CHAPITRE M
Idées anciennes sur les métamorphoses. — Véritable acception I lutions successives - Mur-. Insectes sans métamorphoses. — Insectes à métamorphoses incomplètes. — Insectes â meta rpl
complètes. — Conclusion.
L'insecte éclôl ; il ronge ou brise la coque de l'œuf. Il n'a pas encore les Tonnes qui viennent de nous servir à caractériser les groupes fondamentaux. Ces petits animaux passenl en effet par une série de transformations
des plus curieuses. Les anciens avaient quelques notions sur ces changements. Ainsi Aristote nous dit, dans son Histoire des animaux iliv. V, chap. xvm) :
« Les papillons proviennent des chenilles. C'est d'abord moins qu'un grain de millet, ensuite un petit ver qui grossit et qui, au bout de trois jours, est une petite chenille. Quand ces chenilles ont acquis leur croissance, elles perdent le mouvement et changent de forme. On les appelle alors chrysalides. Elles sont enveloppées d'un étui terme. Cependant, lorsqu'on les touche, elles remuent. Les chrysalides sont enfermées dans des civiles faites d'une matière qui ressemble aux tils d'araignées. Klles n'ont pas débouche ni d'antres parties distinctes. Peu de temps après, l'étui se rompt, et il en soit un animal volant que nous nommons un papillon. Dans son premier état, celui de chenille, il mangeait et rendait des excréments; devenu une (lus-
salide, il ne prend et ne rond rien. Il en est de même de tous les animaux qui viennent des vers. »
Chez les Grecs, le mot Ivyi. (psyché) signifie à la fois papillon et âme. Beaucoup de philosophes ont été frappés de retrouver, dans les divers états des insectes, une image parfaite des transformations de notre nature. La vie de l'homme, sa mort et son réveil semblent avoir leur représentation admirable dans la vie, le sommeil léthargique et le réveil du papillon. Comme la larve rampante, l'homme se traîne sur la terre; comme la nymphe immobile, l'homme dort dans sa tombe; comme l'amant des fleurs, insecte aux ailes d'or et d'azur, l'homme renaît à la vie par l'immortalité de l'âme. Combien l'analogie est encore plus complète dans la doctrine de l'Église catholique, de la résurrection des corps!
Cependant, sous ces brillantes comparaisons des sages et des poètes antiques, se cache une très-grave erreur d'histoire naturelle. Ils croyaient à un changement absolu, complet, dans le sens mythologique, comme Actéon devenu cerf par la pudique colère de Diane, comme ïo transformée en génisse, vengeance cruelle de Junon. C'est dans ce sens qu'ils comprenaient les métamorphoses des insectes, mot qui doit éveiller aujourd'hui mie autre idée. Les observations de P.edi, de Vallisnieri, de Swammerdam, de Leuwenhoeck ont fait reconnaître qu'une individualité unique se conserve sons ces formes multiples, et qu'un examen patient peul saisir leurs passages et les deviner. Rien de plus différenl à la première vue qu'une chenille et un papillon; il semble qu'aucune partie du premier être terrestre el rampant ne subsiste quand l'adulte s'élance dans l'atmosphère. En regardant mieux cependant, on voil que 1rs pattes sont conformées sur deux modèles différents. Celles qui viennent portées sur les
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trois premiers anneaux à la suite de la tête, el au nombre de six, sont en forme de pointes coniques, un peu recourbées, de consistance cornée; les autres, au nombre de dix If plus souvent, <>ni l'aspect de mamelons arrondis el mous (fig. 8). On \ reconnaît, par le grossissement, une couronne de petits crochets qui permettent à l'animal de marcher, sans glisser, sur les surfaces lisses dos feuilles, M de plus, à sa volonté, des
Fig. 8. — Chenille de Sphinx de troène.
muscles plient en deux, selon un de ses diamètres, ce large pied charnu, et en font une pince qui se cramponne aux pétioles des feuilles et à leurs bords, lie ces dernières pattes, nulle trace ne subsiste chez le papillon; niais Réaumur s'assura le premier qu'en coupant à des chenilles une ou plusieurs des pattes écail- [euses des trois premières paires, le papillon qui éclôt par la suite se montre mutilé des mêmes membres. Os patles tiennent donc la place et sont la première ébauche des six pattes, qui sont le nombre normal el exclusif des appendices de locomotion terrestre des insectes adultes.
