Chenilles <lu charaxes jasius
papillon, à odeur de musc, offre les ailes inférieures terminées par deux pointes. Ce Charaxesjasiusse trouve
Fig. 208. -» Charaxes jasius.
sur tout le littoral de la Méditerranée, et les paysans turcs l'appellent le pacha à deux queues (fig. 208).
Dans une division voisine se placent ces magnifiques et gigantesques papillons, aux ailes d'un bleu miroitant, et dont la mode fait usage depuis quelques années pour la coiffure des dames : on colle au-dessous de ces ailes admirables mais fragiles des bandes de crêpe apprêté, et on assujettit le corps à une longue épingle. Ces morphos vivent dans les bois de la Guyane, de la Colombie, du Brésil. Les femelles, à peine connues, parce qu'elles ne quittent presque jamais le liant des arbres, comme celles de nos nymphales, sont en général de couleur fauve, et ne ressemblant presque pas à leurs splendides époux.
Viennent ensuite les vanesses, aux couleurs vives si connues de tous. Qui n'a suivi dans les jardins, sur le bord des routes, la grande et la petite tortue, le paon de
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jour, la belle-dame, si agréablemenl bigarrée, le vulcam aux bandes de feu? Leurs chenilles épineuses vivent, selon les espèces, sur les orties, les chardons, les ormes, les saules, les peupliers, les bouleaux (fig. 209).
Fig. 209. — Chenille et chrysalide de grande tortue.
Elles sont en général sociales dans leurs premiers Ages, et se dispersent au moment, de se changer en chrysalide. La belle-dame est un papillon cosmopolite habitant l'ancien et le nouveau monde. La chenille du vulcain cherche à se cacher sous des feuilles d'ortie, qu'elle assemble avec des fils de soie, mais ne parvient guère à se dérober aux: ichneumons qui la guettent. Les chrysalides des vanesses présentent ces belles taches d'or et d'argent dont nous avons expliqué la cause. Le Morio, une des grandes raretés entomologiques de l'Angleterre, est peu commun dans les bois qui avoisinent Paris. Il est fréquent aux environs de Cordeaux et surtout à la Grande-Chartreuse. Les amateurs parisiens vont chercher à Fontainebleau cette belle vanesse, au fond des ailes d'un riche pourpre sombre (the Camberwell Beauty des Anglais),
avec une large bordure jaune relevée de taches violettes (fig. 210). J'ai vu une fois cette espèce volant, dans Paris
Fig\ "210. — Vanesse Morio.
même, sur le quai longeant Passy. Bien plus fréquente se rencontre la vanesse Gamma ou Robert-le-Diable, à ailes très-découpées, présentant une sorte de lettre G, en blanc d'argent mat, sur le fond gris noirâtre du dessous
Fij,r.|211. — Vanesse Gamma.
de ses ailes de devant (fig. 211). La chenille, qui vit sur l'ortie, le chèvrefeuille, le groseillier, le noisetier,
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l'orme, esl d'un brun rougeâtre avec une bande blanche
sur le dos; aussi Réaumur l'appelle la bedeaude, par comparaison avec les bedeaui des églises de son temps, habillés de robes de deux couleurs tranchées.
