‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 39 sur 112 · I. Variante : Et la nuit voit briller la voûte sidérale · texte numérisé non relu

I. Variante : Et la nuit voit briller la voûte sidérale

Comme le maître-autel luit dans la cathédrale.

Allumer les mille cierges De sa messe de minuit.

Toute la lyre^ I, 113 (II, xv).

Voici que le matin, dont Thaleine est remplie De brises qu'il répand sur la forêt qui plie, Enfant vêtu de pourpre au sourire immortel, Sur les étoiles d'or, flambeaux du grand autel, Se hâte de souffler, comme un jeune lévite Qui les éteint, de peur de les user trop vite.

Dernière gerbe, 198 (IV, Tas de pierres).

Le monde peut être aussi un théâtre. L'homme s'y croit premier rôle, et ne songe même pas à l'allumeur des soleils :

Dieu n'est pas! Et d'ailleurs, quand, faisant ton entrée, Beau, fier, devant la rampe assez mal éclairée,

Tu viens éblouir tes pareils.

Toi, premier rôle, roi du drame où tu te plonges. Toi, l'acteur du destin, veut-on "pas que tu songes

A cet allumeur de soleils?

La Légende des siècles^ III, 316 (XLIV, i).

Les astres illuminent un théâtre plus gracieux, celui qui a pour acteurs les fleurs et les brins d'herbe, et dont Trianon, sur son tréteau, commence ainsi le boniment :

Messeigneursî — Nous aurons pour lustre la grandeOurse. Vous entendrez — chacun payant selon sa bourse, Irus pour un liard, Crésus pour un sequin, — A demi-voix, au bord du manteau d'arlequin, Jaser la folle avoine avec le brin de vigne.

Toute la lyre^ III, 133 (VII, v).

136 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

Sous une impression triste, le poète compare la lune à un flambeau funèbre éclairant un cercueil : c'est ainsi qu'il la voit la veille du jour où il apprendra la mort de sa fille :

Au bas du ciel, au couchant, apparaissait une lune énorme et ronde qui semblait dans ces brumes livides l'empreinte rougie et dédorée de la lune.

J'avais la mort dans Tâme. Peut-être voyais-je tout à travers mon accablement. Peut-être un autre jour, à une autre heure, aurais-je eu une autre impression. Mais ce soir-là tout était pour moi funèbre et mélancolique. Il me semblait que cette île était un grand cercueil couché dans la mer et que cette lune en était le flambeau.

Alpes et Pyrénées^ 334"335 (i^43> ^vi).

Quand un grand homme est mort dans un glorieux martyre, la nuit étoilée semble exprimer le deuil et l'admiration du genre humain :

Mais la foule s'écrie : — Oui, sans doute, c'est beau, Le martyre, la mort, quand c'est un grand tombeau I Quand on estunSocrate, un Jean Huss, un Messie 1 Quand on s'appelle vie, avenir, prophétie !

Quand l'encensoir s'allume au feu qui vous brûla, Quand les siècles, les temps et les peuples sont là Qui vous dressent, parmi leurs brumes et leurs voiles, Un cénotaphe énorme au milieu des étoiles.

Si bien que la nuit semble être le drap du deuil. Et que les astres sont les cierges du cercueil I

Les Contemplations^ II, 168-169 (V, xxvi).

Si Dieu, comme le veulent les religions, était un bourreau ayant « faim De Tangoisse sans borne et

du tourment sans fin >, la constellation éclairerait donc une chambre de torture :

Quoi ! ces mondes créés dans des robes de fêtes,

Quoi ! la vie et le jour, Téther, le firmament,

L'azur, Tocéan perle et Tastre diamant,

Cette resplendissante et profonde nature.

Ne seraient qu'une chambre énorme de torture !

Et dans les vastes cieux la constellation,

Du gouffre émerveillé sublime vision,

Mêlant Tétoile bleue et blanche au soleil rouge,

Eclatante, serait la chandelle du bouge !

Dieu, i8a (II, vu).

Ailleurs, l'étoile est comparée à une lanterne sourde :

Vous criez, ô vivants sinistres de la tombe :

« L'anathème nous tient ; Thorreur sur nous surplombe ;

« Ce guichetier nous suit; « L'obscurité nous couve, et la geôle âpre et lourde « Nous guette, et chaque étoile est la lanterne sourde

« D'un spectre de la nuitl

Dieu, 228 (II, vu).