Comme si l'homme ne pouvait jamais arriver à la vérité du premier coup, el sans y mêler les gratuites chimères de son imagination et les erreurs de ses préjugés, Swammerdam prétendait retrouver, sous la peau
de la chenille, les différentes enveloppes qui la conduiront au papillon. Ces idées d'emboîtement ont eu beaucoup de peine à disparaître de la science. On n'avait pas étudié autrefois ce qui se passe dans l'œuf, et on était habitué à voir naître les jeunes mammifères, les petits des oiseaux, pareils à leurs parents, sauf la taille. On voulait à toute force que .tout fût fait dès l'origine de l'être. 11 semblait que la chenille, semblable à ces grotesques de nos cirques forains, chez qui un élégant acrobate se cache sous les vêtements divers et ridicules d'un grand nombre de personnages successifs, était constituée par des fourreaux superposés, et que l'être parfait se trouvait comme enseveli au milieu de ces langes multiples, destiné à sortir un jour du sépulcre. Rien de plus faux; ce n'est que tour à tour qu'une nouvelle peau s'organise sous l'ancienne, qui crève comme un gant trop étroit. 11 y a une série d'évolutions graduelles. C'est là l'idée récente et exacte des métamorphoses. Cette cause mystérieuse, qui est le mouvement vital, assemble, à temps voulu, les matériaux plastiques sur des modèles nouveaux, que rien parfois ne fait prévoir. Prenons garde. Une grosse erreur était encore entrée par cette nouvelle porte. Qui ne connaît cette séduisante théorie des perfectionnements sériés de la création, cette échelle des êtres de Leibnitz, de Bonnet, allant de la monade à l'homme, en rencontrant sur son chemin le ver, la limace, l'insecte, le poisson, le reptile, l'oiseau. Elle conduisit à admettre les formes passagères d'un même être en voie de développement comme pareilles aux états définitifs des créations moins élevées. Il n'en est rien en réalité; chaque insecte, dès que ses premiers linéaments sont formés dans l'œuf, a son cachet propre, sa place distincte. 11 ne s'identifie pas à d'autres animaux, ni éloignés, ni voisins.
LES ÏÉTAMORPHOSI S. 31
Si nous ouvrons les œufs de la poule dans les vingl ci un joins que dure L'incubation maternelle, nous trouverons chaque fois un être varié, depuis le premier jour, où la lâche blanche qui recouvre le jaune s'élargit, s'accuse en son milieu en une ligne, el se raye de délicats filets sanguins, jusqu'au dernier jour, où le jeune oiseau nous apparaît tout emplumé e1 portant sur le bec cette pointe cornée qui lui permel de briser la coque. Chez les insectes, les petits embryons paraissent hors de l'œuf, de bonne heure, parfois Irès-éloignés de la ressemblance originelle qu'ils auront pins lard. Ils sont analogues à ions ces poulets des vingt et un jours qui sortiraient «le leur captivité avant la dernière l'orme, la forme parfaite. Seulement, les insectes éclosent pins ou moins avancés, et doivent accomplir hors de l'œuf les phases par lesquelles l'oiseau passe sonla coque. 11 en est qui sont semblables à des poulets qui naîtraient près de la fin de l'incubation et n'auraient plus qu'à compléter quelques organes. D'autres, au contraire, ('closent très-différents de l'état final, comme des poulets qui briseraient l'œuf aux premiers jours, el dont les formes de passage ne rappelleraient que bien peu encore le type d'origine. Aussi, tous les degrés existent dans les métamorphoses des insectes, comme nous allons l'expliquer.
On a réservé, à proprement parler, le nom de métamorphose* à des changements considérables qui ont lieu à certains intervalles, et après lesquels l'insecte offre un aspect nouveau. En outre, par périodes, l'animal se dépouille de sa peau et apparaît avec un nouveau tégument rajeuni et une taille augmentée, sans modification, du teste, dans l'aspect général. Ce sont les mues. En effet, la peau de l'insecte en évolution cesse de croître une lois formée, elle devient un habit trop juste pour le corps qui grossit en dessous, elle parait tendue sons un effort
interne. La mue est un travail pénible, une véritable crise dans laquelle l'animal semble souffrir. Il ne mange plus et reste immobile ; il succombe souvent, surtout quand la mue doit devenir une métamorphose. La peau se fend le long du dos à la région du thorax, et l'insecte dégage le dos, puis la tête, les pattes, l'abdomen. Les jeunes chenilles laissent toujours échapper des fils de soie dont elles tapissent les feuilles, les tiges. Ils leur servent de support pour se cramponner et s'arc-bouter dans cette opération pénible où elles doivent sortir du vieil étui. En général, les mues se répètent quatre fois, parfois trois seulement, pendant le premier état de l'insecte. Elles peuvent amener des changements partiels et légers dans l'aspect de l'insecte. A des chenilles velues, on voit succéder des chenilles rases, comme le ver à soie en offre l'exemple. On voit la couleur des peaux successives se modifier. Chacun connaît le petit ver à soie noir en sortant de l'œuf, et qui finira par devenir d'un blanc plus ou moins pur. Des tubercules, des poils, des épines sont aussi le résultat des mues .
