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CHAPITRE III

Carnassiers de proie vivante, cicindèles et carabes. — Les calosomes , chasseurs de chenilles. — Le mormolyce-feuille, les scarites. — Les canonniers. — Carnassiers aquatiques : dytiques, gyrins, hydrophiles et leurs coques; mœurs cruelles des larves. — Les fossoyeurs, les silphes, amis des cadavres. — Les staphyiins. — Les dei niesles destructeurs. — Les vers-luisants et les driles, chasscauxcolimaçons. — Les taupins, leurs sauts; phosphorescence. — Les vers blancs et les hannetons; ravages. — Les cétoines et les goliaths, — Le scarabée rhinocéros. — Les pilulaires, le scarabée sacré. — Les cerfs-volants. — Les ténébrions des boulangeries. — Curieuses métamorphoses des coléoptères vésicants. — Les charançons ou porte-becs, — Les bruches des légumes secs. — Les scolytes. — Les richards ou buprestes. — Les capricornes. — Les clirysomèles. — Les criocères et les cassides; mœurs étranges des larves. — Les coccinelles ennemies des pucerons.

Les coléoptères sont les insectes les mieux connus et les plus étudiés à l'état parfait, principale-

52 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES, ment par la facilité que les amateurs éprouvent à les conserver en collections ; on peut assurer qu'on en a décrit et nommé pas moins de soixantedix mille espèces. Ils présentent les modes d'habitation et de nourriture les plus variés. Les uns, pareils aux carnassiers, qui sont l'effroi des animaux supérieurs et même de l'homme, dévorent les insectes vivants. Ils chassent, soit sur le sol, soit sur les plantes basses, soit dans les arbres. D'autres, aquatiques, poursuivent leur proie au sein des eaux. Beaucoup de coléoptères vivent de cadavres, de matières animales en voie de décomposition. Ce sont, dans l'ordre harmonique de la nature, d'utiles auxiliaires de la salubrité atmosphérique. Enfin d'immenses légions d'insectes de ce groupe se nourrissent de matières végétales, atr taquant les racines, les écorces, les bois, les feuilles, les fruits et les graines, tantôt sur les plantes vivantes, tantôt sur les produits du règne végétal, servant à l'alimentation de l'homme et à ses constructions.

Autant les coléoptères sont bien décrits sous la forme adulte, autant leurs larves et leurs nymphes sont encore ignorées pour la plupart. Elles ne peuvent que très-difOcilement s'élever en captivité, et c'est le motif qui détourne les amateurs de leur recherche.

Nous nous contenterons, ici comme pour les au-

très ordres des insectes, d'indiquer ce qui concerne les types les plus intéressants et qu'on rencontre le plus souvent. Le meilleur commentaire de notre livre c'est la nature continuellement observée; elle est la vérification aisée de nos indications.

Donnons, comme d'habitude, le pas aux guerriers. Voici les carabiques. Leur tête est armée de puissantes mandibules propres à déchirer leurs faibles victimes ; elles jouent le rôle des dents du lion et du tigre. Des yeux composés très-larges permettent à ces cruels chasseurs d'embrasser un vaste horizon. Des pattes cylindriques, robustes, allongées sont les instruments d'une course prolongée et de grande vitesse.

Nous trouvons d'abord des carnassiers à taille élancée, à grosse tête saillante, à pattes très-longues. Ce sont les cicindèles, d'une démarche vive et rapide. Elles se jettent sur les insectes qui passent à leur portée; leur vue excellente, leur agilité nous empêchent de les saisir facilement. Elles se plaisent, par la chaleur du jour, dans les lieux sablonneux et secs; au soleil, elles volent devant l'observateur en changeant constamment de direction; mais ce vol dure peu. Par les temps froids et humides, elles ne volent pas, mais courent entre les gazons. On rencontre en abondance près de Paris, dans les sentiers, dans les jardins même, la Cicindèle champêtre, d'un beau vert, aux cinq points

blancs sur les élytres, parfois d'un nombre moindre,

parfois nuls. L'abdomen oifre d'éclatantes nuances

de rouge cuivreux (ûg. 16). La Cicindèle hybride \it

dans les bois sableux; son vert

est terne et assombri, relevé par

des bandes et un croissant blanc;

làCicindèlesylvatique, plus grande,

qu'on trouve à Fontainebleau, est

brune, toujours avec bande et

points blancs. Ces beaux insectes

cherchent à mordre quand on les

saisit, mais sans pouvoir enta-

Fig. m. jj^gp la peau. Ils répandent une

Cicindèle champêtre. „ , , , , .

forte odeur de rose ou de jacinthe, bientôt mêlée d'une odeur acre due à une salive brune qu'ils dégorgent ; « ce sont les tigres des insectes, » dit Linnœus; bienfaisants carnassiers qui dévorent une foule d'insectes nuisibles, ils concourent à la protection de nos forêts.

