‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 11 sur 112 · I. Voir la Légende des siècles^ I, 328 (Le Cid exilé ^ iv · texte numérisé non relu

I. Voir la Légende des siècles^ I, 328 (Le Cid exilé ^ iv

LES INFLUENCES DETERMINANTES 4I

Je vois ramper dans le champ noir,

Avec des reflets de cuirasses,

Les grands socs qu'on traîne le soir.

Les Chansons des rues et des bois, 96 (I, 11, 9).

Les nippes qu'une laveuse vient d'étendre ressemblent aux cygnes de Cythérée ; c'est que nous sommes au seuil d'une idylle amoureuse : bientôt on cessera d'entendre « le bruit vertueux du battoir > :

Ces nippes dans l'aube dorée Semblaient, sous Taulne et le bouleau, Les blancs cygnes de Cythérée Battant de l'aile au bord de Teau.

Les Chansons des rues et des boiSy 154 (I, iv, 7).

Jean Valjean, chez qui Tévêque Myriel vient d'éveiller la conscience, aperçoit tout à coup la pièce d'argent qu'il a, presque sans le savoir, volée à Petit-Gervais. Cette pièce lui semble un œil ouvert fixé sur lui :

En ce moment il aperçut la pièce de quarante sous que son pied avait à demi enfoncée dans la terre et qui brillait parmi les cailloux.

Ce fut comme une commotion galvanique. — Qu'est-ce que c'est que çà ? dit-il entre ses dents. Il recula de trois pas, puis s'arrêta, sans pouvoir détacher son regard de ce point que son pied avait foulé Tinstant d'auparavant, comme si cette chose qui luisait là dans l'obscurité eût été un œil ouvert fixé sur lui.

Les Misérables^ I, 196 (I, 11, 13^.

Ce même Jean Valjean, avant d'entrer dans la salle dès assises, s'arrête longtemps devant la porte, les yeux fixés sur la gâchette. Cette gâchette est ronde et brillante , mais c'est Tétat d'esprit du malheureux qui lui donne un aspect terrible et menaçant :

La première chose qu'il aperçut, ce fut la gâchette, de la porte. Cette gâchette, ronde et en cuivre poli, resplendissait pour lui comme une effroyable étoile. Il la regardait comme une brebis regarderait l'œil d'un tigre.

Les Misérables, 1, 469 (I, vn, 8).

Dans beaucoup de métaphores et de rapprochements, ce qui vient s'ajouter à l'observation de la couleur, c'est l'habitude de l'adaptation, du symbolisme, et de l'antithèse. Quand Victor Hugo a constaté une ressemblance , il cherche tous les détails par lesquels elle peut se compléter. Il veut ensuite trouver dans cette ressemblance une signi^ fîcation symbolique. Ou bien il se plaît à mettre en antithèse deux objets qui n'ont rien de commun qu'une ressemblance de couleur, et qui, pour tout le reste, s'opposent l'un à l'autre, quelquefois d'une façon violente.

Dans la pièce des Chansons des rues et des bois intitulée X Église, il nous montre une église de feuillage, décrit toutes les parties de l'édifice, les objets du culte, et les personnages qui prennent part aux cérémonies. C'est un jeu d'adaptation très ingénieux. L'officiant est un papillon aux ailes splendides ; le coquelicot dans sa robe rouge est un

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enfant de chœur ; la violette est un prélat ; le frelon rayé de couleurs bien tranchées est un officier galonné. Cette dernière métaphore se trouve aussi dans uîie autre pièce :

Un beau papillon dans sa chape Officiait superbement.

Les Chansons des rues et des bois^ 308 (II, i, a).

Les chenilles peuplaient les ombres ;

L'enfant de chœur Coquelicot

Regardait ces fileuses sombres

Faire dans un coin leur tricot.

Ib., 311-312.

Les joncs que coudoyait saps morgue La violette, humble prélat, Attendaient, pour jouer de Torgue, Qu*un bouc ou qu'un moine bêlât.

Les mouches aux ailes de crêpes Admiraient près de la Phryné * Ce frelon, officier des guêpes, Coiffé d'un képi galonné.

Ib,, 308.

Le bourdon galonné fait aux roses coquettes Des propositions tout bas

Les ContemplationSy I, 378 (III, xxu).

Ailleurs le plumage noir d'un corbeau devient la robe d'un jug^ :

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