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Carabe noduleux

COLEOPTERES.

leurs de chenilles. C'esl ; Lois «le juin, de six à sept

heures du soir, dans nos bois parisiens, qu'il faul chercher le magnifique calosome sycophunte, !<• long dés troncs de chêne ou en en secouant les branches. Son corselet en cœur, connue celui des carabes, est d'un bleu sombre bordé de bleu plus vif, ses èlytres étincellent de l'éclat de l'or le plus poli, son abdomen est mêlé de noir et de violel (fig. c29).

Il répand une odeur trèsforte et pénétrante. Réaumurnous fait connaître que sa larve, d'un noir Lustré, analogue d'aspect à celles des carabes, va souvent établir son domicile au milieu de ces grandes bourses soyeuses que nous voyons attachées sur les chênes.

Elles sont habitées par des chenilles dites processionnaires (Bombyx processionea) d'après la manière dont elles sortent en rang à la suite les unes des autres. Ces chenilles paisibles semblent ignorer les intentions de leur hôte terrible. Tout d'un coup il se jette sur elles, les perce de ses robustes mandibules et sème autour de lui le carnage, au grand profit de l'arbre, qu'il débarrasse d'un lléau. Le professeur Bois-Giraud, à Toulouse, avait délivré de chenilles les arbres de son jardin en y lâchant les féroces sycophanles qu'il trouvait dans les forêts. Nos bois présentent aussi une espèce plus petite, le calosome inquisiteur, à couleur sombre, un peu cuivreuse. On trouve bien plus rarement le calosome à points d'or,' propre au Midi. M. Boulard le prenait à Pantin, contre Taris, dans un

Fig. 29. - Calosome sycophantu.

terrain vague plein de chardons, il y a une quarantaine d'années. M. Lucas a vu en Algérie, prèsd'Oran, la larve de cette espèce dévorer des colimaçons et s'établir clans leur coquille (fig. 30 et 51). Toutes les larves de caloso-

mes sont si voraces qu'elles se gorgent d'aliments au point de doubler de grosseur dans leur peau distendue.

Elles tombent alors dans un état de torpeur, comme les serpents qui digèrent, et sont parfois dévorées par de plus jeunes larves de leur propre espèce. Elles s'enfoncent en terre pour se changer en nymphes de couleur claire, en forme de croissant.

Nous nous contenterons mr intenant d'indiquer d'une manière rapide quelques exemples curieux qui termineront cette revue de la grande famille des carabiques ou coléoptères terrestres se nourrissant de proie vivante.

En 1825, fut signalé pour la première fois à l'attention des amateurs un coléoptère de Java, de la forme la plus singulière, avec des élylres élargies et débordant en manière de feuille (fig. 52). Il demeura longtemps fort rare dans les collections et d'un prix excessif. On peut voir ci-contre la figure d'un magnifique exemplaire de cette espèce, prise d'après nature, comme au reste presque tous les dessins de cet ouvrage. La larve, récemment connue, se rapproche par sa forme de celle des carabes, et se trouve sur les troncs et les racines des arbres de haute futaie, dans les forêts profondes de l'ile

Fig. 50 et 51.

Larve et nymphe du Calosome

à points d'or.

malaise. On peut voir que la nymphe commence à présenter un élargissement en rapport avec la for le

l'adulte (fig. 7)7) ci 34). <>n a cru longtemps que ces carnassiers aplatis vivaient sous les écorces. On snit main.

Fig. ol — Mormolyce-feuille.

tenant, par M. de Castelnau, qui a découvert deux espèces nouvelles dans la presqu'île de Malacca, qu'ils se tiennent exclusivement, fuyant la lumière, contre le sol, sous les arbres gigantesques gisant renversés. Quand, à force de bras de vigoureux Malais, ces troncs sont déplacés brusquement, on voit les mormolyces immobiles,

Fig. 33 et 34.

Larve et nymphe de Mormolyce.

demi hors de son terrier.

éblouis pendant quelques instants. Qu'on se hâte de les saisir, car ils fuient bientôt avec rapidité.

Nous rencontrons dans le midi de la France, sur les plages sablonneuses de la Méditerranée, par exemple près de Cannes, de singuliers coléoptères noirs, à tête énorme, insérée sur un corselet en demi-cercle et armée de deux fortes mandibules. Ce sont les scarites, insectes semi-nocturnes, qui se creusent des galeties dans le sable et sortent la nuit pour chasser. Une espèce, la plus grande que nous ayons en France, passe le corps à à la façon d'un grillon, et tient écartées comme une pince ses 'fortes mandibules, prête à saisir la proie qui passe à portée (fig. 35). Nous recommanderons aux touristes ces insectes intéressants. Écoutons M. de la Brûlerie au sujet de cet insecte, le Scarite géant, qu'il observait sur les côtes du sud de l'Espagne :

« Les heures de soleil sont pour lui les heures de chasse. Ses pattes, si bien construites pour fouir la terre, lui seraient de peu de secours pour atteindre à la course un<* proie plus agile que lui; aussi ne connaît-il que l'affût à l'entrée de son trou. 11 sait que ni la nuit ni l'ombre ne sont favorables à ses exploits, puisque les mélasomes dont il se nourrit n'aiment que la lumière et la chaleur. Aussi met-il à profit les nuits et les journées sombres pour la promenade. Les mâles sont bien plus vagabonds que les femelles* ; celles-ci sortent peu de leur retraite. C'est sans doute leur recherche qui, par certaine journée où le soleil ne se montra pas, avait fait

sortir des scarites mâles plus tbreux que de coutume.

J'en vis deux qui se battaient, peut-être pour la possession d'une femelle. C'était plaisir de les voir prendre champ, et, dressés sur leur première paire de pattes raides en avant, se menacer de la dent. Tous deux ensemble ils s'élancent, enlacent leurs mandibules, sert rent et secouent avec rage. L'un el l'autre fait d'inutiles

efforts pour blesser son adversaire ou le forcer à lâcher prise. Grâce aux armes et aux cuirasses égales des deux champions, cette première attaque reste sans résultat. Ils se séparent, reculent de quelques pas et s'élancent de nouveau. Celte fois, le plus adroit réussit à saisir l'autre par la taille, c'est-à-dire par le pédoncule étroit qui joint le prothorax au reste du corps. Il serre de tout sou pouvoir; son intention manifeste est découper en deux sou ennemi, mais c'est en vain ; il ne parvient pas même à entamer sa carapace. Alors, au lieu (ruser ses forces en pure perte, il prend un autre parti. Raidissant en avant plus que jamais ses pattes antérieures et fléchissant en arrière son prothorax, dont l'articulation mobile lui permet de donner à ce mouvement une ampli-

tude peu ordinaire chez les carabiques, il élève verticalement ses mandibules et tient ainsi son adversaire enlevé de terre. Le pauvre scarite, privé de point d'appui, agite en vain ses pattes, ouvre et ferme sa bouehe sans rien saisir que le vide, puis cesse de faire aucun mouvement. Mais le vainqueur inexorable ne se laisse pas prendre à ce stratagème ; il continue à rester immobile et à tenir en l'air son adversaire. J'avais étéjusqù' alors simple spectateur du combat; mais comme la scène paraissait devoir se prolonger sans nouvelle péripétie, je me décidai à intervenir. Le danger commun fit fuir les combattants, mais à peine avaient-ils parcouru quelques décimètres qu'ils se retournaient et se jetaient de nouveau l'un contre l'autre. Tous deux étaient sur leurs gardes ; aussi, bien des attaques furent-elles parées. Enfin, l'un saisit l'autre et l'enleva de terre comme la première fois. Malgré mon désir de voir l'issue définitive de la lut!e, je ne pouvais rester à la même place toute la journée, et je les laissai dans cette position1. »

Une des plus grandes raretés des collections est une espèce d'un genre voisin des scarites, le Mouhotia gloriosa, du royaume de Cambodge, tout entouré d'un limbe étincelant. Les pays chauds n'ont pas tous leurs scarites noirs comme en Europe ; on trouve des espèces bordées de pourpre ou de vert métallique ou toutes métalliques, dans les Molobrus d'Amérique et les Carenùm australiens.

Nous passons avec indifférence à côté des pierres qui gisent dans les chemins champêtres. Soulevons-les au contraire, il s'en échappe une nuée de petits êtres divers. Nous y trouverons d'élégants carabiques dont la tête, dont le corselet svelte et brillant se détachent en rouge sur des él vires vertes ou bleues. Ils sont faibles et ne

1 Ann. Soc. entomol. de France, 1800, p. 521,

peuvent vivre que des plus «In'i i \ «is proies. Les gros carnassiers se mettent volontiers à leur poursuite. 0 surprise! de petites explosions se font entendre, une vapeur corrosive sort en forme de ruinée par L'anùs «le ces brachins; l'ennemi esl mis en fuite à coups de revolver. Il parait en nuire que la nuit une légère lueur phosphorescente accompagne la crépitation, (liiez les espèces exotiques de beaucoup plus grande taille, l'explosion esl plus violente et le liquide projeté peut causer des urticalions sur la peau. Ces ruinées soni très-acides, rougissent le tournesol etrépandent une odeur analogue au gaz nitrenx. De là le nom de canonniers ou bombardiers, qu'on ilonne à ces petits coléoptères, qui vivenl chez nous eu sociétés nombreuses sous les pierres. Les noms d'espèces, sclopeta, crepitans, explodens, sont en rapport avec eette singulière arme défensive.

Enfin une innombrable légion, celle des harpales, termine le groupe des carnassiers terrestres. On les rencontre toute l'année, sous les pierres, dans les chemins, au pied des arbres. Ils sont de petite taille, de couleur foncée, quelquefois métallique, avec des pattes pâles. Grâce à eux, le plus menu gibier des espèces nuisibles aux végétaux est dévoré; ils s'attaquent à ces petites proies que dédaignent les grandes espèces, et, malgré leurs faibles dimensions, nous rendent d'éminents services. Qui n'a observé parmi eux le harpale bronze, si commun, si répandu, qu'on rencontre dans l'intérieur de Paris, dans toutes les cours, dans les moindres jardinets?

Nous citerons encore, comme bien utiles et se trouvant partout, la féronie noire, laféronie cuivrée, Yamara tririalis, etc. On voit souvent ces petits insectes, courant en tous sens après la proie, agiles, étincelants, comme de menus morceaux de cuivre qui brillent sur les chemins et même entre les pavés des places publiques.

Par une curieuse inversion de régime, les zabres sont des carabiques dont quelques espèces mangent des plantes. La larve du zabre bossu est nuisible aux céréales ; le docteur Laboulbène a vu dans les Landes le zabre enflé dévorer les étamines des carex.

Les eaux, comme la terre, sont habitées par d'autres chasseurs. Les pattes recourbées et élargies en rames, munies de cils, les font aussitôt reconnaître. D'ingénieux artifices leur permettent de respirer l'air en nature ; de même que les marsouins, les épaulards, ils sont obligés de puiser l'air à la surface et ne peuvent se contenter de l'eau aérée comme les poissons et les mollusques. Les plus puissants de ces carnassiers aquatiques sont les dytiques. Leur corps ovalaire, aplati, arrondi vers les extrémités, en biseau sur tous ses bords, est admirablement conformé pour fendre l'eau. Amis des eaux stagnantes, bourbeuses même, on les voit nager avec vélocité au moyen de leurs pattes postérieures. Ils remontent aisément en demeurant immobiles, la tête en bas, leur corps étant gonflé d'air amassé dans la partie terminale de l'intestin. Ils soulèvent l'extrémité postérieure de leurs élytres, englobent une bulle de fluide atmosphérique et les referment. De' cette façon l'air, poussé comme par le piston d'une pompe, pénètre dans leurs tubes respiratoires, sans que l'eau puisse y entrer. Ils poursuivent tous les êtres vivants qui nagent autour d'eux; ce sont les requins de la création entomologique. Us saisissent leur proie avec leurs pattes de devant et la portent contre leur bouche. Non-seulement ils s'attaquent aux larves des libellules, des éphémères, des cousins, mais aux têtards des grenouilles et des tritons, aux mollusques des eaux, aux petits poissons et au frai, aux œufs des ôcrevisses. Qu'on leur jette une grenouille éventrée, ils s'y attachent avec délices. On peut les conserver dans des bocaux et les alimenter avec de petits morceaux

de viande crue. Esper en a nourri ainsi un plus de trois ans; dès qu'il voyait arriver sa petite provision, il se jetai) dessus avec l' avidité de l'hyène et en suçail I»' sang de la manière la pins complète. Une si grande voracité doit dépeupler souvent les eaux qu'habitenl les dytiques. Heureusement pour eux, ils sont amphibies. Ils sortent de l'eau .-i marchent sur le sol avec quelque difficulté ; niais le soir, dépliant leurs ailes, bourdonnant à la façon des hannetons, ils se transporteront dans d'autres mares où ils amèneront la terreur et le ravage. 1 ne espèce commune el de forte taille est le dytique bordé.

Fig. 5G tt 57. — Dytique bord»'- mâle et femelle, patte antérieure du mâle grossie.

Le mâle a les élytres lisses, celles de la femelle sont cannelées pour qu'il puisse s'y cramponner, et sous ses pattes antérieures sont deux cupules garnies d'une foule de petites ventouses qui assurent son adhérence (fig. oG et 57). M. Preudhomme de Borre a indiqué qu'en France, en Angleterre, en Belgique, ces femelles à élytres sillonnées sont la forme typique; exceptionnelle* ment on en trouve à élytres lisses comme les mâles. Au

contraire, en Russie les femelles lisses sont bien plus communes que les sillonnées. En France et en Belgique, deux espèces voisines, les Dytiscus circumcinctus et circumflexus, n'ont de femelles à élytres sillonnées que très-rarement ; elles sont lisses dans le type normal. Ces curieuses différences de races selon les régions sont encore inexpliquées.

Dans leur premier état, les dytiques sont exclusivement aquatiques, encore plus voraces qu'à l'état adulte, se nourrissant pareillement de proie vivante. La larve du dytique bordé est brune, comme couverte d'écaillés,

Fig. 58 et 59. — Nymphe et larve du dytique bordé.

allongée, renflée au milieu. Elle nage par des mouvements vermiculaires rapides en frappant l'eau avec la partie postérieure de son corps. Deux petits corps cylindriques, divergents, à l'extrémité de son abdomen, lui servent à puiser l'air à la surface de l'eau (fig. 59). Sa tête est armée de deux mandibules en pince acérée, propre à harponner ses victimes. En dessous est la bouche, trèscachée, et contenant de petites mâchoires à l'intérieur. Quand le temps de la métamorphose est arrivé, ces larves aquatiques deviennent exclusivement terrestres. Elles quittent l'eau, s'enfoncent dans la terre humide qui borde les ruisseaux et les mares, et, dans une cavité ovale

COI ÉOPTÈRES.

qu'elles se pratiquent, se changent en nymphe d'un blanc sale, qui passe habituellement l'hiver (fig. 58). Disons,

pour terminer, qu'on a remarqué l'extrê sensibilité

du dytique bordé aux variations de L'atmosphère. Il se . tient dans l'eau à diverses hauteurs selon l'état du ciel, et peut servir ainsi do baromètre vivant. La plus grande espèce de France est le dytique très-large (fig. 40), trouvée d'abord dans le nord de l'Europe, puis en Aisne.', en Lorraine, enfin aux Andelys. Nous engageons les jeunes amateurs à la rechercher près de Paris, où elle existe probablement. Dans un genre très-voisin, il faut citer le eybister de Rœsel, dont le corps à l'état vivant paraît orné d'un beau glacis bleu.

A la suite dos dytiques se placent d'autres carnassiers des eaux, les gyrinss, de mœurs un peu différentes. Ceux-là aiment les eaux claires, un peu agitées. Qui ne connaît ces petits insectes noirs, à reflet bronzé, traçant à la surface des eaux les plus capricieux méandres? On dirait au soleil de brillantes étoiles se détachant sur l'azur liquide. Ils vivent en troupes nombreuses, tournoyant sans cesse les uns dans les autres sans se heurter, ce qui leur a valu le nom vulgaire de tourniquet*. Leur corps est entouré d'une mince couche d'air qu'ils entraînent avec eux lorsqu'ils plongent, et on voit alors sous leur ventre une bulle d'air simulant un globule d'argent et qui trahit leur présence. Ils poursuivent

Fig. 40.

Dytique très largo, femelle

sans relâche les insectes qui, comme eux, vivent sur la surface de l'eau, ceux qui y viennent respirer ou qui y tombent. Deux longues pattes antérieures sont projetées brusquement sur la proie, puis elles se cachent clans des sillons latéraux pour ne pas gêner la natation rapide du gyrin. Ce sont les pattes suivantes courtes, mais larges et munies de cils raides, qui fom l'office de rames. Par une organisation admirable, les yeux composés des gyrins sont doubles : la moitié inférieure aperçoit dans l'eau la larve molle qui peut servir de proie ou les poissons féroces, la moitié tournée vers le ciel avertit l'animal du danger aérien qui le menace et lui permet d'échapper, par un plongeon rapide, au bec assassin de l'hirondelle. Qu'on mette un gyrin dans un verre d'eau; après avoir fait quelques tours en nageant, il vient se poser immobile à la surface du liquide; si l'on approche le doigt, il s'enfonce aussitôt. Il saute hors de l'eau pour échapper aux poissons, et bientôt s'aide de ses ailes, qui lui servent le soir à se transporter de ruisseau en ruisseau. Cette vue perçante, la prestesse de leurs mouvements, rendent fort difficile la capture des gyrins. A peine si l'on en prend quelques-uns en jetant brusquement un filet en forme de poche au milieu de la troupe en ébats. On les saisit entre les doigts : aussitôt, Fig. 4i. — Gyrin arme perfide et imprévue, une humeur

nageur, grossi. laiteuse et fétide guinte de 1(W abdo.

men. Si on les pose sur le sol, ils exécutent une série de petits bonds et tâchent de retourner à l'eau (iig. il). Les femelles du Gyrin nageur pondent leurs œufs sur les plantes ou sur les pierres submergées, œufs cylindriques d'un blanc jaunâtre. Il en sort de petites larves vermiformes, au corps entouré d'appendices flottants qui les font ressembler à de petits mille-pieds (fig. 42).

Bien développées, ces larves quittenl l'eau au commen* cernent d'aoûl et grimpent sur les feuilles [des roseaux, des nénuphars. Là elles se construisent une coque ovale, pointue aux deux bonis, qu'on a comparée à du papier gris, el y deviennent nymphe, molle d'abord, puis prenant peu à pou de l,i consistance.

Le dernier groupe des coléoptères des eaux qui mérite d'attirer notre attention est celui <les hydrophiles, donl une espèce, le grand hydrophile brun, commun dans les eaux des environs <lo Paris, est un des plus

gros coléoptères de la France. Ce groupe

Fig. 12.

