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CHAPITRE V

Les abeilles; mères, faux-bourdons, ouvrières. — Éducation des larves, influence de la nourriture. — Les mélipoues, ou abeilles sans aiguillon. — Les bourdons. — Parasites de leurs nids. — Abeilles solitaires, perce-bois, maçonnes, conpeuses de feuilles et tapissières — Anthidies.

— Guêpes et polistes. — Guêpes solitaires. — Hyménoptères fouisseurs.

— Le philanthe apivore— Le pompile des chemins.— Pélopées et Sphex.

— Fourmis; travaux, soins maternels, combats. — Essaimage des mâles et des femelles. — Ichneumoniens zoophages. — Cynips et galles végétales. — Hyménoptères porte-scies ; ravages, perforations.

Si notre intention était de faire connaître dans leurs merveilleux détails l'intelligence et l'instinct, les mœurs et l'industrie des insectes, aucun ordre de la classe ne nous arrêterait aussi longtemps que les hyménoptères, qui tiennent le premier rang par leurs aptitudes. Nous trouverons, au contraire, une grande uniformité dans l'élude des larves et des nymphes. La majeure partie des hyménoptères ont des larves privées de pattes et demeurant toute leur vie dans le berceau où la mère est venue pondre son œuf. Ces insectes qui, à l'état adulte, sont les plus élevés de leur classe, comme division du travail physiologique et développement de la sensibilité, sont au contraire très-peu avancés en sortant de l'œuf. Rien ne varie plus que la première demeure, ainsi que l'alimentation propre au jeune insecte. Un instinct admirable a guidé la mère dans le choix et la disposition de ces nids, dans leur approvisionnement, et toute la vie de l'adulte est destinée à assurer la conservation d'une pos-

térité que la mère ne connaîtra jamais, flans la plupart des cas. Les différentes provisions qui serviront à nourrir les larves nous amènent, de la manière la plus naturelle, à classer les objets de notre examen.

Lesmets les plus délicats el les plus suaves, puisque les anciens en faisaienl le seul aliment «les dieux immortels, sont offerts à la progéniture des hyménoptères mellifiques. Le nectar, ou miel des fleurs, mêlé à leur pollen, constitue une gelée parfumée, sorte d'ambroisie, servie à ces entants débiles, et soignés avec la plus tendre et la plus inquiète sollicitude. Les anciens, qui ne connaissaient pas le sucre, avaient divinisé le miel exquis des habitantes de l'Hymetteel de l'Ida. Ils savaient qu'il existait dans chaque ruche d'abeilles un individu unique, mais ils le croyaient mâle et le nommaient roi (pa.TU.z-j;, rex) : malgré les idées prédominantes de la génération spontanée des abeilles, Aristote avait pressenti sans doute leur reproduction sexuelle; il semble croire que les faux-bourdons sont des femelles, et les ouvrières des mâles particuliers. C'est Swammerdam qui, le premier, par une anatomie interne, établit la vérité à cet égard. L'individu unique est une mère ou femelle, qui porte à tort le nom de reine, car elle n'exerce pas de commandement; les faux-bourdons ne sont pas ses soldats, mais ses époux aléatoires ; les ouvrières ne sont pas ses sujets, mais de singuliers et indispensables compléments de sa fonction maternelle. En effet, si deux êtres différents sont en général nécessaires, mais suffisants, pour assurer la perpétuité de l'espèce, les insectes nous offrent certains exemples où il en faut un plus grand nombre. Nous avons la manie d'affubler les animaux de nos gouvernements. La ruche n'est ni une monarchie ni une république, c'est une communauté de trois sortes d'individus dune utilité forcée pour la reproduction, et Chez qui tons les instants de l'existence concourent à ce

but, avec la plus parfaite concordance harmonique. Les faux-bourdons servent à assurer la fécondité complète delà mère, de telle sorte qu'elle puisse pondre des œufs des deux sexes; mais cette mère, cette reine imaginaire que ses enfants retiennent souvent captive ou dont ils retardent l'éclosion, est incapable de recueillir sa propre nourriture, de construire la demeure de son innombrable postérité, d'en nourrir les premiers âges. Les ouvrières, ou femelles imparfaites, rempliront ce rôle accessoire de la maternité, l'abeille mère passant uniquement sa vie à pondre. Cette mère est plus allongée et plus grosse que les ouvrières, principalement au moment de la grande ponte. Sa couleur est plus brillante et plus fauve, surtout dans sa jeunesse, car elle vit quatre à cinq ans. Ses pattes sont plus colorées et plus longues que celles des ouvrières, mais sans brosse ni cuilleron pour récolter le pollen. On la distingue tout de suite en ce que ses ailes ne dépassent guère le milieu de son abdomen, lorsqu elles sont couchées sur le dos (fig. 165). Un aiguillon, plus fort et plus recourbé que chez les neutres, arme l'extré- Fig.iG2. mité terminale de son corps. La

Abeille femelle. prétendue rejne, avec ce glaive redoutable, est très-timide, se cache au moindre danger dans la partie la plus reculée de la ruche, alors que les ouvrières furieuses se pressent à l'entrée et se jettent sur l'agresseur. On peut saisir impunément la reine sans qu'elle sache piquer votre main ; une abeille étrangère ne craint pas de la molester, de lui tirer les ailes et les pattes; singulière harmonie! Ce craintif insecte devient un tigre féroce à l'égard de tous ses pareils. Deux mères ne veulent pas exister ensemble ; elles se poursuivent avec fureur et se lancent adroitement, entre lesjointures

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des anneaux, le mortel aiguillon. Quand une seule mère, après l'essaimage ou la moii de ses rivales^ est restée maîtresse de la ruche, elle se hâte d'allertuer dans leurs berceaux les mères plus jeunes encore emprisonnées, de sorte que normalement il ue s'en trouve qu'une seule en activité par ruche. Les mâles ou faux-bourdons sonl au nombre d'environ quinze cents par ruche ; ils sont plus gros el plus longs que les ouvrières, sans organes collecteurs de pollen. Leur couleur est d'un brun noirâtre, leurs yeux énormes occupent toute la tête et se rejoignent (fig. 163»). Leur abdomen arrondi et poilu à l'extrémité n'a jtas d'aiguillon, fait général chez les niàles des hyménoptères. Malgré la grosse tête, le cerveau de ces mâles

est plus petit que celui des neutres ou ouvrières; aussi Bont-ils peu intelligents. Ils ont des mœurs douces et paisibles, comme il convient à des êtres désarmés. Ils • loi nient dans la ruche quand le temps incertain ou le vent ne les invitent pas à la promenade. Ils mangent du miel à leur fantaisie, puis, par les beaux jours de printemps, se décident à sortir, l'ont autour de la ruelle ces évolutions sonores qui leur valent leur nom, car leur bruit en volant est bien plus fort que celui des ouvrières, et bien différent, ainsi que leur odeur. Leur vie est limitée forcément, comme nous le venons, à deux ou trois mois. Les ouvrières varient en nombre de quinze mille à trente mille par ruche, et dix mille pèsenl unkilogramme. Elles vivenl de douze à dix-huit mois. Elles voient à grande

Fig. 163.

Abeille mâle.

Fig. 164.

Abeille ouvrière.

distance, cl leur odorat subtil les guide, à deux ou trois kilomètres, vers les fleurs préférées. Leurs ailes atteignent presque le bout de l'abdomen (fig. 164). On y distingue deux classes d'individus : les pourvoyeuses et nourrices s'occupent de récolter au dehors le miel et le pollen, de nourrir les larves, d'aider à l'éclosion des nymphes, de ventiler la ruche lorsque la température s'y élève trop, en agitant rapidement leurs ailes près de l'entrée, et déterminant ainsi un courant d'air frais, de faire sentinelle à la porte pour écarter les ennemis on jeter le signal d'alarme auquel répond ce bourdonnement aigu précurseur de la sortie de l'armée. Les autres sont les cirières ou architectes, à abdomen plus long que celui des précédentes, ressemblant plus à la mère. Elles ramassent entre les anneaux de leur abdomen de minces plaques de cire, produit d'une sécrétion intérieure, la pétrissent et construisent les alvéoles des gâteaux. Selon beaucoup d'apiculteurs, et notamment M. Hamet, la division des fonctions n'est pas absolue. Les jeunes ouvrières sont cirières, les vieilles butineuses. En outre, par les beaux jours, la plupart vont récolter au dehors ; elles construisent beaucoup plus au dedans dans les jours moins propices. Les architectes font trois sortes de cellules. Les trois quarts des cellules des gâteaux sont les plus petites. Elles ont une section hexagonale, comme par une géométrie innée chez les abeilles, la figure de l'hexagone régulier étant celle qui permet de remplir une surface donnée du plus grand nombre de compartiments. Ces cellules servent à deux usages. Les unes sont des réserves de miel et sont bouchées par une mince couche de cire formant un couvercle plat ; les autres sont employées comme berceaux des larves et des nymphes d'ouvrières, et remplies elles constituent leur couvain. Il en est qui contiennent du pollen, servant à la pâtée des larves. Chaque gâteau offre deux rangs de cellules se

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louchanl par le tond. D'autres cellules de même forme, un peu plus grandes, sont destinées uniquement au couvaiu des mâles. Enfin, sur le bord des gâteaux sonl construites d'énormes cellules arrondies, en très-petite quantité, employant de cent à cent cinquante fois plus de cire qu'une cellule d'ouvrière. Ce sont les cellules royales, à -iSSS^J surface guillochée de petits ^P^^P^jp^j trous triangulaires ;M-. h>;> . .-' Ijj? *Êm£ '^M c^a! 1*1 où s'élèveront les mères. ■' agi k^ C2à Les ouvrières, sans avoir vu '^STSt^^

h'> œufs que pondra I.i mère, iSf-a^^J^W'.

ont le pressentiment exacl des cellules à édifier et va-

rienl leur travail selon les époques. Au milieu du juin- ~T^#~

temps, de mai à juin chez ÏW^

nous, selon la température .

