I. Le mont Blanc
02 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE
comme un turban les murailles d'une forteresse turque ; les autres, sans cesse assaillis par les flots, sont aussi pour les navires de terribles adversaires :
A quoi pensent ces flots qui baisent sans murmure Les flancs de ce rocher luisant comme une armure? Quoi donc ! n'ont-ils pas vu, dans leur propre miroir, Que ce roc, dont le pied déchire leurs entrailles, A sur sa tête un fort, ceint de blanches murailles, Roulé comme un turban autour de son front noir?
Les Orientales, 97 (XIV).
Rien d'altier et d'arrogant comme cet ensemble : le vaisseau vaincu, Tabîme maître. Les deux rochers, tout ruisselants encore de la tempête de la veille, semblaient des combattants en sueur... Tout était de niveau, hors les deux Douvres, debout et droites comme deux colonnes noires. Elles étaient jusqu'à une certaine hauteur toutes velues de varech. Leurs hanches escarpées avaient des reflets d'armures. Elles semblaient prêtes à recommencer.
Les Travailleurs de la mer, II, 7 (II, i, i).
Le pommier se poudre comme pour un bal ; les pâquerettes ont des collerettes et des bonnets ; les chênes ont des capuchons :
Quand lesnids font l'amour, quand le pommier se poudre Pour le printemps ainsi qu'un marquis pour le bal.
Les Châtiments, 347 (VI, xiv).
Dressez procès-verbal contre les pâquerettes
Qui laissent les bourdons froisser leurs collerettes.
Les Contemplations, \, 238 (III, x).
LES INFLUENCUS DETHRMINANTES 6}
Pâquerettes Dont le seul papillon touche les collerettes.
Théâtre en liberté , 278 (La Forêt mouillée^ m).
Les paysannes marguerites Avec leurs bonnets étoiles.
Les Chansons des rues et des bois, 416 (II, iv, 4).
J^aime toute cette musique, Ces refrains, jamais importuns, Et le bon vieux plain-chant classique Des chênes aux capuchons bruns.
La couleur de la feuille de rose est semblable à celle des lèvres :
Lèvres de la rose Où Tabeille pose Sa bouche de miel !
Les Feuilles d'automne^ 41a (XXXVII, vn).
Nous' volons, dans Tazur écloses, Sur la bouche ouverte des roses Et sur les lèvres de Platon.
Les Châtiments^ 240 (V, ni).
A quoi bon vos étincelles, Bleus saphirs, sans les yeux doux?
Les diamants sans les belles Ne sont plus que des cailloux,
Et dans les charmilles vertes.
Les roses dorment debout, Et sont des bouches ouvertes Pour ne rien dire du tout.
Les Contemplations^ I, 144 (II, xi).
X Les abeiUes.
Ce que dit, dans le mois joyeux Des longs jours et des fleurs écloses, La petite bouche des roses A Toreille immense des deux.
/^., II, 306 (VI, XXIII, a).
Le frais myosotis se souvenait; les roses Cherchaient ses pieds* avec leurs lèvres demi-closes.
La Légende des siècles ^ I, 44 (11, i).
Les fleurs ont des yeux, ou plutôt elles sont ellesmêmes des yeux*. Ce qui explique la métaphore, c'est que les fleurs ont des couleurs plus ou moins vives qui peuvent rappeler Téclat des yeux ; c'est aussi quelquefois une certaine analogie de forme ; c'est surtout que la plante est pour Victor Hugo un être non seulement vivant, mais pensant ; peu importe que la couleur de la fleur rappelle ou non celle d'un œil humain :
J'habitais un parc sombre où jasaient des oiseaux, Où des pleurs souriaient dans Pœil bleu des pervenches.
Les Contemplations^ I, 21 (I, vj.
Rangés des deux côtés de Tagreste théâtre,
Les vrais arbres du parc, les sorbiers, les lilas,
Le# ébéniers qu'avril charge de falbalas,
De leur sève embaumée exhalant les délices,
Semblaient se divertir à faire les coulisses.
Et, pour nous voir, ouvrant leurs fleurs comme des yeux,
Joignaient aux violons leur murmure joyeux.
Ib.y 91 (1, xxii).