Larve du

;viin nageur.

esl beaucoup moins carnassier que les précédents, surtoul à l'état parfait, et ou nourrit très-bien l'hydrophile brun avec des feuilles de salade, .le m'étonne que, par lajmode d'aquariums qui court, on ne s'amuse pas à remplacer par ces curieux insectes les insipides poissons rouges. Les hydrophiles nagent moins bien que lesMytiques; leurs pattes plus longues sont moins élargies, et ils les l'ont mouvoir non pas simultanément, mais l'une après l'autre. Il ne Tant les saisir qu'avec précaution, car leur poitrine porte en dessous une pointe aiguë qui perce la peau jusqu'au sang. Bien que puissamment cuirassés, les hydrophiles sont souvent la proie de dytiques de taille moitié moindre, qui parviennent à les tuer en les perçant entre la tête et le corselet, c'est-à-dire à la seule place qui, comme le talon d'Achille, donne prise aux blessures. Col par la léte que l'hydrophile, à l'inverse du dytique, vient puiser l'air à la surface de l'eau. L'antenne est coudée, et ses articles aplatis, en godets, collés contre le corps, forment une gouttière ou rigole où s'engage une bulle d'air quand l'antenne soit de l'eau. De là, l'air glissi sous le corps, où il est retenu par un duvel de

poils serrés, de sorte que l'animal semble entouré d'une robe d'argent, et il parvient ainsi aux orifices respiratoires.

C'est à la fin de l'été que l'hydrophile brun prend sa forme parfaite. 11 passel'hiver engourdi au fond de l'eau, ou parfois sous les mousses et les feuilles sèches des

Hydrophile brun, larve et coque.

bords. Il peut se transporter en volant d'une mare à l'autre. Dès le mois d'avril, les femelles fécondées s'occupent du soin d'assurer le sort de leur postérité. Des glandes abdominales leur permettent de sécréter une sorte de soie ; les filières de ces glandes, à la façon de celles des araignées, sont autour de l'orifice anal (fig. 44). Cet exemple est unique chez les insectes adultes. La

COLEOPTÈM S.

femelle s'accroche en travers bous une feuille qu'elle courbe un peu. L'abdomen s'applique sons ce dôme, (,i les filières laissenl sortir nue humeur gomraeuse qui se solidifie dans l'eau el forme une coque voûtée où il reste engagé fig. 13 . Puis on voil se dégager une à une de petites bulles «l'air, à mesure que les œufs pondus occupent leur place. Enfin l'insecte façonne une pointe relevée au-dessus de l'eau et qui renne la coque. La femelle traîne après elle cette coque fixée à une feuille; puis, comme la mère de Moïse, elle confie à Tonde ce cher berceau dans nn endroit calme et propice.

La corne solide et recourbée qui le termine lui donne la faculté de s'accrocher aux corps llotlants qu'il rencontre, et sauve ainsi la jeune t'anii Ile que des vents violents pourraient porter sur des rives inhospitalières. Au bout de douze à quinze jours sortent des œufs et de la coque de petites larves. Biles restent plusieurs jours attachées contre leur berceau, et paraissent d'abord se nourrir de végétaux. Elles changent plusieurs fois de peau et deviennent très-carnassières. Réaumur les nomme vers assassins. Agiles, à longues pattes, elles grimpent volontiers aux plantes. Elles sont brunes, se raccourcissent et se dilatent aisément. De longues mandibules et de longues mâchoires dépassent leur tête. Nous leurs trouvons des instincts bien curieux. I lies vivent surtout de ceslymnées, de ces physes, mollusques à minces coquilles spiralées qui tlottent sur l'eau. Les mollusques sont saisis par-dessous ; la larve recourbe sa tète en arrière et presse la coquille contre son dos, comme un point d'appui, la brise, puis

Fi-. 41. — Sa filière

inange le limaçon à son aise. Qu'on la saisisse, que le bec d'un oiseau aquatique la rencontre, elle fait la morte, son corps pend de chaque côté comme une dépouille flasque et vide. Si cette ruse est inutile, elle rend par l'anus une liqueur noire qui trouble l'eau et peut lui permettre d'échapper à son ennemi. L'état de larve dure environ deux mois. Elle cesse de manger, sort de l'eau et va creuser en terre une sorte de terrier de 4 à 5 centimètres de profondeur, s'y pratique au fond une cavité sphérique très-lisse à l'intérieur. Elle s'y change en nymphe blanchâtre, et chaque angle du corselet porte trois pointes cornées qui semblent permettre à 1a nymphe de rester à quelque distance des parois delà coque (fig. 45). Au bout d'un mois environ,

l'hydrophile sort de la peau de la nymphe fendue sur le dos ; ses élytres cou (liées le long du ventre se retournent sur le dos; ses ailes se déploient, puis se replient, quand elles sont devenues fermes, sous les étuis encore blancs et mous; l'insecte s'appuie sur ses pattes encore mal affermies. Telle est la manœuvre commune aux coléoptères. Peu à peu l'insecte se colore. ; il reste encore une douzaine de jours sons terre, puis s'échappe et se rend à l'eau après trois mois d'évolutions successives dont nous avons présenté l'histoire. Selon une découverte anatomique intéressante de G. Duméril, l'intestin de la larve, à mesure que ses métamorphoses se poursuivent, s'allonge de plus en plus, en même temps que le régime tend à devenir herbivore. En effet, l'adulte préfère les végétaux aux matières animales, dont il mange cepen-

Fig. 4o. — Nymphe de l'hydrophile.

COLEOPTERES.

(l.iiii >i |,i faim [e presse. I a métamorphose inverse s'observe pour le tube digestif du têtard, <|ni se nourrit de végétaux aquatiques; ce lube devient très-court sous la forme adulte de la grenouille, avide au c< otraïre d'insectes el de mollusques.

Nous retournerons maintenant sur la terre, e1 nous trouverons d'autres mœurs à étudier. Après les lions et les tigres des insectes, viennent les hyènes et les chacals, qu'un odoral des plus subtils amène vers les cadavres. Qu'un mulot, une taupe ail trouvé la mort, qu'une grenouille ou qu'un poisson soil abandonné sur le bord des eaux, bientôt arrive en volant une troupe funèbre ; ce sont les nécrophores ou fossoyeur*. Le plus souvent leur corps quadrangulaire offre lesélytres bigarrées de jaune et de noir, par bandes, comme on le voit dans le meropkorus vespillo, c'est-à-dire fossoyeur, le plus commun,

Fig. 40. .

Nécrophore fouisseur.

Fig. 17.

FCécrophore germanique.

le tvpe (lu genre, et. aussi dans le necrophorus fossor ou fouisseur, que nous représentons (fig. -40). On rencontre, mais bien plus rarement, une grande espèce toute noire, le nécrophore germanique (fig. 47). Une petite espèce à bandes, nécrophore des morts, \it surtout dans les

champignons pourris. Le nécrophore enterreur (liumator) est plus petit que le germanique, tout noir comme lui mais avec le bout en massue des antennes de couleur rousse. Ces insectes bizarres exhalent une odeur désagréable, mêlée de musc. Souvent leur corps est couvert de petits animaux à huit pattes, les gamases des coléoptères, de la classe des arachnides. Mœurs étranges! ces chétifs parasites ne semblenl nullement vivre de l'insecte qui les porte, ils se sont accrochés à ses poils, et leur troupe s'en sert comme d'un véritable omnibus pour se faire conduire là où la table sera à leur goût. On trouve aussi ces gamases sur les carabes, les géotrupes, etc., et sur les bourdons, insectes hyménoptères.

On les rencontre aussi sur les petits mammifères, comme les mulots ; enfin ils courent librement entre les mousses. Quand on inquiète les nécrophores, ils font entendre un petit bruissement, en frottant leur corselet contre les élytres.

Les femelles surtout entourent le petit cadavre ; s'il est trop lourd, elles vont chercher des aides de leur espèce, en leur apportant sans doute des traces odorantes de leur proie. Ce n'est pas seulement pour leur propre nourriture que ces coléoptères sont attirés, c'est pour préparer le berceau et les repas de leurs enfants, en débarrassant le sol d'une source d'infection, par une admirable harmonie. La terre est creusée au-dessous des restes de ranimai au moyen des larges pattes de devant des nécrophores, pareilles à des bècbes (fig. 48) ; le petit cadavre s'enfonce peu à peu, parfois à trente centimètres au-dessous du sol. Après ce travail acharné, la troupe festinc et les femelles pondent leurs œufs. Le dîner des pères servira aux fils. Promptement éclosent des larves à douze anneaux, grisâtres, garnies sur larégion du dos de plaques écailleuses, à pattes très-courtes, car elles ont à peine besoin de se mouvoir, à tête brune et dure, munie

de puissantes mandibules, elles s'enfoncenl ensuite plus profondément, el s'entourent d'une loge ovalaire, en terre enduite d'une salive gluante <|iii durcit bientôt, puis sortent à l'état adulte environ un mois aprè i

Fig. is. — Nécrophores enterrant un mulot.

(jii.'s espèces de nécrophores aiment, les champignons pourris.

A côté des nécrophores, et pins nliles encore pour la salubrité atmosphérique, se placent les siiphes on boucliers, ainsi nommés à cause <lo loin- forme large et arrondie. Ils s'attaquent aux mammifères el aux oise iux morts qui gisent dans los bois cl les camp i que

rejettent les eaux ; ils ne les enterrent pas, mais pénètrent avec avidité sous leur peau et bientôt ont dépouillé leurs chairs jusqu'aux os. [Une grande espèce noire, le silphe littoral, se plaît dans les poissons morts rejetés par les eaux. La femelle a l'extrémité de l'abdomen très-prolongée en pointe pour la ponte des œufs Leur livrée est en général sombre, en rapport avec leurs repoussantes fonctions. Leur odeur est nauséabonde. Les larves, comme les adultes, vivent au milieu des chairs putréfiées. Elles sont plates et paraissent très-larges par suite des prolongements latéraux et dentelés de leurs anneaux. Elles se remuent avec vivacité et se réfugient promplement dans les cadavres, quand on cherche à les saisir. Elles s'enfouissent en terre pour se changer en nymphes. Deux espèces, que nous trouvons abondantes près de Paris, ont des mœurs plus nobles et recherchent les proies | vivantes. Elles grimpent aux arbres et vivent de chenilles,

Fig. 49.

Silphe tapracique.

Fig. SO.

Silphe à quatre points.

ansi lesilpha thoracica, dont le corselet fauve et arrondi

tranche sur les élytres noires (fig. 49), et surtout le silpha quadripunctata, à élytres jaune clair, marquées de quatre points noirs (fig. 50). On le voit voler d'un arbre à l'autre, principalement entre les chênes et les ormes. Suivent les sentiers des bois sont jonchés de chenilles arrachées aux feuilles, mutilées et sur lesquelles s'acharnent les silphes à quatre points. Une espèce dite le silphe obscur cause souvent beaucoup de tort aux bette-

paves ;i sucre. Par un changemenl de régime <l<>ni les insectes offreni d'assez nombreux exemples, les larves mangenl les feuilles de la plante. Sans doute aussi elles s e nourrissenl de chenilles et d'insectes qu'elles y renpontrent.

Plusieurs espèces de silphes dévorenl les colimaçons. Nous signalerons surtdul sous ce rapport [esilpha lœvigaia et sa larve. Quand on se promène sur les falaises crayeuses de nos côtes normandes, ainsi au Tréport, à Mers, etc. , on écrase à chaque pas une hélix [hélix vanabi lis) qui pullule sur ions nos littoraux, ravageanl les avoines, les maigres lu/crues de ces suis crayeux.

Les noirs silphes COU-

renl et grimpent, assurés d'une perpétuelle provende, et eux et leurs larves enfoncent leur lête avide dans la bouche de la coquille pour se repaître de l'habitant (fig. 51).

La famille des silphes nous conduit à dire un mot de créations bien étranges. On s'est longtemps refusé à croire que l'horreur de la profonde nuit des cavernes puisse servir de demeure habituelle et normale à des êtres vivants. On sait aujourd'hui, au contraire, que le Créateur a peuple les abîmes de la mer comme les ténèbres des grottes. Les insectes souterrains ont d'abord été trouves dans la célèbre grotte du Mammouth, dans le Kentucky; l'habitation dans des cavités à température Constante, très-humides et sans lumière a imprimé â tous ces animaux un cachet uniforme. Les organes de la vue et du vol se dégradent, ceux du tact, de l'odorat et

j. 51. — Silpha lsevigata. — Larve et Colimaçon dévoré.

de l'ouïe acquièrent au contraire une sensibilité exquise, comme chez les personnes qui ont perdu les yeux. Près des silphes se range le plus singulier de ces insectes des cavernes, du genre leptodère. On en connaît aujourd'hui trois espèces, d'une taille qui varie de 4 à 6 millimètres, d'une couleur toujours uniforme, d'un brun clair ou ferrugineux, propre aussi aux autres coléoptères très-souterrains. La plus grande est le leptodère de Eohenwart,

découverte en Carniole la grotte d'Adelsoù vit le protée dé- Qu'on

dans berg, coloré

une sorte d'araignée roussàtre, translucide, à abdomen vésiculeux, avecla région antérieure du corps étroite et allongée, sans trace d'ailes ni d'yeux (fig. 52). On trouve toujours ces insectes dans les parties les plus profondes des cavernes les plus obscures, accrochés aux stalactites humides ou dans les fissures des stalagmites du sol. Le leptodère marche lentement, élevant son corps sur ses longues jambes comme sur des échasses. ïl s'arrête au moindre bruit, paraissant stupéfait d'une commotion qui trouble sa silencieuse solitude, étale ses longues pattes, le corps collé au sol. Qu'on le touche ou qu'on approche une torche, il se cache dans les replis des pierres II parai! qu'une araignée, aveugle comme lui et vivant aux mêmes endroits, lui fait une chasse active et en détruit un grand nombre.

Fig. 52. —/Leptodère de Hohemvart.

Les divers groupes de coléoptères, surtoul l»'s en nassiers, sonl représentés dans la faune des cavernes. Les guides «le nos Pyrénées françaises indiqueront aux touristes les cavernes où vivenl ces êtres étranges, el savent les récolter pour un petit commerce assez lucratif. On trouve surtoul communément une forme qui Dérive des Leptodères, mais avec bien moins d'exagération, c'est le Pholeuon Querilhaci, et un autre type, omii et ramassé, VAdelops pyrénéens, à corselel aussi large que la base des élytres. On a cru Longtemps que | fous étaient aveugles, tant on trouvait naturelle la suppression des yeux chez des êtres destinés à passer leur vie dans l'obscurité. Il n'en est rien, ainsi que l'a reconnu M. le docteur Grenier. Si cola est vrai pour quelques genres, la plupart oui au contraire des yeux allongés, sans facettes et dépourvus de pigment foncé, ce qui est une condition pour que la lumière les impressionne avec la plus grande facilité. Bien plus, on vnil souvent, dans la même espèce, des individus aveugles, et d'autres dont les yeux ont divers degrés de développement, en raison sans doute du degré variable d'obscurité de leurs retraites. A ce propos, M. Grenier se demande, avec beaucoup de raison, si l'obscurité des (cavernes est véritablement absolue. Ne peut-il pas se faire que de minces fdets de lumière, entrés par l'ouverture el réfléchis par les parois, tout à fait insensibles pour nos yeux habitués à l'éclat éblouissant du jour, puissent impressionner ces yeux particuliers, il y aurait des yeux laits pour les ténèbres des cavités, comme d'autres animaux ont des yeux appropriés à la faible lumière de la nuit étoilée, et d'autres aux rayons douteux des crépuscules. La vie des ténèbres n'esl pas une des moindres merveilles du Créateur, et Ton voit que l'observation exacte de la nature dépasse en curiosité les conceptions les [dus hardies de l'imagination

des romanciers. Dans les espèces réellement aveugles à l'extérieur, Lespès a reconnu l'absence du nerf optique; c'est donc une cécité absolue.

Nous indiquerons aux amateurs un moyen assez simple de se procurer sans grande fatigue ces singuliers insectes des cavernes, toujours rares dans les collections. On laisse sur le sol de la grotte quelques débris organiques, par exemple une tête de mouton décharnée, et on attire ainsi les insectes qu'on saisit sans peine.

Il faut qu'aucun détritus animal ne puisse rester longtemps exposé à l'air, où il répandrait l'infection. Matières stercoraires, fumiers, champignons corrompus, tous ces débris doivent disparaître sous l'action d'une foule d'espèces de coléoptères, la plupart de petite taille, les staphylins, dont les plus volumineux chassent les proies vivantes et dépècent les petits cadavres. Ces insectes frappent les yeux à première vue par l'extrême brièveté de leurs élytres. On dirait qu'ils portent un habit beaucoup trop court, ou une veste, laissant à découvert presque tous les anneaux de l'abdomen. Il y a là évidemment dégradation, persistance d'une forme temporaire chez les nymphes. Cependant des ailes développées sont cachées sous ces courtes élytres, et la plupart des espèces volent bien. Il est probable que les grands staphylins, qui fréquentent les cadavres, y cherchent surtout les larves de diptères provenant des œufs pondus par les muscides. Les grandes espèces ont de fortes mandibules qui serrent vivement, et ils dégorgent, comme les carabes, une salive Acre et brune. À l'extrémité de l'abdomen du staplujlin odorant paraissent, quand on l'irrite, deux vésicules blanches, ovoïdes, émettant une matière volatile odorante, éthérée ou musquée. Aristote croyait que les staphylins causaient la mort des chevaux qui les avalaient. On rencontre à chaque pas, dans les chemins de

COLEOPTERES.

foute l'Europe, I»' staphylin odorant (ocypus olens), d'un noir terne, vivanl dé rapine, nommé vulgairement le Diable; au moindre danger, il écarte ses mandibules el relève l'abdomen, d'où fonl saillie deus

vésicules blanches (fi{

.">*, 55, 56 i. Ses meta-

l ;. 53) 5 i. 53 et 06.

Staphylin odorant adulte (l'ace et profil), nymphe et larve.

morphoses ont été bien étudiées eu même temps par MM. Blanchard et Ileer. La larve est allongée, atténuée vers l'extrémité, avec deux longs filets écartés et un tubercule par-dessous qui l'empêche de traîner sur le sol. La tète et les anneaux du thorax sont d'un brun brillant, avec des pattes grêles et longues; les autres anneaux sont d'un gris cendré. Comme l'adulte, elle relève l'abdomen d'un air menaçant. Très-agile et trèscarnassière, elle guette le jour sa proie au passage, à demi-enfoncée dans un trou en terre, et sort la nuit pour chasser. Souvent elle saisit à la gorge un autre individu de son espèce et le suce avec avidité. Vers la fin de mai, elle s'enfonce en terre et se transforme en nymphe dans une cellule. La nymphe est d'un jaune paille avec la tète repliée en dessous, ainsi que les pattes, les ailes sur le côté. Elle est très-grosse à la région antérieure, puis amincie. Au bout d'une quinzaine

de jours, il en sort un insecte jaunâtre prenant bientôt la couleur noire.

Nous citerons aussi le staphylin à grandes mâchoires (maxillosus), revêtu de bandes cendrées, grand amateur des cadavres, et le staphylin velu (hirtus), noir, à longs poils jaunes , qui lui donnent quelque ressemblance avec un bourdon, quand on le voit s'abattre sur les charognes. Aussi Geoffroy, le vieil historien des insectes de Paris, l'appelle le staphylin bourdon. Les pœdères chassent au bord des eaux, sous les pierres, et leurs espèces, dans tous les pays, présentent un agréable mélange de noir, de rouge et de bleu. De petits staphylins vivent en parasites dans les nids des fourmis, et une rare espèce, de forte odeur musquée, aplatie et laissant traîner son abdomen comme un petit lézard, habite le guêpier des frelons : il est fort difficile de se la procurer, vu les mœurs peu traitables de ses amis 1 .