On donne le nom cl 'âges, d'après ce qui se passe chez le ver à soie, aux diverses périodes de la vie de l'insecte, séparées soit par une mue, soit par une métamorphose. Les changements sont déterminés, à des époques un peu variables, par diverses circonstances extérieures. Tantôt une surabondance de nourriture fait croître la nouvelle peau sous l'ancienne ; parfois, au contraire, quand le régime doit changer, la difficulté de se procurer les vivres semble exciter à la transformation. Enfin, le froid qui engourdit les insectes, les arrête et les maintient dans les phases transitoires, tandis que la vivifiante ardeur du soleil, ce véritable roi de la nature animée, hâte les passages et précipite ces étapes de reptation et d'humilité qui doivent amener le chétifprotée à la splendeur
qu'illuminera la vive lumière
constamment les mêm<
de son dernier vêtement de son domaine aérien.
Il y a quelques insect< [immutabilia insectà), dans lesquels la taille, les mues cl le développement des organes reproducteurs sont le Seul changement. Ils naissent lois qu'ils seront toujours, ainsi que les petits i\r> mammifères et des oiseaux, mais, par un inexplicable renversement, ce sonl précisément ces insectes dégradés et sans ailes dont nous avons parlé qui prennenl de la sorte un caractère des êtres supérieurs, tout en demeurant les derniers de leur groupe. Nous ne nous en occuperons pas.
Les autres insectes doivent nous offrir deux plans généraux de métamorphoses.
Les premiers, nommés insectes à métamorphoses incomplètes, naissent dans un état avancé de développement. Ils n'ont (pie les six pattes du thorax, mangent au sortir de l'œuf la nourriture qu'ils auront sans cesse par la suite, vivent dans les mêmes lieux, réglés par les mêmes mœurs. Les trois états différent peu.
L'insecte est d'abord larve, ce qui veut dire être caché ou masqué, et alors il n'a pas d'ailes; puis il devient nymphe, et, dans cet état, des rudiments d'ailes se montrent, mais ces ailes sont courtes, repliées, impropres au vol (fig. 9). Tout le monde connaît les sauterelles qui abondent dois nos prairies, les punaises de bois qui vivent sur différents -végétaux et que trahit leur odeur infecte ; on peut très-bien y suivre ces deux états, sans qu'on cesse d'avoir sous les yeux des êtres très-analogues. Enfin les ailes se développent, alors que l'insecte a quitté sa dernière
Fig. 9.
Nymphe tic Némoure
bigarrée.
peau, et on obtient l'état adulte ou parfait, ce que Linnaeus appelle l'image, pour indiquer que l'animal est arrivé à sa représentation complète, à la forme sous laquelle il est apte à perpétuer son espèce. A ce premier groupe d'insectes appartiennent les orthoptères, les hémiptères et une partie des névroptères. On a quelquefois beaucoup de peine à saisir l'instant où commence la nymphe, les premières apparences d'ailes pouvant se montrer sans changement de peau et s'accroître lentement avec continuité.
Aussi MM. R. Owen. et Murray ont émis l'opinion que, chez ces insectes, surtout les orthoptères, les véritables états de larve et de nymphe se passent sous les enveloppes de l'œuf. Les mues ne seraient plus, comme chez les crustacés, qu'une simple affaire d'accroissement, de même que le développement des organes du vol. Ces mues sont parfois très-nombreuses ; ainsi on a vu des orthoptères en subir douze; on s'assure difficilement de leur quantité, car souvent les insectes mangent leur peau aussitôt qu'ils l'ont quittée. Il n'y a pas plus de vraie métamorphose qu'au changement de peau des chenilles, qui prennent ou perdent des poils, des piquants, de brunes deviennent vertes, etc.
