‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 107 sur 112 · I . Le grand homme martyr. 3. Homère, Hésiode · texte numérisé non relu

I . Le grand homme martyr. 3. Homère, Hésiode

Que la Grèce contemple encore Avec un sourire effaré.

Toute la lyre^ I, 301-302 (IV, xvm).

Athènes, qu'un reflet de divinité dore.

La Légende des siècles, I, 34a (XII, i).

Ici encore la clairvoyance de la haine était aveugle. Ses

barbouillages de boue au front de la vérité sont dorure,

lumière et gloire.

William Shakespeare, 40a (III, n, i).

Gloire aux fermes penseurs inclinés sur celui Q.ue le sort, geôlier triste, au fond de Texil pousse ! Ils ressemblent à Taube, ils ont la force douce. Ils sont grands; leur esprit parfois, avec un mot, Dore en arc triomphal la voûte du cachot.

Les Contemplations, II, 115 (V, vni).

Une grande lumière morale qui apparaît jette un reflet doré comme le soleil levant :

Celui-ci parle au nom du martyr qu'on adore; Sous la sublime croix qu'un reflet du ciel dore. Cet homme, plein d'un sombre et périlleux pouvoir, Prie et songe, et n*est pas épouvanté de voir Son crucifix jeter l'ombre des guillotines.

La Légende des siècles, III, 143 (XXXIII, vi).

Et ce vieux Dante ouvert, au fond des cieux qu'il dore, Sur le noir passé, comme une porte d'aurore Sur un sombre sommet.

VArt d'être grand-père, 237 (XV, iv).

Oui, l'énorme avenir de lumière pour tous

Qui vous rougit le ciel, rois, et qui nous le dore,

Qiii vous semble fournaise et qui nous semble aurore,

54^ LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

Nous Taurons. Nous Tavons ! car c'est déjà Tavoir, Cest déjà le tenir presque, que de le voir.

Les Quatre vents de V esprit^ II, 214 (Liv. lyr,, LIV).

Cette dorure est parfois imaginaire : ainsi c'est rinsurgé qui dore l'insurrection :

Et Ion se sacrifie pour ces visions, qui, pour les sacrifiés, sont des illusions presque toujours, mais des illusions auxquelles, en somme, toute la certitude humaine est mêlée. L'insurgé poétise et dore l'insurrection.

Les Misérables^ V, 120 (V, 1, 20).

La gloire qui s'efface est une dorure qui se ternit. Victor Hugo redore la gloire de Canaris oublié. Les poètes redorent Tautel de Napoléon calomnié :

D'où vient que ma pensée revole encore à toi, Grec illustre à qui nul ne songe, excepté moi ? D où vient que me voilà, seul et dans la nuit noire, Grave et triste, essayant de redorer ta gloire ?

Les Chants du crépuscule^ 75 (^H)-

Les poètes divins, élite agenouillée, Vous proclameront grand, vénérable, immortel. Et de votre mémoire injustement souillée Redoreront Tautel, La Légende des siècles, IV, 34 (XLVIII, 1).

Certaines dorures sont plutôt une dissimulation qu'un ornement. La haute dignité de Ruy Blas est une dorure qui cache la bassesse de sa condition :

Par où va-t-il venir, l'homme de trahison ?

Dans ma vie et dans moi comme en cette maison, 11 est maître. Il en peut arracher les dorures.

Ruy Blas, 184 (IV, i).

Ln BLASON DES COULEURS 347

Le faux mérite est une dorure :

Que ces menteurs publics, au langage changeant, Pleins de méchanceté dans leur âme hypocrite Et dorés au dehors de quelque faux mérite...

Te regardent passer tranquille au milieu d'eux.

Les Voix intdrienrcSy 370 (XXXII).

Les apologistes, du crime sont des doreurs maladroits :

Qu'il tâche de cacher son carcan à l'histoire,

Et qu'il fasse par le doreur Ajuster sa sellette au vieux char de victoire

Où monta le grand empereur.