Quelques staphylins ont des mœurs très-singulières. Une petite espèce, découverte d'abord dans le nord de l'Europe, a été trouvée par le docteur Laboulbène au cap de la llève, près du Havre. C'est le micralymna hrevipenne. Ainsi que la larve et la nymphe, l'insecte parfait vit sous l'eau à la marée haute. On les prend, à marée basse, dans les fentes des roches, qu'on fait éclater au ciseau. Dans certaines grottes de la Carniole se rencontre un grand staphylin, d'un centimètre de long, de couleur de poix, ayant un très-petit œil, allongé et sans facettes. On le nomme le glyptomère cavicole.

Il faut en finir avec ces tristes carnassiers. Nous avons vu les silphes fétides se nourrir avec avidité des chairs putréfiées; les dermestes, qui attaquent de prélérence les tendons et les peaux des cadavres, achèvent

' C'est le Quechus ou Vcllcius dilatatus.

COLÉOJ II RES.

l'œuvre de destruction. Il

n'y aurail qu'avantage

poinl de vue <l<>> grandes harmonies naturelles, si les larves des dermestes ne mangeaient indifféremment toutes les matières animales sèches, le lard, les pelleteries, les plumes, les crins, les objets en écaille, les cordes à boyau, les vessies, etc. Une espèce très-commune, le dermeste du lard, abonde dans les charcuteries mal tenues (fig. 57, 58, 59). Il est noir avec une

Kg. 57, 58 et 59.

Dermeste du lard, nymphe, larve, adulte.

large bande grise à la base des élytres. Il aime les endroits obscurs et malpropres. Ses larves, à fortes mandibules, ont des pattes courtes; elles marchent lentement et avancent en se servant, comme d'un levier, d'un tube qui termine leur corps. De longs poils rougeâtres forment comme une couronne autour de leurs anneaux d'un brun rouge. Pendant quatre mois elles ne cessent de se repaître, et même se dévorent entre elles, si la faim les presse. Elle se recouvrent d'excréments pour se changer en une nymphe qui conserve pour s'appuyer les deux appendices postérieurs de la larve. Cette larve fait beaucoup de mal dans les magnaneries, en mangeant parfois les chrysalides du ver à soie, et surtout en détruisant les femelles et les œufs sur les toiles dites à grainage cellulaire, où l'on fait pondre chaque femelle isolément (procédé de M. L. Pasteur), afin de pouvoir l'étudier plus tard au microscope

et s'assurer si elle manque des corpuscules maladifs. On doit avoir grand soin de conserver toiles, et femelles repliées dans un coin de la toile après la ponte, dans de grands sacs de fin tissu empêchant les dermestes de venir déposer leurs œufs.

Le dermes te renard (vulpinus), d'un gris fauve, se plaît surtout dans les pelleteries, où il cause les plus grands ravages. La compagnie de la baie d'Hudson, dont les magasins à Londres étaient dévastés par cet insecte, avait offert 20,000 livres sterling pour le moyen de le détruire. Les sombres dermestes volent peu; sans cesse ils fuient le jour; timides, ils s'arrêtent au

Fig. 60, Cl et 62.

Attagène des pelleteries, nymphe, larve, adulte.

moindre bruit, paraissent morts afin d'échapper au danger. Les pelleteries ont aussi à craindre un autre insecte du môme groupe, le dermeste à deux points blancs de Geoffroy (attagenns pellio); sa larve, couverte de poils jaunâtres que termine un long pinceau, marche par mouvements saccadés; sa nymphe est revêtue de poils courts et blanchâtres (fig. 60,61, 62). L'adulte, fort différent des vrais dermestes, vole sur les fleurs, où sans doute il chasse aux petits insectes. Enfin, un petit coléoptère d'un genre voisin, Yanthrène des musées1,

1 Nom vulgaire, c'est réellement Yanthrène varié. Il y a ici une confusion d'usage. Le véritable anthrcne des musées, de Linnœus, est tort rare.

esl le désespoir des entomologistes. Il pénètre dans les Imites d'insectes el dépose ses œufs sur leurs corps desséchés. Los larves s'introduisent dans l'intérieur, et un amas de fine poussière brune au-dessous traln! seul leur présence. Elles son! blanchâtres, entourées de faisceaux de poils qu'elles hérissenl â la façon du porc-épic, dès qu'on les touche. Cette larve devient immobile liuil ou dix jours avant la nymphose. La nymphe demeure dans la peau séchée de la larve el con- Berve les épines de la tête el des côtés des segments. Ces! un moyen de protection, comme l'a reconnu M. Lucas, afin d'empêcher la nymphe molle d'être blessée lors des chocs. Un petit coléoptère globuleux, couver! de fines écailles agréablement colorées, en provient, il replie ses pattes cl semble niorl quand on le veut saisir. Il vide bien et vif sur les ileurs. lue visite fréquente <\^> boites, les vapeurs de benzine ou de sulfure de carbone, sont les meilleurs moyens de détruire les larves d^> anthrènes. Il est fort difficile de dire aujourd'hui quelle est la pairie première des insectes dont nous venons de parler. Le commerce les a transportés partout , et comme tous les insectes cosmopolites, ils sont fort peu sensibles à la température. Par suite des échanges, les collections d'insectes en Amérique sont infestées par l'antlirène des musées, comme les nôtres.

En général, tous les coléoptères dont il a été question jusqu'ici avaient dr> téguments durs et solides. Ces armures puisantes ne sont cependant pas nécessaires à tous les insectes de cet ordre qui vivent de proie. Il en <>st à élylres faibles et molles, d'un vol facile, très-carnassiers surtout à l'état de larve. Les transformations et les mœurs de deux groupes de ces malabodermes méritent toute notre attention. Dans toutes tes nuits d'été, on voit scintiller dans l'herbe, sou^ lès

buissons, de petits feux blanchâtres et mobiles. On cherché à les saisir, et l'on a dans la main un être aplati, annelé, d'un gris brunâtre. Les plus gros, les plus brillants de ces vers luisants sont des femelles privées d'ailes, ayant conservé l'aspect des larves (fig. 65, 64). Seulement, chez les larves, tous les anneaux sont pareils , la tête très-petite et cachée; les femelles ont la tête plus apparente, à Fig. G5ef64. petites antennes, et le corselet

Lampyre noctiluque, mâle i v 1 »i

et femelle. en houclier comme les maies,

et bien distinct. Les trois derniers anneaux de leur abdomen brillent par-dessous d'un vif éclat. La lueur est produite par la combustion lente d'une sécrétion qui laisse des traces lumineuses si on l'écrase entre les doigts. Dans l'oxygène, elle devient plus intense, et le gaz se mêle d'acide carbonique, comme par l'action de nos lampes, de nos foyers. Elle s'éteint bientôt dans les gaz inertes. Elle semble émise par scintillations et s'affaiblit à la volonté de l'animal, brillant d'un éclat incomparable quand s'opère la reproduction; elle se dégage violemment lors des contractions musculaires de l'insecte et quand on les excite artificiellement ; ces propriétés appartiennent, au reste, à tous les animaux phosphorescents. Les adultes vivent peut-être de végétaux, mais les larves, très-carnassières, s'attaquent aux mollusques terrestres, pénètrent dans la coquille des colimaçons, en tuent l'habitant, et au moyen d'une brosse de poils roides, dont leur partie postérieure est munie, se débarrassent des mucosités qui gêneraient leur respiration. Elles sont phosphorescentes par-dessous, mais moins que les femelles, et de môme les nymphes, dont la forme

COLEOPTERES. 83

peste celle de la larve quand il en doit éclore des femelles. Les œufs son! aussi phosphorescents. La nymphe, au contraire,esl (oui autre si elle doil donner un mâle. Elle offre alors les ailes repliées sons nue mince peau, el présente en dessous deux points lrès-lumineux,surtou1 quand l'air les frappe. Il en sorl en automne un coléoptère ailé, à corselet arrondi comme un bouclier, â longues élytrea recouvrant l'abdomen. Le mâle du lampyre noctiluque est très-faiblement phosphorescenl comparé à la femelle, Beulemenl en doux points sons l'avant-dernier anneau. Il recherche sa femelle immobile, attiré par l'éclat quelle projette au loin. On voit donc que cette brillante lumière esl pour elle le seul moyen d'assurer la reproduction do son espèce, un véritable flambeau de l'hyménée. Telle Héro, prêtresse de Vénus, plaçait chaque soir nn fanal sur une tour élevée, pour guider Léandre dans les flots écumeux de l'Hellespont. Lelampyre splendide, fort analogue au précédent, habite surtout le midi de la France. En Italie, en Espagne, en Portugal, dans un petit genre voisin (lucioîa italica et lusitanica), les deux sexes sont ailés, d'un brun foncé, et également phosphorescents. Ils se poursuivent la nuit à travers les sombres feuillages, et multiplient à Un peint prodigieux. Ils offrent, pendant les nuits d'été, un des spectacles les plus curieux qu'on puisse voir, car l'air est éclairé d'une multitude de petites étoiles errantes, fugitives étincelles du plus charmant effet. Ces insectes présentent en dessous de l'abdomen, à l'extrémité, l'appareil phosphorescent comme uwo large plaque d'un jaune soufré, conservant cette couleur chez les sujets secs de collection. Nous trouvons ces lucioles dans l'extrême midi de la France, près de .Nice, de Cannes, de Marseille jusqu'à Grasse.

Il est d'autres mangeurs de colimaçons qui se montrent au jour et n'ont dés lors pins besoin des lueurs

de feu des lampyres nocturnes. On connaissait depuis longtemps un petit coléoptère ailé et jaunâtre, à antennes munies de longs filaments, ressemblant déforme aux mâles des lampyres. C'est le drile flavescent, le panache jaune de Geoffroy. Un naturaliste polonais établi à Genève, Mielzincky, trouva, en 1824, dans les coquilles de Yhelix nemoralis (la livrée, à coquilles à bandes) des larves qui dévoraient l'animal, mais il n'obtint de leurs métamorphoses que des insectes sans ailes, ressemblant beaucoup à ces larves carnassières et aux femelles de vers luisants, mais plus aplaties, dont il fit un genre spécial, ne connaissant pas les mâles. En France, G. Desmarest fut plus heureux. Ayant

rencontré dans le parc de l'école vétérinaire d'Àlfort un grand nombre de colimaçons remplis de ces larves, il en vit sortir, des uns les petits driles aux élégants panaches, des autres les lourdes femelles, dix à quinze fois plus grosses que les mâles et recherchées par ceux-ci. Nous représentons le drile flavescent et sa grosse femelle, tous deux grossis et en conservant les proportions relatives (fig. 05). Le mâle est souvent encore plus petit.

Nous montrons également, dans un autre dessin (fig. 66), l'habitation des femelles dans les coquilles des colimaçons et les mâles voltigeant autour d'elles. Le docteur Laboulbène a élevé à Agen les deux sexes du drile flavescent avec Yhelix limbata, jolie espèce à trait blanc sur le dos de la spire. Nous rencontrerons

XlBkJ

FiS. 05.

Drile flavescent, mâle et femelle.

COLI nl'll lll.s.

bar la suite d'autres exemples de ces bizarreries de la nature dans ces espècesdont rien ne montre au dehors hi ressemblance des sexes. La larve du drile, d'un jaune blanchâtre, est transportée, on ne sait encore gomment, sur la coquille du mollusque, el s'j fixe par jine sorte de ventouse qu'elle porte à son extrémité postérieure, à la façon d'une sangsue. Ces larves aplaties

Fig, 66. — Driles et colimaçons

pnl de fortes mandibules et dos bouquets de [mils latéraux, des pattes assez longues et grêles. Elles se glissent entre ranimai el la coquille, le dévorenl peu à peu, puis , quand elles deviennent nymphes, elles ferment l'entrée de la coquille avec la vieille peau de la larve. Une espèce très-voisine, observée en Algérie, près d 0ran, par M. Lucas, le drile mauritanique, offre un in- Btincl plus singulier. La larve s'attaque à des cyclo

tomes, mollusques qui ferment l'entrée de leur coquille avec un opercule de même substance. Le vorace ennemi s'est cramponné par sa ventouse à la coquille, mais la porte est close et trop dure pour ses robustes mandibules. 11 ne se décourage pas, il est persuadé qu'elle devra s'ouvrir. Sa patience égale son appétit; il demeure en sentinelle parfois plusieurs jours. Le malheureux limaçon sait sans doute que la mort attend à l'entrée de sa maison, car il retarde sa sortie tant qu'il peut. Enfin, vaincu par le jeûne ou par le besoin de respirer, il détache son opercule. La larve du drile aux aguets le blesse aussitôt au muscle qui fait adhérer la petite porte au corps du limaçon, de manière à empêcher à l'avenir cette porte de se clore, puis se glisse sans inquiétude à l'intérieur de la coquille, et, maîtresse de la place, dévore à loisir le pauvre et inoffensif animal qui l'habite.

Nous allons retrouver les facultés lumineuses dans un autre groupe de coléoptères, de conformation remarquable à d'autres égards. Ce sont des insectes qui vivent habituellement de végétaux, mais qui, dans cer-, tains cas, peuvent devenir carnivores. Ils sont de forme ellipsoïdale, et plus ou moins aplatis. Leur tète est petite, leur corselet ou premier anneau du thorax, trèsgrand, en forme de trapèze allongé, rebordé latéralement, et plus ou moins prolongé en pointe aux angles] postérieurs. Ce qui les fera immédiatement reconnaître, c'est que, placés sur le dos, alors que. leurs pattes trop" cour.es ne leur permettent pas de se retourner, ils savent sauter et retomber sur le ventre par un ingénieux mécanisme. De là leur nom tïelatères, de taupins, de maréchaux, à cause d'un choc sec qu'ils produisent en sautant. Leur corps retourné se cambre en s'appuyant par la tète et par l'extrémité de l'abdomen. Une pointe du dessous du corselet pénètre, par un brusque mou-

!ttl

du dessous de urter

Pig. 67.

Organe de saul

du taupin ( face ).

COLEOPTERES.

vemenl de l'insecte, dans nne 1 « >^

Panneau suivant; en même temps le «lus vienl I

.ivcc force le plan d'appui , et, par ré-

ietion, l'animal est lancé en l'air, et

recommence sa manœuvre jusqu'à ce

qu'il retombe sur ses pattes (fig. 67,

88). Les larves de certaines espèces

sont très-nuisibles à nos cultures, el

\ivenl dans les racines; la pluparl se

trouvenl dans les dois décomposés.

Ces larves sonl cylindriques, revêtues d'écussons cornés, à pâlies courtes,

niais Portes, avec de rares poils roides entre les anneaux (fîg. 69). La dureté de la peau et leur l'orme les ont l'ait nommer, par les Anglais et les Allemands, vers fils de fer. Nous représentons la larve d'une espèce étudiée par M. E.Blanchard. Quelques espèces d'Amérique, appartenant au genre pyrophorus (porte-feu), répandent une lueur phosphorescente. Les ■lus célèbres (jnjrophonts noctilucus) abondent à la Havane, à la (iuvane , dans le nord du Brésil (fig. 70).

Ils se cachent dans les creux des arbres, dans les troncs pourris^ sous les herbes des prés el dans les parties fraîches des plantations de cannes à sucre.

Leur 1 ière provient de deux lâches sur les côtes du

corselet, et aussi (\r> amiraux de l'abdomen; elle est assez vive pour permettre de lire à petite distance. Les Indiens eu attachent sur leurs orteils pour se guider la nuit dans les sentiers des bois. Ils les capturent

Fig. 09.

Larve de l'éJatêre raurin.

en balançant en l'air des charbons incandescents au bout d'un bâton, ce qui prouve que la lueur qu'ils répandent est pour eux un appel. On les renferme dans de petites cages de fil métallique, I on les nourrit de morceaux de canne à sucre et on les baigne • deux fois par jour ; ce bain est indispensable à leur santé et ; remplace pour eux les rosées du soir et du matin. La nuit ils s'élèvent par miliers à travers les feuillages. Lors de la conquête espagnole, une troupe nouvelle- ■ ment débarquée, et en hostilité avec les premiers arrivants , crut voir les mèches d'arquebuses prêtes à faire feu et n'osa engager le combat. Ces insectes deviennent des bijoux vivants, d'un bien autre éclat que les pierres précieuses. On les introduit le soir dans de petits sacs en tulle léger qu'on dispose avec goût sur les jupes. 11 en est d'autres à qui on passe sans les blesser une aiguille entre la tête et le corselet, et on la pique ensuite dans les cheveux pour maintenir la mantille, en les entourant de plumes d'oiseaux-mouches et de diamants, ce qui forme une éblouissante coiffure. Voici quelque détails que nous empruntons à ce sujet à M. Chanut: « Ces insectes servent de jouet aux belles dames créoles de la Havane, où ils sont appelés cucujos. Souvent, par un charmant caprice, elles les placent dans les plis de leur blanche robe de mousseline, qui semble alors réfléchir les rayons argentés de la lune, ou bien elles les fixent dans leurs beaux cheveux

Fig. 70.

Pyrophore noctiluque.

noirs. Cette coiffure originale a un éclat magique, <|ui s'harmonise parfaitement avec le genre de beauté de ces pâles et humes Espagnoles. One séance de quelques heures, «luis les cheveux ou sons les plis de h robe d'une seilora, doit fatiguer ces pau> res insectes habitués à la liberté des bois. Cette fatigue se révèle par la diminution ou la disparition passagère de la lumière qu'ils émettenl ; on les secoue, on les taquine pour la ramener. Au retour de la soirée, la maîtresse en prend grand soin, car ils sonl extrêmement délicats. Elle les jette d'abord dans un vase d'eau pour les rafraîchir; puis elle le> place dans une petie cage <>ù ils passent la nuit à jouer et à sucerdes morceaux de canne à sucre. Pendânl tout le temps qu'ils s'agitent, ils brillent constamment, et alors la cage, comme une veilleuse vivante, répand une douce clarté dans la chambre. » Leurs larves se trouvent à l'intérieur du bois; c'est ce qui explique comment, au milieu du siècle dernier, le peuple du faubourg Saint-Antoine fui agité d'une frayeur superstitieuse : des CUCUJOS, sortis de morceaux de bois des îles, s'étant répandus la nuit dans un atelier.

11 y a quelques années on a pu observer vivante, au Muséum, une espèce de Pyrophore venant du Mexique, le P.strabus: la lumière était verdâtre, comme celle des lanternes de certaines voitures publiques, et, outre les deux taches ovalaires du corselet, apparaissait aussi entre les anneaux de l'abdomen et du thorax. MM. Pasleur et Gernez ont vu que celle lumière donne \ui beau Spectre, continu et sans raies obscures ni brillantes ; divers observateurs ont aussi constaté un l'ait analogue pour la phosphorescence des vers luisants, En 1873 le Pyrophore noctiluque a été apporté vivant à Paris, provenant de la Havane. C'est du ventre que part la plus forte lumière, surtout après que l'insecte a été baigné dans l'eau.

