‹ Les métamorphoses des insectesChapitre 1 sur 27 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Prétendue génération spontanée des insectes. — Expériences de Redi

— Insectes séparés des autres annelés. — Organisation des insectes

— Sens merveilleux. — Instincts, intelligence. — Principales subdivisions.

Va-t'en, chétif insecte, excrément de la terre.

Ce vers dédaigneux, placé par le fabuliste dans la bouche du lion, résume les idées des anciens sur l'origine des insectes. Pour tous les petits animaux difficiles à bien observer, on trouvait beaucoup plus commode la plus large acception des générations spontanées. La paresse de notre esprit aime ces solutions simples et générales, en accord avec le naïf orgueil de la suprême ignorance. On voyait sortir du sol, du milieu des gazons, ces petits êtres ailés qui, par l'éclat de leurs couleurs, rivalisent souvent avec les fleurs d'or et d'azur; c'étaient les gracieux enfants de la terre, de cette mère commune d'où naissaient à la fois les végétaux maintenus immobiles sur son sein fécondant, et les insectes remplissant

l'atmosphère de leurs scintillations, du murmure confus de leurs bourdonnements. La vase, séchée et crevassée par le soleil, engendrait les noirs essaims des mouches qui tourbillonnent à sa surface. D'autres prenaient leur origine dans la chair corrompue des cadavres d'animaux abandonnés à l'air. Souvent les qualités des insectes dépendaient de l'animal d'où ils tiraient le jour par une prétendue fermentation. Les abeilles mêmes, ces fières habitantes des monts sacrés, ces douces nourrices de Jupiter enfant, n'échappaient pas à la loi commune. Celles qui proviennent des entrailles du lion, dit Élien, sont indociles, farouches, rebelles au travail; celles qui naissent du mouton molles et paresseuses ; au contraire, on recherchait les abeilles sorties des flancs du taureau : elles étaient laborieuses, obéissantes. Virgile, dans la fable d'Aristée, nous raconte comment ce secret fut connu des hommes. Les nymphes des eaux, compagnes d'Eurydice, dont Aristée avait involontairement causé la mort, la vengeaient en faisant périr ses abeilles. Pour apaiser leur courroux, il amène dans leur temple quatre magnifiques taureaux et les immole sur quatre autels. Il retourne dans le bois. 0 prodige inouï et soudain! Il entend bourdonner dans les entrailles corrompues des taureaux des essaims d'abeilles. Elles percent frémissantes les cavités impures qui les retiennent, se répandent en nuage immense, gagnent le sommet d'un arbre et y restent suspendues comme la grappe au cep d'où elle retombe.

Jusqu'au dix-septième siècle on ignora comment la larve qui rampe sur le sol se rattache à l'adulte ailé dont la subtile atmosphère devient le domaine. Cependant l'observation des petits animaux remonte à la plus haute antiquité, surtout à cause des dangers qu'ils font courir à l'agriculture. Les scarabées sacrés, qui enterrent et enlèvent les immondices corrupteurs de l'air.

son! reproduits sur les monuments de l'antique Egypte. L'Exode nous apprend que l'Eternel ni <li-s sauterelles une des plus terribles plaies infligées à l'Egypte. Elles couvrirent par son ordre toul I»1 pays, amenées par un vent d'orient, et disparurent, balayées par un vent d'oc cident, lorsque le pharaon consterné eut promis de laisser partir le peuple de Dieu. .Moïse indique divers insectes du même ordre, les grillons, les truxales, etc., au sujei des animaux qu'il esl permis ou non de manger.

Il y a aussi de Irés-.inrieunos observations «les Chinois

sur les insectes. Aristote s'esl occupé assez longuement d'entomologie et avait reconnu les principaux groupes naturels de ces ('1res. Il donné dos détails sur le chant des cigales el de nombreuses et intéressantes observations sur les abeilles. Il avait remarqué que les piqûre- des insectes sou! tantôt causées par la bouche, tantôt par l'aiguillon de l'abdomen, que les premières sont dues à des insectes à deux ailes1, les secondes produites par des inseetes à quatre ailes. Mais Aristote et sou disciple Théophrasle partagent la grande erreur de l'antiquité sur la génération spontanée des inseetes. Or rien n'était plus propre à écarter les observateurs que l'origine immonde de ces animaux objets de dégoût. Ne trouvons-nous pas comme un dernier écho de ces Tables séculaires dans la répugnance imméritée qu'ils inspirent encore à tant de personnes, dans l'idée que leur contact es! malpropre et dangereux?

L'erreur capitale de l'antiquité relative à la génération des insectes devail tomber sous la vulgaire observation des plus simples faits. Il a fallu de longs siècles pour arrivera cette vérité, si banale aujourd'hui, qu'a-

1 II faut faire m xception ;'i cet égard pour certains hémiptères, insectes ;'i quatre ailes, les réduves, parmi les terrestres, e1 plusieurs genres de punaises d'eau, qui enfoncenl une tromp lancette acérée dans les doigts qui les saisissent.

vant d'établir aucun raisonnement sur le monde extérieur, on doit daigner l'observer. Un médecin italien, Redi, eut l'idée que les vers qui fourmillent dans les viandes corrompues et qui donnent bientôt naissance à des mouches, proviennent des œufs déposés par les femelles. Il exposa à l'air un grand nombre de boites sans couvercles dans chacune desquelles il avait placé un morceau de viande, tantôt crue, tantôt cuite, afin d'inviter les mouches, attirées par l'odeur, à venir pondre leurs œufs sur ces chairs. Non-seulement Redi mit dans ses boîtes des chairs de mammifères communs, comme celles de taureau, de veau, de cheval, de buffle, d'âne, de daim, etc., mais aussi des chairs de quadrupèdes plus rares, qui lui furent fournies par la ménagerie du grand-duc de Toscane, comme le lion et le tigre. Il essaya aussi les chairs des petits quadrupèdes, d'agneau, de chevreau, de lièvre, de lapin, de taupe, etc.; celles de différents oiseaux, de poule, de coq dïnde, de caille, de moineau, d'hirondelle, etc. ; de plusieurs >ortes de poissons de rivière et de mer, comme l'espadon et le thon; enfin des chairs de reptiles, notamment de serpents.