Si Saturne, comme le suppose le poète, est un des bagnes du ciel, le séjour temporaire des âmes que Dieu veut châtier, sa lumière est la lueur d'un soupirail :

Saturne 1 sphère énorme I astre aux aspects funèbres! Bagne du ciel ! prison dont le soupirail luitl

Les Contemplations, I, 219 (III, m, 3).

Plusieurs métaphores nous représentent les astres comme des trous.- Par ces trous nous apercevons

138 LA COULEUR, LA LUMIÈRE ET l'oMBRE

une lumière cachée. Le ciel étoile est comme un crible, une immense claire-voie qui nous laisse entrevoir Dieu :

Car tu sais le vrai nom de celui qui perça,

Pour que nous puissions voir sa lumière sans voiles,

Ces trous du noir plafond qu'on nomme les étoiles !

Les Contemplations^ I, 46 (I, x).

Donc ne nous disons pas : — Nous avons des étoiles. Des flottes de soleils peut-être à pleines voiles

Viennent en ce moment; Peut-être que demain le créateur terrible, Refaisant notre nuit, va contre un autre crible

Changer le firmament.

Ib., II, 347 (VI, IX, 4).

La chute du damné recommença. — Terrible, Sombre, et percé de trous lumineux comme un crible. Le ciel plein de soleils s'éloignait.

La Fin de Satan ^ 5 (Et noxfacta est).

Mais qui nous dit que Tombre est ce qu'elle paraît? Est-ce une unité sombre ? est-ce une foule horrible? L'astre n'est-il qu'un trou mystérieux du crible ?

Dieu^ 106-107 (lï^")-

On distingue, malgré son mystère et ses voiles, Dieu par la claire-voie immense des étoiles.

Dernière gerbe ^ 207 (IV, Tas de pierres),

La justesse de ces métaphores se prouve par la contre-partie. Victor Hugo voit des constellations dans le manteau d'un mendiant :

Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait,

Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre.

— Vos habits sont mouillés, dis-je, il faut les étendre

Devant la cheminée. — 11 s'approcha du feu.

Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu,

Etalé largement sur la chaude fournaise,

Piqué de mille trous par la lueur de braise,

Couvrait Tâtre, et semblait un ciel noir étoile.

Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé

D'où ruisselaient la pluie et Teau des fondrières,

Je songeais que cet homme était plein de prières,

Et je regardais, sourd à ce que nous disions,

Sa bure où je voyais des constellations.

Les Contemplations^ II, ai8 (V, ix).

Nous retrouvons pour les étoiles cette comparaison avec l'or, que Victor Hugo emploie pour désigner la couleur du soleil et celle de la lune. Tous les astres pourtant n'ont pas une lumière jaune, mais la métaphore rend bien Taspect du ciel étoile, et, si vieille qu'elle fût, elle était de celles que devait conserver le vocabulaire romantique. Nous la rencontrons, sous bien des formes, à toutes les époques de la vie de Victor Hugo. Qu'il s'agisse simplement d'un astre d'or, ou d'une étoile au front d'or, ou des chevaux d'or du Chariot bleu, ou d'un oiseau d'or, peu importe ; la sensation est toujours la même au fond, et Victor Hugo ne veut pas désigner autre chose qu'un point jaune et brillant :

Et les étoiles d'or, légions infinies.

Les Orientales, 195 (XXXVil).

Une planète d'or là-bas perce la nue.

Les Feuilles d'automne^ 401 (XXXVII).

Saturne, avec quatre belles étoiles d'or au milieu

desquelles il est placé, dessine dans le ciel un gigantesque

sablier.

Alpes et Pyrénées, 4 (1839, i).

Ainsi qu'une araignée au centre de sa toile, 11* tient sept lunes d'or qu'il lie à ses essieux.

Les Contemplations^ I, 219 (III, m, 3).

Mon anneau, qui des nuits empourpre la pâleur. Comme les boules d'or que croise le jongleur Lance, mêle et retient sept lunes colossales.

La Légende des siècles^ IV, 336 (LXI).

Quand les sept chevaux d'or du grand chariot bleu Rentrent à l'écurie et descendent au pôle.

Les Contemplations, I, 272 (111, xx).

Lorsqu'entre en nos prunelles viles Le spectre d'une étoile d'or.

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