Ce sont les coléoptères à nourriture végétale qui vont maintenant nous occuper, à peu d'exceptions près. Les pièces de la bouche deviennent moins proéminentes et

7P Fig. 71. — Hanneton commun, mâle et femelle.

moins acérées. Au premier rang se présentent à nous les hannetons, aux antennes à larges lamelles, s'écai tant à la volonté de l'animal, plus amples chez le mâle que

chez la femelle. Nous sommes habitués â rire à la pensée de cet insecte sans défense, joue! infortuné des enfants, an vol lourd, retombant au moindre obstacle, ou ballotté par le vent, ce <|ui a amené le proverbe : Etourdi comme un hanneton. Los agriculteurs ne rienl pas à la vue du hanneton ordinaire (melolontha vulgaris)t au corselet il» ir, ;ui\ élytres et pattes fauves (fig. 71 1. A l'étal parfait, li1 hanneton no \il pas au delà de si\ semaines, généralement du milieu d'avril à la (in demai. Il se tient sous les feuilles pendanl la forte chaleur du jour, qu'il redoute beaucoup ; il dévaste lous les arbres, aimanl principalement les ormes, dont \< s enfants désignenl les l'ruits sous le nom de pain de hanneton. Ce n'est que par exception qu'il touche aux plantes herbacées. La durée totale de la vie <lu hanneton esl de trois ans. La femelle, avec ses fortes pattes de devant, creuse le sol pendant la nuit,

à un ou deux décimètres de prof leur, et y dépose de

vingt à Ire:, le œufs d'un blanc jaunâtre, de la grosseur d'un grain de chènevis. Son instinct la conduit à choisir les terres les plus légères et les mieux fumées pour leur confier sa progéniture ; ce sont les terres où les végétaux: abondent et qui sont les plus perméables à l'air, nécessaire à tout être vivant. Elle évite avec soin les lieux marécageux, les terres qui reposent sur un fond de glaise, ou compactes et battues que les jeunes larves ne sauraienl percer; elle redoute pour elles l'ombrage des grands arbres, ne pond pas dans les taillis serrés, ni sous les arbustes touffus et dont les branches et les feuilles descendent jusqu'à terre. La prudence conseille aux cultivateurs de terrains secs et légers de s'abstenir de limier et labourer au printemps, et de remettre ces travaux après la ponte. L'état de la terre à celle époque explique comment, de deux champs contigus, l'un peut être ravagé par les vers blancs et l'autre épargné. Les cultures de l'homme et ses labours, rendant la terre per-

méable, ont fait devenir le hanneton plus commun qu'il ne devrait être naturellement. Dans les années où il abonde, on peut en effet remarquer dans les bois que ce sont les arbres des lisières, contre les champs cultivés, qui sont dépouillés de leur feuillage, et que le hanneton n'est jamais dévastateur au centre des grandes forets. Un mois après la ponte sortent des œufs ces larves recourbées, à tête dure et cornée, à pattes grêles, d'un fauve

terne, dont la peau est gonflée d'une graisse blanchâtre et parait noirâtre à l'extrémité postérieure par l'amas des excréments (fig. 72, 75).

Ce sont les insectes connus, selon les pays, sous les noms de ver blanc, turc, man, terre, engraisse-poule, chien de terre, etc. Les corbeaux et les pies, qu'on voit constamment picorer de motte en motte, leur font une guerre très -acharnée, mais bien insuffisante. Les petites larves mangent peu la première année, restant réunies en famille, caractère des êtres faibles. En hiver, elles s'enfoncent profondément, échappant ainsi à la gelée et aux inondations. Au printemps suivant, la faim les presse, elles se dispersent en tous sens dans des galeries qu'elles creusent. Alors commencent d'affreux ravages. Les racines sont dévorées, d'abord celles des céréales et des légumes, puis, lorsque les larves sont plus fortes, les racines des arbustes et des arbres. Bien que mangeant toutes les racines, et même le bois mort, les vers blancs ont une prédilection pour les salades et les fraisiers, et parmi les rosiers, pour ceux des quatre saisons. Sur les racines des arbustes, les

Fig. 72 et 73.

Larve de hanneton

morsures des vers blancs s'étendent dans toute la longueur et simulent celles des rats; les plantes potagères, au contraire, sont en général coupées au collet en travers, et viennenl à la main dès qu'on les tire. D'immenses pièces de gazon, de luzerne, d'avoine ou «I»1 blé jaunissent ei meurent. Les rosiers, les arbres à fruits se l'.meiii sur pied, e1 on trouve parfois autour de chaque souche de deux à huit litres de vers blancs. Aussi jadis les foudres do l'excommunication furent lancées contre ces ennemis souterrains, ainsi que contre les chenilles. Les inans. cause d'une famine, étaient cités en 1 179 devant le tribunal ecclésiastique de Lausanne, défendus par un avocat de Fribourg, probablement trop peu éloquent ou mal à l'aise devant les méfaits de ses clients, car le tribunal, après mûre délibération, les bannil formellement du territoire. Il Tant dire, à la décharge de ces pieuses et naïves croyances, que nous no sommes pas plus avancés aujourd'hui contre leurs dévastations. C'est encore à la Providence, par suite de gelées subites au printemps, qu'il est donné d'en détruire le plus grand nombre. Leurs ravages semblent augmenter d'année en année, avec l'extension de nos cultures. Ainsi, en 1854, un seul pépiniériste deBourg-la-Reine évaluait à 50 000 fr. la perte que lui causait cette terrible larve. M. de Reiset estimait, il y a trois ans, à 25 millions, les dommages causés au seul département de la Seine-Inférieure. Il a reconnu que les vers blancs, trés-sensibles à la chaleur, s'enfoncent ou reviennent prés de la surface, selon les variations de la température, et cela au moyen de thermomètres enfoncés dans l'humus jusqu'à la couche à vers blancs.

Ces larves s'enterrent et s'engourdissent pour passer le second hiver et sont alors aux quatre cinquièmes de leur taille. Elles remontent au printemps et continuent pendant deux mois et demi les ravages de l'année précè-

dente, s'attaquant alors même aux racines des arbres, dont leur forme arquée leur permet d'embrasser le contour. Vers le milieu de l'été de la seconde année qui a suivi l'année de la ponte, le ver blanc, parvenu à toute sa croissance, s'enfonce profondément à plus d'un demi-mètre, se façonne une coque enduite d'une bave glutineuse, consolidée par la pression de son corps. 11 s'y change en nymphe où les élytres et les ailes couchées recouvrent le pattes et les antennes (fig. 74, 75). Dès la fin d'octobre, la plus grande partie des hannetons sont devenus insectes parfaits, mais encore d'un blanc jaunâtre, mous et sans force. Ils passent l'hiver dans la chambre natale, se dur-

Fig, "4 et 75.

Nymphe de hanneton.

cissent et se colorent en géné-

ral vers la fin de février et remontent peu à peu pour sortir de terre en avril. Dans les hivers très-doux, on voit paraître accidentellement des insectes adultes beaucoup plus tôt, trompés par une chaleur insolite. Voilà pourquoi nous avons tous les trois ans une année de hannetons ; ceux qui paraissent en bien grand nombre dans les deux autres années forment des générations dont l'origine première estime éclosion précoce ou retardée.

Pendant tout l'hiver on trouve des hannetons, éclos et colorés, dans les labours, dans les trous qu'on pratique dans les vergers pour planter les arbres. Dans les années chaudes, on en voit voler dens les mois de septembre et d'octobre , ce qui fut constaté dans tout le nord de la France en 1865. En janvier 185i, il en parut dans le Wurtemberg et en Suisse. Ces histoires de hannetons précoces figurent souvent dans les journaux.

La vie entière du hanneton, qui est en France de trois nus, peut se répartira peu presse la manière suivante, les dates, n'ayant, bien entendu, qu'un s,,|,s approximatif :

il m PS DE DOMMAGE8 00 DE VIE àCTIVE DE8 LARVES

Première année, à partir de l'éclosion des œufs,

du l -' juillet .-ni l" novembre. . . 1 mois.

Seconde année, du I ' avril au 1 ' novembre. ... 7 —

Troisième année, du Ier avril au Ier juillet 3 —

Totai 14 mois.

TEMPS D'ENGOURDISSEMENT, SANS N >u;i;i 1 1 i;i.

Cinq mois en automne et en hiver des deux, premières années, du 1 ' novembre au Ier avril H> mois.

[otal de l'existence en larves 24 mois.

Temps de vie latente ou de nymphe du lr juillet au 1 mars de la troisième année 8 mois.

Hannetons adultes éclos, demeurant en J

terre 80 jours ^ .

Hannetons hors de terre et dévorant } , J .

les ieuilles 20 - 0U * m01S'

En œufs l20 — J

Durée do la vie totale avec toutes ses métamorphoses. 36 mois.

Pour donner une idée des quantités fabuleuses auxquelles le hanneton arrive en certaines années, nous rappellerons qu'en 1688 les hannetons détruisirent toute la végétation du comté de Galway en Irlande, de sorte que le paysage prit l'aspect désolé de l'hiver. Le bruit de leurs multitudes dévorantles feuilles était comparable au sciage d'une grosse pièce de bois, et, le soir, le bruit de leurs ailes résonnait comme des roulements éloignés de tambours. Los habitants avaient de la peine à retrouver leur chemin, aveuglés par cette grêle vivante. Les malheureux Irlandais lurent réduits à cuire les hannetons el â les

manger. En 1804-, des nuées immenses de hannetons, précipitées par le vent violent dans le lac de Zurich, formèrent un banc épais de cadavres amonceléssur le rivage, dont les exhalaisons putrides empestèrent l'atmosphère. Le 18 mai 1852, cà neuf heures du soir, la route de Gournay à Gisors fut envahie par de telles myriades de hannetons, qu'à la sortie du village de Talmoutiers, les chevaux de la diligence, aveuglés et épouvantés, refusèrent opiniâtrement d'avancer et forcèrent le conducteur à revenir sur ses pas. En 1841 , ils ravagèrent les vignobles du Maçonnais, et certaines de leurs nuées s'abattirent sur Mâcon, au point qu'on avait grand'peine cà s'en garantir par les moulinets de canne les plus rapides, et qu'on les ramassa à la pelle dans certaines mes. Un hannetonnage de ces insectes adultes, mais général, mais obligatoire, serait le seul moyen efficace de combattre un fléau qui coûte bien des millions au pays ; mais en France, l'esprit de facétie, compagnon de l'ignorance, est encore plus funeste que le hanneton. On peut citer comme exemple un spirituel préfet du roi Louis - Philippe , M. Romieu, alors préfet de la Sarthe, qui rendit un arrêté en ce sens. Il devint la proie des petits journaux et fut représenté en hanneton dans le Charivari.

Nous rencontrons aussi, mais rarement dévastateur, le hanneton du châtaignier, à corselet brun, à pattes noires, et le hanneton foulon, de taille double du hanneton commun, agréablement bigarré de fauve et de blanc, mais qui n'habite que les rivages de la mer et surtout les dunes. En été apparaissent deux petits hannetons blonds et poilus, bien plus nocturnes que le hanneton commun, volant le soir dans nos prairies. Ce sont le rhizotrogus solstitialis, qui paraît en juin, et le rhizotrogus œstivus, eu juillet. Leurs larves, très-nuisibles, vivent des racines des arbres.

A côté des hannetons se rangent les cétoines inoffen-

siv.'s, ornées souvenl de magnifiques couleurs métalliques. Les pièces buccales des adultes sonl très-molles , aussi ne vivent-ils <|ini de (leurs. On voit la cétoine dorée se jeter avec frénésie sur les lilas et sur les roses et s'\

Coque et larve de cétoine dorée.

endormir. Los larves vivent dans le bois pourri, et les nymphes s'y façonnent une coque ; dans ces deux états l'insecte ressemble au hanneton (fig. 76, 77). A l'état adulte, les cétoines volent le jour et très-facilement, en

Fig. 78. — Cétoine dorée volant.

faisant glisser leurs ailes au-dessous des élytres qui restent closes (fig. 78). Cette espèce est le mélolonthe doré d'Aristote et partageait, avec le hanneton, le privilège fort peu agréable pour elle d'amuser les enfants des Grecs. Nous devons citer deux petites cétoines, com-

mîmes sur les fleurs de chardons, la cétoine stictique, noire, à points blancs, et la cétoine velue, toute couverte de poils jaunâtres. A côté des cétoines viennent ces gigantesques Goliatlis, des côtes de Guinée et du Gabon, vivant de la sève des arbres, d'un blanc ou d'un jaune mat, avec des taches ou des bandes d'un noir velouté (fig. 79) ; les femelles n'ont pas la tête bicorne des mâles ot leurs jambes de devant sont munies d'épines, sans doute pour fouiller les arbres pourris où elles pondent ;. puis les Trichies, communes en France sur les fleurs, à bandes parallèles noires et jaunes, dont les larves vivent à l'intérieur des vieilles poutres en respectant leur superficie.

Les cultures maraîchères, qui emploient fréquemment aux environs de Paris la tannée de l'écorce de chêne, ont rendu très-commun un gros coléoptère brun, bien connu sous les noms de rhinocéros ou de licorne (orijctes nasicornis). Il est beaucoup plus rare dans les bois, où se rencontrent peu souvent les écorces assez divisées pour ses larves. Le mâle porte sur le front une corne dont la femelle est dépourvue (fig. 80, 81). Les larves vivent trois ou quatre ans, analogues à celles du hanneton, mais bien plus fortes ; elles mangent les détritus ligneux du terreau et attaquent aussi les racines des plantes. De même en Amérique, les énormes scarabées, tels que les scarabées Hercule et Jupiter, ont sur la tète, chez les mâles, de longs appendices dont manquent les femelles. Leurs larves vivent dans les bois décomposés.

La prédilection des larves de ce groupe pour les matières ligneuses altérées nous explique les précieux services rendus par certains insectes en débarrassant le sol des excréments des animaux herbivores. Les mœurs les plus curieuses sont celles de scarabées de genres voisins, plaçant leurs œufs dans de petites boules

Fij. 71). — Goliath royal ou de Drury (mâle).

de fientequ'ils roulent, el qu'ils enterrent. Les larves se développent dans ces boules, au milieu des aliments

azotés qui leur conviennent.

Nous devons donner le premier rang, parmi les rouleurs de boules, aux ateuchus, à cause de la vénération

qu'avaient pour certains de ces insectes les anciens Egyptiens. Le plus célèbre est Vateuchus sacré, qui se trouve dans le midi de la France, et plus ordinairement

Fig. 80.

l't'k' <l m y, !,• nasicorne înàlc

Fig. 81.

Tète de la femelle.

en Provence qu'en Languedoc ; il est commun à Marseille sur les bords de la mer, du côté de Montredon. Il habite en général tout le littoral de la Méditerranée, et remonte jusqu'à Montpellier. On le trouve à Cette, à Perpignan, etc. Il déploie, sous l'influence de la chaleur solaire surtout, une activité incroyable. Il choisit d'ordinaire un terrain en pente pour y placer sa boule. On voit souvent, au printemps ainsi qu'au commencement de l'été, dans les dunes ou dans les sables du bord de la mer, les ateuchus se livrer an travail nécessaire pour enfouir leurs pilules. Ils grattent avec une grande vivacité la terre qu'ils amoncellent d'abord derrière leurs pieds de derrière, puis, se retournant et se servant de leur front comme d'une pelle, ils poussent plus loin les débris qui les embarrassent.

Leur front large est muni de six dentelures, comme des rayons, et leurs pattes antérieures sont dépourvues de taises qui auraient pu se briser eu fouissant, ou, peut-

être, tombent-ils immédiatement; la jambe étalée et tranchante fonctionne comme une pioche. C'est entre les pattes de derrière, longues, épineuses, arquées, que sont logées les boules, confectionnées avec les débris stercoraires séparés des pailles et des grains non digérés (fig. 82). L'insecte marche à reculons sur les quatre pattes de devant, jusqu'à ce que, parvenu au trou qu'il a creusé, il y précipite sa boule. On peut dire que les ateuehus contribuent à la salubrité atmosphérique et à la dissémination des engrais dans le sol. Les larves qui sortent des œufs déposés dans les boules sont conformées sur le plan commun des larves de scarabées, dont le type est la larve du hanneton. Elles vivent en terre, dans les trous où ont été projetées les boules et aux dépens de la matière de celles-ci; c'est là aussi qu'elles deviennent nymphes dans une coque de terre et de débris.

Les ateuchus, avons-nous dit, sont obligés de marcher à reculons ; ils sont renversés fréquemment pour peu que le terrain soit inégal, et se relèvent avec peine. Ces difficultés, loin de les rebuter, semblent redoubler leur zèle. Ils font concourir leurs efforts à un but commun, et, pour l'obtenir, paraissent fort indifférents au droit de propriété ; quand une boule, par la culbute de son possesseur, vient à rouler au loin, un autre s'en saisit, et le dépossédé, relevé de sa chute, prend la première boule qu'il voit à sa portée, ou travaille avec ardeur à en faire une nouvelle.

Les prêtres égyptiens, à l'aspect des ateuchus, de leurs boules roulant sans cesse comme le monde dont ils trouvaient l'emblème, comparèrent leurs travaux à ceux d'Osiris ou du Soleil.

D'après Porphyre, on honorait l'ateuchus sacré comme la figure de cet astre. Aussi les monuments, les hiéroglyphes représentent, multipliée de mille façons, l'image du scarabée sacré ; il est ciselé, quelquefois de taille

COLEOPTERES. I0:>

gigantesque, sur les murs des temples, sur les chapiteaux des colonnes, sur Les obélisques, gravé sûr les pierres précieuses, sur «les médaillons, des cachets, des grains de colliers ou de chapelets. Il étail le symbole de la transmigration des âmes et placé dans la tombe dos personnes pieuses comme un dieu tutélaire. Une momie rapportée de L'expédition d'Egypte, par E. Geoffroy Saint-Hilaire, renfermait un scarabée sacré parfaitement conserve. Les mages et les empiriques le pendaient en amulette, d'après Pline, au bras gauche des malades qu'il devait guérir des lièvres intermittentes; le zodiaque de Dendérah le présente dans les signes célestes au lieu du Scorpion des Grecs. Enfin cel insecte, sculpté au bas de la statue des héros, exprimait la vertu guerrière exempte de toute faiblesse.

De tous les auteurs anciens qui ont parlé du scarabée sacré, Hor-Apollon est celui 'qui a traité ce sujet avec le plus d'étendue. 11 lui a consacré le chapitre X d'un ouvrage intitulé : de la Sagesse symbolique des Égyptiens, ouvrage mystique et compilation confuse qui ne mérite pas de citation textuelle. Nous y voyons que tous les individus des ateuchus étaient regardés comme mâles. Les boules demeuraient en terre vingt-huit jours, temps d'une révolution lunaire, pendant lequel la race du scarabée s'animait. Le vingt-neuvième jour, que l'insecte connaît pour être celui de la conjonction de la lune avec le soleil et de la naissance du monde, il ouvre cette boule et la jette dans l'eau. Il en sort un nouveau scarabée.

Les anciens voyaient bien cet insecte enterrer sa boule, mais, convaincus de l'existence d'une génération spontanée, il fallait nécessairement supposer que l'insecte venait ensuite la déterrer et la jeter dans l'eau, élément nécessaire pour produire, selon leurs idées, avec le concours de la chaleur, les êtres qui n'avaient ni père ni mère.