Ces chairs si variées attirèrent des mouches dont Redi sut constater la ponte, et bientôt il vit apparaître de nombreux vers nés des œufs. Ils lui donnèrent, dit-il, quatre sortes de mouches, des mouches bleues (Calliphora vomitoria), des mouches noires chamarrées de blanc (Sarcophaga carnaria ou vivipara) , des mouches pareilles à celles des maisons (Musca domestica), des mouches vert doré (Lucilia cœsar). L'accroissement de ces vers de la viande ou larves de mouches est énorme. Redi reconnut qu'en vingt-quatre heures les larves de la mouche bleue dévorant un poisson augmentèrent selon les sujets, de cent cinquante-cinq à deux cent dix fois le poids initial.

Il fallait faire Une contre-épreuve décisive. Les mêmes

viandes fuient placées dans des Imites recouvertes de

toiles à claire-voie, afin que l'air pût circuler librement et amener la putréfaction, mais de sorte que les mouches, attirées par l'odeur et arrêtées par la toile, fussent dans l'impossibilité de déposer leurs œufs. Redi \it

les chairs se corrompre, mais aucun ver ne s'y développa. Il observa des femelles de mouches introduisant l'extrémité de leur abdomen entre les mailles du réseau, pour tâcher de faire passer leurs œufs, et deux petits vers, issus d'une êclosion interne chez la mouche vivipare, trouvèrent ainsi le moyen de passer à travers la toile.

Redi réfuta aussi l'opinion commune, si souvent répétée dans les sermons des prédicateurs, dans les écrits des moralistes de tous les temps, sur la vanité de l'homme, pâture des vers immondes après su mort. Il lit voir par expérience que les mouches ne savent point Ibuiller la terre, et que les lombrics ou vers de terre, qui abondent dans le sol végétal, ne sont pas carnassiers et ne vivent que de l'humus, dont ils peuvent extraire les sucs nutritifs. Il constata, par de nombreuses épreuves, que les chairs et les cadavres placés sous terre, même aune médiocre profondeur, se corrompent lentement, mais ne sont la proie d'aucun ver. 11 est curieux de voir combien une erreur habituelle est diflicile à combattre et s'empare même des homme- les plus instruits. Ne la trouvons-nous pas dans l'épitaphe de Franklin, d'une piélési originale : « Ici repose, livré aux vers, le corps de Benjamin Franklin, imprimeur, comme la couverture d'un vieux livre dont les feuillets sont arrachés et le titre et la dorure effacés ; mais pour cela l'ouvrage ne sera pas pei'du, car il reparaîtra, comme il le croyait, dans une nouvelle et meilleure édition, revue et corrigée par l'auteur. »

Pendant longtemps on a confondu, sous le nom général d'insectes, un grand nombre d'animaux qui présentent entre eux des analogies incontestables, mais pour lesquels la multiplicité des formes secondaires amenait de grandes complications dans l'étude d'un groupe aussi étendu. Le mot insecte, en effet, signifie corps coupé en anneaux ou segments placés bout à bout, en série. Suivant une conception fort originale de Dugès, médecin naturaliste de l'École de Montpellier, on peut se figurer ces segments comme autant d'animaux distincts, se nourrissant et se reproduisant à part, et cependant coordonnant leurs volontés et leurs sensations, de manière à former un être à la fois multiple et un. La nature réalise presque complètement cette idée hardie dans les affreux vers solitaires qui produisent parfois les troubles les plus funestes dans notre santé.

Si le lecteur veut bien nous le permettre, nous allons rejeter successivement les êtres à anneaux sériés dont l'étude n'est pas notre objet, et nous arriverons bientôt aux véritables insectes.

Il oi d'abord des animaux dégradés sans pattes, ou n'offrant que quelques mamelons mous ou quelques poils comme organes de locomotion. J'ai nommé les mis qui vivent dans les intestins et dans les tissus de l'homme et des animaux, surtout chez les sujets affaiblis; audèbutou à la lin de l'existence, les lombrics que nous voyons sortir avec délices, après les fortes averses, des trous do la terre de nos jardins. Ils se hissent air dehors en s'appuyant de toute part, au moyen de soies roides, crochues, dirigées en arrière, comme le ramoneur qui monte dans une cheminée, étalent sur la terre humide leurs anneaux visqueux, et rejettent l'humus donl leur corps est gorgé et qui est leur seule nourriture.

Los eaux, séjour de prédilection des êtres inférieurs.