extérieure, une activité extraordinaire s'empare de la n. Fl,?',16o',> , ■„

1 Diverses cellules d abeilles.

ruche. Elle est remplie de

couvain, et de nombreux mâles sont nés. Les abeilles respirenl avec force, par de rapides pulsations; elles frémissent continuellement des ailes, et, en raison de la combustion considérable qui se produit en elles, une chaleur étonnante est dégagée, maintenue, puis accumulée par les parois do la ruche, qui conduisent trèsmal la chaleur. \^\\ thermomètre placé dans la ruche peut alors monter de 40° à 45°, et Réaumura vu parfois la cire des gâteaux couler à demi fondue. C'est aussi. pour les visiteurs de ruches, le moment dangereux. lue véritable fureur maternelle a saisi les ouvrières, rémérés imparfaites, qui gardenl la progéniture de la mère commune; continuellement de nouveaux défenseurs èclosent, les sentinelles vigilantes avertissent au moin-

dre bruit. Il ne faut alors s'approcher qu'avec précaution, sans aucun mouvement brusque qui effraye et irrite les abeilles, et surtout ne pas frapper contre la ruche. Une mère nouvelle sort de sa cellule, c'est elle que nous allons suivre. L'ancienne mère cherche à la tuer. Si elle ne réussit pas, une grande partie des ouvrières se groupe autour d'elle, et, dépossédée de son domaine, elle sort entourée de son essaim qui se pend en pelote à une branche voisine, la vieille mère au centre. On se hâte de le recevoir dans une ruche nouvelle ; sinon, averti par les éclaireurs, il irait construire clans quelque creux d'arbre ou dans une cavité fortuite du sol. La jeune mère est restée maîtresse. Six à sept jours après sa naissance, par un beau matin où brille le soleil, elle sort, tourne autour de la ruche pour bien la reconnaître, puis s'élance dans les hautes régions de l'air, où voltigent en tourbillonnant de nombreux faux-bourdons. Elle revient bientôt à la ruche, féconde pour toute sa vie, et ne la quittera que pour essaimer. Elle commence sa ponte dès le second jour. Ses œufs sont ovoïdes, allongés, un peu courbés, d'un blanc bleuâtre. Ils sont de deux sortes, les uns de femelles, les autres de mâles. La jeune mère, pendant la belle saison de la première année et l'hiver, s'il est doux, ne pond que des œufs de femelles, dans les petites cellules vides. Ces œufs doivent produire des ouvrières ou femelles imparfaites. Pendant la ponte la mère est l'objet des soins empressés des ouvrières. Elles l'essuient avec leur langue, lui dégorgent de temps à autre du miel dans la bouche et détruisent les œufs qui tombent par hasard ou dont le nombre dépasse un par alvéole.

La mère s'arrête quelques secondes clans chaque cellule et dépose un œuf au fond, où il est maintenu parmi enduit visqueux. La température de la ruche, de 25° à 50°, suffit pour faire éclore cet œuf au bout de trois jours

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habituellement. Il en sort une larve sans pattes, d'un blanc un peu grisâtre ou jaunâtre, ridée circulairement, à lète à peint1 plus colorée que le corps. Sa bouche n'offre que deux faibles mandibules écailleuses, sa lèvre inférieure a une filière comme celle des chenilles. Ces larves restenl toujours roulées en anneau au fond de la cellule el peuvent s'v mouvoir lentemenl en spirale (fig. 166). Les nourrices leur apportenl une pâtée formée de miel el de pollen Fig. 166.

. ... , r i i Larve «l'.-ilicille

el variant selon 1 âge du ver, d abord (grosse).

blanche el insipide, puis devenant de plu- ou plus sucrée et sous forme de gelée transparente. l,e> soins les plus tendres sont ainsi donnés plusieurs l'ois par jour, pendant sixjours environ. Alors les nourrices Ferment les cellules des larves avec un couvercle bombé ai non plat, connue celui des cellules à miel; les larves se redressent, s'allongent, et pendant un jour et demi tapissenl les cellules d'une pellicule de soie roussâtre. 13 11101111' cellule peut avoir ainsi plusieurs pellicules, si elle a logé plusieurs larves. Cette chemise de soie est destinée à empêcher la peau si délicate de la nymphe d'être blessée par les parois. Après trois jours de repos, la larve se change en nymphe blanche, emmaillottée ' d'une fine peau qui laisse voir les yeux, les antennes, les : ailes et les pattes couchées le long du corps. Pendant sept jours environ, la nymphe reste immobile, et ses organes internes se forment. La larve n'a eu besoin que de la chaleur de la ruche. S'il faut admettre qu'on puisse généraliser par analogie les observations bien positives de Vwport sur les bourdons, les nourrices seraient aussi des couveuses et augmenteraient volontairement, par une plus puissante respiration, la chaleur ambiante, en se pi. saut, à la fin de la vie delà nymphe, sur le couvain operculé. Les mâles pourraient aussi participer à cette

incubation qui sérail nécessaire pour donner aux nymphes leur vitalité complète. Celles-ci déchirent avec leurs mandibules les couvercles qui les maintenaient captives, et sortent sans secours étranger ; mais aussitôt que les jeunes abeilles, encore molles et plus pâles, ont réussi à quitter les cellules et sont reconnues par là aptes aux travaux communs, les ouvrières les essuient, les brossent, étendent leurs ailes et leur offrent du miel.

Tant que la chaleur du début de l'été se soutient et que les fleurs pullulent, les mâles, paresseux et indolents, ont continué leurs excursions et rentrent le soir à la ruche; mais les provisions deviennent moins abondantes, une fureur subite s'empare des ouvrières contre ces bouches devenues inutiles. La consigne du meurtre est donnée; des sentinelles spéciales signalent l'arrivée des malheureux faux-bourdons, une escouade d'exécuteurs se précipite sur chaque mâle qui rentre plein de confiance, à l'heure habituelle du souper ; il est percé de coups d'aiguillons, et le lendemain les alentours des ruches sont noirs de cadavres. Ce n'est pas tout; les larves et nymphes de mâles qui existent encore sont arrachées des berceaux et jetées dehors, criblées de blessures mortelles. Cependant on peut trouver accidentellement, à la fin de l'automne, quelques mâles dans les ruches; tantôt ce sont des ruches en décadence où les neutres semblent devenus indifférents à l'intérêt général : tantôt, au contraire, par les années florissantes où les rayons regorgent de miel, c'est à une dédaigneuse insouciance que quelques faux-bourdons doivent la vie, comme le riche bien repu qui tolère un insignifiant parasite à sa table.

La ponte de la mère diminue peu à peu, à mesure que la saison s'avance. Aux premiers froids, les abeilles se rassemblent en peloton dans la ruche et ne mangent plus. Ce peloton est d'autant plus serré que la tempéra-

iniv du dehors s'abaisse davantage. Réaumur el Huber ont affirmé que pendanl l'hiver il régnai! dans les ruches la chaleur d'un perpétuel printemps; An contraire, Newport soutienl que les abeilles tombent en engourdissement dans les grands froids, et que la température de la ruche diffère alors peu de celle du dehors. Dubost, tous les praticiens modernes, ont une opinion contraire : les abeilles ne s'endorment pas en hiver et la ruche reste toujours très-chaude, au moins au tempéré. Il lirait très-probable que l'erreur du célèbre naturaliste anglais vienl de ce que le thermomètre placé dans la ruche, pour ce genre d'observations, n'est pas toujours recouvert par la masse serrée d^> abeilles. Alors la température peut s'abaisser au-dessous de la glace, et même, dans les hivers très-froids, connue l'a vu Dubost en 1788- 1789, «les -laçons tapissent la ruche et s'arrêtent tout prés du peloton d'abeilles où se maintient, mais là seulement, une température élevée.

Aux premières chaleurs du printemps, elles consomment le miel qui a été mis en réserve, jusqu'aux premières fleurs. La ponte de la mère reprend, et pendant deux mois environ ce sont encore des œufs femelles qu'elle dépose dans les petites cellules et qui donnent des ouvrières destinées à réparer les pertes dues aux . décès de l'hiver. Puis, la ponte d'ouvrières continuant -toujours, en avril et en mai, à certains jours, la mère jpond des œufs différents, des œufs de mâles, et, sans hésitation, les confie aux grandes cellules hexagonales. ; L'œuf du mâle éclôt en trois jours ; sa larve vit six jours, nourrie de la même pâtée que celle des ouvrières, avec la même tendresse. Après la pose du couvercle de cire bombé, cette larve reste trois jours à filer, puis douze ! jours environ en nymphe, ce qui fait que le couvain du mâle n'éclôt qu'en vingt-quatre jours au plus tôt, au lieu \ de vingt et un jours qui ont suffi au couvain des ou-

vrières. Les jeunes mâles qui seront massacrés par la suite reçoivent en naissant les mêmes attentions dévouées que les ouvrières. Par intervalles, à des jours distincts, la mère, au milieu de sa ponte de mâles, va déposer des œufs de femelles, pareils en tout à ceux d'où naissent les ouvrières, dans les immenses cellules latérales dont nous avons parlé. Un des plus étonnants prodiges dont abondent les métamorphoses des insectes i va nous être offert. A la petite larve, toute pareille aux, larves d'ouvrières, qui sort de l'œuf au bout de trois jours, les nourrices apportent une nourriture toute par-, ticulière, d'abord acidulée, puis plus sucrée que la pâtée ordinaire. En outre, cette pâtée royale est prodiguée et reste en excès dans cette vaste loge où la jeune larve dilate son abdomen à son aise. Qu'arrive-t-il ? les; organes producteurs des œufs, au lieu de rester stériles comme chez l'ouvrière peu nourrie et resserrée dans sa petite loge, se développent, et, à la place d'un neutre, la larve donnera une mère féconde. Tout va aller plus vite sous l'influence de cette succulente nourriture. Elle ne met qu'un jour à filer, prend deux jours et demi de repos, devient nymphe et ne reste sous cette forme que quatre à cinq jours, de sorte qu'au bout de quinze à seize jours après la ponte, la jeune mère est prête à percer le long couvercle pointu avec lequel les ouvrières ont fermé la cellule royale. Il arrive quelquefois que les ouvrières ne jugent pas l'instant de sa sortie favorable ; elles renforcent le couvercle avec de la nouvelle cire, et maintiennent la femelle en prison, de quatre à huit jours, en lui passant du miel par un petit trou. L'influence de la pâtée royale est bien évidente, car il en tombe quelques miettes dans les cellules d'ouvrières placées près de la grande cellule, par la confusion inévitable de la multitude des nourrices empressées autour de la larve de mère. Cela suffit pour donner une demij

fécondité à ces ouvrières el leur faire pondre exclusivement des œufs de mâles. Ces ouvrières pondeuses, connue les vraies femelles, sont exposées à toute la colère de la mère. Les ouvrières connaissent très-bien cette

[propriété rveilleuse qui assure la durée <l»is ruches.

