‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 20 sur 112 · LES INFLUENCES DÉTERMINANTES · texte numérisé non relu

LES INFLUENCES DÉTERMINANTES

Roses par avril fardées. Les Chants du crépuscule, 129 (XXVI).

Crois-tu donc que ce soit Pour donner meilleur goût à la caille rôtie Que le soleil ajoute une aigrette à Tortie, Peint la mûre ou rougit la graine du sorbier?

Dernière gerbe^ 48 (I, xix).

Quand les proscrits, martyrs du peuple, élus de Dieu, Stoïques, dans la mort se couchent sans se plaindre, Tu n'as Tair de songer qu'à dorer et qu'à peindre L'aile du scarabée errant sur leurs tombeaux.

Les Châtiments, 415-416 (VII, xin).

La nature varie ses procédés : ses peintures sont délicates ou sauvages, grandioses : ce sont des pastels ou des fresques :

J'admire les papillons frêles Dans les ronces du vieux castel ; Je ne touche point à leurs ailes.

Un papillon est un pastel.

Les Chansons des rues et des bois, 146 (I, iv, 5).

Gilliatt, pour les besoins de son sauvetage, dut explorer toutes ces grottes. Pas une qui ne fût effroyable. Partout, dans ces caves, se reproduisait, avec les dimensions exagérées de l'océan, cet aspect d'abattoir et de boucherie si étrangement empreint dans l'entredeux des Douvres. Qui n'a point vu, dans des excavations de ce genre, sur la muraille du granit éternel, ces affreuses fresques de la nature, ne peut s'en faire l'idée.

Les Travailleurs de la mer, 11, 65 (II, i, 11).

70 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

Il est sûr Qu'il faut pour faire un ciel bien des rouleaux d'azur, Qu'un chêne à fabriquer n'est pas un mince arbuste, Et qu'il faut une échelle étrangement robuste Et que l'échafaudage ait été bien construit Pour peindre l'aube à fresque au mur noir de la nuit'.

Religions et religion ^ 176 (I, i).

C'est souvent parmi les objets fabriqués par rhomme que Victor Hugo va chercher des points de comparaison pour caractériser la couleur, lapparence des choses et des êtres. Certaines plantes ont des feuilles de drap vert, les bourdons sont vêtus de velours jaune et noir, l'aile transparente de la guêpe semble faite de crêpe :

Les grandes plantes gaufrées aux larges feuilles de drap

vert pâle.

Les Misérables^ IV, 113 (IV, m, 3).

Un pauvre bourdon mouillé, en velours jaune et noir, remontait péniblement le long d'une branche épineuse.

Le Rhin, II, 235 (XXXV).

Tu fais une lueur sous les arbres ; la guêpe Touche ta joue en fleur de son aile de crêpe.

Les Contemplations y I, 235 (III, ix).

La variété des cultures imite le bariolage d'un tapis ; les fleurs qui se détachent sur le fond jaune des blés, sur le fond vert des herbes, forment de riches dessins aux couleurs éclatantes ou discrètes.

I. Victor Hugo se moque des religions qui nous montrent Dieu créant le monde en six jours et se reposant le septième.

LES INFLUENCES DETERMINANTES 7I

Ce qui contribue au développement de cette métaphore, c'est l'habitude de considérer la terre comme une maison, un palais dont le ciel est la voûte :

L'Egypte I — Elle étalait, toute blonde d*épis, Ses champs, bariolés comme un riche tapis.

Les Orientales^ 19 (1, iv).

Au delà des Tournelles, jusqu'à la muraille de Charles V, se déroulait avec de riches compartiments de verdure et de fleurs, un tapis velouté de verdure et de parcs royaux.

Noire-Dame de Paris^ I, 196 (III, 11).

Comme dans un palais dont je ferais le tour Je vais dans le vallon, contemplant tour à tour Et le tapis de fleurs et le plafond d'étoiles.

Les Chants du crépuscule, 188 (XXXVHI).

Le soleil tenait lieu de lustre ; la saison Avait brodé de fleurs un immense gazon.

Vert tapis déroulé sous maint groupe folâtre.

Les Contemplations^ I, 91 (I, xxii).

Avec leurs rameaux d'or et leurs fleurs amarantes, La lande et la bruyère au reflet velouté Lui brodent des tapis gigantesques Tété.