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fourmillent d'autres annélides de toutes sortes. Les eaux douces de France contenaient autrefois en abondance les sangsues, aux triples mâchoires dentelées, puissant auxiliaire de la médecine, <'i que nos marchands demandent aujourd'hui aux marais de la Hongrie et plus loin encore. Sur nos côtes, nous rencontrons les serpules vivant dans les tubes entrelacés el serpentants dont elles recouvrenl les rochers et les coquilles, et laissant sortirau dehors un très-élégant panache de branchies ; le sable est rempli de trous où habitent les arénicoles ces vers noirâtres <|iii servent aux pêcheurs à amorcer leurs lignes, et dont le sang, d'un jaune vif, tache fortement les doigts; enfin, après le gros temps, la marée montante jette sur les rivages de l'Océan les aphrodites, au corps couvert de longs poils, comme une soie marine, irisés des mille couleurs de l'arc-en-ciel.

La nature s'est complu, chez d'autres êtres du grand groupe dont nous parlons, à perfectionner les organes et, comme enchantée du plan d'après lequel leur corps se divise en anneaux, elle a reproduit Ja même formule pour leurs membres. Qu'on prenne la patte d'une écrevisse ou d'une araignée, on y verra une série de pièces articulées l'une à la suite de l'autre, succession de leviers coudés que termine une griffe. Nous écarterons d'abord des insectes les crustacés. Habitants presque exclusifs «les eaux, surtout des eaux salées, ils présentent des pattes en nombre lrès-vari»ble, dix chez les homards, les langoustes, les écrevisses et chez les crabes, si nombreux et de formes si diverses, dont la plupart ne quittent pas les eaux peu profondes des côtes, dont quelques-uns, munis de palettes ou rames puissantes, nagent au milieu des fucus flottants, loin de toute terre, dans l'immensité de la plaine liquide. On trouve, d'autre part, quatorze pattes dans ces paisibles cloportes endormis sous les pois à fleurs de nos jardins,

dans ces arraadilles qui vivent sous la mousse humide des bois et se roulent en boule dès qu'on les touche, ne présentant plus au dehors que les cuirasses articulées du dos de leurs anneaux. Bien plus grand encore est le nombre des pattes dans les mille-pieds, qui en comptent environ de vingt et une à cent cinquante paires. Ils restent les derniers réunis aux insectes, et ressemblent, en effet, aux états intérieurs des insectes, lorsque ceuxci rampent en larves sur le sol avant d'acquérir ces ailes, apanage de la locomotion aérienne, objet des ardents désirs de l'homme, attribut quasi divin. Notre grand Cuvier n'était pas encore arrivé à rejeter hors des insectes ces formes inférieures et dégradées.

Le nombre des pattes se restreint et devient fixe dans le groupe bizarre et menaçant des arachnides. Nous trouvons huit pattes seulement dans les araignées, qui tendent de toutes parts leurs toiles perfides, et qui son!, malgré leur mauvaise mine, nos meilleurs amis en détruisant tant d'insectes nuisibles; dans ces phrynes des tropiques, horribles courtisanes aux triples griffes acérées comme des glaives ; dans ces scorpions, chassant aux insectes terrestres comme les araignées chassent aux insectes aériens, et frappant leurs victimes à coups redoublés de leur queue, munie d'un venimeux aiguillon.

Nous arrivons enfin aux insectes, et ce qui nous frappe tout d'abord c'est qu'à l'état parfait ils n'ont jamais plus de six pattes, attachées par-dessous à la poitrine. Leur corps paraît se diviser naturellement en trois parties : la tête, le thorax, l'abdomen (fig. 1). La tête présente en avant deux appendices, simulant des cornes ; ce sont les antennes, qui offrent les formes les plus diverses. On dirait de minces alênes, des soies, des chapelets, des fuseaux, des massues, des peignes, des plumes aux longues barbules. Elles se dirigent en avant lors du vol.

INTHOIHTTION. 9

[es pattes, au contraire, se repliant en arriére. Ces organes sont les oreilles des insectes, ce s o ni des tiges qui vibrenl sous t'influence des sons extérieurs comme de minces baguettes de métal qu'on placerait sur la caisse d'un piano. Les insectes s'appellent, en effet, par

Fig. ]. — Guêpe frelon, en trois segments.

les stridulations les plus variées, et il est bien probable que ceux, en grand nombre, qui nous paraissent muets produisent des sons si légers que notre tympan ne peul les percevoir, tandis que les délicates antennes en éprouvent un imperceptible frémissement. Puis viennent, sur les côtés, deux globes où les appareils gros-

sissants font découvrir des facettes hexagonales par milliers. Ce sont des télescopes que l'insecte braque sur tous les points de l'horizon, et qui servent à lui faire voir les objets à une assez grande distance. Les cour- Inires variables des petites cornées indiquent que l'insecte se sert successivement de ses nombreux télescopes selon les distances des objets. Qu'on prenne une de ces sveltes demoiselles, ces chasseresses cruelles volant presque toujours au bord des eaux, ou bien une de ces grosses mouches qui abondent dans nos bois en automne, une simple loupe permettra d'admirer l'élégant réseau des facettes de ses yeux multiples. En outre, le dessus de la tête porte, chez beaucoup d'insectes, trois petits yeux, disposés en triangle. Ce sont trois puissants microscopes très-bombés. On les trouve surtout chez les insectes qui habitent des galeries peu éclairées ou qui construisent des nids. Ils ont besoin d'apercevoir de trèsprès les plus petits objets. En dessous, la tête présente des pièces buccales variées agissant latéralement l'une contre l'autre, servant à saisir les aliments. Tantôt ce sont des meules puissantes, destinées à broyer des corps durs, ou des cisailles aiguës qui déchirent Après cette première paire de mandibules, viennent les mâchoires et la lèvre inférieure, autres pièces dont les lobes festonnés ou dentelés réduisent les aliments en miettes, et eu môme temps les maintiennent en place devant' la cavité de la bouche : d'autres fois, et nous formerons ainsi un second groupe d'insectes, les mêmes organes deviennent des tubes destinés à sucer des liquides. Ces tubes s'enroulent en flexible spirale chez les papillons, après que ces insectes les ont retirés du fond des fleurs \ ils restenl droits chez les punaises et une partie des mouches, et s'enfoncent comme des stylets sous la peau des animaux, sous l'écorce des plantes. D'autres mouches, comme celles des maisons, ont une trompe molle,

