‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 21 sur 112 · III · texte numérisé non relu

III

Mai dont la robe verte est chaque jour plus ample.

Les Rayons et les Ombres, 429 (VIII).

Les collines ont des casaques de velours vert, usé çà et là.

Alpes et Pyrénées, 169 (1843, ^i).

Comme Ta remarqué M. Mabilleau , Tœil de Victor Hugo est moins sensible à la couleur qu'à réclat, au rayonnement. C'est pour cela que le poète emploie si souvent dans ses comparaisons les métaux, les pierres précieuses, les perles. Le blanc devient Targent, le jaune est Tor, le vert est appelé émeraude, le bleu, turquoise ou saphir, le rouge, rubis. C'est par des métaphores de ce genre que Victor Hugo décrit parfois les reflets qu'on voit sur le plumage des oiseaux. Une cigogne au sommet d'un clocher est une perle sur le bonnet d'un

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mandarin ; les poules sont dorées ; des oiseaux soot en cuivre rouge :

La cigogne argentée qui venait tous les étés se percher à Textrémité du clocher pointu de l'église, pareille à la perle blanche au sommet du bonnet aigu d'un mandarin.

Han d'Islande, 174 (XIII).

Des poules et des coqs étalant leurs dorures.

Les Contemplations, I, 133 (II, vi).

Ses murs sont obstrués d'arbres au fruit vermeil Où volent, tout moirés par Tombre et le soleil, De beaux oiseaux de cuivre rouge.

Les Voix intérieures, 241 (IV, vi).

Une conception particulière contribue à rendre ces métaphores très fréquentes : celle de la richesse de Dieu ou de la nature. Dieu n'est pas seulement riche, il est prodigue, et ne mesure pas ses dépenses :

L*abondance de la clarté avait on ne sait quoi de rassurant. Vie, sève, chaleur, effluves, débordaient ; on sentait sous la création Ténormité de la source ; dans tous ces souffles pénétrés d'amour, dans ce va-et-vient de réverbérations et de reflets, dans cette prodigieuse dépense de rayons, dans ce versement indéfini d'or fluide, on sentait la prodigalité de l'inépuisable ; et, derrière cette splendeur comme derrière un rideau de flamme, on entrevoyait Dieu, ce millionnaire d'étoiles.

Les Misérables, V, 91 (V, i, 16).

Ce qui atteste le mieux cette conception, ce sont justement les plaisanteries sur le thème contraire :

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Au fait, cela me confirme dans mes conjectures sur la situation de fortune de Jéhovah ; et à voir tant de malaise en haut et en bas, tant de mesquinerie et de pingrerie et de ladrerie et de détresse au ciel et sur la terre, depuis Toiseau qui n'a pas un grain de mil jusqu'à moi qui n'ai pas cent mille livres de rente ; à voir la destinée humaine, qui est fort usée, et même la destinée royale qui montre la corde, témoin le prince de Condé pendu, à voir Thiver, qui n'est pas autre chose qu'une déchirure au zénith par où le vent souffle, à voir tant de haillons même dans la pourpre toute neuve du matin au sommet des collines, à voir les gouttes de rosée, ces perles fausses, à voir le givre, ce strass, à voir l'humanité décousue et les événements rapiécés, et tant de taches au soleil, et tant de trous à la lune, à voir tant de misère partout, je soupçonne que Dieu n'est pas riche. Il a de l'apparence, c'est vrai, mais je sens la gène... Sous la dorure du ciel j'entrevois un univers

pauvre *.

Les Misérables^ IV, 475 (IV, 11, a).

Au contraire, les religions et les philosophies jugent la prodigalité de Dieu excessive, importune et choquante :

Pan vous déborde ; il est trop tendre, il est trop rude.

Votre philosophie est une vieille prude,

Votre bigoterie a les pâles couleurs.

Vos encensoirs poussifs sont envieux des fleurs ;

A votre sens, ce monde, auguste apothéose,

Ce faste du prodige épars sur toute chose,

Ces dépenses d'un Dieu créant, semant, aimant,

Qui fait un moucheron avec un diamant,

1. Voir, dans les Quatre vents de Vesprity Dieu éclaboussé p.^r Zoïie.

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Et qui n'attache une aile au ver qu'avec des boucles De perles, de saphirs, d'onyx et d'escarboucles. Ces fulgores ayant de la splendeur en eux, Ces prodigalités de regards lumineux Qui font du ciel lui-même une effrayante queue De paon ouvrant ses yeux dans Ténormité bleue, Au fond c'est de l'emphase, et rien n'est importun Comme l'immensité de Taube et du parfum Et le couchant de pourpre et l'étoile et la rose Pour vos religions atteintes de chlorose.

LAne^ 324 (I, vu).