Si un accidenl les prive de la reine à un moment où la ruche n'a pas de couvain d'ouvrières, tout est perdu, les abeilles se dispersent et vont mourir dans la campagne, car les abeilles des autres ruches tuent sans pitié toute étrangère qui cherche à entrer. S'il \ a du couvain, le travail continue. Vite on isole une larve d'ouvrière en jnassacranl les voisines puni' rompre les cloisons, el Une vaste cellule, cette lois au milieu du gâteau (cellule loyal.' artificielle), entoure la préférée; on lui apporte la précieuse nourriture, elle devient une femelle; la ruche est sauvée.

Nous connaissons en Europe deux espèces très-voisines d'abeilles, Y abeille commune (Api* mellifica), à abdomen brun, de l'Europe centrale, et l' abeille ligurienne (Apis ligustica), d'Italie, de Sicile, de Crète et de Grèce, celle qu'a chantée Virgile. Son abdomen est fauve. Peutêtre n'a-t-on que deux races constantes, car on peut les croiser et l'on a des ruches mixtes fécondes. En Egypte, on élève, également en ruches, Y abeille à bandes. Dix ou douze autres espèces d'abeilles existent dans l'ancien monde, au Sénégal, au Cap, à Madagascar, aux Indes orientales, à Timor, etc. On récolte leur miel sauvage. L'Amérique n'avait point d'abeilles ; on y a introduit, an nord et au sud, l'abeille d'Europe qui y a multiplié. Seulement elle y devient très-facilement sauvage dans les bois, ce qui lui arrive au contraire très-rarement chez nous. Cette influence du continent américain s'est manifestée sur tous nos animaux domestiques importés, sur les bœufs et les chevaux libres aujourd'hui dans les pampas comme sur les abeilles. Les vaches n'y

«•ardent le lait que pendant l'allaitement de leur veau. Les populations primitives de l'Amérique connaissaient cependant le miel, un miel moins doux que le nôtre, plus parfumé, plus coloré et plus fluide. Lors de : la conquête, les Espagnols constatèrent au Mexique et en Colombie l'existence d'insectes plus petits que nos abeilles, faisant leurs gâteaux dans les creux d'arbre, où l'on va encore habituellement les chercher, présentant des mâles, des femelles et des neutres, mais tous sans aiguillon (il est rudimentaire chez les femelles et ouvrières), ce qui rend la récolte très-aisée. La cire est. brune et de médiocre qualité. Sous d'épais feuillets de cire sont des gâteaux à alvéoles hexagonales, les unes des mâles, les autres des femelles ou d'ouvrières. Ces cellules des larves sont bouchées par les ouvrières, et les larves se filent un cocon. Tout autour de cet amas de berceaux sont de grands pots arrondis, ou amphores, où s'amasse le miel, de forme tout autre que les cellules à couvain. Il est très-probable que les mâles, les neutres et plusieurs femelles fécondes existent ensemble. En effet, ici personne n'a d'arme, la bonne intelligence doit régner. On doit êlre porté à croire que les femelles fécondes se font, à la volonté des ouvrières, par une pâtée spéciale ; car, quand on veut multiplier les nids de ces douces mélipones, on prendau hasard quelques gâteauxet on les porte dans un creux d'arbre, et toujours une nouvelle colonie se fonde. 11 reste encore à connaître beaucoup d'espèces de ces insectes. A. Doumerc a rapporté le premier plusieurs espèces de mélipones de la Guyane. Les trigones, un peu différentes par les ailes, sont plus petites. On commence en Amérique à rendre domestiques certaines espèces de mélipones, qui consentent à accepter pour' ruche des pots de terre, des caisses de bois ou des troncs d'arbres perforés. On a amené plusieurs fois en Europe ces nids de mélipones. En été, les insectes ont butiné,

mais ont toujours péri aux premiers froids, en flefusanl le miel qu'on leur offrait. Ainsi, on a conservé au Muséum, pendanl l'été de 1863, une ruche de la mélipone icutellaire, du Brésil (fig. 167). <>n oe trouva pas de couvain dans le nid, les amphores à miel étaient vides, et Ions les individus qui arrivèrent jusqu'en octobre étaienl <les i'- 167.

,, , . . lit i Mélipone scutellaire.

neutres. Il est très-probable que lessociétés des mélipones sont permanentes, comme colles des abeilles. L'ancien monde offre aussi quelques mélipones en Abyssinie, au Bengale, etc.; la Tasmanie et l'Australie également M. Thozet, <|ni a beaucoup observé les mélipones d'Australie, ilii que les indigènes sont irésfriands de leur miel parfumé, l'our découvrir les nids, très-bien cachés dans les creux d'arbres, ils suivent de l'o'il mie mélipone au sortir d'une fleur d'Hibiscus, dont ces insectes raffolent, et souvent, pour les mieux reconnaître en l'air leur attachent, un petit plumet de coton. Les méllifîques sociaux dont il nous reste à parler ne l'ont quedes colonies annuelles, dont tous les individus meurent à la fin de l'automne, à l'exception de certaines femelles fécondes, qui vont passer l'hiver engourdies dans quelque trou, et commenceront an printemps le logement de leur nombreuse postérité. Parcourez, au mois de murs, les prairies où commence le gazon, les bois encore dépourvus de feuilles; vous verrez voler çà et là des bourdons au corps velu, tous de la plus grosse taille. Ce sont les femelles réveillées par les premiers soleils du printemps. Llles visitent les interstices des pierres, les trous creusés par les mulots; elles se -lisent sous les amas de mousse, cherchant une place convenable pour leur nid. Si nous suivons le travail d'une de ces grosses femelles, nous la verrons apporter d'abord de la mousse, des herbes sèches pour façonner les pâ-

rois du nid, dans lequel elle pénètre par une longue et étroite galerie couverte, afin d'en rendre l'accès difficile aux insectes ennemis. Puis elle y dépose une pâtée de miel et de pollen ; des petits trous y sont creusés où elle pond ses œufs, opération assez pénible pour elle et dans laquelle son aiguillon lui sert d'appui. Il en naît des larves blanches, sans pattes, trouvant tout de suite leur subsistance dans celte boule mielleuse que la mère accroît sans cesse autour d'elle. Les larves se filent des coques de soie, placées l'une contre l'autre, où elles se transforment en nymphes. Il n'éclôt d'abord que des ouvrières ou petites femelles infécondes, qui aident aussitôt la mère de son travail et amassent la nourriture des larves. Elles achèvent le nid, l'agrandissent, y façonnent des gâteaux grossiers formés de cellules ovoïdes de cire. Un miel très-fin y est déposé, servant à humecter la pâtée des larves et à nourrir la colonie, seulement dans les jours pluvieux, car les bourdons meurent à l'entrée de l'hiver; certaines cellules sont remplies de boulettes de pollen. Bientôt la mère ne fait plus que pondre, mais aux œufs d'ouvrières s'ajoutent des œufs de mâles et de femelles fécondes, de taille très-variée, souvent plus petites que la mère, plus grosses que les ouvrières. C'est sans doute une nourriture spéciale qui provoque la formation de ces femelles. On croit que ces sortes de femelles ne donnent naissance qu'à des mâles, et on explique ainsi le grand nombre de ceux-ci à l'arrière-saison. Au mois d'août éclosent quelques grosses femelles fécondes, pareilles à celle qui a fondé le nid. Il n'y a pas de cellules distinctes pour ces divers individus; la colonie des bourdons est une dégradation évidente de celle des abeilles. Les femelles fécondes demeurent ensemble dans le nid sans combat. Les grosses femelles, nées à la fin de l'été, ne pondent pas, bien que fécondées. Elles se dispersent à la fin de l'année, alors

que la mère fondatrice de l'année d'avant, les mâles de lionne heure, un certain nombre de femelles, les ouvrières, meurent. Ce sont elles qui, après l'engourdissenien! de l'hiver, seront les mères des colonies de l'année suivante. Chaque nid de bourdons peut avoir de cent Cinquante à deux eenls individus, niais il est r.ne qu'ils v soient tons en même temps; beaucoup, surpris par la unit ou parla pluie, restent à dormir sur les fleurs et découchent du nid. Le petit nombre d'habitants des nids do bourdons rend ceux-ci bien pins faciles à observer que los abeilles et les guêpes. Ce sont les bourdons (humble bées des Anglais) qui ont permis à Newport «le constater le rôle des femelles, et aussi des mâles, se plaçant comme convenues an-dessns des coques de soie où résident les nymphes prêtes à éclore, et par une respiration volontairement activée, ainsi que le témoignent les rapides inspirations de leur abdomen, élevant la température de leurs corps et par suite celle des nymphes au-dessus de celle de l'air du nid. Voici, sur l'espèce que nous avons figurée dans l'introduction, p. 25, quelques observations du célèbre naturaliste anglais, traduites en degrés centigrades. Dos thermomètres trèsétroits, à réservoir gros comme une plume de corbeau, étaient glissés entre les coques à nymphes et les bourdons placés au-dessus. Dans une expérience, la température de l'air du nid étant de 21°,2, celle des bourdons, au nombre de sept, recouvrant les nymphes, fut de 55°, 6, et la température des coques voisines, sous la même voûte de cire, mais non recouverte par les bourdons, seulement 27°, 5. Dans une autre expérience, l'air : du nid étant à 24°,0, le thermomètre placé sous quatre bourdons couveurs monta à 5i°,5. Les jeunes bourdons sortaient de leurs coques, après plusieurs heures de ces incubations dans lesquelles les insectes couveurs se relayent. Ils sont d'abord mous et grisâtres, mouillés,

très-sensibles au moindre courant d'air, s' insinuant pour se réchauffer au milieu des gâteaux ou entre les bourdons anciens. Ce n'est qu'au bout de plusieurs heures qu'ils durcissent, et qu'on voit se dessiner les bandes jaunes et noires de leurs anneaux.