INTRODUCTION. il

charnue, se projetanl sur les objets et les mouillant de salive, pour permettre l'aspiration <lc leur surface liquéfiée. Des palpes grêles, poilus, entourent les mâchoires el la lèvre inférieure, destinés à retenir les petits fragments rejetés sur les côtés et qui pourraient tomber, servant aussi à donner les sensations d'un tad exquis, nécessaires pour reconnaître la nature, la consistance de l'aliment.

Ce thorax, qui succède à la tête, offre dois anneaux, chacun ayant en dessous une paire de pattes (ce sont le prothorax, le mésothorax, le métatkorax). Jamais If premier ne porte d'ailes 5 quand ers organes existent, ils sont placés à la face dorsale. Les ailes sont constituées par une fine membrane portée par des baguettes ou nervures. Elles présentent, quand elles servent au vol, une épaisseur qui décroît d'avant en arrière, loi indispensable el hop méconnue dans tous les essais aéronautiques de notre époque; sinon elles ne servent que de fourreaux, et se nomment alors élytres. On trouve, entre les nervures, des cellules constituant un réseau. Des poils, des écailles, comme une fine poussière, par exemple chez les papillons, peuvent recouvrir la membrane des ailes; ou bien elle reste nue et transparente ; telles sont les ailes des abeilles, des bourdons, des mouflics. Les pattes offrent plusieurs parties ou articles qui se replient l'une contre l'autre, à la façon de l'avantbras sur le bras. Les principales sont la cuisse, la jambe, le taise à l'extrémité, formé, le plus souvent, de trois à cinq articles successifs, terminé par des ongles permettant à l'insecte de s'accrocher auv plus faibles aspérités, et par des poils ou des pelotes charnues donnant à l'animal les sensations de la dureté et de la chaleur des corps sur Lesquels il marche.

L'abdomen qui termine le corps des insectes ne porte pas de membres chez les adultes, sauf dans l'ordre

dégradé des Thysanoures. Ses anneaux peuvent tourner l'un contre l'autre, et en outre se relever plus ou moins. A l'extrémité, on trouve chez les mâles des crochets, tantôt cachés, tantôt apparents au dehors, et chez les femelles l'abdomen est prolongé pour la ponte des œufs, soitsous forme d'un tube ou tarière pointue, parfois per forante, soit par la simple prolraction de ses derniers anneaux, emboîtés l'un dans l'autre et se dégageant comme les tuyaux d'une lunette.

Une enveloppe coriace, cornée, revêt les anneaux des trois parties de ce corps, et ne devient molle et mince qu'aux articulations. A l'intérieur, nous rencontrons les grands appareils de nos fonctions vitales, qui, sous, d'autres types, présentent une complication comparable à notre organisme. Tant pis pour l'orgueil du roi de la création si les pauvres insectes deviennent ses rivaux, comme le lis, dont le simple vêtement éclipsait, dit l'Ecriture sainte, Salomon clans toute sa gloire. De la bouche à l'extrémité opposée du corps, règne un tube muni de plusieurs renflements. A l'entrée, une abondante salive imprègne les aliments divisés par les pièces de la bouche. Parfois détournée de son usage habituel, elle devient le fil avec lequel l'insecte enveloppe le berceau mystérieux de sa dernière transformation; elle nous fournit la plus riche matière textile qui réjouisse notre vanité, cette soie dont les plis voluptueux, flottant autour d'Iïéliogabale, scandalisèrent le sénat dégénéré; cette soie, qui se payait, poids pour poids, avec de l'or, et qui tit couler les larmes de l'impératrice Severina, épouse d'Aurélien, mari trop économe, peu imité de nos jours. Moins heureuse que les femmes de nos ouvriers et de nos paysans, elle se vit refuser une robe de soie par le maître du monde. Les aliments arrivent ensuite dans un estomac où ils s'imprègnent de sucs acides, et enfin, frers l'extrémité de ce tube digestif, des canaux viennent

INTUOMJCTIO.V ^

verser un liquide urinaire constitué par les éléments du sang purifié.

Le sang des insectes <i>t un fluide incolore ou d'une teinte grisâtre à peine sensible, ce qui avail autrefois fait croire que ces animaux étaient privés de sang (animalia exsanguia). Un long canal, formé de chambres successives, règne le long du dos de l'insecte. On le voit très-bien dans les chenilles rases, à peau translucide, par exemple chez le ver à soie On y remarque, dans ses diverses chambres, des mouvements de contraction et de dilatation qui poussent le sang d'arrière en avant. A l'entrée de la tète, au sortir de ces cœurs et d'une courte artère qui les prolonge en avant, le liquide aourricier s'épanche entre les organes et suit divers courants qui le conduisent dans les pattes, dans les antennes, dans les ailes au moment où elles se forment. Ces courants sanguins sont manifestes pour l'œil armé d'un verre grossissant chez certains insectes des eaux à leurs premiers états ; tels sont les éphémères, où la peau transparente permet de suivre le mouvement vital intérieur.

