‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 108 sur 112 · LVIII · texte numérisé non relu

LVIII

Pourquoi permettre aux eaux, à Pair, aux rocs, aux lames,

De prendre en leurs poings noirs, toutes ces pauvresâmes?

Les Quatre vents de Vesprit, II, 107 (Liv. lyr,, XXVI").

Et dehors, blanc décume.

Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brunie, Le sinistre océan jette son noir sanglot.

La Légende des siècles^ IV, 150 (LU, i).

Tandis que Touragan, qui parfois semble rire.

Puis éclate en sanglots, Joue avec les agrès comme avec une lyre,

Un chant noir sort des flots.

Toute la lyre^ 111, 99-100 (V, v).

Victor Hugo attribue la noirceur à tout ce qui fait souffrir et à la souffrance elle-même, qu'elle soit physique ou morale :

Il leur fait du labeur tourner la sombre roue, Et, gorgé d*or, se vautre en tous ses appétits, Pendant qu'en ses poings noirs la fatigue secoue Les membres frissonnants de ces pauvres petits.

Les Quatre vents de Vesprit, II, 99 (XXIV).

Alors il tressaillit en proie au noir frisson.

La Légende des siècles, I, 48 (II, n).

L*exil songeait dans les ténèbres ; Quand il me vit, il se dressa.

3^6 LA COULEUR, LA LUMIÈRE ET l'oMBRE

Il vint à moi, ce noir ministre Du sombre destin inclément.

Pendant qu'il s avançait sinistre, Je le regardai fixement.

Les Quatre vents de l'esprit , II, 68 (Liv. îyr.^ XV).

Il fait noir dans le malheur, il fait plus noir encore dans le crime ; ces deux noirceurs amalgamées composent Targot.

Les Misérables, IV, 286 (IV, vu, 1).

Les événements sont noirs, le destin est noir, d'abord parce qu'ils sont sinistres, mais souvent aussi parce que nous ne les comprenons pas. Le noir représente non seulement le terrible, mais aussi rinconnu :

Toutes les fois qu'un bruit de couteau qu'on aiguise

Se mêlera sinistre au tumulte confus

Des noirs événements pareils aux bois touffus.

Toute la lyrc^ II, 336 (La Corde d'airain^ xv)

Sombres événements î hérauts aux noirs messages î Masques dont le Seigneur connaît seul les visages, Que vous parlez parfois un langage effrayant !

La Légende des siècles, IV, 35 (XLVIIl, i, i).

Sous les branchages noirs du destin nous errons.

Les Quatre vents de V esprit^ I, ^9 (Liv, sat,, XIII).

Semons ce qui demeure, ô passants que nous sommes I

Le sort est un abîme, et ses flots sont amers.

Au bord du noir destin, frères, semons des hommes,

Et des chênes au bord des mers !

Ib.^ II, 229,

Celui qui souffre est noir parce qu'il vit dans la nuit, et le plus souvent dans une double obscurité.

celle de la souffrance et celle de l'ignorance, de Tinconscience. L'individu, le peuple, le genre humain, tout est plongé dans les ténèbres ; on souffre sans rien comprendre à la souffrance, sans en connaître la cause ni la fin ; et souvent la métaphore exprime aussi ridée du crime résultat naturel de Tignorance:

L'enfant se taisait, grave, araère...

On eût dit que sur terre elle n'avait plus d'âme, Qu'elle ignorait nos voix, qu'elle était de la nuit Ayant la forme humaine et marchant dans ce bruit ; Et rien n'était plus noir que ce petit fantôme.

La Légende des siècles^ IV, 277(LVII, iv).

O peuple, noir dormeur, quand t'éveilleras-tu ?

Actes et paroles. Pendant Vcxil^ 420 (Mentana),

Louverture hideuse, infâme, téméraire,

Du sépulcre au milieu des lois, c'est là le port ;

Et le noir genre humain s'abrite dans la mort.

La Fin de Satan ^ 243 (Le Crucifix),

Dieu, c'est la nuit que tu sèmes

En créant Les hommes, ces noirs problèmes.

Toute la lyre y II, 34 (V, x, a).

Hélas î dans la forêt de l'humanité noire,

Un éternel Gain tue à jamais Abel.

Dieu y 166 (II, vi).

A côté du malheur lugubre, il y aie malheur glorieux. Pour qu'un poète soit vraiment sublime, il faut à sa grandeur une cime noire :

Pétrarque a eu sur cette terre toutes les splendeurs... Disons virilement la vérité, le malheur lui manque. Je

35^ LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

préfère à cette robe de pourpre le bâton d'Alighieri errant. Il manque à Pétrarque cet on ne sait quoi de tragique qui ajoute à la grandeur des poètes une cime noire, et qui a toujours marqué le plus haut sommet du génie.

Actes et paroles. Depuis Vexil, I, 320 (II, xvni).

Souvent le mot noir s'applique à ce qui est mystérieux. Cest bien une idée qu'on distingue dans les passages où il est question de la destinée humaine. Elle apparaît ailleurs avec plus de netteté. Par exemple, le malheur est un noir orfèvre ; ce n'est pas seulement parce qu'il est cruel, c'est surtout parce qu'il accomplit une œuvre que nous ne pouvons comprendre :

Et sur rhumanité qu'il use de sa lime, Essayant tous les cœurs à sa meule sublime, Scrutant tous les défauts de Thomme transparent, Sombre ouvrier du ciel, noir orfèvre, tirant Du sage une étincelle et du juste une flamme. Se penche le malheur, lapidaire de l'âme.

Les Quatre vents de V esprit y I, 58 (Liv. sat,, XIII).

Les hommes, qui vivent dans la nuit, font cependant une œuvre sublime :

A grands coups de science, à grands coups de cognée, Les vivants ont raison, dans leur obscurité, D'ébaucher la statue immense Vérité, L'homme est le noir sculpteur, le mystère est le marbre.

Dieu^ 184 (II, vn).

Les savants, les penseurs, les poètes, les prophètes ont la mission de faire jaillir la lumière dans la

nuit, de pénétrer le mystère auquel la foule est indifférente. S'ils sont noirs, ce n'est pas seulement parce qu'ils vivent dans ces ténèbres qu'ils cherchent à percer, c'est aussi parce qu'ils ont conscience de la grandeur et de l'austérité de leur tâche, et que l'effort continuel de la pensée ne leur permet pas le sourire :

Que disent, frémissants, pâles, la pioche au poing, Tous ces noirs fossoyeurs de la fosse science?

Dieu^ 206 (II, vn).

Et parfois il* côtoie, ainsi qu'un noir plongeur, Le cercle où de Fenfer commence la rougeur.

Le vertige saisit les noirs plongeurs tenaces

Qui du grand ciel farouche affrontent les menaces.

A force de parler à Tinconnu sans bornes,

Au mystère où Thorreur entr'ouvre ses yeux mornes,

A force de vouloir, noir plongeur fait de jour.

Jusqu'en l'océan Nuit trouver la perle Amour,

J'ai fini, cœur où vibre une invisible lyre.

Par voir sortir de Tombre un effrayant sourire.

Dernière gerbe ^ 127 (II, xxn).

Ces noirs navigateurs* sans navire et sans voiles.

Dieu, }2 (I, n).

Mais quand le penseur, vaste et noir missionnaire, Arrive du pays du rêve et du tonnerre.

L'Ane, 314 (I, vi).

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