C'est en étudiant les bourdons que le comte Lepelletier Saint- Fargeau fit une bien curieuse découverte qui éclaira toute l'histoire des hyménoptères nidifiants. Il avait reconnu qu'on trouve dans nos bois certains insectes ayant tout à fait l'apparence de bourdons (fig. 108), par leur corps poilu, à bandes de diverses couleurs, mais dont les pattes postérieures, étroites et non dilatées,

Fig. 168.

Psithyre rupestre.

Fig-. 169.

Jambe et tarse postérieur

Psithyre rupestre.

Fig. 170.

Jambe et tarse postérieur.

Bourdon terrestre.

sans épines, ni corbeille, ni brosses, ne peuvent permettre la construction des nids ni la récolte du pollen (fig. 169, 170). Ces psithyres ou apathes des entomologistes anglais, n'ont que des mâles et des femelles fécondes. On trouve au mois de septembre beaucoup de mâles de psithyres dans nos bois, sur les capitules des scabieuses, des chardons. Incapables de nourrir leurs larves, les psithyres pondent leurs œufs au milieu de la pâtée des bourdons, et ceux-ci confondant les enfants étrangers avec les leurs, les entourent de la même solli-

citude. Les psithyres sonl de véritables parasites, selon la signification antique donnée très-souveri mal à propos aux animaux épizoïques qui vivent sur le corps d'autres animaux. Vêtus c me les légitimes propriétaires

du nid, ils trompent, sous cette analogie de livrée, les yeux vigilants des ouvrières. Les hyménoptères présenter bien des exemples de ce genre. Il y a chez les insectes de nombreuses espèces pareilles aux coucous qui portent leurs œufs dans les nids des* fauvettes, et dont les petits, avides et gloutons, prennent toute la nourriture apportée par les pauvres parents, dont ils jettent souvent au dehors la malheureuse postérité."

Nous trouvons fréquemment aux environs de Taris, un peu plus tard que les vrais bourdons, le Psithyras rupestris, noir, à abdomen terminé par des poils rouges, habillé comme le Bourdon des pierres dans le nid duquel il vit. On rencontre encore les Psithyras campestris et vestalis, ornés de bandes jaunes et blanches au bout de l'abdomen, comme les bourdons terrestre et des jardins. Os psithyres ont les ailes plus enfumées que leurs bourdons.

Un grand nombre de mellifiques vivent isolés. Les femelles seules construisent des nids divisés en cellules et ne sécrètent plus de cire. Dans chacune est déposé un œuf, et la jeune larve sans pattes se nourrit de miel et de pollen accumulés par la mère, puis devient nymphe, tantôt nue, tantôt dans une mince coque de soie. Il y a une complète identité dans les métamorphoses avec les constructions de nids les plus diverses. Toutes ces abeilles solitaires qui nidifient sont des femelles, nées d'ordinaire au printemps et qui vivent une grande partie de l'été, tandis que les mâles, éclos en même temps, meurent très-vite. Elles bouchent le nid, après qu'il est rempli d'œufs et de pâtée mielleuse, et meurent suis

voir éclore cette postérité, pour laquelle elles ont cependant l'attachement le plus vif.

Un premier groupe de ces abeilles solitaires a encore, comme les abeilles et les bourdons, les pattes postérieures élargies et munies de brosses, de façon à pouvoir amasser sur ces pattes une boulette de pollen. Les anthophores, à trompe allongée , qui ressemblent à des abeilles, mais plus velues et grisâtres , font leur nid entre les fentes de muraille, entre les pierres des lieux arides, dans la terre sèche. Ce nid est un tuyau courbe, en terre gâchée et agglutinée par leur salive. Il est divisé par des cloisons terreuses en cellules, dont chacune contient une larve entourée de pâtée. La cellule du fond, la plus ancienne, se rapproche du sol, de sorte que le premier insecîe qui éclôt n'a qu'une mince couche de terre à percer pour sortir. Les autres éclosent successivement, chacun perçant la cloison de la cellule du frère qui l'a précédé, et tous profitant du trou de sortie du premier-né. Les anthophores abondent dans les ravins arides de la Provence, exposés au brûlant soleil du Midi. Ce sont elles qui ont fourni à M. Fabre ses curieuses observations sur les métamorphoses des coléoptères vésicants, à larves parasites. Cet habile observateur a d'abord remarqué que l'on peut étudier sans danger ces abeilles solitaires, bien qu'on soit effrayé au premier abord par la quantité d'insectes qui bourdonnent sur les talus criblés de nids. A cet aspect, on croirait à une ruche ; mais, en réalité, on n'a pas ici des insectes sociaux, solidaires pour la défense d'une progéniture confiée à tous. Ces insectes sont des voisins indifférents, qui laissent bouleverser sans émoi la maison d'autrui ; on n'a à craindre que l'aiguillon de lanière dont on attaque les berceaux. M. Fabre a bien examiné aussi des insectes, poilus comme les anthophores, noirâtres, tachetés de blanc, les mélectes, dépourvus d'instruments propres à

recueillir 1<4 pollen, des mélectes ne peuvent que déposer leurs œufs au milieu de La pâtée des anthophores, el celles-ci laissent les mélectes entrer en toute liberté dans leur galerie, leur font place, <'n se serrant contre la paroi, pour leur livrer passage, sans colère, sans inquiétude! Ineffables harmonies ! Qu'une anthophore, au contraire, pénètre ètourdimenl chez sa voisine, qu'elle se montre seulement à la porte : aussitôl celle-ci se précipite sur l'imprudente, et, toutes deux, ivres de fureur, se mordent, se roulenl dans la poussière du chemin, cherchait à s'enfoncer l'aiguillon. Cette anthophore, si courroucée pour une sœur inoffensive, capable de prendre à peine une gorgée de miel, se montre pacifique, débonnaire pour la mélecte, qui ne sail élever ses larves, • M qui, pour leur procurer le vivre et le couvert, extermine à demi la race de l'aveugle mère, dont une partie des enfants périront affamés.

Les xylocopes (abeilles charpentiers ou perce-bois de Réaumur) sont ces gros insectes à ailes très-enfumées, (l'un beau violet métallique, qui butinent au printemps dans les jardins sur les fleurs des arbres fruitiers ifig. 171 ). Les femelles creusent des galeries dans le bois vermoulu, selon le sens des fibres, et y placent une série de cellules superposées. Dans chaque cellule est déposé un tas de pollen mêlé de miel, exactement calculé pour chaque larve, dans lequel un œuf est pondu ; puis la cellule est fermée par un plafond de sciure de bois humectée de salive gluanle. Sur ce plafond, nouveau dépôt de pâtée, nouvelle cellule construite (fig. 172). Le premier œuf pondu est dans la cellule la plus éloignée du trou d'entrée de l'insecte; elle se recourbe très-prés de la paroi, de soi te que la jeune xylocope n'aura qu'une mince lame de bois à percer, et chacune de celles qui naissent successivement n'ont à perforer que le plancher de leur cellule. De cette façon, il n'y a jamais de massa-

cre , l'insecte qui sort de la nymphe trouve le chemin libre, chacun naissant dans l'ordre de la ponte. Les nymphes passent l'hiver et les adultes paraissent au

début du prinlemp:

Fig. 171 et 17v2. — Xylocope femelle et son nid.

Nous engageons à rechercher les nids de la xylocope dans les vieux arbres, surtout dans l'espérance d'y rencontrer les cocons d'un brun noirâtre et ovoïdes d'un très-rare parasite, de la taille d'une forte guêpe, nommé Polochrum repandum, à ailes d'un jaune enfumé, à antennes en fuseau, avec l'abdomen noir rayé de bandes jaunes. C'est M. le docteur Giraud qui a découvert l'ha-

liii.iiion el les mœurs de cel insecte, décrit par Spinola, (jiii ne savail d'où il provenait.

Dans mi autre groupe d'abeilles solitaires, les pattes postérieures sonl impropres ;'< récolter le pollen des heurs. Celui-ci esl ramassé entre les anneaux de l'abdomen, qui est muni de poils. Telles sonl les chalicodomes et les osmies, ressemblant à «le petits bourdons, con- Btruisanl contre les murs des nids en terre gâchée, d'une dureté extrême, el pleins de cellules à larves. Réaumur nommait à juste titre abeilles maçonnes ces insectes, dont il trouvait les nids en abondance sur les murs de sa maison de campagne de Gonflans. Il désignai! sous le nom d'abeilles coupeuses de feuilles d'autres hyménoptères dumêmegroupe, nidifianl dans des tubes enroulés faits avec des feuilles de rosier, de poirier, de bourdaine (mégachiles), et sous celui de tapissières les antltocopes, qui revêtent avec des pétales de fleur, par exemple de coquelicot, les tubes creusés eu terre, contenant les larves et la pâtée de pollen et de miel.

Très-souvent dans les jardins, les rosiers offrent à leurs feuilles des découpures circulaires faites par les mandibules des mégachiles, comme dans un dessin de broderie, bien plus régulièrement que par les chenilles. On voit la mère emportant au vol la petite tenture du berceau de ses enfants.

Dans ce groupe d'abeilles solitaires ramassant du pollen sous le ventre sont les anthidies, insectes velus à bandes fauves et brunes. Le midi de la France et l'Algérie possèdent Yanthidie tacheté, à abdomen noir, avec six taches transversales rousses de chaque côté de la ligne médiane, à ailes obscurcies (fig. 175). M. Lucas a observé son nid aux environs d'Oran. Le choix de l'insecte est bizarre; c'est dans des coquilles vides de colimaçons qu'il dépose ses œufs et la pâtée de miel et de pollen. En hiver, on trouve à l'intérieur de ces coquilles des cocons

oblongs, formés de plusieurs couches superposées d'une soie très-fine et roussâtre. Us sont placés au nombre de un, deux ou trois contre la spire, et entre eux sont des amas de petits cailloux qui séparaient les larves et consolident la coquille (fîg. 1 7-i). Afin de dérober sa postérité

Fig. 175.

Anlhidie tacheté,

adulte.

Fig. 174.

Larve et cocon de l'anthidie dans une coquille d'hélix.

aux insectes ennemis, l'anthidie a eu soin de fermer la bouche de la coquille avec une sorte de mur de maçonnerie faite enterre gâchée, mêlée de débris de coquilles, et parfois de fiente de chameau. La larve qui vit à l'intérieur des colimaçons est inerte, courbée, entièrement d'un jaune clair. Ses yeux sont d'un brun foncé ainsi que l'extrémité de ses mandibules.