Chez l'insecte, comme chez tous les animaux, il faut que l'air vienne réparer les pertes du sang épuisé parce qu'il a nourri les organes. 11 doit reprendre cet air vital, cet oxygène qui lui rend son action vivifiante. Qu'on imagine de chaque côté du corps de l'insecte deux troncs formés par des vaisseaux à mince paroi, d'où partent des rameaux en tous sens, simulant des arbuscules trèsdélicats; qu'on suppose ce système relié à l'air extérieur par des paires d'oriûces s' ouvrant sur les côtés des anneaux, ou aural'idêe de l'appareil de la respiration. Ces orifices, comme des boutonnières, se nomment les stigmates, et se voient très-bien, surtout ;mr les chenille-, où la couleur de leur pourtour tranche sur celle de la peau de l'animal. Un cercle corné, le pévitrème, maintient le calibre de la fente. La délicate arborisation de

ces trachées (tel est le nom des tubes à air) s'observe parfaitement quand, à l'aide d'une aiguille, on dissèque sous l'eau les tissus d'un insecte ; on dirait des fils d'argent. L'air les remplit et se trouve ainsi en rapport avec le sang. Quand l'insecte vole peu ou qu'il est à l'état de larve rampante, ces tubes sont cylindriques partout ; dans les insectes qui volent bien, ils se renflent en ampoules. Celles-ci se remplissent d'air qui gonfle le corps de l'animal et facilite sa locomotion aérienne en diminuant sa densité moyenne. En outre, ils mettent en magasin le corps comburant, source de la force musculaire considérable nécessaire pour le vol. Par une conséquence naturelle, la température du corps de ces forts voiliers peut s'élever beaucoup au-dessus de celle du milieu ambiant, de 12° à 15° centigrades parfois dans ces gros sphinx qui butinent le soir sur nos fleurs en agitant leurs ailes avec une vibration rapide. C'est surtout dans le thorax, où s'attachent les ailes, que la chaleur propre ainsi développée est considérable et peut monter parfois de 6° à 8° et même plus au-dessus de la température de l'abdomen du même insecte. Il y a dans le thorax un véritable foyer, lié directement et comme proportionnellement à l'énergie du vol l. Les adultes ne sont pas doués exclusivement chez les insectes de la faculté calorifique : on est étonné, dans divers cas, de la chaleur énorme que peuvent produire certaines larves. J'ai vu, dans des gâteaux d'abeilles remplis par les larves remuantes de la galerie de la cire, le thermomètre monter de 24° à 27° centigrades au-dessus de l'air extérieur, au point que la main était très-fortement impressionnée. Quand on saisit dans le filet les gros sphinx, on sent très-bien

1 Voy. Ann. des sciences natur. zooL, 1809, et Maurice Girard, Etudes sur la chaleur libre dégagée par les animaux invertébrés, et particulièrement les insectes. (Thèse de doctoral de la Faculté des sciences de Paris, 1800.)

entre les doigts la chaleur de leur corps frémissanl Les insectes font entrer l'air dans les trachées avant de s'envoler, au moyen de dilatations el de contractions successives de leur abdomen, <|ui remplissent l'office d'un piston de pompe foulante. On observe très-bien le hanneton soulevant aombrede fois ses élytres, et faisant ainsi glisser de l'air le long de son corps, puis le forçant à pénétrer dans ses stigmates par l'abaissement de cette sorte de valve de soufflet : les enfants disent alors qu'il compte ses crus. Enfin, suffisamment -nulle, il prend son essor. De même on voit d'habitude les criquets, aux ailes inférieures en éventail, souvent Menés ou rouges, ne s'élancer dans leur vol qu'à deux ou trois mètres; mais certaines espèces, quand la nourriture manque, poussées par un mystérieux instinct, doivent au contraire parcourir d'immenses distances, à l'aide du veut, en nuées dévastatrices. Elles se préparent plusieurs jours d'avance à ces funestes voyages, et se remplissent peu à peu d'air. Leurs trachées, qui à l'ordinaire apparaissent dans la dissection comme des rubans aplatis, sont alors des tubes ronds et renflés, avec (les ampoules distendues çà et là. Il faut un moyen de relier les fonctions diverses de ces admirables appareils, d'envoyer à tous les organes de ce petit corps les ordres souverains et de rapporter au frêle individu les sensations extérieures si intéressantes pour la conservation de son existence. L'insecte est muni d'un système nerveux compliqué, formé principalement d'un cerveau dans la tète, envoyant de minces rterfs aux antennes et aux yeux simples, et de gros nerfs optiques aux yeux composés, qui s'irradient en milliers de petits filets pour chaque œil élémentaire. Puis un collier nerveux qui entoure le tube digestif unit ce cerveau à une chaîne nerveuse qui s'étend en dessous tout le long de la face ventrale el se renfle en série de ganglions. En outre des systèmes nerveux accessoires, plus spé-