Un fait intéressant doit nous frapper dans les récits confus et erronés de Hor-Apollon. Il lance, dit-il, en parlant du scarabée sacré, des rayons analogues à ceux du soleil. On remarque fréquemment que les images sculptées de cet insecte ont été dorées. Latreille, dans son mémoire sur les insectes sacrés, avait d'abord supposé que les six dentelures du front représentaient les rayons de l'astre , mais une intéressante découverte amena une hypothèse plus vraisemblable. En 1819, M. Cailliaud (de Nantes) découvrit à Méroë, sur le Nil Blanc, dans son voyage au Sennaar, un autre rouleur de boules, très -semblable de forme à Vateuchus sacré, avec six dents comme lui en avant de la tête ; mais, au lieu de la couleur noire uniforme de l'insecte de la basse Egypte, celui-là présente une belle couleur d'un vert doré, rappelant en conséquence, par ses reflets, les rayons étincelants de l'astre du jour. Or les Egyptiens,

Fig. 83. originaires de l'Ethiopie, c'est-à-

Ateuchusàlargecou. ^ ^ f.gions .^..^ de ^

vallée du Nil, vénérèrent d'abord ce brillant scarabée et, plus tard, quand le delta du Nil, suffisamment ac- <tu, devint habitable, ils y réunirent, dans une superstition commune, son noir congénère des bords méditerranéens. C'est dans cette croyance très-vraisemblable que Latreille a appelé la seconde espèce ateuchus des Egyptiens.

L'Europe ne renferme que des ateuchus d'un noir brillant. Outre l'ateuchus sacré, on possède en France, dans les mêmes localités, une espèce de dimensions moindres, Vateuchus demi -ponctué. L'espèce la plus réduite comme taille, et qu'on rencontre dans notre pays

le plus au nord, est Vateuchus à large cou (fig. -srij.

Le front a six dentelures, comme dans les précédents, mais les élytres sont fortemenl et régulièremenl sillonnées. On voil cel insecte dans plusieurs de nos départements du Midi; il es1 commun près d'Àix en Provence. On le trouve dans l'Ardèche, el aussi, mais assez parement, dans certaines parties des environs de Lyon, particulièrement sur les monts d'Or et les coteaux de la Pape. Il n'a pas été constaté, d'une manière bien authentique, aux environs de Paris, ni même, je crois, au centre de la France.

Les mœurs de toutes ces espèces sonl toujours analogues à celles del'ateuchus sacré. 11 y a des espèces où les mâles aident, dit-on, parfois les femelles à rouler leurs boules. Ils paraissent d'habitude beaucoup moins occupés que leurs compagnes, et des observateurs peu al lent ils leur ont fait l'injure de les comparer à ces guerriers des peuplades sauvages laissant aux femmes les pénibles travaux. Cependant, le fait seul que les mâles survivent à la fécondation et demeurent assidus auprès des femelles doit nous amener à une opinion plus conforme aux lois naturelles, qui ne laissent la vie qu'aux êtres nécessaires pour perpétuer l'œuvre du Créateur. Une espèce du midi de l'Espagne, étudiée sur les rivages de Malaga par M. de la Brûlerie, nous donnera une idée exacte du rôle des mâles.

« En certains endroits de la plage sont parqués, dans des clôtures mobiles, des porcs en nombre considérable. L'élève de ces animaux est une des richesses de la contrée, et Malaga l'un des principaux marchés où on les conduit. Là où les porcs ont séjourné, viennent bientôt les histérides, les lamellicornes coprophages, et notamment Vateuchus cicatricosus. Je le vis rouler ses boules. « La femelle seule se charge de ce soin, et, comme les autres espèces du genre, marche à reculons et se

sert de ses pattes de derrière pour maintenir son précieux fardeau. Le mâle surveille le travail avec un intérêt visible, mais sans y prendre une part active. Qu'un obstacle se rencontre, et que la boule qui contient sa progéniture tombe dans une inégalité du sol, il faut voir comme il s'agite, tourne tout autour, pousse sa femelle du chaperon, et l'excite, j'allais dire de la voix, mais plutôt en faisant retentir, sur un ton désespéré, le bruit que produit le frottement de son abdomen contre ses élytres.

« Si l'observateur prend la femelle et la pose à terre, à quelque distance, le mâle redouble son cri plaintif. La femelle l'entend; elle paraît indécise, consulte les quatre points cardinaux, s'oriente enfin, et de sa course la plus rapide revient, tout en trébuchant, ressaisir la boule, objet de sa maternelle sollicitude.

« Vous accusez le mâle d'être un paresseux jouant le rôle de la mouche du coche. Mouche peut-être, mais mouche indispensable, car, si vous le prenez, la femelle s'arrête et reste la tête baissée sur le sable, de l'air le plus piteux du monde.

« Elle serre toujours sa boule dans ses pattes de derrière, mais rien ne la fera bouger, et, si on ne lui rend son compagnon, je crois qu'elle mourra sur place1. »

Un second groupe de constructeurs de boules est formé par les gymnopleures, de couleur noire, qu'on reconnaît au premier abord parce que les flancs du premier arceau ventral sont mis à découvert par un rétrécissement brusque des élytres au-dessous des épaules. Ils ont des tarses très-grêles aux membres antérieurs, de même que les sisyphes, du groupe suivant. Une espèce très-commune dans le midi de la France est le gymnopleure pilulaire. Il abonde aux environs de Lyon. Ces

1 Op. cit., p. 522.

COLKIH'TERES.

insectes vivenl rassemblés en troupe plus ou moins considérable, et couvrenl parfois de leur multitude les déjections des chevaux el des bœufs ; mais, à peine les approche-t-on, surtout dans les journées chaudes, qu'ils s'envolont avec facilité, au point que, dans un instant, on n'en voit plus un seul.

On a trouvé cette espèce jusqu'à Pilhiviers, mais je ne crois pas qu'elle arrive plus près do Paris. On prend quelquefois, mais rarement, dans les chaudes journées de juin, près de la capitale, une seconde espèce de gymnopleure, un peu plus petite, à surface chagrinée, le Gymnopleure flagellé (fig. S ii. Ces insectes recherchent les matières stercoraires des ruminants. Ils volent

autour des chèvres et des moutons, et, à défaut de leurs propres houles, se jettent sur les crottins et les roulent.

Quelquefois une vèritahle intelligence semble présider à leurs travaux. « Souvent, dit M. Mulsant, surtout parmi les scarabées1, qui construisent une pelote beaucoup plus grosse qu'eux, un ami obligeant vient prêter ses bons offices. Il se place sur le sommet du corps sphérique, et, en se penchant en avant, l'entraîne dans un mouvement de rotation. Par moment, un accident arrive : la boule tombe dans un trou, et y resterait inévitablement sans le secours de nouvelles forces nécessaires pour l'en extraire. Un gymnopleure auquel

Fig. 84.

Gymnopleure llagellé, de profil.

semblable mésaventure était arrivée se d

iriffea,

dit

Illiger, vers un tas de bouse voisin, et revint bientôt

1 Hist. natur. des colcopt. de France, Lamellicornes, 18 'ci, p. il,

avec trois camarades; tous quatre réunirent leurs efforts pour tirer la pelote du précipice, et ils y parvinrent enfin; ce résultai obtenu, les trois compagnons, dont la tâche était accomplie, s'en retournèrent aussitôt à leur ouvrage. »

Les sisyphes forment un troisième groupe, ainsi désigné par Latreille en souvenir de ce fils d'Eole et d'Arénète condamné, suivant la Fable, à rouler au sommet d'une montagne un rocher qui lui échappait toujours au moment où il croyait toucher au terme de ses peines. Les Sisyphes ont le corps court et ramassé, les pattes grêles et très -étendues, surtout celles de derrière, qui sont courbées pour mieux embrasser la boule. Cet. aspect des membres a valu le nom de bousier araignée (Geoffroy) au Sisyphe de Schœffer (fig. 85), la seule espèce d'Europe, qu'on a pris quelquefois accidentellement près de Paris. Ce noir et bizarre animal c- i l\s'^Di' n- vit dans les matières les plus re-

Sisyphe de Schœffer. l

butantes; il marche gauchement à cause de ses longues pattes postérieures, se plaît sur les terrains en pente, les coteaux exposés au soleil. On peut dire 'de lui qu'il a la monomanie du jeu de boules; sans relâche les sisyphes sont occupés à en construire ou à en rouler, et souvent ils contentent leur instinct, à peu de frais, avec des crottins de chèvre. Écoutons encore les curieuses observations de l'entomologiste lyonnais :

« Les mâles, écrit M. Mulsant, montrent en général un attachement moins vif que l'autre sexe pour ces petites pelotes qui doivent servir de berceau à leurs descendants. Souvent, pour mettre à l'épreuve leur amour

COLEOPTERES. m

maternel, il m'esl arrivé de transporter dans la main un couple de sisyphes avec le fruit de leurs travaux.

Dès que je leur rendais la liberté, !<• mâle en usail pour s'envoler; la femelle ordinairement restait attachée â la pilule, objel de ses espérances, et se résignait â l,i conduire seule. J'ai vu quelques-unes de ces créatures surprises par la nuit avant d'avoir pu enterrer assez profondément leur globule; le lendemain, de grand malin, je les retrouvais le tenant onde leurs pâlies, comme un trésor dont elles n'avaient pu se séparer. » Os instincts affectueux sont propresà tous les scarabées rouleurs de

boules.

En creusant la terre on douve souvent, avec une boule, le couple d'insectes qui l'ont produite. On dirait qu'ils ont voulu rester attachés à cet objet pour veillera sa conservation ou pour attendre, prés de ce dépôt précieux, la mort qui doit mettre fin à leurs travaux.

Malgré l'odieuse exploration qu'exige l'étude des bousiers, nous oserons encore continuer un peu ce sujet, tant les mœurs de ces insectes, toujours liées à leurs métamorphoses, tiennent en suspens la curiosité. La science n'est-elle pas comme le charbon ardent qui purifiait les lèvres du prophète Isaïe?

Les copris ne construisent pas habituellement de boules, mais creusent des trous proportionnés à leur taille sous les matières stercoraires, et y accumulent, mêlées à leurs œufs, les substances nécessaires à la pourriture d^> larves, qui s'entourent, pour se transformer, d'une coque de bouse séchée. C'est ainsi qu'opère le copris lunaire ou bousier capucin de Geoffroy, très-commun dans le Midi, mais qu'on peut voir aussi près de Paris, surtout dans les lieux sablonneux où ont passé des chevaux. Il esl d'un noir brillant et remarquable par les trois cornes qui ornent sou corselet,

celle du milieu étant la plus grande, et la corne qui se dresse au centre du front, longue et pointue dans le mâle, courte et tronquée chez la femelle. Il fait entendre une stridulation en frottant ses élytres contre le dos.

Les aphodiens sont les plus petits scarabées des fientes, les seuls communs dans les régions du Nord, existant même en Laponie. On les voit voler le soir en abondance sur les routes parsemées de déjections. Leur corps est arrondi et convexe en dessus, mais plat en dessous. Ils n'ont pas d'industrie, ne creusent pas la terre au-dessous des bouses dont ils se repaissent, dont ils ont percé la Surface de petits trous et qu'ils sillonnent de galeries. Les femelles pondent dans le milieu où elles vivent, et c'est là que les larves se développent. Rien de plus commun que Yaphodie du fumier, noire, avec des élytres rouges striées. Quand on a bouleversé sa triste demeure, l'insecte fait le mort. Les cuisses courtes et aplaties, les jambes larges et dentelées indiquent un fouisseur. Chose étrange ! de son asile immonde il sort net, sec et brillant, comme d'un bain immaculé.

Il est impossible de ne pas accorder notre attention aux géotrupes qui volent le soir, avec un bourdonnement sourd, sur tous nos chemins; leur présence dans les airs indique au laboureur qui regagne sa chaumière que le temps sera beau le lendemain. Leur abdomen est très-court, et par contre leur thorax énorme, donnant attache à des pattes larges, crénelées, éperonnées, constituées pour fouir avec force. Ils font entendre une stridulation par le frottement d'une saillie de l'article d'articulation du membre postérieur contre le bord de la cavité où il s'emboîte. Leur corselet n'est pas armé de cornes, du moins dans les espèces ordinaires. Les géotrupes creusent, sous les déjections des ruminants

ci des chevaux, des lions verticaux ou obliques, ayant parfois plusieurs décimètres de profondeur, à l'ouverture

desquels ils se tiennent pend an 1 le jour, occupés â satistaire leur appétit el prêts à s'y réfugier en cas de danger. Le soir, après des mouvements répétés de leurs ély très, à la façon des hannetons, pour gonfler d'air leur corps massif, ils se dressenl sur leurs pattes de derrière e1 fessayenl de prendre I -essor; nuiis souvent leur premier coup d'aile, frappanl l'air avec trop de force, les rejette en arrière sur le dos, et ils doivent s'y reprendre à plusieurs lois. Ils rasent la terre d'un vol court, lourd et sinueux, se frappent contre les obstacles et retomltenl étourdis. Si l'on cherche à les saisir, ils se renversent sur le sol et contrefont les morts, en étendant leurs pattes, qui demeurent roides el sans lléeliir aux articulations. Os insectes sont tourmentés par une multitude de gamases, petites arachnides d'un fauve terne, dont nous avons parlé à propos des néfcrophores; ils couvrent souvent le corps des géotrupes. Les espèces les plus communes sont le géotrupe stercoraire, d'un noir brillant, le plus souvent avec reflet bleu ou bronzé, et le géotrupe printanier, plus petit, d'un bleu foncé à reflet rougeâtre, à élytres moins fortement striées.

Très-voisins des scarabées et des hannetons par leurs larves et leurs nymphes, les lucanes ou cerfs-volants présentent quelques différences à l'état parlait. Leurs antennes sont coudées, et les lamelles, au lieu de se replier comme les feuillets d'un livre, demeurent écartées. La plus grande espèce de notre pays, le lucanecerf, d'un brun foncé, est bien connue par ses énormes mandibules, bifurquées à l'extrémité, crénelées, avec nue forte dent au milieu. L'usage de ces énormes appendices qui simulent un bois de cerf est mal connu; ils n'existent que chez les mâles; la femelle ou biche ne

les offre qu'à letat ordinaire (fîg. 86, 87, 88, 89;. Ils ' peuvent serrer la peau jusqu'au sang et soulever un poids considérable. Les Romains suspendaient ces mandibules cornues au cou de leurs enfants, pour les préserver des maladies du jeune âge. Linnaeus dit qu'un éléphant qui aurait une force proportionnée à celle d'un lucane, ébranlerait une montagne. On croit, dans certaines parties dé l'Allemagne, qu'ils prennent des charbons ardents entre ces pinces et vont propager des i incendies. Leurs mœurs sont douces, ils sucent avec délices, au moyen de leurs mâchoires en forme de houppe, les liqueurs qui suintent des crevasses des chênes. Ils mangent aussi les feuilles de ces arbres. Ils sont très-friands de miel et on prétend qu'ils peuvent s'apprivoiser. Swammerdam, dit-on, en avait un qui le suivait comme un chien quand il lui présentait du miel. Accrochés pendant le jour au tronc des chênes, ils ne volent que le soir et du vol le plus lourd, se te-; nant presque verticaux pour ne pas basculer par le poids de leurs gigantesques mandibules. Leur taille varie beaucoup. La collection du Muséum en présente deux énormes individus, provenant de la dernière expédition de Syrie. Ils étaient venus frapper avec tant de force dans le schako d'un capitaine commandant un détachement, que celui-ci crut d'abord à une agression à coups de pierres. La femelle pond ses œufs dans les vieux troncs de chêne. La larve enroulée, ressemblant beaucoup à celle des hannetons, à anneaux moins marqués, vit près de quatre ans et commet souvent de grands dégâts. On ne sait trop si c'est à cette larve ou à celle du grand capricorne, dont nous parlerons bientôt, qu'il faut rapporter ces vers, nommés cossus par les Romains, remplis d'une crème délicate, et qui figuraient avec honneur sur les tables de Lucullus. Les meilleurs à manger, dit Pline, sont les gros vers des chênes, ce qui

COLEOPTERES

se rapporte aux larves des deux genres. Les dames detnandaienl à cette nourriture substantielle un embonboint qui prolongeai leur beauté.

Pour se changer en nymphe, la larve s'enveloppe d'une coque de parcelles il»' bois agglutinée, et l'adulte passe souvenl l'hiver dans cette coque après sou éclosion pour se consolider.

Passons rapidement sur le triste groupe «les mêlatomes, coléoptères an manteau noir. .Nous j rencontrons les blaps, dont l'espèce commune, le blaps obtusa, à odeur repoussante (fig. 90), cl le blaps »tortisaga (présage de mort), à élytres soudées avec une

Fig. 90. ,

lUaps obtus.

Fig. 91 el 92.

Ténébrion de la farine et sa larve.

pointe terminale, sans ailes, se traînant dans les caves, les celliers, les grottes obscures, vivant de débris animaux el aussi des limaces de cave, et les ténébrions, habitanl les boulangeries. Leurs larves séjournent dans la farine, ont u\\ corps cylindrique et comme vernissé. Les amateurs d'oiseaux les recherchent pour nourrir les jeunes rossignols et divers oiseaux insectivores. Trop souvent nous en trouvons avec dégoût les débi'is dans le pain, ainsi que les restes noirs de l'adulte (fig. 91, 92).

Un très-grand intérêt, sous le rapport des métamorphoses encore imparfaitement connues, s'attache à la famille des coléoptères vésicants, fournissant à l'art de guérir un puissant caustique dérivatif et aussi un dangereux poison. Les plus employés en Europe sont les cantharides, au corps et aux longues élytres molles, d'un beau vert brillant, s'abattant en immenses essaims sur les frênes, dont elles dévorent le feuillage, et quelquefois sur les lilas. Dans le midi de l'Europe, en Orient, en Chine, on se sert, comme vésicants, des m\jlàbres, qu'on rencontre en grappes sur les fleurs des composées, les chicorées, les chardons, etc. Les Romains en faisaient le môme usage , et la loi Cornelia punissait de mort les empoisonneurs par les mylabres. Enfin, au printemps surtout, dans les prairies, on voit courir des coléoptères d'un noir violet brillant, aux élytres très-courtes, sans ailes, et dont les femelles traînent avec peine un énorme abdomen rempli d'œufs. Les Allemands les nomment scarabées de mai (Maykœfer). Si on les saisit, ils replient leurs pattes, et de toutes leurs articulations suinte une liqueur jaune, onctueuse, fétide. Ce sont les bouprestis ou enflebœufs des anciens, car on a vu des bestiaux gonfler et mourir pour en avoir avalé. Dès le commencement d'avril, le méloé proscarabée, le plus commun, se rencontre en abondance dans les prairies qui sont contre le pont d'ivry et bordent le confluent de la Seine et de la Marne. On a complètement ignoré longtemps les premiers états des coléoptères vésicants. Newport en Angleterre, M. Fabre en France, ont soulevé le voile en grande partie. On avait rencontré sur diverses abeilles solitaires, construisant des nids en terre et les approvisionnant du miel des fleurs pour leur progéniture, des petits êtres cramponnés dans leurs poils. On les prenait pour des parasites et ils furent décrits sous les noms de pou de

C0LÉ0PTÊR1 S.

la mélitte, de triongulin. Ce sont les premières des vésicants. Les nombreuses transformations espèce ll()llllll(',(, Sitaris humerai onl été observé M. Fabre (fig. 93). La larve esl tour à tour cai ci mellivore. La femelle va pondre à reculons di conduits terreux <pii mènenl aux nids des abeil litaiivs. De ces œufs sorl une très-petite larve millimètre do longueur seulement, très-agile, à mâchoires, à longues pattes, à longues antennes

larves d'une

es par iiivore

uis les

les SO-

, d'un

tories

5, avec

Fig. 93.

