou l'état parfait arrive dix-sept jours après; en tout, quarantecinq jours, à partir de la sortie de l'œuf.

L'histoire de tous les temps a enregistré les sinistres voyages des acridiens. Les criquets dévastateurs paraissent habituellement prendre leur origine dans les déserts de l'Arabie et de la Tartarie ; les vents d'est les amènent en Afri(|ue et en Europe. On voit des vaisseaux couverts de ces insectes à soixante ou quatre-vingts lieues en mer. Les vents sont en effet leur auxiliaire indispensable. Nous ne remonterons pas aux époques éloignées pour chercher les récits de leurs dévastations, des famines qui les suivent et des pestes qui résultent de leurs cadavres amoncelés. L'Europe fut particulièrement ravagée en 1747, 1748, 1749. En 1748, une de leurs nuées arriva jusqu'en Angleterre. Si les hannetons ont forcé une diligence à rebrousser chemin, les criquets ont arrêté l'armée de Charles XII, en retraite dans la Bessarabie, après sa défaite de Pultawa. L'armée se trouvait dans un défilé, hommes et chevaux étaient aveuglés par une grêle vivante sortie d'un nuage épais interceptant le soleil. L'approche des criquets fut annoncée par un sifflement pareil à celui qui précède la tempête, et le bruissement de leur vol

surpassait le sombre mugissement de la mer courroucée.

Aux Indes, dans le pays des Mahraltes, on en vit une colonne serrée sur une longueur de 80 lieues et épaisse de plusieurs pieds. Barrow et Levaillant nous rapportent que les criquets dévastent souvent l'Afrique australe, que leurs cadavres masquent la surface des rivières, et que le sol semble balayé ou hersé. En 1835, les nuages de criquets cachaient, en Chine, le soleil et la lune." Après les végétaux sur pied, les récolles en magasin et les vêtements dans les maisons furent dévorés. Les habitants s'enfuirent dans les montagnes. En 1780, le Maroc fut en proie à la plus affreuse famine, à la suite des criquets, et les pauvres déterraient les racines et recherchaient pour se nourrir les grains d'orge dans la fiente des chameaux. A la fin de 1864, les plantations récentes de cotonniers furent détruites au Sénégal par les criquets, et on observa un nuage d'avant-garde de quinze heues de long. Notre colonie algérienne, dans toute son étendue, est trèssouvent leur proie. Le général Levaillant en a vu à Philippeville un nuage de trois à quatre myriamètres de longueur former sur le sol, en s'abattant, une couche de trois centimètres. Les récoltes furent ruinées en 1847.

Pour s'opposer à tant de désastres, on ramasse les criquets avec de grands filets traînants, et on

recherche pour, les brûler leurs œufs déposés sur le sol ou sur les branches, entourés d'un amas visqueux. Les nègres du Soudan essayent d'opouvanterles criquets dans leur vol par leurs cris sauvages, et on a vu, en Hongrie, employer à cet effet les détonations du canon. Dans la Grèce antique, des lois imposaient les citoyens de diverses provinces à un certain nombre de mesures de criquets. En 1613, en Provence, on paya des primes de 50 centimes par kilogramme d'œufs, et moitié de ce prix pour les adultes. Marseille dépensa alors 25 000 francs, et Arles 25 000. Plus récemment on dépensa dans le même pays pour cette chasse 2227 francs en 1822, 2842 en 1823,5842enl824et 6200en 1825. En 1850, on donna en Algérie une prime de 25 centimes par sac de criquets, et on les apportait à Médéali par charges de trente à quarante chameaux.

Par une sorte de vengeance due à une cruelle nécessité, des populations se nourrissent de ces insectes, et ont mérité le nom d'acridophages. Moïse en permet quatre espèces aux Hébreux {Levit. XI, V. 21 et 22); les Grecs les vendaient au marché (Aristophane, les Acharniens, v. 1115); saint Jean-Baptiste en fit sa nourriture dans le désert (Matth., Ev., c. 3, V. 4), et Diodore de Sicile rapporte que les Éthiopiens les servaient sur leurs tables. De nos jours, en Algérie, les indigènes mangent le criquet voyageur, l'espèce la plus commune,

316 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES, nommée par eux djerad el arbi (la sauterelle arabe). M. Lucas a observé que ce sont surtout les Bédouins ou habitants des plaines, et les Kabyles ou habitants des montagnes, et très-rarement les Maures, qui l'emploient comme aliment. A cet effet, les Arabes leur coupent la tête en prononçant les mots suivants : Bism Allah (au nom de Dieu), Allah akhar (Dieu le plus grand), enlèvent les ailes et les grandes pattes, puis salent le corps et le mangent au bout de quelque temps. La saveur de ce mets n'est pas très-désagréable, au dire de M. Lucas. En Arabie, les femmes et les enfants enfilent les criquets en chapelets pour les vendre après dessication. Il est des pays où on les fait frire ou bouillir; les Hottentots les aiment beaucoup.

