‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 41 sur 112 · I. Saturne, a. Les Mages · texte numérisé non relu

I. Saturne, a. Les Mages

Arcturus, Orion, et les Pléiades d'or.

Dieu, aaô (II, vu).

Dante, œil mystérieux que Dieu même éclaira, Voit à travers la terre, énorme et sombre geôle, Les quatre étoiles d'or qui sont à l'autre pôle.

VAne, 315 (I, vi).

Leurs chocs font tressaillir les firmaments et font Trembler les soleils d'or à ce sombre plafond.

Dieu^ 124 (II, m).

Le jour où nos lunettes auraient reçu un suprême perfectionnement qui n'a rien d'impossible, la profondeur incommensurable étant partout peuplée d'astres à des éloignements divers, tous ces points lumineux, devant le regard du télescope, se serreraient sans interstice les uns contre les autres, boucheraient tous les trous, deviendraient surface, et le ciel de la nuit nous apparaîtrait comme un immense plafond d'or.

Post'Scriptum de ma vte, 225 (Choses de V infini^ 11).

Et, devant les soleils, les astres triomphaux.

Et l'étoile et l'aurore, ils pourraient dire : Or faux I

Dieu^ 215 (II, vu).

Dans la plupart de ces métaphores, la comparaison porte en même temps sur la couleur et sur autre chose, et ce n'est pas la couleur qui en fait le principal intérêt. Mais la couleur devient Télément important quand l'éclat des astres se détache sur le fond sombre du ciel. Ainsi l'étoile est une paillette d'or dans les plis d'un voile ou sur du velours noir. C'est sans doute à ces paillettes que pense Victor Hugo quand il parle de la robe du

soir et d'un manteau d'étoiles. Inversement les paillettes sur la robe bleue de la Esmeralda sont les mille étincelles d'une nuit d'été :

Les astres scintillant sur la robe du soir, Et les bruines de gaze, et la douteuse étoile, Paillette qui se perd dans les plis noirs du voile.

Les Rayons et les Ombres^ 139 (XXVIII).

Il me semble que, dès que mes yeux seront fermés, je Verrai une grande clarté et des abîmes de lumière où mon esprit roulera sans fin. Il me semble que le ciel sera lumineux de sa propre essence, que les astresy feront des taches obscures, et qu'au lieu d'être comme pour les yeux vivants des paillettes d'or sur du velours noir, ils sembleront des points noirs sur du drap d'or.

Le Dernier jour d'un condamné^ 428 (XLI).

Où l'étoile au zénith Luit comme une paillette aux plis d'une basquine.

La Légende des siècles^ IV, ia8 (LV, v).

Danseuse, écoute-moi. Le Dieu du firmament, Q.ui créa l'aube pure et fit ton front charmant, A tout ce qui contient le bonheur, jeune fille, Attache de sa main quelque chose qui brille D'un éclat à la fois chimérique et réel, La paillette à ta jupe et l'étoile à son ciel.

Tonte la lyre^ II, 195 (VII, vn).

La nuit descend lugubre, et sans robe étoilée.

Les Orientales, iSa (XXXIV, i).

Quant à ce gouffre où naît le matin, où la nuit Trempe sa robe d'ombre et son manteau d'étoiles.

Dernière gerhe, 150 (III, i).

Sa robe semée de paillettes scintillait bleue et piquée de mille étincelles comme une nuit d'été.

Notre-Dame de Paris ^ II, 145 (VII, iv).

Jupiter, dans une bande de ciel bleu, est un caillou d'or dans un ruisseau d'azur. L'étoile du matin est le caillou d'or que Dieu jette au front noir de la nuit. Les arbres sont les clous d'un dais, ou peutêtre d'un cercueil. Ce sont des sequins d'or, et la nuit les emporte dans les plis de sa robe :

Une grande montagne remplit la terre ; un grand nuage remplit le ciel. Entre le nuage et la montagne, une bande mince du ciel crépusculaire, clair, vif, limpide, et Jupiter étincelant, caillou d'or dans un ruisseau d'azur.

Alpes et Pyrénées^ 323 (1843, ^^'^)-

Je suis l'astre qui vient d'abord.

Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort. J'ai lui sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète ; Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette, Comme avec une fronde, au front noir de la nuit.

Les Châtiments y 352 (VI, xv).

Et, pour couronnement à ces collines vertes, Les profondeurs du ciel toutes grandes ouvertes, Le ciel, bleu pavillon par Dieu même construit, Qui, le jour, emplissant de plis d'azur l'espace, Semble un dais suspendu sur le soleil qui passe, Et dont on ne peut voir les clous d'or que la nuit.

Les Feuilles d'automne, 382 (XXXIV, 1).

Nous demandons, vivants douteux qu'un linceul couvre. Si le profond tombeau qui devant nous s'entr'ouvre. Abîme, espoir, asile, écueil,

144 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

N'est pas le firmament plein d'étoiles sans nombre, Et si tous les clous d'or qu'on voit au ciel dans l'ombre Ne sont pas les clous du cercueil.