Sitaris humerai (grossi).

Fig. 94.

Première larve (très-grossie).

dos filots caudaux, une peau cuirassée, et des yeux au nombre de quatre (fig. 94). Elle attend patiemment tout l'hiver sans nourriture. Au printemps sortent du nid les mâles, éclos les premiers. Prestement elle s'accroche à leurs poils; ils la l'ont passer soit directement, soil par l'intermédiaire des fleurs où ils l'ont déposée, sur les femelles. Celles-ci ont fait un nid comme leur mère, ont -.nui les cellules d'un doux miel pour leurs enfants; dans chacune doit être pondu un œuf. La petite larve a l'instinci de se laisser tomber sur cet œuf, l'ouvre, se nourrit de l'intérieur et se sert de la coque comme d'un radeau pour ne pas se noyer dans le lac de miel qui l'entoure. Après la mue parait une seconde larve

lîo

(fig. 05). Combien elle diffère de la première ! Elle est aveugle, n'a que des pattes et une bouche à peine formées, un énorme ventre renflé. Elle mange peu à peu tout le miel de la cellule. Puis, dans la peau desséchée de cette seconde larve, mais distincte, se forme

Kg. 95. Deuxième larve.

Fig. 96.

Pseudonymphe.

une pseudo nymphe, ovalaire, segmentée, inerte et ne mangeant pas, de couleur ambrée, passant l'hiver (fig. 96). Il en sort une troisième larve (fig. 97) trèsanalogue à la seconde, devenant bientôt une nymphe

Fig. 97.

Troisième larve.

ordinaire, d'un blanc jaunâtre, à organes repliés et d'où sort un sitaris adulte, ne vivant que peu de jours pour la reproduction et la ponte (fig. 98).

Les méloés pondent dans de petits trous, sous les gazons, des amas d'œufs oblongs, d'un beau jaune citron. Les premières larves qui en sortent grimpent aux fleurs, de là passent sur des mellifiques, et subissent toute une série analogue de transformations. Il doit en être de même, pour les mylabres et pour les cantharides, dont les femelles ont peine à voler, tant leur abdomen est

COLÉOPTÈKES.

gonflé par les œufs, tandis qui' les mâles volent vivement ,111 soleil autour des frênes ou des lilas : mais l'observation directe esl encore à faire (fig. 99, 100).

h.. 99. — Cantharidi volant.

mâle Fig. 100. — Cantharide Femelle

avant la [lonte.

La plupart <los coléoptères dont il nous reste à dire quelques mois oui des larves souvent sans pattes, molles, blanchâtres, ne se mouvant que par reptation, vivant cachées dans les tiges, les graines, les fruits des végétaux. Ils se rattachent de plus ou moins près à une immense famille, les charansons1 ou porte-becs , comptant bien 30,000 espèces, décrites, nominales, inédites et à découvrir, offrant un prolongement allongé du front qui porte les antennes, le plus souvent coudées. On leur donne le nom latin de curculio ou gurgulio, à cause de leur voracité et de leurs dégâts :

Le charançon ravage un vaste champ de blé Virg., Géorg., liv. I, vers 485.

dit le poète en parlant de la calandre des grains, fléau de nos réserves do céréales. Chacun de nos légumes secs

*Nous écrivons charansons et non charançons, d'après L'ancienne orthographe de Geoffroy.

a son hôte funeste. La bruche du pois, brune, tachetée de blanc, ne sort du pois qu'à la fin de l'été. Chaque femelle, qui peut pondre une centaine d'œufs, dépose à la lin de la floraison, sur la jeune gousse, un œuf par pois. La larve vide peu à peu le pois, qui grossit avec elle, et l'adulte sort en perçant un trou circulaire (fig. 101, 102).

Fig. 101 et 102. — Bruche du pois et pois percé.

La bruche des fèves dépose ses œufs dans les champs de fèves et marque chaque fève d'un à trois points noirs. Une fève peut nourrir plusieurs larves. La lentille et la vesce ont aussi leurs bruches spéciales. C'e^t un charanson dont la larve dévore la noisette et qui sort de la coque par un trou arrondi. Tous les végétaux sont rongés par une ou plusieurs espèces de ces coléoptères : ainsi la vigne, les arbres fruitiers, les bouleaux, les peupliers, les coudriers, les pins et les sapins (fig. 105), etc. Il y a des charansons qui sautent au moyen de leurs pattes postérieures repliées. Tels sont les o?*c/* estes qui minent le parenchyme des feuilles. Le docteur Laboulbène a décrit la métamorphose d'une de leurs espèces (Ann. Soc. ent. de France, 1858, p. 286). Parfois les femelles ont l'instinct de couper à demi les jeunes tiges ou les pétioles des feuilles où elles doivent pondre, afin que la sève n'afflue que difficilement dans l'organe flétri et ne puisse étouffer les jeunes larves. A côté, nous trouvons les scolytes, les hylésines, les bosiriches, dont les larves vivent dans les galeries qu'elles creusent entre l'écorce et

le bois des arbres de diverses essences (fig. 104). Chaque espèce a sa propre forme de galeries. Elles sont très-nettes

Fig. 105. — l'issotles nolatus.

sur le frêne. Ces petites larves sont sans pattes, à peau trèsfroncée, repliées en deux, à bouche armée de pièces so-

Fig. 104.

Hylésine du pin (grossi).

Fig. 105.

Larve de scolyte replié (grossie).

lides (fig. 105). Les adultes dévorent les feuilles des arbres où vivent les larves. On prétend que par là Lis affaiblissent

ces végétaux et les rendent plus faciles à attaquer par leurs larves, et que l'instinct les porte à choisir pour la ponte des arbres ou vieux ou languissants, moins résistants que ceux où abonde la sève. Ces insectes, qui creusent des galeries dans le bois, ont des mandibules si dures qu'il y a dans la science des exemples où ils ont perforé des plaques de plomb et même des clichés typographiques, formés d'un alliage plus dur que le plomb. On dirait que certains charansons, principalement d'Amérique, cherchent à faire pardonner, par leurs riches couleurs, les méfaits de leur race. Cet éclat est dû, non aux téguments mêmes, qui sont noirs, mais à de brillantes écailles, imbriquées comme les tuiles d'un toit, et que le frottement enlève. Dans le midi de la France, vit sur les tamarix une petite espèce de cette sorte, verte avec points d'un rouge vif, qui étincelle au soleil comme des perles de feu.

Ce sont encore des larves sans pattes, ou à pattes trèsrudimentaires, et vivant dans les bois, qui produisent ^ r ces magnifiques coléoptères nom-

més richards ou buprestes, aux colorations les plus vives , aux teintes métalliques (fig. 106).

Aux Indes, en Chine, les femmes s'en servent pour leur coiffure ou comme pendants d'oreilles, et une mode analogue commence à s'introduire en France. La forme extérieure des buprestes rappelle Fig. îofi. un peu celle des taupins. Ils ne

Bupreste impérial. sautent ^ ^ }W une excep

tion unique chez les coléoptères, leurs ailes ne sont pas repliées en deux sous les élytres. La France n'en possède que de petites espèces, surtout du Midi. Les larves sans pattes ont une petite tête, un très-large tho-

COLÉOPTÈRES r;i\, sonl très-allongées et vonl en

imincissant, comme Elles restenl isolées entre l'écorce el le

•es, et sonl pardonner l'adulte.

Larve de bupreste

de Solier.

1111 pilou aplati

bois, se creusant des galeries Lrrégulii lois, dit-on, de dix à vingt ans avant de flous figurons une de ces larves appartenant à une espèce qui vil dans les jiMiiics arbres dos pins maritimes des Landes, le bupreste de Solier, larve bien propre à montrer la forme typique, el gui vit une année (fig. 107). Nous devons citer la plus grande espèce d'Europe, le Buprestis mariana, atteignant 0n>,02 de longueur. Il est d'un beau vert foncé à reflel cuivreux. Il vit sons les écorces des arbres verts el se rencontre de la Suède à la Méditerranée, lone d'habitation très-étendue, fait général pour les insecles dos conifères.

Les buprestes n'ont que de petites antennes; mais ; leurs larves sonl très-voisines, connue formes et connue mœurs, de celles des longicornes ou capricornes, dont les très-longues antennes, surtout chez les mâles, formées d'articles en fuseau, ont, clans certaines espèces, deux el trois fois l'étendue du corps. Le type de ces insectes est le grand capricorne (Cerambyx héros), qu'on rencontre en juin sur les chênes (fig. 109). 11 est d'un brun presque noir. Le mieux pour les amateurs qui veulent recueillir toutes ces espèces, à longues et si fragiles anlfimes, est de les renfermer dans de grands sacs de toile pleins de feuille. La larve, dite gros ver du bois, creuse ses larges galeries dans l'intérieur des chêne? parvenus à toute leur croissance, et gâte les plus belles pièces de charpente. Elle est allongée, à thorax renflé, mais sans un rétrécissement aussi fort que chez les larves de buprestes, et présente des pattes tout à fait

vestigiaires, comme le montre la figure 108" grossie. Toutes les larves de longicornes ont une forme qui rappelle, plus ou moins, celle d'un prisme à six pans, à arêtes obtuses. La tête est enchâssée dans un prothorax très-développé , et les segments portent, en dessus et en dessous, de forts mamelons rétractiles, tantôt lisses, tantôt chagrinés, tantôt tuberculeux. Parfois les pattes manquent complètement; quand elles existent au thorax, elles sont très-courtes, et le genre de vie est le même, dans les galeries creusées dans les

Fig. 108.

Larve du grand capricorne,

en dessous.

troncs et les branches, ce qui montre que ces pattes n'ont aucune importance. Certains longicornes répandent des odeurs agréables : il en est ainsi de cet élégant insecte, d'un vert métallique, vivant sur les saules, volant parfois à la forte ardeur du soleil de juin, et qui exhale le parfum pénétrant de la rose, et qu'on appelle Aromia moschala. Son odeur suave le décèle avant qu'on l'ait aperçu sur le saule.

Le longicorne européen le plus curieux par la grandeur démesurée des antennes est celui que les entomologistes nomment Mshjnomus eclilis ou montanus. Long de 0m,012 à 0m,0I5, il est un peu déprimé, d'une couleur cendrée, nébuleuse, avec un duvet jaunâtre et deux bandes arquées, irrégulières, brunâtres sur les élytres.. La femelle porte en arrière un tube droit, lui servant à pondre sous les écorces (fig. 112,115). Les antennes sont

près <l<' M'<»is luis aussi longues que 1»' corps dans les femelles, el jusqu'à cinq fois aussi longues chea le mâle.

De tels appendices antérieurs seraient bien gênants | •

le vol; aussi ces insectes se liennenl fort tranquilles sur les troncs des pins ou des sapins dans lesquels ils ont

Fig. H2 et 113. — JSstinomus edilis, mâle et femelle

passé Ionrs premiers étals. On trouvera ces curieux insectes dans toutes les localités où existe un bois de conifères mi peu étendu. Nous recommandons sous ce rapport la forêt de Fontainebleau aux jeunes amateurs parisiens. Les adultes éclosent en août et septembre, et la femelle

! fait aussitôt sa ponte, surtout sur les souches et tiges des arbres morts. La larve est déjà parvenue à moitié de sa

| croissance à l'entrée de l'hiver, et creuse de larges galeries dans les couches intérieures de l'écorce. ,Elle vit

I une année, du moins dans les pins maritimes des Landes, où l'a observée M. E. Perris. Son corps est d'un blanc

[jaunâtre, entièrement revêtu de poils très-fins (fig. Il I >. Bile est aveugle et sans pattes. Elle a soin, en creusant

le bois, de laisser toujours une épaisseur d'écorce ou d'aubier suffisante pour se protéger contre le bec des pics et la longue tarière des ichneumoniens, en prenant cette précaution d'autre part, que l'épaisseur ne soit pas trop grande; il ne faut pas que l'insecte adulte demeure emprisonné et ne puisse la percer pour sortir. Elle se cbange en nymphe dans une cellule ainsi creusée dans la tige, en se retournant toujours de façon que la nymphe se trouve la tête en haut.

Un travail organique considérable s'opère alors, surtout pour le développement des énormes antennes de

l'adulte, remplaçant, les très-petites antennes de la larve. La nymphe, couverte d'épines rousses, présente les longues antennes des mâles disposées avec une admirable symétrie. Elles forment un double peloton qui passe en dessous du corps entre les pattes ; puis elles se contournent en décrivant trois quarts de cercle, et, remontant le long de la poitrine, passent par-dessus la tête, longent toute l'étendue dorsale du corps, et se courbent pour se croiser près de l'extrémité du dernier segment

En terminant cette revue rapide des coléoptères, reparaissent des larves pourvues de pattes bien développées. Elles sont obligées de se déplacer pour ronger les feuilles de proche en proche. Les chrysomèles, à couleurs vives et tranchées, à corps globuleux, ont des larves ovoïdes, molles, sauf la tête coriace. Telles sont les • larves assez allongées, d'un

Fig. 114 et 115.

Larve et nymphe de l\<Estinomus edilis.

gris verdâtre terne, qui

COLEOPTERES.

Fig. 116.

Larve do chrysoméle

du peuplier.

dévorenl les feuilles des peupliers et des trembles.

Ces larves laissent suinter un liquide blanchâtre et fétide, sortant par des pures, dès qu'on les inquiète. C'est probablement un moyen défensif contre lesoiseaux. Il y a deux espèces très-voisines, vivant en société, sans jamais se confondre, chacune sur son rameau, parfois du même arbre, l'une dite du peuplier (sa larve, fig. 110), l'autre du tremble. Les adultes ont les élytres d'un beau rouge et I»4 lorselel bronzé. L'espèce du peuplier, souvent un peu plus grande, offre une double tache d'un noir bleuâtre, très-petite, au bout de chaque éiylre, qui manque dans l'autre espèce.

Les Clythres sont d'autres chry- Bbméliens qui vivent surtout sur les arbres et arbustes, accrochés aux tiges dr^ noisetiers, des osiers, des chênes, des bouleaux, etc., parfois aux graminées, aux chardons, enfin sous les pierres. La plupart sont convexes et oblongs, rouges ou jaunes , avec des taches noires. Ils appartiennent surtout au bassin européen et africain de la .Méditerranée, et n'ont [très de Paris que quelques petites espèces.

Dans la plupart des Clytluvv. les mâles diffèrent ■fi femelles par une posse tète à mandibules Baillantes en tenailles et des pattes antérieures très-allongées, comme on le voit chez le mâle du Glythre à longues pattes (fig. 117) du

Fig. 117.

Clythre à longues pattes, mâle.

midi de la France. Le grand intérêt de ce genre est dans les métamorphoses. Les larves et les nymphes sont entourées de très-jolis fourreaux, trigones, avec des côtes en chevrons entre-croisés. La matière en est fort étrange. Ce sont les excréments de la larve façonnés par ses mandibules, convertis par la dessiccation en une substance noire, ou brune, ou rougeâtre, sèche et friable. Parfois ces fourreaux sont revêtus d'un feutrage de poils tout à fait inexpliqué. Le fourreau n'a qu'une seule ouverture, par laquelle la larve fait sortir sa tète et ses pattes thoraciques bien développées, les antérieures plus allongées si la larve doit donner un mâle pourvu de ce

Fig. 118. — Larve et nymphe de clythra vicina.

caractère. Le reste du corps est recourbé en arc dans la partie la plus large et fermée du fourreau. Cela pour deux raisons : cette courbure permet à la larve de se maintenir sans adhérence dans le fourreau qu'elle traîne avec elle, et en outre rapproche des mandibules les singuliers matériaux qu'elle doit utiliser pour la construction de son domicile. On trouve ces bizarres traineuses de fourreaux sur les feuilles, sous les pierres, et aussi dans les fourmilières, respectées des fourmis, qui, sans doute.

m> repaissenl de quelque sécrétion des clythres; en même temps que, par un échange de services, celles-ci mange ni certaines substances récoltées au loin el amenées par les fourmis. Nous représentons (fig. lls> la larve el la nymphe du Clythra vicina, la première jaunâtre, la seconde brune, qu'on rencontre sous les pierres humides des environs d'Alger el d'Oran, el aussi du sud île l'Espagne.

Lorsque la larve esl arrivée au terme de son développement (el aussi à chaque mue), la larve ferme la partie antérieure et ouverte du fourreau avec un opercule qui n'esl pas sans analogie avec celui <l<»m beaucoup de colimaçons terrestres bouchent l'entrée de leurs coquilles pour se protéger contre le froid de l'hiver. La larve se retourne ensuit.' dans le fourreau, de sorte que la partie postérieure se trouve là où était la tête, et vice versa. Il faut, en effet, que l'adulte puisse sortir en rongeant avec ses mandibules le fond élargi du fourreau qui contenait la larve courbée, tandis qu'il eût été gêné à la partie operculée plus étroite. On se fera l'idée de ces curieux fourreaux par le dessin (iig 1 19) en dessus, en dessous et de profil du fourreau qui entoure la larve du Clythra octosignata. M. Lucas a découvert cette larve, d'un noir roussâtre, et son fourreau, d'un brun ferrugineux, long de 10 à 12 millimétrés sur 4 à 5 de large, en Algérie, prés de Médéah, dans les matériaux de fourmilière d'une Mirmique ou Fourmi à aiguillon. Il est certain que la bonne intelligence régnait entre les Clythres et des hôtes aussi bien armés.

Fig. 119.

Fourreau du clythra octosignata.

Les Criocères ont des mœurs étranges. On trouve en abondance sur les lis des petits coléoptères, à élytres d'un rouge luisant, faisant entendre une légère stridulation lorsqu'on les saisit. La larve est très-molle et serait promptement desséchée par le soleil. Son anus se recourbe vers le dos, et les excréments se projettent au-dessus de la larve, de façon à lui constituer un manteau protecteur d'où elle ne laisse sortir que la tête (fig. 120). Vient-on à lui enlever ce vêtement malpropre et singulier, elle se met à manger avec voracité afin de réparer le plus promptement possible le désordre de sa toilette. Elle marche assez vite, en attaquant les leuilles de lis par le bord. La criocère de l'asperge a des habitudes analogues. Ses élytres sont fauves, barrées de noir. Les larves des criocères deviennent nymphes en terre dans une petite coque. Les cassides, à corps aplati et élargi, leur ressemblent. La larve de la casside verte, qui vit sur les chardons et les artichauts, dont les côtés sont bordés d'épines rameuses, présente le dernier anneau du corps recourbé sur le dos en une longue fourche. Cette fourche retient les peaux des mues et les excréments. Cette larve n'a pas un manteau, mais un parasol.

Quelques chryseméliens ont une existence aquatique, à l'état de larve surtout, ce qui a longtemps retardé la connaissance de leurs métamorphoses. Les Donacies sont de brillants coléoptères qu'on trouve au mois de mai et juin sur les plantes qui bordent les rives des étangs, les typhacées, les roseaux, les sagittaires, les nénuphars, etc.