OIIAPITRE IX,

NEVROPTERES.

Les termites, ouvriers, soldats et sexués. — Les termites des Landes. — Les termites exotiques, la mère séquestrée. — Les raphidies et les mantispes. — Les libellules et leurs chasses, ruse des larves. — Les éphémères, leur longue vie à Tétat de larves, mœurs diverses de celles-ci, métamorphose supplémentaire. — Les perles et les némoures, larves et nymphes.

Comme dans l'autre section de l'ordre des névroptères, ceux qui n'ont que des métamorphoses incomplètes se divisent, sous ce rapport, en deux groupes, selon que les larves et les nymphes sont terrestres comme les adultes ou qu'elles habitent l'eau à ce premier état.

Les termites sont les plus curieux représentants des premiers. On les nomme souvent fou7-mis blimclies, à cause de leurs teintes blanchâtres, poux de bois, vagvagues, carias, etc. Les prétendus peuples mangeurs de fourmis se nourrissent réellement de termites dont on dit que les nègres sont

très-friands. Nous retrouvons chez ces insectes l'existence de sociétés nombreuses, et la fonction de reproduction, pivot unique de ces prétendus gouvernements, est divisée en un plus grand nombre d'individus que partout ailleurs, même chez les Bourdons. Là oii lu révolte ne peut exister, la subordination est inutile. Comme la plupart des espèces de termites sont exotiques, elles n'ont été l'objet que d'observations peu scientifiques. On se préoccupe surtout des dégâts qu'ils causent, et beaucoup de points de leur histoire restent encore obscurs. Il n'est nullement certain qu'on soit autorisé à généraliser ce qui n'a encore été constaté que sur un très-petit nombre d'espèces. Il existe en France, principalement dans les landes de Gascogne, deux espèces de termites. La plus abondante fait des nids en parcelles de bois rongi', composés de quelques centaines d'individus, dans les souches des pins qui restent en grand nombre sur le sol après que les arbres ont été coupés. On nomme cette espèce Termite lucifuge,])arce que, à l'ordinaire de tous les. termites, ils rongent les objets ligneux à l'intérieur en respectant toujours la surface externe, de sorte qu'on se trouve dans la plus parfaite ignorance de leurs atteintes.

Un grand nombre de maisons de La Rochelle, Rochefort, Tonnay-Charente ont eu leurs poutres entièrement détruites à l'intérieur. ATonnay-Cha-

NEVROPTERES. 319

rente une salle à manger s'écroula, et l'amphytrion et ses convives tombèrent à la cave. On peut voir dans les galeries du Muséum les colonnes de ])ois qui soutenaient la salle et qui furent rapportées par Audouin, en mission pour constater les dégâts des termites. L'hôtel de la préfecture de La Rochelle était envahi par ces insectes, et les archives furent en partie détruites, la reliure des registres restant intacte. On est forcé de les enfermer maintenant dans des boîtes de zinc. M. Blanchard a vu aux voûtes des caves de la Préfecture des tubes formés par des matériaux agglutinés, servant de galeries aux termites qui ne paraissent pas à l'air libre. Le linge est aussi exposé à la dent de ces insectes. Audouin a rapporté de Tonnay- Charente le voile de noces d'une dame entièrement troué par eux. Certains quartiers d'Agen et de Bordeaux commencent à soutTrir des ravages de ces insectes. Leurs sociétés restent séparées dans les bois; elles se réunissent dans les villes pour leurs déprédations. M. Lespès a reconnu dans les termitières des landes cinq sortes d'individus bien distincts. Chaque nid présente d'abord un couple fécond, rot ou reine, ou petit roi et petite reine. 11 s'y trouve des neutres de deux formes différentes. Les plus nombreux sont des ouvriers, de la taille d'une forte fourmi, chargés de creuser les galeries dans le bois, de soigner les œufs, les larves et surtout les nym-