ciaux, sont chez les insectes, les analogues des nerfs pneumo-gastriques et du grand sympathique de l'homme. Des organes aussi parfaits indiquent dans l'insecte une créature très-élevée, malgré sa petitesse. C'est lui qui offre la plus puissante locomotion connue. Des mouches, en été, suivent les convois de chemin de fer lancés à toute vitesse et parviennent à entrer dans les wagons. Certains papillons, comme le sphinx du laurier-rose, le >phinx rayé, le sphinx célério, sont originaires de l'Afrique et même du cap de Bonne-Espérance, et se transportent en certaines aimées clans l'Europe centrale et vont parfois jusqu'en Angleterre. Nous avons déjà fait mention de la vue, de l'ouïe et du toucher des insectes en rapport avec des organes très-développés. C'est surtout l'odorat, dont le siège laisse encore certaine incertitude, qui est le sens éminemment subtil de ces faibles animaux. Les antennes, outre leur fonction acoustique, semblent aussi les organes de l'odorat. Voici une expérience récente et curieuse de M. Balbiani, qui parait bien concluante. Dans deux boîtes séparées et éloignées étaient, dans l'une des femelles de papillons de vers à soie, dans l'autre des mâles, dont une partie avait les antennes coupées. Dès qu'on plaçait au-dessus d'eux le couvercle de la boîte des femelles, imprégné de leur odeur, les mâles à antennes agitaient leurs ailes et leurs pattes, les mutilés restaient parfaitement calmes. Ici on ne peut invoquer ni vue, ni ouïe, l'odorat seul a agi par les antennes. Les mouches à progéniture Carnivore sont attirées de très-loin par l'odeur des viandes, même quand celles-ci sontrecouvertes de linges qui en empêchent la vue. Bien plus, trompées par l'odeur de certaines plantes fétides, elles vont confier à leurs corolles nauséabondes des œufs dont les produits sont destinés à périr faute d'aliments. L'instinct maternel est égaré et vaincu par l'attrait sensuel.

Los sexes sonl toujours séparés chez les insectes, el ce sont surtout les mâles qui présentent ta locomotion la plus active, les antennes plus longues, plus fortes, plus ramifiées, les yeux plus gros. Chez beaucoup d'insectes, If mâle est voyageur, la femelle sédentaire.

On trouve en général, dans les papillons de nuit, la Femelle lourde, paresseuse, livée aux branches ou contre les troncs, et, qui plus est, parfois même privée d'ailes, à organes des sens presque nuls. En revanche, le mâle est. attiré par des émanations odorantes à d'incroyables distances. <»n a vu dans des appartements, au milieu de Paris, les mâles d'un papillon qu'on nomme le bombyx tau ou la hachette (d'après la forme «les taches qu'offrent ses ailes) venir chercher les femelles, et l'espèce n'existe au plus près qu'à Bondy el à Saint-Germain.

Rien de plus curieux que de suivre dans nos bois les vagabondes excursions du mâle du minime à bandes (Bombyx quercus). Il vole par mouvements saccadés avec de continuels crochets. Si son odorat lui indique une femelle tapie dans la mousse ou sous un buisson, il tournoie tout autour, s'éloigne un peu, revient, frôle les feuilles sèches ou les herbes. El p ar ait suivre une piste volatilisée, ou écouter de faibles sons de la femelle, imperceptibles pour nous, ne l'aperçoit que lorsqu'il en esl proche, et fond alors vers elle en ligne droite, comme une flèche.

La conservation d'une postérité que les insectes ne connaîtront pas pour la plupart, l'édification des nids OÙ elle devra trouver un abri chaud, une table succulente, mais sans restes, et mesurée d'avance jour par jour, la fabrication des pièges de chasse les plus ingénieux, la construction de fourreaux, de coques protectrices pour passer certaines phases de leur existence©) ils sont mal armés et contre les éléments et contre d'innombrables ennemis, les ruses pour échapper aux agrès-

seurs, tous ces besoins complexes exigent de prodigieux instincts. Je dirai pins, une véritable intelligence éclate parfois chez les insectes placés dans des circonstances anomales, imprévues, et l'observateur demeure confondu d'étonnemènt et d'admiration en reconnaissant chez ces êtres, parfois presque imperceptibles, des idées communiquées et les lueurs divines de ce raisonnement que le Créateur n'a pas accordé à l'homme seul, dût s'en humilier notre orgueil. En rejetant un grand nombre de faits où des émanations olfactives ont pu guider les insectes, on me pardonnera de citer quelques observations presque incroyables pour ceux qui n'y sont pas préparés par une connaissance approfondie de ces petites merveilles. On voit des insectes nidifiants, pour s'épargner la peine de creuser une terre dure ou des bois résistants, se servir des vieux nids d'autres espèces et les modifier de manière à les approprier aux besoins de leurs larves. Un bien curieux exemple fut constaté autrefois au Muséum. On avait placé au dehors, abandonné, un nécrentome, vase de laiton où les boîtes d'insectes de collection sont soumises à la vapeur d'eau bouillante, afin de tuer les larves qui les dévorent. On trouva le tube métallique de sortie de cette vapeur contenant des loges superposées d'une xylocope, qui entrait et sortait plusieurs fois par jour. L'insecte, dans son intelligente paresse, avait trouvé ce tuyau propice, et s'était soustrait au travail de creuser une poutre d'un trou cylindrique pour y loger sa postérité. Huber, le fils du célèbre observateur aveugle des abeilles, avait placé sur sa table un nid de bourdons, et, comme il était mal posé et remuait sans cesse, la colonie ne pouvait travaillera l'intérieur. Grand embarras! les bourdons sortent, tournent autour du nid, l'examinent. Quelques-uns s'aperçoivent qu'en s'appuyant à reculons contre ce nid chancelant ils le soutiennent. D'autres, eu même temps, bâtissent des piliers de cire,