Fig. 120.

Criocère du lis,

et adulte.

larve

ju

Leur corps, sculpté de jolis reliefs, brille d'un verl de bronze florentin; leur formée! leurs antennes Les rapprochent des Longicornes, dont ils diffèrent tout à l'ail par 1rs larves. Ils se tiennenl immobiles si le temps est

couveri, mais voient à de faibles distances si le soleil printanier les réchauffe et les excite.

Nous recommandons aux jeunes collectionneurs de piquer ces élégants insectes au moyen d'épingles noires, à vernis inoxydable, qui se fabriquent à Vienne, avec Les épingles ordinaires, bientôt un empâtement de sels gras, à base de cuivre, recouvre l'épingle et le corps de l'insecte, l'ait habituel au reste pour tous les insectes dont les larves vivent dans les tiges ^> plantes, surtout des plantes aquatiques.

Les larves des Donaciessont allongées, subcylindriques et blanchâtres, mamelonnées en dessous, avec des pattes thoraciques fortes et roussâtres; deux crochets postérieurs leur servent en outre à se cramponner aux plantes quand les eaux sont agitées. Elles collent contre les racines des nénuphars, des rubans d'eau, etc., des coques brunes sécrétées par elles, faites d'une sorte de parchemin imperméable à l'eau, et où se forment des nymphes blanches et molles dont la plupart passent l'hiver. Au printemps, l'adulte ronge la calotte supérieure de la coque et grimpe le long de la plante, tout entouré de bulles d'air retenues par ses poils.

D'autres phytophages des plantes aquatiques sont les hœmonies, qui paraissent vivre toujours dans l'eau sous tous leurs états. Ce sont des coléoptères plus petits que lesDonacies, d'un jaune terne avec des bandes noires, longtemps fort rares dans les collections, parce qu'on ne savait pas les trouver; bien que pourvus d'ailes sous les èlytres, on ne les voit jamais voler. Ils adhèrent très-fortement aux tiges et aux feuilles submergées, cramponnés au moyen des ongles ou puissants crochets de leurs

tarses longs et grêles. Les plus grandes secousses ne parviennent pas à leur faire lâcher prise, et on les reconnaît bien difficilement en épluchant brin à brin les paquets de plantes submergées, parce que leur couleur se confond avec celle de la vase. Ces insectes, qui sont surtout de l'Europe boréale et moyenne, se trouvent, les uns dans les rivières, mares et fossés, les autres dans les eaux de la mer, rejetés parfois en grand nombre au milieu des plantes marines sur les rivages de la Baltique, de la mer du Nord.

Le meilleur moyen de se procurer les Hœmonies, ainsi l'espèce lapins commune en France, Yhcemonie du prêle, est de les rechercher sous les premiers états. Il faut faire ses investigations dans les eaux douces, calmes et à fond vaseux, en entrant à demi clans l'eau sur le rivage ou en se servant d'un bateau. On arrache à la main en plongeant le bras profondément et en tirant sans secousse les tiges des potamogeton, des myriophyllum, des equisetum, avec le chevelu de leurs racines. On trouve fixées à ces racines à la fois des coques brimes, ressemblant à des pulpes de diptères, et des larves blanchâtres, plus petites que celles des Donacics, attachées d'ordinaire aux plantes par les ongles de leurs courtes pattes. Lors des crues de l'eau, pour ne pas être entraînées, elles s'y fixent par deux crochets postérieurs, et, quittant alors la plante de leurs pattes de devant, elles se tiennent droites et roides, comme les chenilles des Arpenteuses. Quand elles vont devenir nymphes, elles sécrètent une coque ellipsoïdale, formée d'une matière qui durcit sous l'eau comme un ciment hydraulique. On trouve ensuite les adultes. On élève très-bien ces larves dans des terrines pleines d'eau où l'on immerge les plantes aquatiques. Elles sont trèslentes dans leurs mouvements, mettant plusieurs heures pour se déplacer de quelques centimètres. On les voit enfoncer la tète et une partie de leurs corps dans la tige

des plantes qu'elles creusent avec leurs mandibules pour se nourrir soit de parenchyme soit de sève. Los coques sont comme un parchemin lisse, de couleur plus ou moins ambrée, parfois noirâtre si Jes f I> vaseux contiennent des sulfures métalliques. Ou trouve ensuite les adultes en ouvrant ces coques, où ils séjournenl jusqu'à ce qu'ils soient assez durs pour sortir. L'évolution complète dure quatre à cinq mois à partir de la ponte de l'œuf, et se renouvelle de mai à octobre, où l'on rencontre à la lois les trois étals, ce qu'explique le peu de variations des températures de l'eau; très-pnibahleinonl un certain nombre de nymphes et d'adultes hivernent en léthargie. Les adultes m1 sortent pas de l'eau, du moins pendant le jour. Us s'accrochent partout, et, quand on les conserve captifs (tans des bocaux pleins d'eau, il n'est pas rare d'eu voir des grappes de huit ou dix cramponne- les uns aux autres. Peut-être volent-ils la nuit pour se poser sur les plantes à fleur d'eau? Peut-être leurs ailes ne servent-elles que pour des cas exceptionnels et instinctifs de migration.

Les Coccinelles ne nous rendent, pour la plupart des espèces, que des services et méritent bien leur nom de bêtes à bon Dieu, vaches à Dieu. Elles ont des points noirs sur leurs él vires globuleuses à fond rouge ou jaune, ou bien la disposition des couleurs est inverse, car ces insectes offrent de continuelles variétés (fig. 1 2 1 ). Klles laissent suinter une humeurjaune, fétide, moyen de défense. Si elles se promènent sur les végétaux, ce n'est pas pour leur nuire, mais pour les débarrasser d'ennemis acharnés. Elles pondent, en petits tas, des œufs jaunes, allongés, au milieu des pucerons. Les larves à six pattes, que Réaumur nomme vers mangeurs de pucerons, ont un corps allongé et mou, hérissé de petits tubercules de couleur chocolat ou bleuâtre, avec des taches jaunes ou rouges (fig. lw2-2). Leur extrémité postérieure est munie d'un

mamelon visqueux, qui leur sert à marcher et à s'accrocher. Leurs pattes antérieures s'opposent l'une à l'autre et saisissent, un à un, les pucerons pour les porter à la bouche. Quand la nymphe doit se former, la larve s'attache à une tige ou à une pierre par son tubercule postérieur, qui se colle au moyen d'une sécrétion visqueuse-

Fig. 121. Fig. 122.

Coccinelle à sept points. Sa larve grossie.

L'animal se gonfle, se raccourcit; sa peau, fendue le long du dos, se dessèche et reste en manteau sur la nymphe, dont les élytres écartées ressemblent à une fleur flétrie. La nymphe se redresse brusquement dès qu'on la touche, comme une momie qui sortirait de son suaire. Il faut remarquer que si les larves sont en troupes, ce n'est nullement une association amicale, mais une réunion de meurtriers forcément rassemblés par l'état social des pucerons ou des cochenilles dont ils vivent. Si la proie manque les larves les plus fortes dévorent les plus faibles. Introduisez les coccinelles sous les châssis vitrés et dans les serres, et protégez-les contre l'affection naïvement dangereuse des enfants qui enferment si volontiers les bêtes à bon Dieu dans des boîtes avec du pain ou des feuilles. Les ennemis des pucerons doivent être les amis et les protégés de l'horticulteur intelligent.

UlAPITIiK IV

N EVROPTERES

Les fourmis-liens et louis pièges. — Les ascalaphes. - Les uémoptéres. Les panorpes, métamorphoses nouvellement connues. -- Les bittaques, les borées. — La semblide de la boue. — Les phryganesj larves .1 fourreaux mobiles, larves à abris fixes.

Une partie seulement des névroptères, en suivant la classification la plus connue en France, offre des métamorphoses complètes, ce qui nous oblige à scinder en deux sections l'histoire de ces insectes, à mœurs trèsvariées, comme les précédents, habitant les uns la terre, d'autres les eaux à leurs premiers âges.

Si l'on se promène pendant la belle saison sur des terrains secs et légers, et surtout contre les excavations d'où on retire du sable, il n'est pas rare que les yeux soient frappés par des entonnoirs creusés avec une régularité parfaite. Au fond apparaissent quelquefois deux crochets recouverts de sable. Ils appartiennent à nue larve d'un gris rosé, courte, ramassée, à six pattes, les les deux paires antérieures dirigées en avant, la troisième en arrière. La tête est large, carrée, munie de deux mandibules en crochets acérés, avec un orifice absorbant communiquant à la bouche et permettant la succion. Cette larve ne peut marcher qu'à reculons. Elle creuse son entonnoir en moins d'une demi-heure, en décrivant en arrière des tours de spire de diamètre dé-

liO LES MÉTAMORPHOSES DES ES SECTES.

croissant. Sa robuste tête lui sert de pelle pour rejeter le sable, chargé par une de ses pattes de devant. Puis elle se tapit cachée au fond de l'entonnoir de sable, bien exposé au midi, car la rusée chasseresse paraît frileuse (fig. 125). Tout est prêt. Si quelque malheureux insecte

Fis. 123. — Entonnoir du fourmi-lion

vient rôder autour de l'abîme mouvant, le sable s'écroule sous ses pas. Il cherche à se cramponner au talus; une pluie de sable, lancée du fond du trou par la larve, l'aveugle et l'étourdit. 11 tombe ; aussitôt les crochets cruels s'enfoncent dans son corps, et tous ses fluides sont sucés, comme par une araignée. Puis le cadavre est lancé hors du trou d'un coup de tête, et la larve recommence l'affût. Comme les fourmis sont souvent ses victimes, on nomme le genre auquel elle appartient mijrméléon ou fourmilion. Le Myrmeleo formicarius se trouve aux environs de Paris, mais s'avance peu au nord. On le rencontre encore àCompiègno. Par une erreur singulière, Réaumur croyait que la larve n'avait pas d'orifice anal. Il est trèspetit, et les excréments très-fins se perdent dans le sable. Elle se file un cocon ovoïde en soie tout satiné à l'inté-

NKVROPTKIŒS.

I il

rieur, revêtu à L'extérieur, de grains sableux, el y devient une nymphe à parties bien visibles, recouvertes d'une mince pellicule ( fig. 124 ). On est

étonné de la grandeur des ailes de gaze de L'élégant insecte qui sorl de

cette petite nymphe. On dirait, an premier aspect, nue libellule ou demoiselle. Ses antennes grenues, terminées par un renflement, L'en distinguent (fig. 125). En outre, pour qui l'a vu voler, il est impossible de taire confusion. Ses ailes molles s'agitent Lentement, el il est obligé de si» reposer bientôt, tandis que les libellules ont un vol très-rapide et longtemps soutenu. Il répand une odeur de rose, comme plusieurs autres insectes des sables. Les espèces de ce genre augmentent à mesure qu'on

Fig. 124.

Larve, nymphe et cocon

du l'oumrilion.

Fig. 125. — Fourmilion adulte.

s'avance vers les régions chaudes. On rencontre dans la partie la plus méridionale de la France, dans les endroits les plus secs, et^ sortant dif repos seulement sous les

rayons les plus ardents du soleil, une grande et superbe espèce, à ailes tachetées de noir, le myrméléon libellulo'icle (fig. 126). Sa larve ressemble à celle de l'espèce parisienne, mais beaucoup plus forte, également avide du sang des insectes. Elle peut se diriger en avant et chasse à découvert dans les lieux arides et sablonneux, mais sans creuser d'entonnoir. Le fait a été bien prouvé récemment par une de ces larves, élevée pendant plusieurs mois chez M. E. Blanchard (fig. 127).

Les Parisiens connaissent très-peu de magnifiques insectes, au vol le plus vif pendant les chaudes journées où le soleil brûle la terre de ses rayons : ce sont les Ascalaphes. Des ailes amples, variées de noir et de jaune, un corps noir, velu, de longues antennes avec une large massue à l'extrémité, comme chez les papillons de jour,

Fig. 127.

Larve de myrméléon

libelluloïde.

Fig. 128.

Ascalaphe méridional.

Fig. 129.

Larve d'ascalaphe.

les caractérisent. On en signale plusieurs espèces, trèsanalogues. Vâscalaphe longicorne se montre, toujours rare, dans le centre delà France et se trouve au mois de

Fig, 1*26. — tfyrméléon libelluloide, mâle.

NKVROPTKKES.

juillet près de Paris, sur les coteaux secs de Lardy, de Bouray el de Poquency; on observe en Provence VAscalaphe méridional (fig. 128). Les mâles, àla recherche des femelles, volent avec la plus grande vélocité le long du versant des collines arides, au plus ardent soleil. La femelle s'élève verticalement, qnand le mâle vient à passer au-dessus d'elle, connue ane pierre lancée avec force. Les deux insectes s'accrochent par leurs ongles arqués et le couple va se placer sur quelque plante. Quand ces puissants voiliers se reposent quelques instants, c'est sur

Fig. 150. — Némoptère de Cos.

l'extrémité des plantes. Les larves des ascalaphes ont une tète très-grande, des tubercules épineux aux anneaux de l'abdomen. Leurs mandibuless sont percées, comme cbez les larves 'de fourmis-lions, de manière à sucer le sang des insectes (fig. 129). Elles ne font pas d'entonnoirs, marchent en avant, se cachent dans les petites pierres et les détritus, et de là s'élancent sur les insectes qui passent. On peut dire qu'elles sont aux fourmis-lions immobiles et rétrogrades ce que les araignées sauteuses sont aux araignées tendeuses de toiles.

Les némoptères ont les ailes élégamment maculées de noir et de jaune, les inférieures très-grêles, presque linéaires, souvent dilatées en spatule à l'extrémité. On rencontre l'espèce la plus commune dans les îles de l'Archipel et en Egypte ; cette espèce, ou une trèsvoisine) existe aussi en Espagne et en Portugal, et, diton, très-rarement en France, aux environs de Perpignan (fig. 150). Nous serions heureux de provoquer à ce sujet d'intéressants travaux.

En effet, on suppose que la larve de ce némoptère est un très -singulier animal trouvé en Egypte par Polydore Roux. 11 le nomme nécrophile des sables, car il le trouvait courant sur les sahles qui encombrent l'intérieur des tombeaux creusés dans le roc aux environs des pyramides de Giseh.

Rien de plus bizarre que le très-long cou grêle de cette larve portant une forte tête triangulaire, avec des mandibules énormes, fines et arquées, dentées en dedans, rappelant tout à fait celles des fourmis-lions, et servant sans doute comme elles à sucer le sang des insectes par un canal interne. Nous avons l'ait figurer (fig. 151) cette étrange créature, d'après le dessin très-grossier de P. Roux rectifié autant que possible par un habile artiste, en espérant par là appeler l'attention des chercheurs.

On observe dans les bois, les jardins, et souvent à la

• Fig' 131.

Larve supposée de Némoptère.

NËVROPTBRES. 141

lin de l'hiver, collés aux vitres, à l'intérieur des maisons de campagne, de délicats insectes, au corps grêle, ;,|>^ ailes finement réticulées «le verl ou de jaune, ;mx veux très-saillants et dune teinte d'or ou de cuivre poli. Ils laissent entre les doigts, si on les saisit, l'odeur [a plus infecte, plus infecte encore que celle des coccinelles, autres mangeurs de pucerons. Cette sécrétion paraît être la seule défense d'animaux aussi débiles, dont le vol est faillie et de courte durée. De longues et fines antennes surmontent leur tête. Ce sont les hémérobes ou demoiselles terrestres. Elles pondent sur les tiges ou sous les feuilles des œufs très-singuliers, portés sur de longs filaments, qui les firent prendre pour des champignons par les premiers observateurs et décrire comme tels. La femelle vole un peu après avoir déposé l'œuf, de sorte que la matière qui l'entoure s'étire et se solidifie à l'air en pédicule. Il naît de ces amfs des larves ressemblant à celles des fourmis-lions, mais plus élancées, à tète moins aplatie. Elles marchent en avant, sur les liges et les feuilles, à la chasse des pucerons, dont elles font un grand carnage, enfonçant dans leur corps dodu et succulent leurs longues mandibules percées d'un canal pour la succion. Ce canal est réellement formé, comme aussi chez les insectes précédents, par les mandibules et lesmàcboires soudées. Aussi l'har bile historien des mœurs des insectes, Réaumur, les appelle les lions des pucerons. Elles attaquent également les chenilles. Parvenues à toute leur croissance, elles filent lidans les replis de quelque feuille une très-petite coque de soie, de forme sphérique, et l'insecte parfait en sort au bout d'une quinzaine de jours. On est tout étonné de ces dimensions si on le compare à la nymphe ramassée qui était dans cet étroit cocon. Parfois un hyménoptère parasite sort de ces cocons, dont la larve a dévoré l'habitant. Ainsi, A. Doumerc et M. Lucas ont obtenu des

148 LES METAMORPHOSES DES IîsSECTES.

cocons de Yhémérobe perle, l'espèce la plus commune des bois et jardins de Paris, Yacœnitesperlœ, Doumerc, à abdomen -moitié noir moitié roux.

Outre Yhémérobe perle nous rencontrons encore près de Paris, surtout dans les jardins, Yhémérobe chrysops, dont le corps jaune est varié de noir, et qu'on reconnaît tout de suite à ses nervures vertes pointillées de noir. Sa j larve se met sur le dos un vêtement très-bizarre, formé de toutes les peaux des pucerons qui ont assouvi sa faim. On dirait un chef sauvage portant à sa ceinture les scalps de ses malheureux adversaires. Si on lui enlève cette belliqueuse couverture, elle sème le carnage autour d'elle, et en quelques heures s'est refait uue nouvelle toilette de dépouilles opimes.

Les nombreuses espèces de ce genre se ressemblent beaucoup et sont difficiles à distinguer. Nous avons choisi, pour la faire figurer, la plus grande espèce de France, d'un genre très -voisin, Yosmyle tacheté, qu'on trouve près de Paris, au mois d'août, dans les arbustes qui bordent les ruisseaux et les mares (fig. 152).

Fig. 132. — Osmyle tacheté.

Ce bel insecte est toujours rare. Caché pendant le jour, il vole au crépuscule, faiblement et sans aucun bruit. Il a été pris par M. J. Fallou, à la miellée au milieu des noctuelles, c'est-à-dire attiré par le miel dont on enduit les arbres. Sa larve vit dans la terre humide qui est au contact de l'eau, et monte après les tiges des plantes pour se métamorphoser en nymphe. Elle offre donc une

NEVROPTÈRES.

différence d'existence avec les larves des hémérobes propres. M. Hagen a constaté dans la jeune larve embryonnaire, encore dans l'œuf, la présence d'un tubercule corné sur le (Vont, qui lui serf à percer la coque de l'œuf pour sortir.

