‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 105 sur 112 · I. La satire · texte numérisé non relu

I. La satire

Il y a aussi des rougeurs sinistres : telle est celle que projette sur l'esprit du penseur la tristesse des événements :

Croyez-vous que j'ai peur quand je vois au milieu De mes rêves rougis ou de sang ou de feu Passer toutes ces têtes blondes?

Les Feuilles (f automne^ 314 (XV).

Telle est aussi la rougeur qui empourpre les bandits couronnés :

Leurs deux figures* sont lugubrement grandies Par de rouges reflets de sacs et d'incendies.

La Légende des siècles^ II, 87 (XV, m, 6).

De sa bouche qu'empourpre une lueur d'orage

Et d'où sortent des mots pleins d'ombre et teints de sang,

L'empereur a jeté cet éclair menaçant :

— L'empire est las d'avoir au dos cette besace

Qu'on appelle la haute et la basse Lusace.

Ib.,ii).

César brille, une flamme affreuse l'empourprant.

Toute la lyre^ II, 395 (La Corde iairain^ ix).

Dans un passage des Misérables^ la métaphore symbolique suit la marche opposée*. Elle part de la sensation au lieu de partir de l'idée. Marins voit, dans le repaire Jondrette, la clarté blanche de la lune se mêler à la lueur rouge d'un réchaud :

La lune, entrant par les quatre carreaux de la fenêtre, jetait sa blancheur dans le galetas pourpre et flamboyant^

I. Celles de l'empereur d'Allemagne et du roi de Pologne. 3. Il n'est pas sûr que le symbole consiste dans les couleurs.

et, pour le poétique esprit de Marius, songeur même au moment de Faction, c'était comme une pensée du ciel mêlée aux rêves difformes de la terre.

Les Misérables^ III, 368 (III, viii, 17)

Un mot qui revient assez souvent dans les métaphores de Victor Hugo, mais qui semble y avoir perdu son sens précis, c'est le mot vermeil. Ce mot, conformément à son étymologie, indique une couleur rouge éclatante ; mais chez Victor Hugo, il est employé, au propre et au figuré, pour qualifier le lys :

La lumière est la sainte hostie ; Le lévite est le lys vermeil.

Les Chansons des rues et des bois, 405 (II, iv, 4).

Vous trouverez le lit de sa noce avec l'ombre; Vous trouverez la tombe où gît ce lys vermeil.

Les Contemplations, II, 130 (V, xiv).

Il semble que le mot vermeil désigne ici l'éclat et non la couleur. Le lys vermeil est un lys d'une blancheur éclatante. Le mot pourra s'appliquer à tout ce qui montre le rayonnement de la joie et du bonheur :

Puis, trempé dans un lait sorti chaud de l'étable, Le même pain faisait rire à la même table

Notre appétit vermeil.

Les Voix intérieures, 347 (XXIX).

Êtres! choses! vivez! sans peur, sans deuil, sansnombreî Que tout s'épanouisse en sourire vermeil î

Les Contemplations^ II, 140 (V, xvn).

Et Tàme de Tenfant travaille, humble et vermeille, Dans les songes, ainsi que dans les fleurs labeille.

V Art (T être grand-père y 195 (XII).

La vie est un fardeau, le coude est le levier. Levez le coude ayant en main une bouteille, Et le mal disparaît, et votre âme est vermeille.

Théâtre en liberté ^ 318 (Notes).

Le mot peut s'employer en mauvaise part, quand on parle d^une joie méchante :

L'âtre fait flamboyer leurs torses couverts d'or*; La flamme empourpre, autour de la table fournaise, Ces hommes écaillés de lumière et de braise.

Étranges, triomphants, gais, funèbres, vermeils*; D'un ciel qui serait tombe ils seraient les soleils.

La Légende des siècles^ II, 362-363 (XXI, n, ^).

Dans la forteresse Rit le camp vermeil ; Ainsi la tigresse Se lèche au soleil.

Toute la lyre, III, 273-274 (La Corde d'airain^ XXVI).

Le mot or désigne ce qui brille. Victor Hugo s'en sert pour caractériser l'éclatante poésie de ses Orientales :

Mais nom. Au milieu d'eux* rien ne s'évanouit. L'orientale d'or plus riche épanouit Ses fleurs peintes et ciselées.

Les Feuilles d'automne^ 315 (XV).

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