Les ChâtimentSy 366 (VII, 11, i).

La phrase, cette altière et vile courtisane.

Dore le meurtre en grand, fourbit la pertuisane.

On enterre l'argent pillé, les deux provinces, Les morts ; on a la joie effroyable des princes... Quant au sang, laissez-le couler, c'est un torrent. Et cependant on a des sophistes, dorant Ces gloires, ces traités honteux, cette infamie.

Toute la lyrc^ II, 296 (La Corde d'airain, ix).

L'éclat de l'or est aussi le symbole du bonheur, de la joie :

Ma belle enfance ! ma belle jeunesse ! étoffe dorée dont l'extrémité est sanglante î

Le Dernier jour d'un condamna ^ 417 (XXXIV).

348 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

Et partout, sur le pont, sur le quai, Et jusque dans les champs étincelait le rire, Haillon d'or que la joie en bondissant déchire.

Les Contemplations^ II, 136 (V, xvi).

Parfois cet éclat doré est comme celui du soleil levant, qui dissipe les ténèbres :

Du jour où je vous vis, ma vie encor bien sombre Se dora, vos regards m'éclairèrent dans l'ombre.

Marion de Lorme, 184 (I, n).

Un baiser qui gaîment visite une masure, Cela dore toujours un peu Thumble plafond.

Toute la lyre^ II, 121 (VI, xv).

Je ne ferai qu'une place étroite à Tun des mots qui reviennent le plus souvent chez Victor Hugo, le mot fauve. Il est évident en effet que toute idée de couleur s'est effacée dans l'emploi qu'il en fait. Les bêtes fauves ne sont plus pour lui des bêtes de couleur fauve, mais, suivant les cas, des bêtes sauvages, ou des bêtes féroces. Ce qui esifauve^ c'est ce qui est indépendant, indompté, libre de toute contrainte; c'est ce qui s'élance avec fougue, avec violence ; c'est aussi ce qui est terrible comme les grands fauves : le vent, la guerre, sont violents et redoutables ; la pensée du poète est libre et farouche ; le vers rugit comme un lion :

L'onde à coups de nageoire et les vents à coups d'ailes Luttaient, et Tâpre houle et le rude aquilon S'attaquaient dans un blême et fauve tourbillon.

La Légende des siècles , I, 353 (XII, v).

La tempête est la sœur fauve de la bataille.

/*., II, 80 (XV, m, 3).

Le plus fauve aquilon demande à ployer Taile.

L Année terrible, 247 (Avrils ix).

Le vent fauve traînant le nuage en haillon.

Religions et religion^ 34^ (IV).

L*épouvante est au fond des choses les plus belles ;

Les bleus vallons Font parfois reculer d*effroi les fauves ailes

Des aquilons.

Les Quatre vents de V esprit ^ II, a 18 (Liv, lyr,y LV).

Les vents grondaient ; le gouffre était au-dessous d'eux. Noir, dans l'immensité d'un tremblement hideux. Soudain, comme heurté par quelque ouragan fauve, Il s'ouvrit. Et je vis une colline chauve.

Toute la lyre, m, ^\\,\).

La guerre^ cheval fauve^ au-dessus des frontières. Jetant au front des rois ses ruades altières.

Les Quatre vents de V esprit, II, 288 (Liv. ép., II).

La solitude, fauve et de branches vêtue.

Qui dit : Te voilà seul ! voleur! te voilà roi !

La Pitié suprême, 147 (XI).

Le premier arrivait du désert de Sodome ; Jadis, quand il avait sa fauve liberté^ Il habitait le Sin, tout à l'extrémité Du silence terrible et de la solitude...

Et c'était un lion des sables.

La Légende des siècles, I, 56 (II, iv).

Car tu ne pourras pas, quelle que soit ta course, Aborder l'inconnu, Torigine, la source...

330 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

Quand même tu serais une âme aux yeux ardents Dont la fauve pensée a pris le mors aux dents, Et qui, dans la caverne où le trépas seul entre, Fuit, terrible, aspirant tous les souffles de l'antre !