A l'état adulte ces puissants chasseurs dédaignent la ruse et s'élancent avec férocité sur leur proie. Il n'en est pas de même dans leur premier âge. Leur appétit est aussi cruel, mais leurs pattes sont courtes et faibles ; ils se déplacent difficilement et presque tout leur corps est mou. La ruse va suppléer à la force. On rencontre en abondance, de juillet à octobre , les larves de la Cicindèle champêtre dans des trous verticaux ou obliques,

comme des cheminées cylindriques, ayant de cinq ;\ douze centimètres de long, placés dans les endroits secs. Les trous creusés par la larve de la Gicindèle hybride ont jusqu'à cinquante centimètres de profondeur. Lalarve de la Cicindèle champêtre , qui atteint de vingt à vingt-deux millimètres, est allongée, composée de douze anneaux (fig. 17). La tête est cornée, bien plus large que le corps, en forme de trapèze, le premier anneau également corné, d'un vert métallique, est élargi comme un bouclier; les autres anneaux sont mous et d'un blanc sale ; le huitième, bien plus large, supporte une paire de tubercules charnus, rétractiles, surmontés ^'S- H- Larve de

. Cicindèle champêtre.

de crochets et dont voici 1 usage.

La larve, pliée en Z, monte dans son tube et s'y cramponne, appuyée par le dos du thorax et soutenue par les crochets du huitième anneau. Sa large tête, repliée à fleur de terre, forme un pont qui masque le trou. Malheur à l'insecte imprudent qui passe sur cette bascule perfide ! Elle cède sous lui, il est précipité au fond du puits meurtrier où la Cicindèle se gorge de son sang (fig. 18). Pour obtenir cette curieuse larve, C. Duméril recommande de descendre avec précaution un fétu de paille dans le trou et de

Fig. 18. Trou d'affût de cette larve.

56 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES, l'y laisser quelque temps immobile. Bientôt elle saisit la paille qui l'irrite, et on peut la remonter, cramponnée par ses puissantes mandibules. Au moment de se métamorphoser, la larve agrandit le fond du trou et bouche l'orifice avec de la terre détachée du sol ; c'est ce qui fait qu'on a été fort longtemps sans connaître la nymphe , découverte et publiée par M. Blisson, en 1848. Il est bon de fixer à demeure un petit piquet dans le trou de la cicindèle, il servira plus tard à retrouver la nymphe. Elle est luisante, un peu arquée, d'un jaune paille, avec des pattes blanchâtres, le toutrecouvert d'une mince peau qui laisse voir les formes, comme chez tous les coléoptères. Les premiers segments de l'abdomen ont de petites Fig. 19. Nymphe de la épines, le cinquième deux lon- Cicindèie champêtre gues pointes divergentes, ser- (dessus). y^jj^ g^j^g (Joute à la maintenir

au fond du trou (fig. 19 et 20).

Les carabes sont des chasseurs encore plus fortement armés que les cicindèles. Ce sont essentiel-

lement des carnassiers terrestres; ils manquent d'ailes sous leurs élytres soudées. On les reconnaît tout de suite à leur corps ovale et convexe, à leurs longues antennes amincies, à leur corselet élégamment découpé en cœur. Leurs élytres sont épaissies au bord, leurs pattes longues et robustes. Toujours solitaires, ils courent dans Fig. 20. La même,

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les sentiers, entre les herbes des bois , sur les talus bien exposés où abondent les insectes. Leurs élytres sont parfois lisses, le plus souvent striées longitudinal ement ou rugueuses et chagrinées. Parfois elles sont noires et ternes, le plus souvent elles brillent d'un vif éclat métallique. Dans nos jardins, dans nos champs abonde le Carabe doré, aux élytres d'un beau vert, avec des côtes élevées, aux pattes et aux antennes jaunâtres (fig. 21). On le nomme la jardinière, la couturière, le sergent , le vinaigrier. Cet insecte , comme ceux de son genre, lance par l'anus, quand on l'irrite, un liquide corrosif et d'une odeur fétide; c'est de l'acide butyrique, ainsi que l'a reconnu M. Pelouze, celui qui donne la mau~

Fig. 21.

Carabe doré.

vaise odeur au beurre rance. En outre, il rejette une salive brune et acre. Il serait bien à désirer que les gens de la campagne, au lieu d'écraser ce brillant insecte, eussent pour lui le respect qu'on doit aux défenseurs des récoltes. Les larves qui vivent de racines, les chenilles, les hannetons surtout n'ont pas de plus formidable ennemi. On rencontre parfois au milieu d'un sentier un Carabe doré saisissant un hanneton par le ventre, lui dévorant les intestins, tandis que le hanneton marche en endurant ce terrible supplice, sans que le carabe cesse de le suivre un seul instant.