INTRODUCTION, l'.i

et, ce travail achevé, les souteneurs, comprenanl que leur dévouement est devenu inutile, se retirent et se mêlent aux autres. Dn insecte carnassier, un sphex, qui chassai! dans une allée de jardin, tue une mouche énorme jpar rapporl à lui, lui coupe la tête et l'abdomen, et emporte triomphant le thorax pour nourrir la famille qui naîtra de ses œufs. Un venl violent règne, il frappe dans les ailes étendues du thorax <le la mouche, et le pauvre sphex , incapable de surmonter celle nouvelle résistance, tournoie sur lui-même plusieurs fois, il laisse retomber son fardeau, le reprend; c'esl en vain; toujours le maudit venl s'oppose à ce qu'il l'entraîne dans son vol. Une idée subite l'illumine; il se laisse tomber à terre avec sa proie, lui arrache lestement lei deux ailes l'une après l'autre, et, vainqueur d'Éole, remonte dans l'air ne portant plusentre ses pattes (prune grosse boule sur laquelle le fluide glisse sans résister. Mu sait que certains insectes, agents prédestinés de l'hygiène générale, enterrent les petits cadavres après y avoir déposé leurs œufs. Aussi les appelle-t-on nécrophores ou fossoyeurs. Pour le soustraire à leurs atteintes, un crapaud, qu'on voulait l'aire sécher au soleil, fut fiché au bout d'un petit bâton. Los nécrophores vinrent creuser au-dessous, firent tomber crapaud et bâton et enterrèrent l'un et l'autre. Los abeilles ont une grande mémoire des localités, elles reconnaissent leur ruche au milieu d'une foule d'autres; si un champ est cultivé de fleurs qui leur plaisent, elles retournent l'année d'après au même endroit, lors même que sa culture est toute changée et qu'elles n'y font plus qu'un maigre butin. Un essaim égaré avait été se loger sous les poutres d'un toit et y avait commencé ses gâteaux dorés. Le maître le prend et le met dans une ruche. Le lieu précédemment choisi avait plu singulièrement aux abeilles, car pendant huit années tous les essaims de cette ruche (el aucun de-

autres ruches voisines) envoyèrent quelques éçlaireurs le reconnaître. Le souvenir en fut donc non-seulement conservé dans la petite nation, mais transmis à plusieurs générations de descendants. Huber père constatait à Genève, en 1806, que le sphinx à tête de mort abondait. Il est très-gourmand de miel, entre dans les ruches, et casse tous les gâteaux en promenant son énorme corps dont le volume est plus de cent fois celui d'une abeille. Qu'on juge donc du ravage ! Quelle terreur ! Les abeilles demeurèrent quelque temps résignées. Puis le courage revint avec la réflexion ; la force était impossible, la ruse fut employée. Un épais bastion de cire s'éleva à l'entrée de toutes les ruches du pays ; une petite poterne ne laissait passer qu'une abeille à la fois ; les sphinx gloutons, mais dépourvus d'appareils tranchants, volaient en frémissant contre l'obstacle, mais ne purent entrer. L'année suivante les sphinx forent rares, les abeilles refirent de grandes entrées plus commodes. Au bout de deux ou trois ans l'ennemi revient plus nombreux. Cette fois les abeilles sont averties, et immédiatement les orifices des ruches sont rétrécis.

Avant d'entrer en matière, il est indispensable de distinguer les principaux groupes des insectes. Sans cela tout langage serait impossible. Qu'on ne s'effraye pas de

quelques mots, de vulgaires exemples les feront retenir tout de suite. Un premier ordre, celui des coléoptères, comprend des insectes à quatre ailes, dont les supérieures ne servent pas au vol ( fig. 2 ) . Ce sont des étuis plus ou moins coriaces, quelquefois colorés, tachetés de vives nuances. Au-dessous sont de longues ailes membraneuses qui se replient en deux pour entrer sous

Silphe à quatre points, volant.

Yélytre (ainsi se nomme l'aile supérieure). Toul le inonde se rappelle à l'instanl I»' hanneton, la cétoine dorée, etc. L'ordre suivanl nous offre des insectes donl les premières ailes sent Longues, étroites, servant encore de fourreau aux secondes, mais moins complet, moins solide

(fig. 3). Les ailes de dessons sonl très-larges, «'I an repos

Pachytyle migrateui

se plissent comme un éventail à partir de loin- point d'attache. Ce sont les orthoptères, ainsi les sauterelles, les grillons, les mantes, les criquets.

Viennent ensuite les névroptèrcs, dont les quatre ailes sonl membraneuses et en général offrent nue fine el délicate réticulation, une sorte de dent. die (fig. il

type I'1 mieux connu de Ions nous est donné par I'1- lil»«'l-

Iules ou demoiselles, qui volent non loin des eaux où elles passent leurs premiers états.

Tous les insectes que nous venons d'énumérer sont loute leur vie des broyeurs, c'est-à-dire que leur bouche est entourée de meules, de cisailles, de brosses dures destinées à triturer, à couper les aliments, à les diviser en minces parcelles, et des appendices poilus ou palpes retiennent les petits morceaux qui, sans cela, pourraient échapper à l'entrée de la bouche et tomber.

•i. — Libellule déprimée.

Le mode d'alimentation n'est plus le même dans les ordres qui suivent. Dans les deux premiers que nous indiquerons, l'insecte a encore la bouche conformée pour broyer, dans la première période de son existence, à la façon des précédents; mais, quand il a pris des ailes, tout change, et les liquides sucrés des fleurs deviennent eu général la seule nourriture d'êtres qui, dans leur enfance, beaucoup plus voraces, avaient une nourriture plus grossière , dévoraient d'autres insectes ou des pâtées spéciales préparées par leurs mères, ou

[NTR0D1 CTION.

des feuilles, des bois, dos fruits. Tels sont les hyménoptères, à ailes membraneuses comme le groupe précédent, mais dont les nervures divergentes dessinenl «le grandes cellules (fig, 5). A Triai adulte, ils lèchenl

1rs matières liquides

largi

l'.ounlon tiTi-csIn-, un -.si- l'riiicllc

langue cornée qui se promène à leur surface, el le liquide, aspiré ensuite, va s'accumuler dans une poche particulière . à l'intérieur du tube digestif.