On ne se douterail guère que ces brillantes vanessea ont quelquefois inspiré une terreur superstitieuse. Les papillons à l'état parfait, peu après leur sortie de la chrysalide, répandent un liquide coloré, contenu dans leur intestin, sorte de méconium, résidu des humeurs de la chrysalide, et dont ilsdoivenl se débarrasser avant de prendre leur essor. Chez les vanesses, cette déjection esl d'un beau rouge sanguin ou carminé, et quand nombre de papillons éclosent en même temps, les murs sur lesquels cette liqueur tombe semblent parsemés de gouttes de sang. De là l'origine probable de certaines prétendues pluies de sang qui épouvantèrent, au dire des historiens, les populations crédules. Ainsi, vers le commencement du mois de juillet de l'année 160X, les murs d'un cimetière voisin de la ville d'Aix, et ceux des villages et dos petites villas des environs parurent tachés de larges gouttes de sang. Le peuple, et même, dit Réaumur, certains théologiens, n'hésitèrent pas à y voir l'œuvre des sorciers ou du diable lui-même. Heureusement qu'un homme instruit, de Peiresc, alors dans la ville, observa qu'une multitude de papillons volaienl flans ces endroits maudits. Il fit. éclore des chrysalides pans une boit.-, et montra aux curieux inquiets la diabolique pluie de sang sur le fond et les parois. Il leur fit aussi remarquer que les gouttes miraculeuses n'existaient pas au centre de la ville, ni sur les toits, qu'elles se prouvaient pour la plupart dans des creux, sous les chaperons des murs, et non à la surface des pierres tournées vers le ciel, et enfin qu'il non existait pas à de plus grandes hauteurs que celles où volent ordinairement les papillons. De Peiresc n'hésita pas à attribuer à la même
cause certaines des pluies de sang dont parle l'histoire, par leur analogie d'époque et de circonstances : ainsi une pluie de sang, rapportée par Grégoire de Tours, tombée, sous le règne de Childebert, dans différents endroits de Paris et près de Senlis ; une autre, à la fin de juin, sous le roi Robert. Réaumur ajoute que c'est l'espèce ravageant les ormes dans certains cantons (Vanessa polychloros, la grande tortue), qui lui paraît la plus capable de répandre ces alarmes. Elle se montre quelquefois en très-grande quantité, surtout en Italie, quitte les arbres au moment de se mettre en chrysalide et se disperse alors contre les murs, aux cintres des portes et même dans les maisons. Au reste, il y a des pluies dites de sang qui ont d'autres origines *.
Les bois sont habités par les argynnes, dont les chenilles épineuses ressemblent aux précédentes, ainsi que
Fie. 212. — Argvne grand-nacré.
les chrysalides très-anguleuses, à tête bifide, mais sans taches métalliques. Les papillons ont le fond des ailes d'un jaune fauve avec une multitude de dessins noirs ;
1 Bibliothèque des Merveilles : les Météores, p. 254.
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en dessous elles offrent presque toujours des taches imitant complètement l'argenl poli, ce qui fait donnera ces papillons le nom de nacrés. Us se posenl volontiers sur les fleurs de chardon el de ronce. Tels sont le grandnacre (Argynnis aglaia, fig. 212, ayant en dessous des ailes de larges lâches argentées el luisantes, le tabac d'Espagne [A. Paphia), don! une belle variété femelle ;i le fond des ailes tout obscurci, sans changement du dessin noir, «le même que la panthère noire de .lava conserve les taches noires des panthères fauves. On trouve celle variété feinelle accidentellement dans les bois des environs de Paris; àCoinpiègne, etc. Elle devient une race Constante en Suisse, dans le Valais. Aussi la noinnie-t-on Yalesina. Les chenilles de ces grandes argynnes vivent sur les violettes de plusieurs espèces (fig. 213).
Les mélitées ou damiers, dont le nom vient de leurs dessins noirs en carrés, ressemblent en dessus lux argynnes, mais n'ont pas audessous les taches nacrées. Il faut encore citer dans ces grandes argynnes l'espèce dite adippe, ofi'ranl en dessous des ailes inférieures des taches nacrées et des ocelles ferrugineux, qui man-
Fig. 213.
Chenille et chrysalide di
V Argynnis paphia.
(tuent chez une aberration assez
fréquente appelée cleodoxa. Les
chenilles d'argynnes et de mélitées ont sous la gorge,
dans la ligne médiane, une petite poche arrondie, un
peu en avant de la première paire de pâlies ècail-
leuses. Son usage est tout à fait inconnu ; elle existe rudimentaire chez les chenilles des vanesses. Cette vésicule rétraçtile du dessous de la gorge de certaines chenilles de diurnes a été vue par Bonnet en 1737. 11 a reconnu qu'elle renferme un liquide acide, et a communiqué sa découverte à Réaumur, puis à de Géer. Lacordaire signale le fait, oublié depuis longtemps. M. Goossens, qui a repris ces recherches anciennes, croit que la liqueur acidulée de cette vésicule se répand sur la feuille, et la rend plus apte à la trituration par la chenille.
