CHAPITRE \ I
i satyres des plaines, des montagnes et des neiges. — Les Nymphales.
— Les vanesses, pluies de sang — Les argj ■- des bois. - Les argus.
— I.t> machaon < i le damné. — Los piérides, les coliades, les aurores.— i es parnassi* ns des montagnes. — Les hespéries. — Los sésies. — Les zygènes, les étranges hétérogynis. — Le sphinx. — La tôle de mort. — Les papillons qui chantent. — Les bombycides. — Le ver à soie, ses
- son cocon, son papillon. — Les auxiliaires du ver ;ï soie. — Les processionnaires. — Les orgyes à femelles aptères. — Les cossus gâtebois, | es psychés et leurs fourreaux. — Los noctuelles.— Les chenilles arpenteuses. — Les phalènes, les papillons de l'hiver. — Les tordeuses, pyrales et teignes, leurs dégâts. — Les brillantes adèles. — Les ptérophores aux ailes divisées.
Les lépidoptères adultes se nourrissent tous de sucs liquides, presque exclusivement puisés dans les fleurs, au moyen d'une trompe flexible, roulée au repos en spiral." sous la tête; leurs chenilles, au contraire, pourvues de pièces de la bouche organisées pour broyer, vivent de feuilles, quelquefois de (leurs, de fruits, de bois, très-rarement de substances animales. Cette identité de régime est liée à une conformité de métamorphoses bien plus grande (pie dans les autres ordres, et pe que nous dirons pour le ver à soie s'applique, presque sans exception, à toutes les espèces.
On les a divisés longtemps en diurnes, crépusculaires et nocturnes, mots qui s'expliquent d'eux-mêmes. Nous devons faire remarquer que ces distinctions sonl peu exactes. Si les diurnes des anciens auteurs ne volent pas
la nuit, certaines espèces des deux autres groupes butinent pendant le jour, à l'ardeur du soleil. En outre, les prétendus nocturnes ne sortent pas du repos au milieu de la nuit, dont la fraîcheur les engourdit; ils paraissent pendant le jour dans les régions voisines des pôles, et sont ailleurs toujours plus ou moins amis du crépuscule. La lumière de la lune paraît les blesser encore plus que celle du soleil ; ils recherchent les soirées sombres. C'est encore une erreur de les croire toujours vêtus d'une livrée obscure ; c'est parmi eux que beaucoup d'espèces J présentent les couleurs à la fois les plus vives et d'un ton plus pur que chez les papillons qui volent au soleil, surtout si on examine leurs ailes inférieures cachées, au I repos, sous les autres.
Une première section de lépidoptères, paraissant exclusivement dans la journée, ont les antennes terminées par un bouton, et les ailes inférieures entièrement libres des supérieures. Les chenilles et les chrysalides vont nous permettre de mettre un peu d'ordre dans la revue I que nous allons passer de ces beaux insectes, dont l'éclat et la grâce ont frappé de tous temps les personnes les i plus inattentives, et arrachent une exclamation d'étonnement et de plaisir aux plus vulgaires observateurs.
Les chenilles de tous ces lépidoptères n'ont que trèspeu de soie. Celles d'un premier groupe, arrivées aux termes de leur accroissance, se fixent à quelque support, se recourbent en arc, et filent avec la bouche un petit faisceau de fils de soie qui attache leur extrémité postérieure. Elles changent ensuite de peau, et les chrysalides sont suspendues la tête en bas. Ces chrysalides nues sont, en général, plus ou moins anguleuses aux régions de la tète et du thorax, dont les organes se dessinent en saillie. Si l'on examine en dessous l'insecte parfait, il semble n'avoir que quatre pattes. En regardant mieux, on reconnaît que les pattes de devant, très-courtes et
couvertes de larges poils, forment comme une collerette autour du cou <lu papillon. On les appelle souvent pattes palatines ; elles ne peuvent servir à la marche de l'insecte.
