XX NOTICE SUR GHANDVILLE
tonnerie du loup, la menaçante gourmandise du crocodile, la vanité du paon, n'ont été nulle part saisies, consacrées, pour ainsi dire, par le dessin, comme elles le furent dans les 3/étaviorphoses du Jour. Graîidville a mis tant de justesse dans Temmanchement, tant d'accord dans l'assemblage des parties, et dans l'intention tant de finesse, qu'il nous serait aujourd'hui bien difficile de représenter aux yeux un vice quelconque de l'humanité autrement que sous les formes qu'il a si spirituellement adaptées à ce vice. Chacun de nos travers a maintenant son image stéréotypée dans ce BufTon de la satire. Voyez monsieur un tel, le misanthrope, le bourru, qui parle à ses gens en leur tournant le dos, qui cache sa mine renfrognée et déclare qu'?7 n'y est pour per-sonne : dites - moi si l'on peut lui prêter une autre tête que celle de l'ours? Et ce gros homme, tout appétit et tout ventre, qui crève son gilet, entr'ouvre un jabot sale, et promène sa grosse patte poilue et poisseuse sur le museau d'une jeune modiste qu'il appelle ma petite chatte^ quel autre groin peut-il loger dans son immense cravate, que celui d'un pourceau?... En vérité, au-dessous de chacune de ces têtes, on peut écrire le ne varietur.
NOTICE SUn GRANDVILLE. xxi
Les d'Orléans eurent un instant leur tour. La révolution de 1830 ayant donné carrière aux caricatures, on en fit d'abord contre les vaincus. Grandville, Decamps, Eugène Forest crayonnèrent des <:alembours qu'assaisonnait le sel de Ta -propos. Mais bientôt, laissant là le pieu^nionarque, Vex-et-lent roi, ils tournèrent leurs armes contre la dynastie nouvelle. Philippon créa le journal la Caricature; il s'y retrancha, lui troisième, avec Forest et Grandville, et fit feu de toutes ses fenêtres.
Grandville fut le héros de cette guerre qui dura <:inq ans. Il y déploya, dans le détail surtout, de l'originalité et une verve infatigable. Si sa pensée manquait parfois de grandeur, de portée ou d'imprévu, il y suppléait par une prodigieuse fécondité <l'inventions partielles; il taillait tant de facettes à son idée, qu'elle brillait d'un éclat extraordinaire. Ce qu'il lui fallait, c'était une donnée générale, un •cadre où il pût faire entrer tous ses personnages. 11 aimait 'à passer en revue sa ménagerie d'hommes d'Etat, parce qu'il y trouvait l'occasion de les peindre un à un, de les prendre à partie, de faire, en un mot, leur portrait moral et physique. C'était là son Xriomphe. Tantôt il imagine une Chasse à la liberté...