Cette richesse s'étale dans l'or et l'argent des fleurs, qui nous montrent aussi toute la diversité des pierreries, dans Ter des blés, que Victor Hugo oppose à celui qui orne les palais, dans Témeraude de l'herbe et du feuillage. Les feuilles jaunissantes même sont encore une richesse et donnent aux forêts la teinte de Ter pâle :

Grâce à la pluie, il n'y avait pas un grain de cendre. Les bouquets venaient de se laver ; tous les velours, tous les satins, tous les vernis, tous les ors, qui sortent de la terre sous forme de fleurs, étaient irréprochables.

Les Misérables^ V, 91 (V, i, 16)

Les fleurs sont l'or, l'azur, Témeraude, Topale.

Les Contemplations^ II, 381 {A celle qui est restée en France^ vu).

Les prunelliers étaient en fleur, les cytises étaient en fleur ; on voyait ces monceaux blancs qui luisaient et ces monceaux jaunes qui étincelaient à travers les entre-croi-

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sements des rameaux. Le printemps jetait tout son argent et tout son or dans Timmense panier percé des bois.

Les Travailleurs de la mer, II, 334 (III, ni, 3).

Les abeilles dans Tanémone Mendiaient, essaim diligent; Le printemps leur faisait Taumône Dans une corbeille d'argent.

Les Chansons des rues et des bois^ 307 (II, i, a).

Oui, je suis le rêveur, je suis le camarade Des petites fleurs d*or du mur qui se dégrade.

Les Contemplations^ I, 109 (1, xxviî).

En le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs,

Celles qui des rubis font pâlir les couleurs, '

Celles qui des paons même éclipseraient les queues.

Les petites fleurs d'or, les petites fleurs bleues,

Prennent, pour Taccueillir agitant leurs bouquets,

De petits airs penchés ou de grands airs coquets.

L*or fleurit en giroflées.

/*., 65 (I, xiv).

Une bijouterie de giroflées s'étalait sur les vieux murs.

Les Misérables^ V, 432 (V, vni, 3).

Et puis tout cet encadrement de la route magnifiquement doré par les genêts en fleurs.

France et Belgique, 52 (aa juin 1836).

L'or du genêt, l'or de la gerbe Sont à lui; le monde est son champ.

Les Chansons des rues et des bois, 411 (II, iv, 4).

Les pointes que l'eau n'atteignait pas avaient cette ar-

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genture et cette dorure que donne aux granits marins le bariolage du lichen blanc et du lichen jaune.

Les Travailleurs de la tner^ II, 32 (II, i, 6).

Que la terre, agitant son panache de gerbes, Chante dans Tonde d'or d'une riche moisson !

Les Conlemplations, II, 139 (V, xvn).

En fait d'or, à la cour nous préférons la gerbe.

Les Quatre vents de Vesprit^ I, 55 (Liv, sat., xni).

Une très jolie lentille d'eau qu'il y a à Guernesey, couvrait les mares d'une nappe d'émeraude.

Les Travailleurs delà mer^ II, 334 {III, m, 5).

La verdure, cette gamme harmonieuse qui va de Taigue-

marine à Témeraude.

Quatrevingt-trei^e^ 565 (III, vn, 6).

Le grand bois jaunissant dore seul la colline.

Les Orientales, 193 (XXXVI).

Puis octobre perd sa dorure ; Et les bois dans les lointains bleus Couvrent de leur rousse fourrure L'épaule des coteaux frileux.

L^s Votx intérieures, 354-355 (V, n).

De vieilles forêts, à cette heure chamarrées de toutes les

dorures de l'automne.

Le Rhin, II, 133 (XXVIII).

Une pâle dorure Jaunit les coteaux froids.

Les Chansons des rues et des bois, 394 (II, iv, i).

Les coquillages sont des bijoux splendides et délicats, des pierreries incrustées dans les palais de Tabîme :

8o LA COULEUR, LA LUMIERE ET L'oMBRE

Cet immense écrin de coquillages de Tocéan que je foulais hier aux pieds entre Dol et Saint-Malo.

France et Belgique^ 53 (35 juin 1836).

Sous ces végétations se dérobaient et se montraient en même temps les plus rares bijoux de Técrin de Tocéan, des éburnes, des strombes, des mitres, des casques, des pourpres, des buccins, des struthiolaires, des cérites turriculées... Les galets ne pouvant que difficilement entrer dans cette grotte, les coquillages s'y réfugiaient. Les coquillages sont des grands seigneurs, qui, tout brodés et tout passementés, évitent le rude et incivil contact de la populace des cailloux. L'amoncellement étincelant des coquillages faisait sous la lame, à de certains endroits, d'ineffables radiations à travers lesquelles on entrevoyait un fouillis d azurs et de nacres, et des ors de toutes les nuances de Teau.

Les Travailleurs de la mer^ II, 73-74 (II, i, 13).

Qu'était-ce que cette joaillerie de coquillages qu'on

entrevoyait ?

Ce merveilleux palais de Tabîme, brodé et incrusté de toutes les pierreries de la mer, finissait par se révéler et par dire son secret.

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