Nos environs de Paris nous offrent aussi le Carabus monilis, d'un vert cuivreux ou violacé, avec trois rangs de lignes sur les élytres et trois séries de points saillants entre les sillons, le Carabus purpurescens, d'un aspect très-allongé, à robe sombre bordée de belles nuances violettes et purpurines (fig. 22). Le midi de la France, les Pyrénées présentent aux amateurs des carabes dont les teintes métalliques rivalisent d'éclat avec les plumes à reflets étincelants des paradisiers et des oiseaux-mouches,

Fig. 22.

Carabe pourpré.

COf.ÉOPTÈRES. 59

ainsi les Carabus auro-nitens ^ spkndens et rutilonfi, ces derniers propres aux Pyrénées, dont la rencontre comble de joie les jeunes entomologistes, émerveillés des feux brillants de lenr parure.

Les larves des carabes vivent sous les herbes et les mousses, dans les feuilles sèches et les troncs d'arbre. Elles se ressemblent beaucoup dans les diverses espèces, sont assez longues, aplaties, d'un brun foncé, luisant en dessus, avec le corps terminé par deux petites pointes. Elles s'enfoncent en terre et se transforment en nymphes sous les pierres. Les carabes qui en sortent par la peau fendue le long du dos sont d'abord mous et d'un jaune terne ; mais au bout de deux ou trois jours leurs téguments acquièrent leur dureté et leur éclat métallique. Les larves des carabes sont agiles, à pattes bien développées ; aussi n'ont-elles pas besoin de pièges. Elles chassent à découvert et sont aussi carnassières que les insectes parfaits. Nous figurons la larve du Corobns auro-nitens {ï\^. 23).

Un autre groupe de coléoptères pjg. 03

chasseurs est celui des Calosomes. Larve du carabe P, 1 , . , , , brillant d'or.

Ceux -la grimpent aux arbres, et de plus ont des ailes sous leurs élytres, ce qui leur sert à passer d'un arbre à l'autre. Ce sont, eux et leurs larves, de grands destructeurs de che-

nilles. C'est au mois de juin, de six à sept heures du soir, dans nos bois parisiens, qu'il faut chercher le magnifique Calosome sycophante, le long des troncs de chêne ou en secouant les branches. Son corselet en cœur, comme celui des carabes, est

peint de bleu glacé de brun, ses élytres étincellent de l'éclat de l'or le plus poli, son abdomen est mêlé de noir et de violet (fig. 24). Réaumur nous faitconnaîtrequesalarve, d'un noir lustré, analogue d'aspect à celle des carabes, va souvent établir son domicile au milieu de ces grandes bourses soyeuses que nous voyons attachées sur les chênes. Elles sont habitées par des chenilles dites processionnaires {Bombyx processionea) d'après la manière dont elles sortent en rang à la suite les unes des autres. Ces chenilles paisibles semblent ignorer les intentions de leur hôte terrible. Tout d'un coup il se jette sur elles, les perce de ses robustes mandibules et sème autour de lui le carnage, au grand profit de l'arbre, qu'il débarrasse d'un fléau. Nos bois présentent aussi une

Fig. 24.

Calosome sycophante.

espèce plus petite, le Calosome inquisiteur, à couleur sombre, un peu cuivreuse. On trouve bien plus rarement le Calosome à points d'or, pro])re au Midi. M. Lucas a vu en Algérie, près d'Oran, la larve de cette espèce dévorer dfs colimaçons et s'établir dans leur coquille (fig. aô et 26). Toutes les larves de caloso mes sont si voraces , qu'elles se gorgent d'aliments au point de doubler degrosseurdans leur peau distendue. Elles tombent alors dans un état de torpeur, comme les serpents qui digèrent, et sont parfois dévorées par de plus jeunes larves de leur propre espèce. Elles s'enfoncent enterre pour se changer en nymphes de couleur claire, en forme de croissant.

Nous nous contenterons maintenant d'indiquer d'une manière rapide quelques exemples curieux qui termineront cette revue de la grande famille des carabiques ou coléoptères terrestres se nour ■ rissantde proie vivante.

En 1825 fut signalé pour la première fois à l'at-

Fig. 25 et 26.

Larve et nymphe du Calosome

à points d or.

62 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES, tention des amateurs un coléoplère de Java, de la forme la plus singulière, avec les élytres élargies et débordant en manière de feuille (fig. 27). 11

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