Dieu^ 52 (I, n).

Parfois, en rêve, je me sauve Vers Tocéan bouleversé, Trop étroit pour ma chanson fauve Chantant son refrain insensé !

Toute la lyre^ II, 240 (VII, xi, 3).

U faut que par instants on frissonne, et qu'on voie Tout à coup, sombre, grave, et terrible au passant. Un vers fauve sortir de l'ombre en rugissant.

Les Contemplations^ I, 114 (I, xxviii}.

Le progrès a parfois l'allure vaste et fauve, Et le bien bondissant effare ceux qu'il sauve.

Dieu, i86(II, vn).

Le noir, c'est naturellement le mal : les méchants sont noirs :

Le monde était le bois, l'empire était lauberge. De noirs passants trouvaient le trône en leur chemin, Entraient, donnaient un coup de dent au genre humain, Puis s'en allaient. Néron venait après Tibère.

La Légende des siècles^ I, 248 (VIII).

Comme la biche joue entre le tigre et l'ours, Elle a, la pauvre belle aux purs et chastes jours. Deux noirs voisins qui font une noire besogne. L'empereur d'Allemagne et le roi de Pologne,

/^., II, 86 (XV, m, «)).

LE BUASOîC DES COULEURS 3^

Les méchants, ont. un sourire noir, un bonheur

noir :

Les Louvois nés pour proscrire, Les vils Chamillards rampants, Gais, tournaient leur noir sourire Vers ce charmeur de serpents*.

Les Chansons des rues et des bois^ 184 (I, v, i).

Madame Victurnien quelquefois la voyait passer de sa

fenêtre, remarquait la détresse de « cette créature », grâce

à elle « remise à sa place », et se félicitait. Les méchants

ont un bonheur noir.

Les Misérables^ I, 327 (l,v, 9).

La joie est noire quand elle a pour condition soit Toubli du deuil, soit Tindifférence à la souffrance d'autrui :

Et tout cela vous est sorti de la mémoire I

Ah ! faite avec du deuil, peuple, la joie est noire.

Théâtre en liberté, 88 (VÉpée, m).

Au-dessus de la faim, le festin qui flamboie,

Et, sur le pâle amas des cris et des douleurs,

Les chansons et le rire et les chapeaux de fleurs !...

Le bal, tout frissonnant de souffles et d'extases.

Rayonne, étourdissant ce qui s'évanouit;

Éden étrange fait de lumière et de nuit...

Noir paradis dansant sur l'immense cachot 1

Les Contemplations y I, ai 1-312 (III, n).

Toujours ridée de noirceur est étroitement liée à l'idée du mal ; tout ce qui est mauvais est noir : la violence, Tiniquité, le parjure, la flatterie, l'insulte,

r. La Fontaine.

le sarcasme, l'ironie, Terreur, le passé, avec son ignorance et ses crimes :

Et, comme on est moins brave^ on est plus furieux; Ce qui fait qu'aujourd'hui les victoires sont noires.

La Légende des siècles^ II, 380 (XXI, m).

Tant que dans le brouillard des montagnes Téclair

Ebauchera le spectre insolent de Gessler,

On verra Tell songer dans quelque coin terrible.

Et les iniquités, la violence horrible,

La fraude, le pouvoir du vainqueur meurtrier.

Cibles noires, craindront cet arbalétrier.

/*., III, 109 (XXXI, n).

Et, vil, petit, terrible, avec son noir parjure, Ses fraudes, son succès, sa fange, affreux ciment, Bâtissant on ne sait quel vaste écroulement !

Toute la lyre, III, 216 (La Corde d'airain^ xvi).

Quand, sur les noirs serments vomiç par Bonaparte... Triste, on a fait planer l'immense strophe sombre.

VArt d'être grand-père, lao (VI, iv).

— Tout ce peuple est à vous ! — mot d'où Tibère sort ! . .. Noir nectar î cette mort de son âme, il y goûte ; Quelque chose de lui s'éteint sous chaque goutte ; Et le voilà qui va chanceler à jamais !