plies, en les aidant à opérer leurs mues, les brossant, les léchant; d'aller à la recherche des provisions, de les emmagasiner dans le nid. Chose singulière! ils sont aveugles. D'autres neutres, bien moins abondants, au lieu de la tête arrondie des ouvriers et de leurs courtes mandibules, ont une énorme tête, presque moitié du corps, un peu carrée et avec de très-fortes mandibules croisées. Ce sont les soldats chargés de la défense du nid, se précipitant pour mordre les agresseurs. Au reste ces pauvres défenseurs sont aveugles comme les ouvriers. L'anatomie a fait voir à M. Lespès que ces neutres des deux sortes sont les uns des mâles, d'autres des femelles, toujours à organes avortés. 11 se rencontre des larves de deux variétés, ressemblant beaucoup aux ouvriers. Les unes doivent devenir des neutres, les autres des mâles ou des femelles, et on les reconnaît en ce qu'elles ont de très-légers rudiments d'ailes. Les nymphes à ailes imparfaites deviendront des mâles et des femelles. 11 en est qui ont de longs fourreaux pour les ailes; d'autres, plus ramassés, ont des fourreaux alaires plus courts. Les larves et les nymphes des individus sexués ont les yeux cachés sous la peau. Les mâles et femelles seuls ont des yeux des deux espèces, composés et simples. Ils prennent des ailes et émigrent; puis, comme les fourmis, les perdent aussitôt, après que la fécondité des femelles est as-

NÉVROPTÈRES. 321

surée. Les mâles et femelles prov nant des nymphes à longs fourreaux deviennent les petits rois et petites reines, après leur essaimage qui a lieu à la fin de mai. En août, des autres nymphes éclosent des mâles et des femelles plus volumineux, plus féconds, qui sont les rois et reines. Les couples des deux sortes , recueillis par les ouvriers et les soldats, forment le noyau de colonies de printemps et d'automne. Il y a là, comme on le voit, une remarquable complication. L'abdomen de la reine est énorme et traîne à terre. Elle se tient dans une galerie profonde du nid, sans cellule spéciale; le mâle ordinairement près d'elle. Quoique trèsembarrassée de son gros ventre, elle marche cependant assez bien, et le roi est toujours très-vif. Les ouvriers ne paraissent pas avoir pour eux de soins d'aucun genre.

Des faits analogues, mais avec un caractère plus tranché, plus exagéré, se montrent chez les termites exotiques. Quelques espèces ont été étudiées dans l'Afrique australe par un voyageur hollandais, Smeathman, à la fin du siècle dernier. L'une d'elles, le Termite belliqueux ou fatal, construit en terre gâchée des nids en monticules coniques, pouvant dépasser trois mètres de hauteur, assez solides pour supporter le poids des taureaux sauvages. Smeathman et ses compagnons se cachaient en embuscade entre ces grands nids pour chasser;

il rapporte qu'il monta une fois sur l'un d'eux avec quatre hommes pour chercher à l'horizon si quelque navire n'était pas en vue. Au milieu de la partie inférieure du nid est la cellule royale oblongue, à voûte arrondie, ayant jusqu'à vingt-cinq centimètres de longueur. Elle est entourée des salles de service du couple royal. Au-dessus sont des magasins remplis de parcelles de gomme et de sucs de plantes solidifiés. Dans le pourtour du nid sont de grandes chambres ou nourriceries, avec cellules de bois collé à la gomme. Là sont déposés les œufs de la reine, et éclosent les jeunes larves. Ces chambres, grosses parfois comme une tête d'enfant, sont bien ventilées. Le haut du nid est occupé par un dôme creux, plein d'air. On trouve dans ce nid une multitude d'ouvriers, de 0'",005 de longueur, des soldats, de 0™,010, dont chacun pèse autant que dix ouvriers, des mâles et des femelles non fécondées, de 0'",018 de longueur, pesant autant que trente ouvriers. Les ailes des mâles, qui ne subsistent que quelques heures, ont 0"',050 d'envergure.

« La cellule royale, dit M. de Quatrefages *, renferme toujours un couple unique, objet des soins les plus empressés, mais qui achète sa grandeur au prix d'une réclusion perpétuelle, car les portes

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