Tous les hyménoptères précédents conservent au repos les ailes supérieures étalées; d'autres, au contraire, ne les étendent que pour voler et les plient en deux au repos, selon leur grand diamètre, de sorte qu'elles paraissent alors très-étroites. Nous trouvons d'abord dans cette subdivision la grande famille des guêpes. Ce sont des insectes sociaux dans lesquels trois sortes d'individus sont nécessaires pour perpétuer l'espèce. Leur corps dépourvu de poils nous indique que ces insectes ne peuvent plus

récolter le pollen des fleurs. Les guêpes ne sécrètent pas de cire; elles coupenl les végétaux avec leurs Tories mandibules, et, au moyen d'une salive particulière, composent une sorte <lc carton servanl à faire les guêpiers, el sur lequel on peul écrire. Les guêpes proprement dites oui le corps épais. Louis nids présentent des feuillets papyracés entourant les gâteaux composés de cellules hexagonales sur un seul rang. La guêpe commune rail son nid sous terre avec un boyau desortie; la guêpe rousse ou guêpe des arbustes, un peu plus petite, suspend son guêpier, entouré de nombreux feuillets et sphéroîdal, aux branches des arbres; la guêpe frelon, de très-grosse taille, fait son nid dans les troncs d'arbres, avec un carton jaunâtre, très-friable, composé décorées d'arbres. Los nids sont toujours commencés au printemps par une seule femelle féconde, à la fois architecte et' nourrice. Ses premiers œufs donnent des ouvrières (femelles avortées) qui ne tardent pas à suppléer la mère dans ses soins et agrandissent, le nid. Les guêpes butinent sur les fleurs et amassent du miel qu'elles dégorgent dans certains alvéoles ; en outre elles déchirent des fruits, des morceaux de viande, desinsectes qu'elles tuent . Dans les beaux jours de l'automne, on voit les diptères, qui pullulent sur les fleurs des allées des bois, s'éloigner avec crainte dès qu ils entendent le bourdonnement du terrible frelon. Au milieu de l'été, la mère guêpe pond des œufs de mâles, de femelles et encore de neutres. Les larves sont soignées dès lors par les ouvrières seules, qui leur apportent du miel et aussi des morceaux: de fruits et d'insectes, du jus de viande, etc. Les larves ont la bouche plus forte que celle des abeilles en vue de cette nourriture plus résistante. Elles filent un petit couvercle soyeux à leur alvéole, s'y changent en nymphe. Celle-ci, au bout de peu de jours, devenue adulte, coupe avec ses mandibules le couvercle de la ecl-

Iule et prend son essor. Le nid est gardé par des sentinelles qui veillent aux abords, rentrent lors du danger et avertissent les guêpes qui sortent en colère et piquent les agresseurs. Si on bouche tout de suite l'entrée du guêpier et si on tue les sentinelles avant qu'elles aient jeté l'alarme, ou si on les distrait de leur devoir avec des morceaux de sucre, les guêpes demeurées dans le nid sont pleines de confiance, ne s'irritent pas, ne cherchent pas à piquer. Les mâles des guêpes sont notablement plus petits que les femelles. Les sociétés des guêpes sont bien moins nombreuses que les ruches d'abeilles, ont, au plus et rarement, deux à trois mille individus. Au mois d'octobre, les neutres cessent de construire et de nourrir les larves, tuent et jettent dehors les dernières larves, qui du reste périraient de faim; puis les mâles, les ouvrières, une partie des femelles meurent de froid. D'autres, plus vivaces et fécondées, sortent du guêpier abandonné et hivernent dans des trous pour perpétuer l'espèce au printemps. C'est dans cette saison qu'avec un peu d'entente il serait aisé de diminuer singulièrement le nombre des guêpes, si nuisibles plus tard aux fruits, en chassant au filet les mères guêpes, qu'on attirerait en abondance au moyen de groseilliers-cassis en fleur. Quand on trouve en hiver ces guêpes femelles fécondes et engourdies, on observe que leurs ailes sont repliées en dessous ainsi que les pattes, absolument comme dans la nymphe ; de même, dans le sommeil, les petits enfants, les jeunes animaux tendent à s'enrouler, à reprendre la station fœtale.

Les polistes sont des guêpes particulières, plus petites, élancées, à abdomen aminci à sa base. Leurs nids sont moins parfaits que les vrais guêpiers, en ce qu'ils n'ont jamais d'enveloppes ; les gâteaux sont à nu. On trouve en abondance sur les arbustes, sur les genêts, la poliste française, dont la femelle, aux premiers beaux jours du

printemps, attache à une tige ou contre un unir un ^;litMii porté par un pédicule el contenanl un petit nombre de cellules (fig. 17.'»). Elle Qourril d'abord des larves d'ouvrières seulement, ef celles-ci augmentenl le gâteau

Fig. 11 j. — Nid de poliste française.

et quelquefois en superposent un second, attaché au premier par des piliers. La seconde ponte de la mère donne à la fois des mâles, des femelles et des neutres. <»n peut détacher le nid et le transporter où on veut, sans que la mère et les ouvrières songent à le quitter, et ces pauvres insectes sont si attachés aux larves et aux nymphes renfermées dans les alvéoles, qu'ils ne pensent pas à piquer l'observateur, s'oubliant en entier dans leur préoccupation maternelle.

Les guêpes solitaires, aux couleurs variées de jaune et de noir comme les guêpes sociales, vivent à l'état adulte du miel des fleurs, mais leurs larves sont devenues exclusivement carnassières. Les mères font des trous dans la terre et dans des tiges de diverses plantes, et y établissent des cellules dans chacune desquelles est pondu un œuf que la mère entoure d'un certain nombre de larves, souvent toutes de la môme espèce et destinées à fournir une proie à la larve molle et sans pattes qui sortira de l'œuf. Admirable et aveugle instinct ! un in-

secle qui ne vit que de miel chasse des insectes vivants qu'il ne doit pas manger ni voir manger à ses petits. En outre, comment la larve pourra-t-elle trouver une pâture toujours fraîche et cependant incapable de résister à ses morsures? Les larves ou les insectes adultes sont percés par l'aiguillon de la mère, mais demeurent vivants, engourdis et immobiles, en véritable anesthésie. De même, certaines peuplades sauvages de l'Amérique du Sud lancent au gibier des flèches empoisonnées, avec une dose de curare telle que l'animal atteint est seulement paralysé et sans défense. Les odynères sont les plus communes de ces guêpes solitaires. Ainsi l'ancienne odynère mbicole, étudiée par M. E. Blanchard, nommée maintenant oplope à pieds lisses ou épipone(ûg. 1 7G),

Fig. 176. — Oplope adulte.

Fig. 177. — Nid de l'oplope.

creuse une tige de ronce sèche et y dispose des loges, à parois de terre sableuse pétrie, et chacune séparée par un plancher de moelle et de terre (fig. 177). Dans chaque loge est un œuf, entouré de chenilles de pyrales. La larve à anneaux gonflés, moyen d'appui et de mouvement limité (fig. 178), tapisse la loge d'un enduit soyeux, et construit, au-dessus de sa tête et de celle de la nymphe, un couvercle de soie à deux tuniques séparées par de la moelle très-serrée ; puis elle devient nymphe (fig. 179). Ici la première cellule n'est pas rapprochée de la paroi,

Fig. 178.

Sa larve srossie.

c me chez les abeilles solitaires. Aussi un fait inverse se présente. C'esl l'œuf le dernier pondu, dans la dernière cellule, qui se développe le plus vite, et dont l'adulte sorl le premier. Le plus anciennemenl pondu, an contraire, donne l'adulte le dernier, ■ans cela, si un insecte parfait était sorti d'abord d'une loge inférieure, il aurait détruil tous les autres sur son passage. La même chose se produit pour d'autres odynères qui fonl leurs nids en terre ou dans de vieilles murailles. <»n peut s'amnser. à l'exemple de Réaumur, à élever au fond d'un petit tube de vent1 une jeune larve, retirée d'un de ces nids d'odynères, en ayant soin de lui fournir chaque jour une chenille ou une larve appropriée à son espèce. On la voit manger avec voracité et atteindre toute sa croissance au bout d'une quinzaine de joins.

Un très-grand nombre d'hyménoptères, différents des guêpes en ce que leurs ailes supérieures au repos ne se rep lient pas, sont désignés sous le nom de fouisseurs, parce qu'ils nidifient en terre ou dans des troncs d'arbres. On y distinguera encore des solitaires et des sociaux. Les premiers approvisionnent leurs nids avec les proies les plus variées, engourdies par le venin de l'aiguillon, qui n'est plus mortel comme celui des abeilles et des guêpes. Nous nous contenterons de citer quelques exemples.

Les cerceris donnent à leurs larves des insectes adultes, toujours de la même espèce pour le même cerceris; ainsi, dans les Landes, le Cerceris bupresticidexa, à plus d'une lieue de sa demeure, chercher des buprestes ; comme ces coléoptères sont très-rares, le plus sûr moyen, .pour les amateurs, de se les procurer est de visiter les nids des cerceris et de guetter leur retour. Le pkilanthe

apivore rôde autour des ruches. Il est moitié plus petit qu'une abeille ; mais sa peau est très-épaisse, et sa vivacité est telle qu'il se jette sur le dos de l'abeille butinant dans une fleur et lui enfonce son aiguillon dans le cou avant qu'elle ait le temps de se mettre en défense. Il

Fig. 180. — Philanthe apivore emportant une abeille.

la porte engourdie dans le trou en terre où seront ses larves, en la tenant retournée, le ventre contre le sien, et entourant de ses pattes ce lourd fardeau ; aussi son vol est alors très-lent. Si elle ne peut entrer, il lui coupe ■ les pattes et les ailes et la tire à lui, à reculons, en la i comprimant comme à la filière. Le trou est foré obliquement, de préférence tourné au levant, sur les talus, au pied des murs, dans les amas de sable. La femelle creuse, . la tête en avant, avec ses pattes de devant et sa large tète; elle sort fréquemment, à reculons, repoussant les déblais avec ses deux pattes postérieures, les ailes croisées longitudinalement au repos. La larve du philanthe, bien repue d'abeilles, se file un très-curieux cocon dans lequel elle paraît être mise en bouteille (fig. 481). Lepelletier Saint-Fargeau a depuis longtemps observé et décrit les