La Pitié suprême^ 109 (II)%

O sarcasmes payés, mensonges gratuits.

Qu'à Voltaire ont lancés Nonnotte et Maupertuis, Poings montrés qui jadis chassiez Rousseau de Bienne, Cris plus noirs que les vents de Tombre libyenne. Plus vils que le fouet sombre aux lanières de cuir. Qui forciez le cercueil de Molière à s'enfuir.

U Année terrible^ 330 (Jnin^ xui).

La voix alors devint âpre, amère, stridente, Comme le noir sarcasme et l'ironie ardente.

Les Châtiments^ 28^ (V, xiii, 7).

Nier l'Être î à quoi bon? L'ironie âpre et noire Peut-elle se pencher sur le gouffre et le boire Comme elle boit son propre fiel ?

Les Contemplations ^\\^ a8o (VI, xvu).

Espèce de clocher sinistre de Tabîme

Où bourdonnent Teffroi, la révolte et Tessaim

De toutes les erreurs sonnant leur noir tocsin !

Les Quatre vents de Vesprit, I, 128 (Liv. sat., XXX).

Terre et cieux ! si le mal régnait, si tout n*était Qu'un dur labeur suivi d'un infâme protêt, Si le passé devait revenir, si Teau noire, Vomie, était rendue à l'homme pour la boire... !

V Année terrible, 401 (Juillet^ xii).

La violence est noire même quand elle est inconsciente. La tempête a la face noire. Le vent, l'ouragan sont noirs :

Dans la profondeur des nuées la face noire de la tempête

enfle ses joues.

Les Travailleurs de la mer, I, 224 (I, iv, 6).

Avec les souffles noirs qui sonnent du clairon.

La Légende des siècles, II, 80 (XV, m, 3).

L'aquilon s'époumonne et l'autan se harasse,

Et tous ces noirs chevaux de l'air sortent fourbus

De leur bataille avec le donjon de Corbus.

Jayme parfois se montre aux ouragans, terrible;

Il se dresse entre deux nuages entr'ouverts,

Il regarde la foudre et Tautan de travers,

Et fronce un tel sourcil que Tombre est inquiète ;

Le pâtre voit d'en bas sa haute silhouette

Et croit que ce seigneur des monts et des torrents

Met le holà parmi ces noirs belligérants.

^*.; 376-377 (XXI, m).

Et ce vent noir soufflant dans le clairon des nuits.

V Année terrible^ ^oi) (Juillet, XII).

La métaphore est la même quand les mots vent, otiragatiy sont employés au figuré :

Vos batailles broyant les moissons, vos tueries, Vos carnages, vos chocs et vos cavaleries,

Aigles de ces noirs ouragans.

Les Quatre vents de V esprit^ II, 138 [Liv, lyr,^ XXXV).

Devant les ouragans gonflant leurs noires bouches, Devant le Nord féroce attaquant le Midi.

V Année terrible^ 86 (Novembre^ vu).

L'homme est au mal ce qu'est à l'air le baromètre; Il marque les degrés du froid, sans rien omettre, Mais' sans rien ajouter, et, s'il monte ou descend, Hélas ! la faute en est au vent, ce noir passant.

UArt iV être grand-père, 287 (XVIII, iv).

L'hiver éveille la même idée de noirceur. Et, sur l'océan, ce n'est pas seulement le vent qui est noir, c'est le tangage et le roulis, ou plutôt leur pugilat ; c'est recueil et la lame ; c'est le sanglot ou le chant des flots et de l'ouragan :

Et l'airain jamais vieux Rit des coups d'ongles noirs de l'hiver pluvieux.

La Légende des siècles , IV, 88 fXLIX, ix).

Ces deux athlètes faits de furie et de vent, Le tangage qui bave et le roulis qui fume, Luttant sur ce radeau funèbre dans la brume^ Sans trêve, à chaque instant arrachent quelque éclat De la quille ou du pont dans leur noir pugilat.

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