Un autre groupe, le plusmerveilleux, le plus étrange, c'est celui des insectes à métamorphoses complètes. Les trois phases de l'existence hors de l'œuf offrent toujours un étal moyen où l'insecte, devenu immobile, cesse de manger. Il perd alors peu à peu de son poids par évaporation, respire à peine, et la surface de son corps inerte peut s'abaisser souvent un peu au-dessous de la température du milieu extérieur. Dans celte nymphe, véritable second œuf, se forment les organes de l'adulte aux dépens d'une pulpe d'abord molle et laiteuse et sans parties internes bien distinctes. Il arrive alors très-souvent que Le genre d'alimentation de la larve et de l'adulte,
l ES MÉTAMORPHOSES
séparés par ce! étal <l<' \i<' latente, a changé. A des l,i pvi ^ qui vivaient de b<>i>, de feuilles, ou de sang h <!•■ chairs fraîches ou mortes, succèdent, après un temps d'arrêt et de jeûne, des insectes qui suceronl Le miel des 11. mus on feronl une pâtée avec leur pollen. Habituellement, les insectes mangent peu au dernier état, et même certains, privés de bouche apte aux aliments, demeurent sans nourriture, appelés uniquement an but de propager l'espèce.
(liiez les Coléoptères et les Hyménoptères, la larve change complètement de forme dans sa dernière mue, prend l'aspect de L'insecte parfait, avec ses sis pattes <'t ses ailes, mais le tout immobile, contracté, ramassé sur soi-même (fig. 10). Une peau fine enveloppe toutes les parties, sorte de sac moulé sur les organes et les tenant
Fig. 10. — Nymphe de Guêpo commune.
Fig. 11. — Nymphe d'Orycte nasicorne mâle.
forcément immobiles, sans empêcher de les parfaitement reconnaître (fig. M). Souvent un cocon soyeux ou nue coque de matière agglutinée enveloppe ces nymphes. Si, au contraire, on passe aux Lépidoptères, la larve prend
le nom spécial de chenille. Elle devient, à sa dernière mue, une masse indivise, conique, avec les anneaux de l'abdomen bien distincts et mobiles, au moins au commencement. Antérieurement, se dessinent très-confusément, sous une peau dure et fixe, en grand raccourci, les pièces de la bouche, les antennes, les ailes. On dirait une momie emmaillottée où certains compartiments de l'enveloppe externe indiquent grossièrement les formes. C'est ce qu'on appelle la fève, à cause de la couleur habituellement brunâtre et de l'aspect desséché (fig. 12),
Fig. 12. — Chrysalide du Sphinx du liseron.
ïaurélie ou la chrysalide, parce que parfois de brillantes taches d'or ou d'argent tranchent sur la couleur habituellement terne de cette forme où sommeille l'insecte adulte. Ces apparences disparaissent si on place l'animal dans le vide ; elles sont dues à de l'air intercalé sous une mince peau jaune ou blanchâtre. Ce mot nous vient des Latins. Ainsi, nous dit Pline le naturaliste :
« La chenille, qui s'est accrue de jour en jour, devient immobile sous une dure écorce, se remue seulement au contact, entourée d'un fin tissu, et s'appelle alors chrysalide. » (Liv. II, eh. xxxvn.)
El ailleurs :
« C'est la race des chenilles qui, rompant l'écoree où elles sont contenues, deviennent les papillons. » (Liv. II, eh. xxm.)
Tantôt les chrysalides demeurent diversement suspendues à l'air libre, tantôt dans une coque de terre ag-
LES MÉTAMOnPHOSES
glutinée, ou bien enveloppées d'un cocon soyeux f î 1 «'* par l,i chenille (fig. lô).
Un des plus jolis spectacles qu'offrenl les insectes esl l'éclosion d'une chrysalide. Elle a lieu habit u elle me ni au milieu du jour, comme si les premiers rayons de l'astre bienfaisanl donnaient à l'insecte la force d'ouvrir la porte «In tombeau. La peau de la chrysalide se rompt o\i se l'end dans la région de la tète et sur le dos. Il en
sort, en se cramponnant avec effort, un petit être tout gonflé, informe, tout mouillé; il demeure d'abord quelques instants immobile, fatigué de ses laborieux efforts. Puis les antennes repliées Liant interroger cette atmosphère, route nouvelle, inconnue, interdite jusqu'alors. Les pattes sortent de dessous le ventre, et l'insecte marche en tournant autour de la peau de la chrysalide, comme s'il l'abandonnait avec quelque regret. Sur ses flancs pendent deux moignons épais, incites, mais où apparaissent déjà en petit les dessins futurs, qui ne feront que s'amplifier en conservant leurs rapports (fig. 14). L'insecte introduit l'air dans ses trachées par de fortes inspirations; ce fluide pénètre dans les nervures des ailes eu desséchant les liquides et les
lô. Chrysalide et cocon de Mégasome recourbé.
s allongent et s'agitent, sem-
Fig. 14. — Vanesse morio éclosant.