Tous les pays de la terre nous présentent les satyres, au vol assez rapide dans les grandes espèces, mais toujours saccadé et sautillant. En effet, leurs chenilles vivent sur les graminées qui sonl répandues partout. Les chenilles vertes ou jaunâtres s'amincissent à la partie postérieure, simulanl un peu une queue de poisson, et son! rayées dans le sens longitudinal. Elles sont trèsdifficiles à trouver, bien qu'abondantes, car elles se cachent avec soin pendant le jour; mais la nuit, en parcourant les prairies avec une lanterne, on les voil niaiigeanl les feuilles des gazons. Les chrysalides son! cylindriques, peu anguleuses, grisâtres; celles des plus
Fig. 201. — Satyre myrtil femelle.
grandes espèces reposent à nu sur le sol; toutes les autres sont suspendues par la queue. Les papillons oui deailes où dominent le jaune, le fauve, le brun, avec des bordures de taches oculiformes arrondies, à prunelle foncée, à pupille claire. Les espèces de forte taille vivent dans les bruyères et les herbes des lieux secs ; d'autres ne se trouvent que dans les allées sombres et hu-
mides des bois; certaines affectionnent les sentiers, le bord des fossés, les murs des villages au pied desquels croît l'herbe ; les prairies de nos plaines sont le domaine d'autres espèces. Celle que nous figurons, le myrtil, s'y rencontre à chaque pas à l'époque de la fenaison (fig. 201). Un groupe particulier d'espèces se nomme satyres demi-deuils, parce que les ailes offrent des dessins et des ocelles noirs sur fond blanc : ainsi YArge Inès, d'Espagne, que nous figurons (fig. 202). On trouve
Fig. 202. — Arge Inès.
ces papillons dans les clairières herbues des bois et dans les prairies qui les avoisinent. Les montagnes nous présentent une autre série de ces insectes, nommés satyres nègres (genre erebia), à cause de la couleur brune ou noirâtre de leurs ailes , accidentées seulement par des ocelles noirs sur des taches rougeâtres (fig. 205). On les voit, à mesure qu'on s'élève dans les Alpes ou les Pyrénées, se tenir confinés pour chaque espèce dans une zone de quelques centaines de mètres d'altitude, changeant
Fig. 205.
Erébie euryale, femelle.
avec la nature des graminées. Enfin, près des neiges perpétuelles, apparaissent les chionobas (qui se promèiicni à travers les neiges), à ailes d'un fauve terne, nébuleux, peut-être par l'influence «l'un froid intense. Au-
Fig. 204.— Chionobas aello.
tour des hauts glaciers qui entourent le mont Blanc vole le Chionobas aello (fig. 204); les autres espèces de ce genre appartiennent aux régions polaires arctiques des
deux inondes.
Les nymphales habitent les bois. Leurs chenilles sont nues, de couleur verte, leurs chrysalides très-anguleu-
Fig. "20o. — Le petit Sylvain.
ses, avec le dos fortement caréné. Dans les allées des bois vole le petit Sylvain (Limenitis sibylla), ouïe deuil,
à ailes d'un noir terne, avec une bande de taches blanches (fig. c205). Il tournoie et se pose fréquemment sur les branches des taillis. On rencontre aussi, mais moins souvent, près de Paris, le Sylvain azuré (L. camilla), dont le noir sur les ailes a un reflet bleu. Le chèvrefeuille nourrit les chenilles de ces deux papillons. Les grandes espèces de nymphales ont leurs chenilles au sommet des arbres les plus élevés, se cramponnant à des fds de soie dont elles enduisent continuellement les feuilles, pour ne pas tomber par le vent. Sur les peupliers et les trembles vit le grand Sylvain, qui descend, au mois de juin, d'un vol rapide et en planant, au milieu des routes traversant les vastes forêts du nord de l'Europe. 11 est attiré par les matières stercoraires des chevaux et des bestiaux, et se pose dessus avec avidité. Il revient toujours à la même place. Ce rare et beau papillon se trouve près de Paris, surtout dans les bois d'Armainvilliers, de Villers-Cotterets, de Compiègne. La chenille vit sur des feuilles toujours agitées par le vent. Elle tapisse de soie le pétiole et la partie de la feuille sur laquelle elle marche à côté de celle qu'elle mange, de sorte qu'elle est toujours comme retenue par un câble. Elle passe l'hiver entourée d'une feuille enroulée contre une branche, et la chrysalide se suspend au pétiole d'une feuille, reposant sur le limbe; la chenille a eu soin d'entourer tout le pétiole d'un fil spirale qui se rattache au rameau, afin que la feuille d'abri de la chrysalide ne puisse être emportée par le vent. Au mois de juillet, on rencontre, avec les mêmes habitudes, les grand et petit Mars, dont les ailes ont un beau reflet d'un bleu violacé quand on les examine dans un sens convenable. Les Anglais nomment le grand Mars the purple emperor. Leurs écailles sont à deux couleurs, comme ces images plissées qui représentent deux figures distinctes, selon qu'on les regarde à droite ou à gau-
LEPIDOPTERES.
clic. Les femelles son! beaucoup plus pares mie les mâles, parce qu'elles descendent très-peu «lu haul < l»> peu-