Les névroptères carnassiers terrestres nous offrent encore un groupe singulier par le prolongemenl des pièces de la bouche, rassemblées en une sorte de bec perforant. Aristote et Théophraste avaient observé l«'s panorpes, et, trompés par une analogie forl grossière, les appelaient mouches-scorpions, distinguant alors deux sections dans les scorpions, les uns fixés au sol et sans iiles, les autres pouvant s'élancer dans les airs pour Baisir leurs victimes. Les panorpes se tiennent dans l'herbe et dans les broussailles, depuis le mois d'avril jusqu'à la fin de l'été. Elles ont le corps grêle, porlé suide longues pattes, tacheté de jaune et de noir. Quatre ailes droites, maculées de noir, chevauchent au repos

Fig. 153 et 154. — Panorpe femelle et mâle.

l'une sur l'autre et recouvrent l'abdomen (fig. 433 et \o\). Chez le mâle l'abdomen se recourbe à l'extrémité sur le dos, et son dernier anneau est prolongé par nn crochet rougeâtre et gonflé qui offre quelque ressemblance avec la griffe courbe qui termine la queue relevée du scorpion ; mais ici il n'y a pas de poche à venin, et, en regardant mieux, on voit que le crochet est double.

Pince du mâle.

Les deux pointes sont insérées sur deux tubercules renflés et forment, une pince destinée à saisir la femelle (fig. 155). L'abdomen de celle-ci se termine tout différemment ; ses anneaux s'effilent en un long tube rétractile propre à la ponte des œufs. En liberté, dans la nature, ces insectes montrent leur audace et leur bravoure. Us saisissent au vol les mouches et les papillons, les percent de leur bec puissant, et les dévorent posés sur les plantes. On les voit souvent se jeter sur des libellules de beaucoup plus grande taille, les renverser et les tuer. Quand on saisit les panorpes, elle§ laissent couler par la bouche une salive brune, caractère propre à beaucoup d'insectes carnassiers.

Bien-que ces panorpes soient communes, ce n'est que tout récemment que leurs premiers états ont été bien connus et décrits en Allemagne par M. Brauer. Les larves et les nymphes vivent en effet profondément cachées dans les terrains humides. M. Brauer réussit à élever pendant six semaines une paire de ces insectes en les nourrissant de pommes, de pommes de terre et de viande crue, et à les faire reproduire. La femelle dépose ses œufs dans la terre (fig. 156). Ces œufs, d'abord blancs , deviennent ensuite d'un vert brunâtre, avec des lignes d'un brun foncé.

Ils sont volumineux et éclosent au bout de huit jours. La larve molle se tient courbée et se nourrit de débris organiques.

En captivité, on peut lui faire manger de la viande pourrie et du pain. Elle grandit peu d'abord, subit

Fig. 150.

Panorpe femelle pondant.

NÉVROPTÈRES.

plusieurs unies, ci ne parvient à toute sa croissance qu'au bout d'un mois. Sa couleur es! en dessus d'un <Tis rougeâtre el blanchâtre en desssous. La tête a la forme d'un cœur, des yeux saillants, d«> fortes pièces buccales. Les anneaux du thorax oui de petites pattes cornées, les autres charnus ont des pattes abdominales molles et en forme de cône Sur Le dos des trots derniers anneaux, sont, des style l s cylindriques terminés par de longues soies. Le dernier anneau porte quatre tubes qui

Fig. 157 et 138. — Larv et nymphe de panorpe, très-grossies.

déversent une liqueur blanche. Ofdinairememenl tranquille, elle sait se mouvoir avec rapidité si on l'effraye. Pour se changer en nymphe, elle s'enfonce plus profondément dans la terre et conserve encore assez longtemps

sa forme. Ce n'est qu'au bout de dix à vingt jours qu'elle devient nymphe, laissant voir alors la figure définitive de l'insecte et deviner son sexe (fig. 157 et 158). Elle offre déjà les couleurs de l'adulte, avec cette différence que le jaune est beaucoup moins intense, surtout en dessous. C'est au bout de quinze jours environ que l'insecte remonte à la lumière. Il lui a fallu neuf semaines pour atteindre, à partir de l'œuf, son entier développement. Comme les panorpes n'apparaissent pour la première fois qu'à la fin d'avril, il en résulte qu'il ne peut y avoir que deux générations par an. Les larves de la seconde génération passent l'hiver sous la terre et donnent les adultes d'avril.

Le midi de la France possède un autre genre de ces névroptères à bec, de mêmes mœurs, la bittaque titulaire, dont l'aspect est celui d'un grand cousin qui aurait quatre ailes (fig. 159). Cette espèce, dit-on, se rencontre

Fig. 139.

Bittaque tipulaire.

Fig. 140.

Borée hyémal grossi, mâle.

très-rarement et d'une manière accidentelle près de Paris. On connaît ses métamorphoses étudiées par M. Brauer et analogues à celles des Panorpes. La larve est plus courte, plus ramassée.

NÉYROPTBRES. 133

Dans un autre genre, de très-petite taille, est [e Borée hyémal. La tête présente un rostre, comme les panbrpes. Les borées sautent, et sonl d'un unir luisant avec des reflets d'un vert de bronze. Les mâles ont dos ailes amincies en suie, finement ciliées (fig. 140); leia femelles n'ont que de très-petits rudiments d'ailes, avec une tarière aiguë destinée à la ponte, presque aussi longue que la moitié du corps. C'est dans le nord de KEurope, en Suède, et dans les régions élevées (\o> Alpes, qu'on rencontre ces singuliers insectes, en troupes considérables sur la neige.

Chez le précédent ordre d'insectes, «les larves vivaient dans l'eau, ainsi celles des dytiques et des hydrophiles, mais ne cessaient pas de respirer l'air en nature. Les moyens employés par le Créateur sont multiples, appropriés à des circonstances que nous ne saisissons pas toujours. Aussi ne devons-nous pas nous étonner si les larves aquatiques des névroptères nous présentent un autre mode de respiration, la respiration au moyen de branchies, organes qui absorbent l'air dissous dans l'eau, comme on le voit chez les poissons, lesécrevisses, les huîtres, etc. Les eaux vaseuses contiennent en abondance des larves allongées, à tête écailleuse, pourvues d'yeux, de mandibules arquées et de courtes antennes. Les anneaux de l'abdomen portent des paires de filets libres, flottants, perpendiculaires au corps et articulés en quatre pièces qui vont en s'effilant. Un prolongement caudal le termine. Ces larves vivent de proie dans les fonds boueux, et ouvrent fortement les mandibules pour mordre. Les nymphes sont terrestres ; aussi les larves quittent l'eau et gagnent la terre sèche, au pied des arbres, parfois à plusieurs mètres de distance de l'eau. Elles s'enfoncent en terre et vivent encore environ quinze jours avant de se transformer, respirant alors l'air gazeux au moyen de ces mêmes branchies qui aupa-

ravant fonctionnaient dans l'eau. C'est un fait curieux, analogue à celui des crabes de terre ou tourlonrous, de nos colonies des Antilles. Elles se creusent une cavité ovoïde et y deviennent une nymphe, immobile et molle, offrant des antennes, des pattes, des rudiments d'ailes et des couronnes de poils roides aux anneaux de l'abdomen. Ces nymphes laissent éclore sur place l'adulte qui sort de terre, en y abandonnant intacte sa peau de nymphe. L'espèce très-commune est la semblide de la boue, nommée la voilette par les pêcheurs à la ligne qui s'en servent comme amorce, à ailes réticulées de noir, d'aspect enfumé, les postérieures très-larges, recouvertes au repos par les antérieures en forme de toit un peu renflé sur les côtés (fig. 14 J, 142, 143). Les semblides

Fig. 141, 14> et 143. — Semblide de la boue, adulte, nymphe, larve.

ne vivent que quelques jours à l'état parfait. Le mâle est d'environ un tiers plus petit que la femelle. Celle-ci pond sur les feuilles, les roseaux, les pierres, les murs, des œufs allongés à l'extrémité, et que la mère dispose les uns contre les autres, comme des petites bouteilles. La jeune larve est quelquefois forcée de parcourir,] une certaine distance pour se rendre à l'eau.

Les pêcheurs à la ligne connaissent aussi parfaitement des larves, que Réaumur plaçait dans ses teignes aquatiques, et dont le corps mou et délicat est protégé par des fourreaux très-variés. Elles s'y cramponnent par des crochets, placés à l'extrémité de l'abdomen, et il faut

NKYKOl'TKItKS. 155

un certain efforl pour les retirer du fourreau quand on u'iif s'en servir pour amorcer la ligne. On 1rs nomme easets, d'après cette habitude de se renfermer dans une case; charrées, parce qu'on les voit souvent traîner après elle ces fourreaux. Los paysans les appellent porte-boi*, porte- feuilles, porte-sablés, parce que, selon les espèces et selon les eaux, les fourreaux sont recouverts <!«• substances différentes. Le nom scientifique qui leur a été donné par Delon, notre \ieux naturaliste des habitants des eaux, et adopté par Linnaeus, celui dephryganes, a la même signification, car il veut dire fagot, réunion de petites branches, des insectes aquatiques, après avoir fixé l'attention des anciens observateurs, ont été étudiés avec soin par G. Duméril, puis par M. l'iclet, à qui nous emprunterons quelques curieuses figures. Ils ont fait en Angleterre l'objet île travaux intéressants et nouveaux de M. R. Mac-Lachlan. Les œufs pondus par les femelles sont enfermés dans des sortes de boules gélatineuses qui se gonflent dans l'eau et se fixent aux pierres. Cette gelée conserve l'œuf quand les petites mares et les ruisselets sont à sec pendant les chaleurs de l'été, et nous expliquent comment on peut trouver des phryganes dans des fossés qui ont été privés d'eau pendant plusieurs mois. La larve s'aperçoit dans l'œuf transparent, comme un petit ver sans pattes; elle éclôt peu de jours après la ponte, sort de l'œuf, puis de la gelée, après avoir séjourné plusieurs jours dans celle-ci. Ces larves sont alors comme de petites lignes noires. Les coques des œufs restent dans la gelée, qui bientôt se détruit. Toutes les larves de regroupe vivent dans l'eau, mais se partagent d'après leurs mœurs en deux sections. Les phryganes proprement dites se construisent des étuis mobiles dont nous allons parler ; d'autres genres ne bâtissent que des abris lixes, plus ou moins imparfaits, contre le sol et les grosses pierres. 11 est facile d'élever ces larves dans des

aquariums et de voir leurs singuliers travaux ; c'est ce qui nous engage à entrer dans certains détails.

Si les larves à étuis mobiles vivent dans les eaux courantes, elles attachentleurs étuis par quelques fils de soie; dans les eaux stagnantes elles flottent ou marchent au fond de l'eau. L'abdomen est toujours protégé par l'étui;

la tête et le thorax sont • souvent plus ou moins dehors, et la larve se cramponne par les pattes. Tout rentre dans l'étui si l'animal est inquiété. Les anneaux de l'abdomen portent des houppes molles et couchées transversalement pour se placer commodément dans l'étui (fig. 144). Ce sont des sacs branchiaux, communiquant avec les tra-.

chées intérieures et servant à[la respiration par Feau aérée sans que l'animal ait besoin de venir à la surface. Ces larves sont, omnivores. On

Fig. 144. iii.-

Larve de phrygane rhombique (grossie), les élève bien avec des

feuilles dans l'eau, des leuilles de saule par exemple, en ayant soin de renouveler l'eau très-fréquemment, car elles meurent vite dans l'eau corrompue. Les grandes espèces mangent toute la feuille en commençant par le bord, les petites ne vivent que du parenchyme en laissant intactes les nervures. En outre, comme leurs mâchoires sont peu

M.VUOPTÈRES. 157

tranchantes, elles mahgeni l»is parties molles des insectes aquatiques ou de leur- compagnes sorties par jccidenl de l'étui protecteur. L'instincl porte les larves, dés leur naissance, à s'entourer d'étuis cylindroïdes, un peu plus largesen avanl qu'en arrière. Leur Intérieur, toujours lisse, est formé par un tissu fin et assez fort «le soie produite par deux glandes placées de chaque côté du corps et sortant par la filière de la bouche. Le fourreau esl toujours fortifié par des matières étrangères qui le recouvrent à l'extérieur. Chaque espèce choisit ses matériaux et les dispose suivant une loi régulière <"i prédestinée. Ainsi la phrygane rhombique (que nous figurons, ûg. 1 iô, 1 10), dispose transversalement

Fig. 145. Fig. 146.

Phrygane rhombique. Phrygane au repos.

des brins de bois et des débris végétaux (fig. 147, 148) ; d'autres espèces disposent ces mômes matériaux longitudinalement, d'autres en spirale. La phrygane flavicorne se sort volontiers de petites coquilles, ainsi que de planorbes très-jeunes, pour constituer son étui; souvent les mollusques continuent de vivre (fig. 149).Réaumurdit à ce sujet: « Ces sortesd'habitssontfortjolis,maisils sont aussi des plus singuliers. Un sauvage qui, au lieu d'être couvert de fourrures, le serait de rats musqués, de tau-

pes ou autres animaux vivants, aurait un habillement bien extraordinaire ; tel est en quelque sorte celui de nos larves. » Les espèces qui se servent de pierres ou de sable

ont des étuis plus réguliers et plus constants que celles qui emploient les matières végétales. L'instint de construction est perfectible et laisse parfois entrevoir une lueur d'intelligence. Ainsi une larve habituée à faire un étui de pailles ou de feuilles, mise dans un vase où il n'y a que de petites pierres, finit par s'en servir pour se construire un étui inaccoutumé. Si on expulse une larve de son étui en la poussant en arrière avec une pointe mousse,

Fig. 147 et 148.

Fourreaux réguliers.

Fig. 149.

Fourreau de coquilles.

Fig. 150.

Fourreau de mousses:

elle cherche à y rentrer par la plus large extrémité, celle de la tête, mais alors elle doit se retourner ou couper l'étui et le modifier. Si on le lui retire, elle en fait un autre. Supposons la larve nue se promenant sur un fond sablé de petites pierrailles. Elle reconnaît

NÉVROPTÊRES. 1*0

d'abord el choisi! ses matériaux. Elle fait ensuite une voûte de deux ou trois pierres plates, soutenues el liées par des fils de soie el se loge en dessous. Puis elle choisit les pierres une à une, 1rs lient entre ses pattes el les présente, comme un maçon, de manière qu'elles entrent dans les intervalles des autres et que les surfaces pianos soient intérieures. Quand la pierre est bien placée, la larve la colle par des fils de soie aux pierres voisines. C'est toujours par la partie postérieure que se commence l'étui. Les étuis de petites pierres, les plus longs à construire, demandent cinq à si\ heures.

La larve doit venir à l'état de nymphe, immobile, 'impropre ;'i se défendre. 11 faut un surcroit de précautions. Elle ferme les extrémités de son étui par des fils de soie, à interstices assez lâches, laissant passer l'eau. Ces grilles de soie sont fortifiées par des brins de bois, des herbes, des pierres. Les nymphes laissent voir les organes de l'adulte; elles ont sur le dos des panaches de filaments blancs, servant à la respiration. Elles font osciller presque constamment l'abdomen dans le fourreau. Au bout de quinze à vingt jours, elles rompent la grille, sortent du fourreau, et on voit ces nymphes blanchâtres nager librement dans l'eau, le plus souvent sur le dos, au moyen de leurs pattes intermédiaires ciliées servant de rames (fig. 151). C. Duméril a pu ainsi en conserver vivantes et mobiles pendant huit jours, en les empêchant de sortir de l'eau où elles ne sauraient se transformer. Vient-on à présenter un support à cette nymphe, elle le saisit, puis, quand elle est hors de l'eau, on la voit tout d'un coup se boursoufler comme une vessie pleine d'air. Elle se déchire sur le dos; par cette crevasse saillit le corselet entraînant les ailes; celles-ci s'allongent et s'étendent. Les antennes se déroulent comme par ressort, puis les pattes se déplient, enfin L'abdomen sort de la peau, qui reste en place complète et transparente

comme un spectre. Comme les nymphes marchent trèsmal sur la terre, l'éclosion a toujours lieu très-près du bord de l'eau. Les phryganes adultes, d'abord pâles et molles, ne se colorent complètement qu'au bout de quelques heures. Elles ne mangent pas à l'état adulte et leur

Fig. loi.

Phrygane poilue

Phrygane poilue

(nymphe grossie).

(adultes).

bouche est rudimentaire. Leurs couleurs sont peu variées, le gris jannâtre y domine. Leurs ailes sant poilues. L'aspect de ces insectes rappelle certains papillons de nuit; aussi furent-ils appelés mouches papillonacéesi C'est ce que rappelle le nom scientifique Trichoptèresj donné à tout ce groupe d'insectes dont les entomologistes anglais font un ordre spécial. Elles volent peu et ne

NEVROPTÈRES.

quittent guère le bord des eaux. Pendant le jour elles se tiennenl sons les feuilles desbuissons, sur les murs, les hunes d'arbres; les ailes supérieures sonl alors repliées en toil sur les inférieures, bien plus larges el plus délicates (fig. 152). Os ailes supérieures sont dos sortes d'élytres. Au repos, les longues antennes sont accolées

Fig. 155, 154, 155 et 150.

Hydropsyche atomaire, larve adulte, nymphe, sa maison.

et dans le prolongement du corps. Si la pkrygane entend quelque bruit, elle les écarte vivement, puis s'envole à quelque distance. Le printemps et l'automne voieul paraître des espèces différentes, dont la vie, (huis sa (luire totale, est d'un an. Le soir, les phryganes volent au-dessus des ruisseaux et sont parfois si nombreuses que certaines espèces forment des nuées au-dessus des rivières. Comme tous les insectes nocturnes, la lumière les attire, et on les trouve parfois en grand nombre sur les réverbères des quais.

Il y a de petites espèces, très-analogues à l'état adulter mais dont les larves ont certaines différences. Ce sont les rhyacophiles et les hydropsyches. Il est de ces larves qui ont des branchies en touffes, et, en outre, au bout de l'abdomen, deux longs pédicules à crochets entre lesquels sortent quatre tubes rétractiles communiquant avec les

Fig. 157, 158, 159, 160 et 161.

P.hyacophile vulgaire, larve, nymphe, abri, cocon et adulte mâle.

trachées. D'autres n'ont pas de branchies et offrent à l'abdomen deux tubes pour respirer l'air au dehors (fig. 153, 154, 155, 156). Toutes ces larves se font des abris momentanés et fixes, dont elles sortent au reste souvent pour y rentrer à volonté. Le plus habituellement l'abri consiste en une calotte ou réseau de fils de soie,, collée à une pierre plate, à une souche, à une tige immergée. Cette calotte est fortifiée de corps étrangers, herbes ou pierres, et la larve rampe en dessous, dans un

NÉVROPTÈRES. 163

canal ménagé entre la pierre et la calotte. Telles sonl les larves d'hydropsyches sans branchies. Parfois les réseaux soi il très-grands, lâches, irréguliers, el plusieurs larves se logent dedans. Il arrive aussi que ces réseaux flottent dans In vase. Enfin il esl <\^> larves qui se font des boyaux sinueux en terre durcie, dont un côté esl appliqué contre une pierre, etcirculenl dedans; la pierre en paraît réticulée. An momenl de s,1 changer en nymphes, toutes ces larves ferment les entrées et sorties de leur dernier abri fixe, façonné avec plus de solidité <|ue les précédents. Les rhyacophiles présentent nue particularité propre; leur nymphe n'est pas libre, comme chez les autres insectes qui nous occupent; outre l'abri fixe, La larve se file une seconde enveloppe soyeuse, exactement adaptée à son corps, «'i suhil sa métamorphose dans ce véritable cocon (fig. 157, 158, 159, 100, ICI).

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