A FONTENAY-SOUS-BOIS, CHEZ M. SABOULARD
SABOULARD, Madame DURILLON, LE VICOMTE, LIMIER.
LE VICOMTB.
Je VOUS le disais bien, madame, votre cœur vous
égare; les femmes seules savent compatir au malheur, se laisser toucher par l'accent du désespoir. Vous le voyez, monsieur votre père refuse...
MADAME DURILLON
Mon père, ne vous laisserez-vous pas fléchir?
SABOULARD.
Je te le dis, ce payement que j'ai été obligé de faire ^ ce matin même, me laisse presque sans argent; il me reste en tout cinq cents francs. Avec les quinze cents que tu as, cela fait deux mille, (a Limier.) Il me semble que monsieur pourrait bien se contenter de cet à-compte. Dans quelques jours, monsieur lé vicomte lui-même...
LE VICOMTE, voyant Limior hésiter.
Et VOUS croyez , monsieur, que quand on porte un nom comme le mien, on consent à payer par à-compte? J'aime mieux Clichy.
MADAAIE SABOULARD, entrant.
Qu'ai-je entendu? Vous, monsieur Léopold, à Clichy! (A son mari.) Vous avcz douc uu ccpur de rocher?
SABOULARD.
Mais ma femme, tu sais bien que ce payement de ce matin...
3IADAME SABOULARD.
Eh bien ! je mettrai ma montre en gage , je vendrai mes bijoux, et puis j'ai encore là trois cents francs.
LE VICOMTE
Non, mille fois non, madame. 11 ne sera pas dit que
moi , le vicomte Des Crocs , j'aurai souffert que des femmes généreuses...
ANASTASIE SABOULARD, entrant les larmes aux yeux.
J'ai tout entendu, monsieur Léopold, et moi aussi je veux donner tout ce que j'ai pour vous aider; voilà les six louis de ma loterie pour les pauvres de Fonlenay. Les pauvres peuvent attendre, eux, puisqu'on ne les mettra pas en prison.
LE VICOMTE, sanglotant.
Oh ciel ! à quel degré d'avilissement m'avez-vous fait descendre! Je ne m'exposerai pas plus longtemps à de
pareilles humiliations, et... (n ouvre U fenêtre; les trois femmes se
précipitent sur lui.) Vous mc Tctencz , préfércz-vous donc me voir finir mes jours au fond d'un cachot? .
MARGOTON, se précipitant tout éplorée dans la chambre, un sac d'argent
à la main.
Dans un cachot, monsieur Pold! (se jetant aux pieds de Limier.) ïeuez', mousieur, prenez toutes mes économies; je ne sais pas ce qu'il y a, comptez vous-même, ça m'est égal... mais que monsieur Pold reste ici!... n'est-ce pas mon bon petit Popold!... J'aime mieux tout dire d'abord. Eh bien ! oui, je l'aime, cet homme, (a m. sabouiard.) Chassezmoi si vous voulez; il me prendra à son service, lui, et je ne lui demanderai pas de gages, (biu se jette sur le vicomte et
lui passe les bras autour du cou.— Consternation générale. — Madame Durillon reprend les quinze cents francs de son mari. — Anastasie remet en pleurant les six louis dans sa poche. — Madame Sabouiard lance au vicomte un regard furieux. Moment de silence.)
MADAME SABOULARD, d'une voix altérée par la colère.
Vous comprenez, monsieur, qu'après ce que nous venons d'apprendre...
LE VICOMTE
Je sais ce qui me reste à faire, (sas , à u serraote.) Ah !
MargOtOn, qu'as-tu fait? (n saute par la fenôtre.)