III, 28 (II, II
La diablerie commence... La mandragore semble un œil éveillé.
Post-scriptum de ma vie, 131 (Promontortum somnti).
Les maisons aussi prennent l'apparence de la vie. Leurs fenêtres sont des yeux. Les vitres sont luisantes, et Toeil est brillant. Tantôt ce qui fait luire la vitre, c'est une lumière intérieure : nous retrouverons ailleurs les comparaisons de ce genre ; tantôt c'est la réverbération de la lumière du dehors :
La vie, hélas ! dont on s'ennuie, Cest le soleil après la pluie...
Le voilà qui baisse toujours !
De la ville, que ses feux noient, Toutes les fenêtres flamboient Comme des yeux au front des tours.
Odes et Ballades^ 422-423 (Odes, V, xxiv).
• Les maisons ont un air fâché, rogue et bourru ; Les fenêtres, luisant d'un luisant de limace, Semblent cligner des yeux et faire la grimace.
Toute la lyre, I, i^i (II, xxvii).
La nature est personnifiée sous la forme d'un paon
magnifique^ qui étale dans les lueurs et dans les reflets les splendeurs de son plumage :
Ce n'était autour de moi, à perte de vue, que montagnes,
prairies, eaux vives, vagues verdures, molles brumes, lueurs
humides qui chatoyaient comme des yeux entr'ouverts,
vifs reflets d'or noyés dans le bleu des lointains, magiques
forêts pareilles à des touffes de plumes vertes, horizons
moirés d'ombres et de clartés. — Cétait un de ces lieux
où Ton croit voir faire la roue à ce paon magnifique qu'on
appelle la nature.
Le Rhin^ I, 304 (XX).
Dans plusieurs des citations qui précèdent, nous avons vu Victor Hugo prêter aux êtres qu'il anime les façons d'agir de l'homme. Dans la forme, c'est un jeu desprit. En réalité, c'est la manifestation d'une idée qu'on retrouve dans toutes les parties de l'œuvre du poète. Pour lui, l'univers est conscient, et dans son ensemble, et dans chacun de ses éléments. Il est tout naturel que cette prodigieuse activité que nous constatons partout, dans le brin d'herbe comme dans l'astre, soit comparée à l'activité humaine. Le soleil, source de la lumière et par conséquent de la couleur, est un coloriste éblouissant dont lart déplaît aux prunelles troubles :
A vous en croire, vous les jugeurs sérieux,
Quand ils vont secouant de leurs crinières folles
Tant de rosée à tant d amoureuses corolles.
Les chevaux du matin ont pris le mors aux dents ;
Et quand midi, le plus effréné des Jordaens,
Sur les mers, sur les monts, jusque dans votre œil triste,