Fig. 181.

e <!<■ philanthi apivore.

mœurs du philanthe apivore. Il a vu qu'il ne prend que les abeilles ouvrières el jamais les mâles. En Algérie, M. Lucas a constaté qu'une espèce voisine, le philanthe Abd-el-Kader, emporte aussi l'abeille dans son nid, el toujours l'ouvrière, jamais le faux-bourlon. Cependant les mâles sont sans aucune défense, (andis que l'ouvrière a un aiguillon redoutable. Les pompiles semblenl les vengeurs de la race des insectes, car ils donnenl ;'i leurs larves des araignées engourdies par l'aiguillon. Ils saisissent surtout les araignées errantes, mais ne craignenl pas d'affronter le danger des toiles, el p.n l'ois Ton, voit le compile des chemin* venir jusque dans les maisons saisir l'araignée domestique (fig. 182). Rien déplus intéressant que I'- manœuvres du pompile, si bien étudiées par le D'Giraud. Ce n'est qu'après avoir engourdi une araignée destinée à nourrir une larve.

qu'il creuse son trou. 11 pose son araignée au haut d'une grande herbe et non à terre, près de lui, car les camarades, qui chassent en rasant le sol, la lui prendraient pendant qu'il fouit. De temps à autre, inquiet de son butin, il retourne voir son araignée, la touche avec sa tête, et, satisfait, reprend son travail. Lammophile des sables, noir, trèsallongé, avec une partie de l'abdomen fauve, emporte dans

-"ii nid les chenilles des gros papillons de nuit. Le sphex, à pédicule de l'abdomen très-grêle, ont un aiguil

1 S -2 . — rempile des chemin':

enlevant une lvcose.

Ion à piqûre très-douloureuse, surtout chez les grandes espèces exotiques. Beaucoup attaquent les araignées;* nous en avons en France qui arrachent de sa toile l'araignée des jardins (Epeira diadema), bien plus grosse qu'eux, lui coupent la tète et les pattes, et donnent à leurs larves son énorme abdomen gonflé de sucs. A l'île de la Réunion, les chlor ions, à corps métallique, percent de leur aiguillon ces hideuses blattes ou cancrelats, fléau de nos colonies, les traînent avec effort, leur enlèvent les pattes et les font entrer dans leur nid en terre en les comprimant.

M. Fabre a étudié les mœurs des Sphex dans le midi de la France. L'un d'eux, le Sphex flavipennis, approvisionne sa nichée avec des Grillons, l'autre le Sphex albisecla, avec des Criquets. Le Sphex amène sa victime sur le bord du trou, descend faire la visite du trou, sans doute pour voir si quelque parasite n'y est pas caché, et cela trente ou quarante fois de suite avant d'introduire à reculons la proie qu'il traîne par la tête. Ll bouche son terrier approvisionné, et cela même si on a enlevé les aliments de la petite famille future. Un instinct aveugle semble obliger l'Hyménoptère, une fois exécutées un certain nombre d'expéditions en rapport avec le nombre de ses œufs, à clore le berceau garni ou non d'une pâtée suffisante. Il en est de môme pour les Ammophiles et leurs chenilles. On voit encore, chez les Grillons et les Criquets, des mouvements de l'abdomen et des pattes. Quand la chétive larve sort de l'œuf, la gigantesque victime ne bouge pas malgré les morsures. Sa croissance achevée, la larve se file un cocon enduit d'un vernis violacé, et y devient nymphe, avec les pattes, les ailes et les antennes couchées. La larve vit plus de neuf mois, la nymphe environ vingt-quatre jours ; l'adulte reste environ trois jours à se sécher, se fortifier et à rejeter un méconium formé de petits granules d'acide urique , puis

prend son essor, butine et nidifie pendanl deui mois. L'aiguillon des Sphex etj en général, des Hyménoptères fouisseurs, continuellement employé pouranesthé-

sici- les [noies, es1 peu douloureux pour L'homme, car il est sans dentelures à rebours, comme celui des Abeilles pu des Guêpes, el sorl aussitôt de la piqûre. Ils ne s'en pervenl contre l'homme qu'à la dernière extrémité; on peu! s'approcher sans danger de leurs nids el même saisir les insectes entre les doigts. Les abeilles et les Guêpes son) plus dangereuses, car on peut dire que chez elles la colère maternelle est collective. Elles se ruenl en foule sur I imprudent qui leur parail menacer les berceaux

chéris, el se servent, comme suprême ressource, d'un

aiguillon barbelé qui reste dans la blessure, en causant la mort de l'insecte qui paye de sa vie le plaisir de la vengeance.

Quelquefois, mais très-rarement, aux environs de Paris, vide un éléganl insecte de cette tribu, \o pélopée tourneur, très -singulier par le long pédicule qui rattache l'abdomen au thorax (fig. 185). Bien difficile doit être la circulation du sang d'une région à l'autre avec une telle organisation. Les pélopées font des nids en terre, d'où le nom du genre qui veut dire potier ou pétrisseur de terre, et l'espèce tourne sans cesse au vol autour de ce nid. L'espèce est bien plus fréquente dans le midi de la France et en Algérie, où M. Lucas a observé ses métamorphoses. L'insecte construit sous les grosses pierres, avec de la terre et du sable agglutinés par une salive particulière, des nids de forme grossière, contenant chacun cinq à six larves. Les cellules des larves sont assez rappro-

Fig. 183.

Pélopée tourneur, adulte.

chées et toutes verticales (fig. 18 4). Ces larves sont molles, immobiles, tenant la tète recourbée contre le milieu du corps, jaunes, marquées en dessus et en dessous de taches arrondies, blanches et faisant saillie. Parvenues à toute leur croissance, elles se renferment dans un cocon formé d'une soie fine, serrée, recouverte d'une couche gommeuse. On a longtemps ignoré quelles étaient les

ï0&AàMÊW'^

Fig. 18 i. — Larve, nid et cocons du pélopée.

victimes des pélopées. Tout récemment M. Lucas a découvert que leurs nids sont exclusivement approvisionnés d'araignées et très-principalement du genre des épeires. Les pélopées, bien différents des chlorions, nous rendent donc de mauvais services en détruisant nos utiles auxiliaires contre une foule d'insectes dévastateurs.

On trouve dans le midi de la France et très-rarement près de Paris, à Fontainebleau, un singulier genre de ce groupe, les mutilles, dont les femelles , toujours sans ailes, ressemblent à des fourmis, agréablement variées de rouge et de jaune (fig. 185). Les mâles, ailés et bien plus petits, sont noirs (fig. 186;. On a longtemps ignoré

llYMKNOl'TK.m.S.

les métamorphoses des mutilles. On sail maintenanl que ees hyménoptères des terrains sablonneux vivent parasites dans !•'> nids des abeilles solitaires. Leurs larves dévorent, non la pâtée mielleuse, mais les propres larves des abeilles. Sans doute la mutille femelle les perce de son aiguillon acéré.

Fig. 185. — Mutille maure,

femelle grossie.

Fig. 186. — Mutille maure,

mâle grossi.

Les hyménoptères fouisseurs ont dos parasites, encore très-mal connus, de leurs nids, ne sachant pas s'emparer de proies vivantes et devant cependant les fournir à leurs larves. Telles sont, entre autres, les jolies guêpes dorée* (chrysidiens) à corps brillant de bleu métallique et de rouge cuivreux. Leur abdomen, continuellement a g ité ainsi que leurs antennes, étincelle au soleil comme une pierre précieuse. Les unes vont pondre leurs œufs au milieu des larves amassées par les cerecris et les philanthes ; d'autres entrent dans les nids de mellifiques solitaires pour tuer leurs larves, comme les mutilles, au bénéfice de leurs propres enfants.

Les fouisseurs sociaux constituent l'immense légion des fourmis, répandues dans tous les pays. Nous ne devons voir dans les fourmilières aucune espèce d'organisation à la façon de nos gouvernements ; ce sont des as- : sociations pour la reproduction de l'espèce composées ! de mâles, de femelles et de neutres ou femelles incom- \ piétés plus modifiées encore que chez les abeilles et les ; guêpes, car elles ont perdu les ailes. On distingue trois

groupes principaux, dont les mœurs et les métamorphoses sont analogues. Les myrmiques ont deux nœuds au pédicule de l'abdomen, un aiguillon chez les femelles et les neutres (fig. 187, 188). Les ponères n'ont qu'un nœud au pédicule et un aiguillon chez les femelles et les neutres. Dans ces deux groupes, les larves ne filent

Fig. 187.

Myrmique laevinode, mâle,

grossie.

Fig. 188.

Jlyrmique ouvrière, grossie.

pas de cocon pour se changer en nymphe. Enfin les fourmis proprement dites, de beaucoup les plus nombreuses en espèces, n'ont qu'un nœud au pédicule de l'abdomen. Leurs larves se filent une petite coque de soie. Elles n'ont pas d'aiguillon, mais versent dans les blessures que font leurs mandibules un liquide acide, l'acide formique, produit de combustion des matières ligneuses et amylacées. Leur corps en est imprégné et a une forte saveur aigre. Les fourmilières ou habitations communes des fourmis sont construites avec des matières végétales ou en terre. On y trouve des séries de chambres soutenues par des piliers, des galeries, des corridors multipliés pour le service de ces chambres où sont déposés dans les unes des œufs, dans les autres des larves et des nymphes; certaines enfin contiennent des femelles fécondes retenues captives. Les fourmis ont de

HYMÉNOPTÈRES. ICO

tout temps été citées comme des modèles d économie el (ji> prévoyance. Les anciens croyaient qu'au centre de ['Asie existaient d'énormes fourmis, allant chercher l'or dans les sables aurifères et gardant avec soin les précieux trésors qu'elles accumulaient. Les opinions sont aujourd'hui partagées au sujet des provisions qu'elles amasseraient pour l'hiver. Dans nos hivers rigoureux, les fourmis tombent en engourdissement et beaucoup périssent. Peut-être dans les hivers doux en est-il autrement, et alors des aliments leur seul nécessaires, comme pour les jouis pluvieux où elles ue sortent pas; au reste une grande partie des objets que les ouvrières transportent sans cesse sont des matériaux de construction.

