‹ Les métamorphoses du jourChapitre 11 sur 49 · I. Talleyrand · texte numérisé non relu

I. Talleyrand

t. Le maréchal Soult.

XXIV NOTICE SUU GRANDVïLLE.

en matière de traitement, enfin Jupiter qui boit à hicoupe de flatterie, et dont l'aigle s'est changé en coq et la foudre en baïonnettes... J'oubliais le champêtre dieu Pan, ministre des travaux publics et des beaux-arts; une palette protège sa pudeur, il joue du chalumeau, et dans sa nudité chaste il serait impossible de le reconnaître, s'il n'était trahi... encore par son nez!

On ne peut nier sans doute que les caricatures de (irandville, je parle de celles qui ont trait à la politique, n'aient beaucoup perdu, à l'heure qu'il est, du sel que nous leur trouvions jadis dans la chaleur du combat. Chacun, en ce temps-là, y mettait du sien. On prétait à l'artiste d'autant plus d'esprit qu'on était soi-même plus en colère; on riait de fureur, on admirait par indignation. Avec quelle joie on suivait de l'œil ces processions fantastiques, le Convoi de la Liberté^ par exemple, où défilaient tous les héros du jour, chacun avec son indélébile signalement, les Persil, les Soult, les Barthe, les Guizot, les Dupin, les Thiers! En voici un qui est en Achille; il porte en manière de bouclier ou plutôt en guise d'écu, une énorme pièce de cinq francs. Cet autre, monté sur un mulet d'Espagne, a pour étrier la grammaire •.

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pour couvre-chef un casque surmonté du fameux

cierge, et si vous n'avez pas encore appliqué un nom à sa figure, regardez au bord de la selle de cuir cette frange sur laquelle est écrit Murillo, vous apprendrez son nom, vous saurez où le Mt le blesse... La plupart sont transformés en canons qui lancent des nuées de bêtes malsaines : Tun s'allonge en coulevrine revêtue d'un habit de laquais, vomissant des assommeurs et des gourdins; l'autre est un mortier auquel le canonnier en chef va mettre le feu, en approchant la mèche de cet orifice que les diables de Callot nous ont montré tant de fois, en des appareils si divers et des postures si différentes. Aujourd'hui que nos vieux griefs sont presque oubliés, que nos passions, un instant refroidies, se sont rallumées pour d'autres objets, c'est à peine si nous comprenons ces images qui nous parurent autrefois si incisives ; c'est à peine si nous retrouvons le sens de cette mordante ironie qui châtiait les coryphées de la tribune : celui-ci, lorsque, foulant aux pieds l'honneur et la grammaire, il prononçait quelque discours trop peu français; celui-là, lorsque après avoir tracé le tableau de la Pologne égorgée, d'une capitale inondée de sang et envahie

xwi NOTICE SUR GRANDYILLE.

par le silence de la mort, il laissait tomber ces affreuses paroles : l'ordre règne à Varsovie. Grandville tenait alors le crayon pour le compte de la France entière. Il était le plus ardent et le plus désintéressé des secrétaires de l'opinion publique. Dans chacune de ces feuilles (fui, sur Taile de la satire,

passaient toutes les frontières, trompaient toutes les douanes, et allaient provoquer partout la protestation des cœurs généreux, nous retrouvions nos pensées de la veille traduites en vives images, sculptées en relief. Il me souvient de la formidable sensation que produisit une de ces caricatures qui représentait un sergent de ville essuyant son épée rouge de sang, et disant : l'ordre règne aitssi à Paris. La muse de Grandville, on le voit, laissait de temps à autre ses grelots pour saisir les lanières vengeresses de Némésis. Mais, encore une fois, ces souvenirs sont déjà loin de nous; beaucoup d'impressions qui nous firent battre le cœur, commencent à s'effacer sous le poids d'émotions plus poignantes. D'ailleurs, que de personnages ont depuis disparu de la scène! Et que sont les coups de plume du journaliste, à côté des grands coups de faux de la mort!

Grandville était au plus fort de son succès, lors-

NOTICE SUR GRANDVILLE. xxvii

qu'il fit un voyage à Nancy, en juillet 1833. Il avait quitté sa ville natale à vingt ans, pauvre et obscur; il y revenait au bout de dix ans, toujours sans fortune, mais avec un des noms les plus populaires de la presse et de l'art. 11 épousa à Nancy une de ses cousines. M'** Marguerite-Henriette Fischer, femme intelligeote et dévouée, d'une beauté calme, bien faite pour le comprendre, l'aimer et le mener doucement. De retour à Paris, il prit un appartement rue des Grands-Âugustins, tout joyeux de pouvoir savourer les douceurs de la vie intime. Simple comme un enfant, naïf comme un rêveur, il n'aimait rien tant que la vie privée, le travail aux lueurs du foyer domestique. S'il avait à représenter la France^ il prenait sa femme pour modèle. 11 avait ainsi enfermé toute la patrie dans sa petite maison de poète. 11 eut trois enfants de ce mariage, et ce fut un indicible bonheur pour lui que de les avoir au-

tour de son chevalet, de les entendre babiller, de les voir dormir, pendant qu'il ébauchait sur une ardoise, non plus des satires politiques, mais des* dessins pour les Chansons de Déranger, dont l'éditeur Fournier préparait la publication. La Caricaturey en effet, venait de mourir sur la brèche, tuée avec la

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