raffermit. Bientôt de rapides mouvements vibratoires les agitent; l'insecte tourne tour à tour chaque aile du côté de L'air libre, afin de la sécher. Le frémissement est si précipité que l'œil aperçoit une masse élargie et indistincte, comme lorsque vibre une corde élastique. En même temps l'aile grandit dans une proportion extraordinaire, incroyable. Une nouvelle immobilité indique un repos bien mérité par tant d'efforts. Bientôt un effluve de chaleur, un rayon do soleil frappe l'insecte engourdi ; un instinct tout nouveau s'éveille en lui, celui de la reproduction ; il s'élance sans crainte ; les fines membranes battent l'air en mesure, le fluide élastique réagit, l'insecte s'avance dans le milieu subtil, et, dédaignant cette terre qui a nourri son enfance, plus roi que le roi de la création, qui le regarde avec envie, il monte, il monte, amoureux de liberté, enivré de soleil. Quelques gouttes de miel, source de chaleur et de force musculaire par la combustion respiratoire, vont devenir sa seule nourriture.
Les Diptères présentent certaines différences dans leurs métamorphoses. Quelques Diptères ont des larves à tête écailleuse devenant des nymphes. La plus grande partie, comme l'immense groupe des Mouches, nous offre des larves sans pattes, mais agiles de diverses manières, se raccourcissent, se contractent, avant leur dernière mue, en une coque ovoïde, formée par la peau même de la larve. Cette peau, d'abord molle et blanche, se durcit et brunit. Cette coque ne laisse voir au dehors aucune trace, aucun linéament de l'insecte parfait qui se formera à l'intérieur. C'est une sorte de barillet, pareil à une graine de belle-dc-nuit, tout à fait immobile (fig. t5). Quand l'insecte a pris assez de force, sa tète rompt le couvercle de cette prison, qui se détache comme une calotte, et le diptère sort, d'abord pâle et humide, se colorant bientôt à l'air, raffermissant et développant ses
LES METAMORPHOSBS. 38
ailes. Cette sorte particulière * 1 * * nymphe s'observe trèsbien dans ces vers de diverses mouches à viande, nommés asticots, el qui servent d'amorce pour les pêcheurs à la ligne. On l'appelle pupe. On mu,
reconnaît ici le mot qui exprimait chez les Romains ces petites figures humaines en bois, en carton, en cire (nos poupées, chères délices <ln premier âge), que les petites filles recouvraient de langes qui cachaient i ,. i.,
leurs formes, Comme la COque du Larve et nymphe de
.. ., .... . ,. , . , Sarcophage carnassière
diptère. Elles les déposaient et les
consacraient à Vénus quand elles avaient atteint l'âge
de puberté.
Ditos-moi, pontifes, que fait l'or dans vos temples? Le même effet que ces poupées olfertes par les jeunes tilles à Vénus. » Perse, Sot. h.)
Nous terminons ici cet indispensable préambule. Nous en avons assez dit pour faire pressentir qu'au lieu de la dédaigneuse épigraphe du début, notre admiration va s'écrier avec Pline :
« Dans ces êtres si petits, et qui paraissent si nuls, quelle force, quelle raison, quelle inextricable perfection ! »
Nous nous joindrons à Linmeus dans cet adage célèbre :
« La nature fait voir les plus grandes merveilles dans les plus petits objets. »
Un enseignement plus élevé, une vérité supérieure doit ressortir encore de l'étude des insectes. C'est dans ses plus petites créations que Dieu est le plus grand : maximus in minimis Deus ! Nous dirons avec un maître êminent : « On doit s'étonner qu'en présence de laits tellement significatifs et tellement nombreux, il puisse
encore se trouver des hommes qui viennent nous dire que toutes les merveilles de la nature sont de purs effets du hasard, ou hien des conséquences forcées des propriétés générales de la matière, de cette matière qui forme la substance du hois ou la substance d'une pierre ; que les instincts de l'abeille, de même que les conceptions les plus élevées du génie de l'homme, sont de simples résultats du jeu de ces forces physiques qui déterminent la congélation de l'eau, la combustion du charbon, ou la chute des corps. Ces vaines hypothèses, ou plutôt ces aberrations de l'esprit, que l'on déguise parfois sous le nom de science positive, sont repoussées par la vraie science ; les naturalistes ne sauraient y croire, et aujourd'hui, comme du temps de Réaumur, de Linné, de Cuvier et de tant d'autres hommes de génie, ils ne peuvent se rendre compte des phénomènes dont ils sont témoins qu'en attribuant les œuvres de la création à l'action d'un Créateur. » (M. Milne-Edwards, Conférence à la Sorbonne, décembre 1864.)