XXVIII NOTICK SUR GRANDVILLE
presse libre par celte horrible machine de Fiesclii qui avait vomi le meurtre et les lois de septembre; mais une autre carrière se présentait : Tillustration des livres. Cet art nouveau, ou du moins renouvelé, avait été récemment inauguré en France par Gigoux, dans une magnifique édition de Gil Bios, avec une originalité, une couleur, un «sprit, qui n'ont pas encore été surpassés. Grandville admirait beaucoup ces croquis pleins de saveur, d'autant qu'il y voyait des qualités qui n'étaient point les siennes. Je parle du feu graphique, de cette perception rapide des lormes qui n'est pas précisément la facilité, mais plutôt le sentiment devenu science. Timide à l'excès dans son dessin, aussi bien que dans les relations de la vie, Grandville n'était jamais content de lui. On ne saurait s'imaginer la peine que lui coûtait la moindre de ses figures; il y dépensait un temps incroyable, une patience de bénédictin. II y a telle de ses vignettes qu'il a recommencée dix fois, toujours armé contre lui-même de ce génie de la satire -qui était son tourment et sa force. Nous avons vu de lui, chez M. Philippon, son camarade, des dessins qu'it avait découpés soigneusement pour les coller sur une autre feuille, où il les corrigeait plus à
NOTICE SUR GRANDVILLE. xxix
Taise, ajoutant, par exemple, une rallonge au nez de M. d'Argout, retouchant le faux- col d'un éléphant, mettant des sous-pieds au pantalon d'un lapin. Mais aussi, plus il a pris de peine, plus il nous fait de plaisir : c'est le propre de tous les ouvrages de l'esprit.
Je dis de Vesprit^ car c'est de là que procèdent les compositions de Grandville. Elles sont pensées plutôt que senties. 11 n'y laissait pas voir la tendresse de son cœur, comme s'il l'eût réservée tout entière pour les épanchements de la vie intérieure. Mais du moins, la pensée jaillie de son cerveau, il savait la préciser, l'approfondir, la fortifier en l'accompagnant d'accessoires sobrement ménagés, et dont pas un n'était superflu. « Ce n'est pas à première vue, dit M. Charton*, ni d'une seule fois, qu'en feuilletant ses œuvres, on peul saisir et comprendre tout ce que cette intelligence laborieuse savait rassembler, en un cadre étroit, d'intentions fmes et spirituelles se rapportant toutes à une unité rigoureuse, toutes à l'idée principale pour l'animer, l'éclairer et la développer jusque dans ses nuances
4. Voyez sa trop courte notice sur Grandville dans Vlllmlraiion de la fin de mars 4 847.