On reconnaît les abeilles, les bourdons, les guêpes. Il l'aui y joindre un second groupe des plus naturels, les brillants papillons; ils enfoncent dans la corolle des fleurs une longue el mince trompe qui, au repos, s'enroule en spirale sous la tête. Leurs ailes ressemblent, dans leur essence, à celles des précédents, mais leur apparence première est tout autre. Elles paraissent parsemées de grains de poussière de toutes les nuances possibles et disposées, par la fantaisie du Créateur, en arabesques les plus variées et les plus éclatantes. Cette prétendue poussière, qui reste attachée aux doigts quand on saisit l'insecte sans précaution, est formée, comme le microscope le montre, de petito écailles de figures très-diverses, implantées par des pédicules en rangées régulières dans la membrane des ailes (fig. 6). l)e là le nom de lépidoptères donné à ces petits êtres aussi splendides dans leur dernière forme qu'ils semblent vils et mal vêtus dans leur jeunesse. C'est seulement pour le bal de leurs noces qu'ils prennenl leurs riches atours, et, fleurs aériennes, rivalisent de magni-

fîcence avec ces fleurs immobiles où ils puisent dédaigneusement quelques parcelles de nectar parfumé. Bientôï les feuilles et les broussailles ont déchiré et sali leurs ailes délicates, le soleil en a terni la vivacité, et le couple meurt après la fécondation et la ponte.

Fig. 6. — Papillon alexanor.

Nous terminerons l'examen des insectes par les groupes où ces animaux se nourrissent en suçant les liquides dans toutes les phases de leur existence. Les hémiptères enfoncent dans la peau des animaux ou dans i'écorce des plantes une sorte de stylet dur et droit, couché au repos sous la face inférieure de leur corps, entre leurs pattes. Tantôt leurs ailes sont entièrement membraneuses, ainsi chez les bruyantes cigales; tantôt celles de la paire inférieure ont cet état, tandis que celles de dessus, coriaces à leur base, ne deviennent minces et transparentes qu'à l'extrémité (fig. 7); on peut citer, pour ce second cas, les punaises de bois et celles des eaux.

Le dernier grand ordre des insectes, celui des diptères, comprenant les immenses légions des cousins

et des mouches, se reconnaît tout de suite en ce qu'il parail n'avoir qu'une seule paire d'ailes membraneuses, pareilles aux ailes antérieures des hyménoptères. Kn les regardant de plus près, <»n voit au-dessous une paire de petits organes formés (rime tige grêle terminée par une boule. On les aperçoit très-bien en prenanl une de ces grandes tipules qui volenl le soir en abondance dans les jardins potagers.

Ces singuliers appareils s.- nomment les balanciers, par analogie avec le balancier des danseurs de corde. Cette comparaison est inexacte, car les balanciers des diptères ne servent pas à les maintenir en équilibre, mais concourent au vol d'une manière active et efficace. Si l'on pique par le milieu du Ihorax une des mouches si agiles ^f^é. desbois, on pourra remarquer sous la loupe, quand le pauvre insecte essaye de fuir en exécutant de rapides vibrations d'ailes, que les balanciers sont aussi agités de mouvements précipités. Si on les coupe délicatemenl avec des ciseaux à broder, le diptère ne peu! presque plus voler et descend en tournoyant. Chez beaucoup de mouches, où les balanciers sont courts, une observation attentive nous fait voir qu'ils sont entourés, par-dessus, d'une sorte de collerette blanchâtre, formée par deux minces membranes appelées cuillerons. Qu'on me pardonne ces détails, ils peuvent apprendre combien les insectes les plus dédaignés par leur peu d'éclat offrent encore de ressources à la curiosité intelligente. Une humble mouche peut distraire d'un long ennui quiconque saura l'étudier de près el rec laître, sous un verre grossissant, sa merveilleuse structure. Les diptères sont (\^> suceurs de liquide-. Tantôt, comme les cousins et les taons, Tel-

iïoi du bétail , ils enfoncent dans la peau des stylets acérés; tantôt, comme la mouche des maisons, ils déplient une trompe molle et spongieuse, et la promènent sur les surfaces humides des viandes, des fruits, des fumiers.

A côté des groupes supérieurs viennent, selon la grande loi de la nature, quelques types dégradés dont les représentants vivent souvent en parasites sur des animaux, trouvant ainsi la table toujours servie, alors que la lenteur de leurs mouvements et leurs faibles organes de marche les exposeraient à mourir de faim s'ils devaient chercher en liberté leur pâture. Les ailes manquent toujours à ces insectes moins heureux, à la première apparence, que leurs frères aériens, mais toutefois admirablement appropriés aux conditions de leur obscure existence. Ainsi sont constitués les thysanoures, dont un type nous est offert par ces insectes plats, aux écailles brillantes, qui courent dans les armoires humides des garde-manger, dévorant les provisions, et que les enfants nomment petits jjoissons d'argent: ainsi se présentent les aphaniptères ou puces, vivant sur un grand nombre de mammifères, avec de très-légères différences d'espèces, et les hideux anoploures ou épizoïques, création désagréable où les partisans exagérés des causes finales veulent voir une excitation providentielle à la propreté, vertu si importante à l'hygiène publique.

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