Dans un autre grand type des papillons à antennes en massue qui nous occupent, les six pattes sont allongées, propres à la marche ; les chenilles se suspendent par la queue en se changeant en chrysalide, mais en outre s'entourent d'une ceinture formée de plusieurs fils de soie accolés. C'est en retournant la tête nombre de fois à droite et à gauche qu'elles fixent ce second lien de la chrysalide, puis elles passent la tête et glissent le corps dans ce demi-anneau ; le même mouvement que les précédentes leur a servi auparavant à constituer le faisceau soyeux qui attache l'extrémité postérieure.
Les prairies, les champs, les bois nous présentent une légion de petits papillons aux vives couleurs, offrant audessous de leurs ailes de nombreuses rangées de taches en figure d'yeux, qui leur ont valu le nom général cYargus par un souvenir mythologique. Les chenilles de ces lépidoptères sont lentes clans leurs mouvements, à pattes très-courtes. Élargies et aplaties, elles ressemblent à de petits cloportes. Les chrysalides sont ternes, raccourcies. Dans les papillons de ce groupe nous devons signaler les petits porte-queues, ainsi nommés à cause des pointes de leurs ailes inférieures. Ils sont brunâtres en dessus et habitent les bois, où leurs chenilles se trouvent sur le bouleau, le chêne, le prunellier, la ronce. L'espèce de la ronce a le dessous des ailes d'un vert vif. Les prairies nous
offrent ie&bronzés, à ailes d'un fauve vif, en dessus, avec • les dessins noirs (fig. 214, 215, 216). Les prés, les
Fig. -21 i. 215 el 216.
Polyommate xanthe, adulte femelle, chrysalide, chenille.
jardins, les luzernes, les Êrèfles son! fréquentés par les azurins, à ailes bleues en dessus chez les mâles, brunes chez les femelles. Les chenilles de ces azurins se nourrissent de légumineuses.
Parmi contraste de (aille des plus remarquables, les grands porte-queues sont représentés par des papillons de jour de forte dimension. Leurs ailes, à fond jaune, sont traversées par des bandes noires dans le flambé (Papilio Podallrius), et couvertes de taches et de dessins noirs dans le machaon (fig. 217, 218). Cette dernière espèce, très-commune, a sa chenille sur les ombellifères, la carotte, le fenouil, etc. Elle est verte, avec des bandes noires parsemées de taches oranges. Quand on l'inquiète, elle fait sortir, comme toutes les chenilles de son genre, du premier anneau après la tête, un tentacule charnu orangé en forme d'Y. Elle répand souvent, ainsi que le papillon, une odeur de fenouil. La chrysalide esl tantôt d'un vert clair, tantôt grisâtre (fîg. 219). Le machaon parait chez nous deux fois dans l'année ; les sujets de printemps ont toujours le fond des ailes d'un jaune pâle, ceux d'août et septembre sont parfois d'un
fond jaune ardent un peu obscurci. Cela est dû probablement à une insolation prolongée de la chrysalide ou de l'insecte adulte voltigeant dans les prairies et les champs brûlés par le soleil, car on remarque que les sujets conservés dans les cadres d'ornement exposés à une vive lumière prennent une couleur de fond analogue. Dans les
Fig. "219. — Chenille et chrysalide du pavillon machaon.
Basses-Alpes, sur les plateaux des environs de Digne et de Barcelonnette, existe le Papilio alexanor (voir p. 24) ; en Corse et en Sardaigne, le Papilio hospiton ; ces deux rares espèces sont voisines de notre machaon.
L'homme a amené avec lui et a multiplié par ses cul-