Près de Menton, M. Moggridge a observé des fourmis qu'il nomme moissonneuses, el qui Tout de véritables réserves pour l'hiver, comme, la fourmi du fabuliste. Ce sont les Atta barbara etstructor. Elles vont en été chercher des grains de diverses céréales, et les mettent en magasin dans la fourmilière. Ces grains germent par L'humidité de l'hiver, et développent alors une matière sucrée dont les fourmis se nourrissent. On voit doue qu'Esope et la Fontaine font tenir à la cigale le langage de la vérité, lorsqu'elle demande à la fourmi quelques grains pour subsister pendant la saison d'hiver.

Les ouvrières exécutent seules les travaux d'architecture, nourrissent les larves et leur prodiguent des soins bien plus compliqués que chez les abeilles, car ces larves ne sont pas à poste fixe. Enfin elles défendent avec acharnement la progéniture des mâles et des femelles qui, eux, ne s'occupent de rien. Les femelles vivent en bonne intelligence et pondent des œufs ça et là. Les neutres recueillent avec soin ces œufs, tantôt cylindriques, tantôl renflés et arqués, selon les espèces, les humectent d'un liquide qui les grossit et les portent dans les

Fig. 189.

Larve de myrmique,

grossie.

couvoirs. Au bout d'une quinzaine de jours ces œufs éelosent par la chaleur de la fourmilière. Il en sort de petites larves blanches, privées de pattes, à corps ramassé et conique (fig. 189). Leur bouche est une sorte de mamelon rétractile qu'elles enferment entre les mandibules écartées des ouvrières; celles-ci, comme les oiseaux pour leurs petits, leur donnent la becquée en dégorgeant dans cette bouche un liquide sucré. Ces larves sont entourées des soins les plus tendres. La nuit, les ouvrières les portent dans les parties profondes de la fourmilière pour leur épargner tout air froid. Quand le soleil du matin a acquis assez de force, elles les exposent au sommet de la fourmilière pour qu'elles reçoivent l'influence bienfaisante de ses rayons ; plus tard, il est devenu trop ardent, alors elles les descendent dans des chambres supérieures, mais moins rapprochées des parois. Si la fourmilière est attaquée, une partie des ouvrières emporte en toute hâte les œufs, les larves, les nymphes dans les casemates de sûreté, situées dans la partie la plus profonde ; les autres se jettent avec un intrépide courage sur les assaillants et lancent en quantité l'acide formique. Ce sont les larves et les nymphes qu'on appelle improprement œufs de fourmis. On les recherche, dans les grosses espèces, pour élever les jeunes faisans et les jeunes perdreaux, principalement chez la fourmi rousse, si commune dans nos bois, où elle amoncelle des petits fragments de branches. Les larves des fourmis proprement dites, parvenues à toute leur taille, deviennent nymphes sous une coque de soie, allongée, d'un tissu serré, jaunâtre ou gris. La nymphe, d'abord d'un

blanc pur, passe peu à peu au jaune pâle, au roussâtre, au brun ou au noir. Elle offre tous Les organes de l'adulte enveloppés d'une peau si minet1 qu'elle paraît iriléeà la lumière (fig. 190). Ce sont les ouvrières qui déphirenl le sommel de la coque «le soie, en se mettant plusieurs pourcette * > | * #* — ration. Elles lirenl avec précaution les nymphes hors de la coque, puis les débarrassent de la pellicule, étalent leurs pattes el leurs antennes, les brossent, leur donnenl à manger, guident leurs premiers pas. et, pendanl quelques jours, les promènent dans la fourmilière pour leur en faire connaître les couloirs et les issues, (les mêmes ouvrières, quand tes provisions manquent ou que la fourmilière est trop exposée aux attaques, ont l'instinct d'émigrer et transportent ailleurs ce qu'on doit vraiment appeler leurs dieux domestiques, les œufs, les larves, les nymphes, objet d'un continuel amour. Klles prennent aussi sur le dos les mâles et les femelles qui refuseraient de les suivre, sans oublier les ouvrières infirmes ou malades. Ce sont également les ouvrières qui s'acquittent du soin difficile d'étaler les ailes si fragiles des mâles et des femelles qui viennent d'éclore et qui restent dans la fourmilière jusqu'au moment de la reproduction.

C'est le plus souvent en été, aussi en automne pour quelques espèces, que se forment ces essaims composés de fourmis ailées des deux sexes, emportés parfois à d';i><ez grandes distances parles vents. Par une belle soirée chaude on voit d'abord sortir les mâles de leurs souterrains. Ils agitent par centaines leurs ailes argentées et transparentes. Les femelles, moins nombreuses,

Fig. 100.

iNymphe dp Ifyrmi-

quc, grossie.

traînent au milieu d'eux leur large ventre bronzé et déploient aussi leurs ailes, d'un éclat changeant et irisé. Un nombreux cortège d'ouvrières les accompagne sur les plantes qu'elles parcourent ; le désordre et l'agitation régnent dans la fourmilière. Elles vont des uns aux autres, les touchent de leurs antennes et semblent leur offrir encore de la nourriture. Enfin les mâles, comme obéissant à une impulsion générale, quittent le toit de la famille, et les femelles ne tardent pas à les suivre. La troupe ailée a disparu et les ouvrières retournent encore sur les traces de ces êtres favorisés qu'elles ont soignés avec tant de persévérance. Une fois les femelles fécondées, la force qui soutenait tant d'insectes tourbillonnant dans les airs les abandonne : mâles et femelles retombent sur le sol. Les ailes se détachent aussitôt qu'elles sont exposées à l'humidité de la terre, et souvent les femelles se les arrachent elles-mêmes. Selon les espèces, la scène varie. Tantôt l'essaim a été emporté loin de la fourmilière : alors les femelles fécondées se groupent comme une peuplade naissante et donneront de nouveaux nids ; tantôt c'est près de l'ancienne fourmilière que se laisse choir la gent ailée : alors les ouvrières s'emparent des femelles, les dépouillent de leurs ailes et entraînent avec empressement ces précieuses mères, leur espérance nouvelle, dans les galeries intérieures où elles les garderont à vue. Dans ce cas, quelques femelles s'échappent, chacune se met isolément dans quelque trou, des ouvrières errantes les rejoignent, une nouvelle fourmilière commence. Les essaims de fourmis peuvent prendre parfois, même dans nos climats tempérés, des proportions numériques incroyables. On a pu lire dans les journaux, en juillet 1873, qu'à Vais (Ardèche), une colonne énorme, prodigieuse, de fourmis ailées, a défilé pendant plus d'une heure dans les régions de l'atmosphère, suivant la direction du Nord, en telles masses,

que li1 ciel en étaii obscurci, à La vive curiosité de toute l,i population.

Nous m* suivrons pus plus loin Huber fils, observateur aussi passionné des fourmis que son prie aveugle l'était des abeilles. Nous laisserons do côté tant de curieux détails étrangers aux métamorphoses; l'amour des fourbis pour les pucerons et pour les coccus, fixés à diverses plantes, et qui leur procurent une liqueur sucrée, leurs délices ; les soins qu'elles leur donnent en les portant sur les plantes propices, et en les enfermant dans leurs fourmilières connue des vaches à l'é table; les nombreuses espèces de petits coléoptères qui vivent au milieu d'elles en hôtes affectionnés. Rien de plus bizarre que les combats de fourmis incapables d'élever leurs larves, allant chercher les ouvrières d'autres espèces, les emmenant captives et en faisant de véritables nourrices sur lieu. Les fourmis sont très-batailleuses et pillent parfois les habitations d'autres espèces, les expulsent, les détruisent même. Ainsi, dans les serres chaudes du Muséum, il n'existe plus, depuis une dizaine d'années, qu'une seule espèce de fourmis, le Formica gracilescens, très-agile, poilue, à longues pattes grêles. Elle s'est d'abord montrée dans la serre des orchidées et vient probablement de la Guyane ; elle a détruit toutes les espèces françaises. Les serres chaudes de Vienne et de Schœnbrunn sont envahies par une espèce indienne; celle d'Helsingfors, par le Formica vividula, étrangère à l'Europe, d'origine inconnue. Dans les maisons de Paris, on trouve une très-petite espèce importée, le Formica Pharaonis, qui s'attaque à tout. Cette petite fourmi est noire et vit dans les maisons à Paris, à Londres, à Bruxelles, à Gand, à Hambourg, à Copenhague, etc. On la retrouve en Egypte, à la Nouvelle-Hollande, dans les deux Amériques. Elle est très-avide de viande crue, de sucre, de chocolat. Elle avait ravagé à Paris les magasins

de la Compagnie coloniale. Le meilleur moyen de la chasser est d'insuffler de la poudre de pyrèthre du Caucase, dans les fissures qui communiquent à ces fourmilières, au moment où sortent les fourmis ailées, ce qui a lieu au début de l'été dans les pays du nord de l'Europe. Beaucoup d'hyménoptères, avons-nous vu, alimentent leurs larves de proie vivante engourdie, disposée d'avance auprès d'elles. D'autres, dont les larves sont pareillement carnassières, déposent leurs œufs sous la peau de divers insectes, principalement à l'état de larves ou de chenilles. Ces hyménoptères, qui constituent plusieurs grandes familles, sont de véritables protecteurs de l'agriculture. Une continuelle alternance s'opère entre les insectes nuisibles aux végétaux et les parasites intérieurs qui les dévorent. Ces derniers finissent ainsi par anéantir presque entièrement la race des insectes herbivores, mais alors les carnassiers meurent presque tous de faim, et les insectes nuisibles, au bout de peu de générations, reparaissent en abondance, donnant ainsi une pâture excessive aux carnassiers, qui ne tardent pas à prédominer à leur tour. C'est ce qui explique comment les ravages de nos arbres forestiers, de nos vignes, de nos céréales ne se produisent que par intermittences. Tous ces hyménoptères sont dépourvus de l'aiguillon. Il s'est transformé en une tarière entourée de deux valves, ou tube destiné à percer la peau des victimes et à pondre l'œuf. Ces tarières peuvent parfois percer nos doigs si nous saisissons ces insectes : la douleur est vive, mais passagère, car il n'y a pas de venin versé dans la piqûre. Les plus grandes espèces appartiennent au groupe des ichneumoniens, dont le nom vient de celui de l'ichneumon, ce carnassier vermiforme, vénéré autrefois par les Égyptiens, et que les anciens croyaient, à tort, pouvoir faire parvenir ses petits dans l'intérieur du corps du crocodile, où ils dévoraient ses entrailles. La plupart des ichneumo-

ni,. us introduisenl leurs œufs sous la peau des chenilles, d colles-ci paraissent marquées de points noirs. Les petites larves son! privées de pâlies, avec dos yeux pudiinonlaiivs el des mandibules crochues. Elles oui l'inslinct de vivre d'abord aux dépens des tissus graisseux, in respectant les organes essentiels de la digestion, delà Circulation et de la respiration, qu'elles n'attaquent qu'en dernier. Tantôt elles sortent de la chenille ou de sa chrysalide pour se transformer au dehors ; tantôt elles demeurent sous sa peau desséchée. Elles se Oient des petits cocons OVOÏdes, en soie blanche, jaune ou brunâtre , parfois ceintures de bandes brunes. On voit finalement sortir un ou plusieurs hyménoptères au lieu du papillon, et c'est ce qui avait donné l'idée à d'anciens observateurs des insectes de véritables transmutations. Les adultes paraissent se nourrir de nectar des fleurs »! de pollen, surtout des ombellifères. On les voit voler au soleil le Ion- des talus, des troncs d'arbres, des murs. Toujours ou quête de la proie,