La Légende des siècles, II, 357 (XXI, 11, 4).

Avril ouvre à deux battants

Le printemps.

L'été le suit et déploie Sur la terre un beau tapis

Fait d'épis.

D'herbe, de fleurs et de joie.

La Fin de Satan, 255 (Chanson des oiseaux).

Grimsthorf, en Lincolnshire, avec... ses quinconces, ses mails, ses futaies, ses parterres brodés, quadrillés et losanges de fleurs, qui ressemblent à de grands tapis.

U Homme qui rît, I, 29 (Chapitres prélim., I, i).

A terre, le glaïeul, la flambe des marais, le narcisse des prés, la gênotte, cette petite fleur qui annonce le beau temps, le safran printanier, brodaient et passementaient un profond tapis de végétation où fourmillaient toutes les formes de la mousse, depuis celle qui ressemble à la chenille jusqu'à celle qui ressemble à l'étoile.

QHatrevingf.-tret\e, 5 (I, i).

Ces comparaisons peuvent sembler banales; elles sont usuelles en effet ; ce qui les relève chez Victor Hugo, c'est qu'elles ne sont pas pour lui des métapbores toutes faites, mais qu'elles répondent vraiment à des impressions. Il en est de même quand il nous parle des tapis d'herbe ou de mousse, qu'il y reconnaît du drap ou du velours vert, qu il voit la verdure envelopper comme une étoffe les sièges et les consoles de pierre, ou qu'il admire la robe verte des plaines et des vallées :

Un plan incliné de prairies avec des ondulations de collines et des reliefs de roches ; pour frange à ce tapis vert froncé de plis, Técume de l'océan.

L'Archipel de la Manche, 9 (II).

La colline était couverte de ce gazon marin dru et ras qui fait ressembler le haut des falaises à du drap vert.

L'Homme qui rit, I, 95 (I, i, 8).

La colline était verte ; c'était du gazon. Au-dessus de cette colline on ne voyait absolument rien que le chapeau

LES INFLUENCES DETERMINANTES '])

d'étain d'une tour d'église, lequel semblait posé exactement sur le haut du coteau. Ce chapeau était de forme flamande. (En Flandre, dans les églises de village, le clocher a la forme de la cloche). Vous voyez cela d'ici, un immense tapis vert sur lequel on eût dit que Gargantua avait oublié

sa sonnette.

Le Rhin, II, 178 (XXIX).

Une immense plaine de velours vert frangée de haies vives, sur laquelle le soleil fait reluire les vitres des chaumières comme des sequins d'or.

/è.,2ii (XXXI).

La route jusqu'à Gand est, comme toutes les routes de la Belgique occidentale, une promenade en plaine avec un horizon de velours vert à droite et à gauche.

France et Belgique, 150 (1837, ix).

Un joueur qui a joué l'un après l'autre tous ses atouts, c'était Gwynplaine... Sa dernière carte venait de tomber sur ce fatal tapis vert du bowling-green désert*.

LHomme qui rit, II, 425 (II, ix, 2).

Les rochers n'apparaissent plus que çà et là sous de riches caparaçons de verdure : une housse de velours vert, brodée de fleurs, couvre tout le paysage.

le Rhin, I, 90 (VI).

Je m'assieds dans ces excellents fauteuils revêtus de

mousse, c'est-à-dire de velours vert, que l'antique Paies

creuse au pied de tous les vieux chênes pour le voyageur

fatigué.

Ib., 11. ii3(XXVlII).

I. Il est peu probable que le Tarrinzeau-field, sorte de champ de foire permanent, ait vraiment Taspect d*un tapis vert. Ici la métaphore est amenée par ceUe qui la précède.

La mousse couvre de velours vert le banc de pierre qui

est à la porte.

Choses vues. Nouvelle série, 40 (III, i).

Au fond du bailler sombre, où, dans Tarbre entr'ouvert,

La fée à des coussins de mousse en velours vert

S'accoude.

Toute la lyre, III, 121 (il, xvui).

J'écris sur une petite console de velours vert que me

prête le vieux mur.

LeRhin,\,ii(^{\W).

Plusieurs autres villages sur des croupes boisées, des

clochers dans la brume qui révèlent d'autres hameaux

cachés dans les plis de la vallée comme dans une robe de

velours vert.

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