Fig. 191. — l'impie manit'estateur femelle.

ils courent en agitant continuelle-

ment leurs longues antennes, souvent noires et blanches. La môme espèce peut s'attaquer à divers insectes ; elle cherche avant tout de la chair fraîche. Ces adultes répandent parfois des odeurs variées, tantôt fortes et acides, tantôt agréables, de rose ou de tubéreuse. Les ichneumons proprement dits ont une tarière courte ; ils pondent leurs œufs sous la peau des larves en repliant l'abdomen en avant sous la poitrine et s'appuyant sur leurs pattes. Les pimples, au contraire, ont, chez les femelles, une très-longue tarière qui, avec ses deux appendices latéraux, simule trois soies (fig. 191) ; aussi les anciens observateurs les appelaient Muscœ tripiles. Ces longues tarières permettent aux femelles de piquer les larves au milieu du bois ou dans les nids maternels. L'insecte s'arc-boute avec ses pattes, et replie son ventre en dessous. La tarière s'enfonce à angle droit, s'il faut atteindre des larves de capricornes (coléoptères), ou les chenilles de sésies (lépidoptères), au milieu des tiges. Elle se place parallèle au corps, si elle doit se glisser entre l'écorce et le bois. Les ophions sont remarquables

Fig. 192. — Ophion obscur, de profil.

par leur abdomen aminci en faucille (fig. 192). Ils pondent leurs œufs en dehors des chenilles, attachés à leur peau par un pédicule contourné. Les larves qui sortent

de l'œuf se mettent aussitôt ;"> ronger leur victime, et leur tété est engagée soua sa peau, alors que leur ventre est encore dans l'œuf. Il ne sort par chenille qu'un ou deux sujets de ces grandes espèces. Si la chenille est attaquée par une femelle de braconiens, qui sont de trèspetite taille, c'est une nuée de larves qui percent la peau

Fig. 193. — Chenilles attaquées par des microgaster.

de la victime, et se filent à côté'une série de petites coques de soie agglomérées (fig. 195) ; tels sont les amas de petits cocons jaunes du Microgaster glomerator, qui attaque les chenilles du papillon blanc du chou. Dans les luzernes on trouve souvent les chenilles dévorées par

une espèce voisine, le Micrograster perspicuiis . Ses petits cocons, iîlés par les larves sorties de la chenille, sont enchevêtrés les uns dans les autres et non isolés, comme ceux de l'espèce précédente. Aussi on croirait voir un cocon unique de quelque ver à soie. Comme l'a reconnu le docteur Giraud, ces cocons peuvent être blancs ou jaunes, sans doute selon l'espèce de chenilles dont se sont nourries les larves. Quand on fait éclore les cocons des microgasters, on voit sortir, outre les microgasters bruns, de brillants petits insectes à quatre ailes d'un vert doré : ce sont des chalcidiens, parasites de parasites, qui mangeaient les larves des premiers, toujours dans la chenille, théâtre et victime des combats. M. Giraud a même constaté l'existence de parasites du troisième degré ! Ces harmonies admirables maintiennent le balancement des espèces. Une innombrable multitude d'imperceptibles ennemis s'acharnent après les plus minimes insectes ; il en est qui pondent leur œuf dans l'œuf d'un papillon, suffisant à nourrir leur larve.

De petits hyménoptères, noirs ou fauves, ont, chez les femelles, une tarière cachée dans l'abdomen, tantôt droite, tantôt très-grêle et roulée en spirale (fig. 194). Celles à tarière droite, ou des vrais cijnips, piquent les végétaux, et Ficr m autour de l'œuf naît une excrois-

Cynips des baies de chêne, sauce ou galle, par un afflux de sève. Les autres, cà tarière effilée, introduisent leurs œufs dans les galles une fois formées et dont leurs larves doivent vivre en parasites. Au centre des galles s'amasse de la fécule, nourriture des larves ; peu à peu cette fécule se transforme en matière grasse, nécessaire à la nymphe. L'adulte sort en perçant la galle d'un petit trou circulaire. Ces galles ont des for-

mes parfaitement spécifiques. Elles sonl chevelues sur les églantiers (bédéguars) ; elles formenl un gonflemenl aux tiges de ronce, de chardon. Le chêne semble L'arbre de prédilection des galles. Tantôt et selon les espèces de

cynips, pareilles à des pom s de moyenne grosseur, elles

terminenl les rameaux, su, comme de petites boules vertes el rouges, se groupent sur les feuilles [fig. 195). Des galles modifient les bourgeons el fes développenl en forme de petits artichauts; d'autres, dites en groseilles, se balancent portées sur les chatons ou Heurs du printemps des saules, des peupliers, etc. Les plus eurieuses, telles que de grosses truffes dures, s'attachenl au chevelu des

Galles des feuilles de chêne.

racines en hiver, à plusieurs décimètres sous terre. Il en sort, provenant de larves blanches enroulées, des Cynips aptères (apophyllus), semblables à des fourmis à gros ventre, marchant lentement au pied des chênes sur la terre humide ou sur la neige (%. 196), en faisant vibrer leurs longues antennes. On ne connaît encore que des femelles de cette espèce, et cela arrive pour beaucoup de cynips, notamment ceux qui, enSyrie, au nombre d'une ou plusieurs espèces, font naître sur les chênes les noix de galle, riches en tannin,

Fig. 196.

Cynips aptère femelle

et sa larve.

Fig. 197.

Noix de galle

coupée.

servant à faire l'encre et les teintures noires (fig. 197). Les voyageurs qui font le pèlerinage de la Terre Sainte rapportent, des bords de la mer Morte, les pommes de Sodome, grosses galles pleines de larves et d'une poussière sèche. Quand on recueille les galles, il arrive souvent qu'au lieu des sombres cynips qu'on s'attend à en voir sortir, apparaissent de charmants petits insectes, verts ou bleus, à reflet métallique. Ce sont des chalcidiens, famille d'hyménoptères que nous avons déjà citée, dont la mère était venue déposer son œuf au milieu de la galle, dans les larves qui y vivent.

Les larves des chalcidiens dévorent celles des cynips ou légitimes propriétaires de la galle et celles de leurs commensaux, ou Synergus. De perpétuelles luttes, qui laissent toujours survivre les œuvres du Créateur, agitent ces microscopiques atomes.

Les derniers hyménoptères ont des larves d'un aspec tout nouveau. Elles doiven jésider sur les végétaux qu'elles ravagent. Elles ont des pattes multiples pour se déplacer. Les adultes ont été appelés porte-scies, à cause de la tarière des femelles , dentelée en scie pour inciser les végétaux où elles déposent leurs œufs. En outre, l'abdomen ne fait plus la taille de guêpe; au lieu d'une insertion étroite, il s'implante largement sur le thorax.

Les tenthrédiniens à l'état de larves vivent sur les feuilles.

Fig. 198. — Fausses chenilles de cimbex variable.

HYMENOPTI l;l S

Ces larves, dites fausses chenilles, simulenl au premier aspect des chenilles de |>;i|>ill<>n ; mais leur grosse tête globuleuse, non êchancrée, leurs pâlies abdominales, en nombre généralement supérieur à dix, les en distinguent (fig. 198). La plupart, si on les louche, retroussent et agitent, d'un air menaçant, la partie postérieure de leurs corps. Mlles laissent souvent suinter un liquide d'odeur désagréable. Elles se transforment en nymphes dans des cocons de soie qu'elles se filent. Elles y demeurent longtemps enfermées avant de changer de peau, el souvent passenl ainsi tout l'hiver.

Elles deviennent nymphes et nullement chrysalides, comme *u\ pourrait le croire d'après leur res-

seinblancenvec les chenilles. Ci - nymphes, comme

celle- de tOUS les Imiié-

DOptères . n'ont qu'une

mince peau, suc l'insecte

parfait, et èclosenl promptement. Nous citerons connue

exemple le lophyre du pin. Sa larve dévore les feuilles

des forêts d'arbres verts; le mâle a de belles antennes

pectinéos (fig. 199).

Les tenthrédiniens ont de petites espèces très-nuisibles à divers végétaux utiles : ce sont les cèphes. Plusieurs cèphes ont des larves attaquant les céréales, le wphe comprimé se porte sur les pommiers, etc.

Les Sirex percent les bois des arbres verts, et leurs larves vivent à l'intérieur plusieurs années. Assez rares en France, ils sont fréquents dans les forêts de sapin- du nord de l'Europe; ils bourdonnent comme des frelons, auxquels ils ressemblent par leurs couleurs jaunes el noires. Vue longue tarière droite sort du corps de la femelle. Les larves de ces insectes ont mu) increvable

Fig. 199.

Lophyre du pin, mâle grossi.

force dans l'action de leurs mandibules. Après la guerre dé Crimée, le maréchal Vaillant présenta à l'Académie des sciences, en 1857, des paquets de cartouches

Fie.

— Sirex géant, femelle.

dont les balles coniques de plomb étaient percées par les larves du Sirex juvencus. Le même fait s'est reproduit plus tard pour des balles de plomb de l'arsenal de Grenoble, perforées par le Sirex gigas (fig. 200).

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