Les Contemplations^ U, 272 (VI, xvi).

Le jour parut. La nuit, complice des bandits, Prit la fuite, et, traînant à la hâte ses voiles. Dans les plis de sa robe emporta les étoiles Et les mille soleils dans l'ombre étincelant, Comme les sequins d'or qu'emporte en s'en allant Une fille, aux baisers du crime habituée, Qui se rhabille après s'être prostituée.

Les Châtiments^ 53 (I, v).

L'or est bon à piller, le sang est bon à boire ;

Cherche l'or, cherche l'or, ô conscience noire I

Vois comme ton esprit la nuit étinceler ;

Le meurtre ténébreux est fait pour s'étoiler

De sequins rayonnants, de doublons et de piastres;

C'est aux abîmes noirs qu'appartiennent les astres.

La Pitié suprême, 148 (XI).

Victor Hugo a bien remarqué la diversité de couleur des étoiles. Il indique cette variété en les comparant à des pierreries et à des perles; rubis, saphirs, opales, onyx, émeraudes, diamants surtout, c'est un écrin splendide qu'offre à nos yeux Tinfini :

Il ne voit plus la vigne mûre, La ville, large toit fumant.

Ni la campagne, ce murmure, Ni la mer, ce rugissement ;

Ni l'aube dorant les prairies.

Ni le couchant aux longs rayons,

Ni tous ces tas de pierreries Qu'on nomme constellations.

Que Téther de son ombre couvre, Et qu*entrevoit notre œil terni Quand la nuit curieuse entr'ouvre Le sombre écrin de Tinfini ;

Il ne voit plus Saturne pâle, Mars écarlate, Arcturus bleu, Sirius, couronne d'opale, Aldébaran, turban de feu.

Les Contemplations^ I, 332-333 (III, xxx, 3),

Des astres...

Surgissant,clairsflambeaux,feuxpurs,rouges fournaises, Aigrettes de rubis ou tourbillons de braises,

/*.,II,a48(VI, IX, 4).

Car c'était Theure où se répand la brume, Où sur les monts, comme un feu qui s'allume, Brille Vénus, l'escarboucle des cieux.

Le Rhin, 1,324 (XX).

N'essaie pasde sortirde ta cave,etgarde Ion astre, araignée ! Tu as dans ta toile l'escarboucle Vénus.

LHomme quirity I, 463 (II, 11, 11).

D'innombrables piqûres de lumière rendent plus noire l'obscurité sans fond. Escarboucles, scintillations, astres.

Les Travailleurs de la mer^ II, 107 (II, 11, ^).

Persée, escarboucle des cimes.

La Léfrende des siècles, IV, 300 (LVIII, 11).

J'ai tout, et, comme au fond du ciel noir, dans les boucles

De mes cheveux, on voit luire des escarboucles.

Les Quatre vents de Vcsprity I, 319 [Esca^ II, iv).

146 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

Aldébaran ! clarté de Tinsondable grève...

O spectre, ô vision, tu n'es pas seulement

Au fond du ciel sinistre un éblouissemenl ;

Ta merveille, c'est d'être une roue inouïe

De lumière, à jamais dans Tombre épanouie^

Une apparition d'éternel tournoiement,

Tour à tour perle, onyx, saphir et diamant.

Un effrayant éclair sur toi sans cesse rôde

Et te fait de rubis devenir émeraude.

/*., 9 (Prologue).

Les astres toujours de diamant.

Le Rhin, n, 1J4 (XXVIII).

Les eflBuves du sombre et du profond, mêlées A vos effusions, astres de diamant.

Les Contemplations, I, ao (I, iv).

Qu'importe la lumière, et Taurore, et les astres, Fleurs des chapiteaux bleus, diamants des pilastres Du profond firmament...!

Ib,, II, aoo (VI, VI, 2).

L'azur, l'océan perle et l'astre diamant.

Dieu, i8a (II, vu).

J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin... On croyait voir un astre à travers une perle.

Les Châtiments^ 351 (VI, xv).

Vénus, perle du soir.

Dieu, 2a6 (II, vu).

Ce matin, la nuit avait été sereine. Le ciel était étoile; mais quel ciel et quelles étoiles ! vous savez, cette fraîcheur, cette grâce, cette transparence mélancolique et inexprimable du matin, les étoiles claires sur le ciel blanc, une voûte de cristal semée de diamants.

Alpes et Pyréni^cs, 315 (1843, xiii).

On peut joindre aux métaphores un parallélisme comme celui-ci :

L'or du temple éblouit le pauvre utilement.

Il faut la perle au dogme et Tastre au firmament.

Le Pape, 24 (IV).

Réciproquement les pierreries sont comparées à des astres ; elles forment des constellations :

L'irradiation amplifiait cette figure. Cette femme avait su»r elle des scintillations nocturnes, comme une voie lactée. Ces pierreries semblaient des étoiles. Cette agrafe de diamants était peut-être une pléiade.

L'Homme qui rit, II, ^1 (II, m, 7).

Le diamant sous son voile Rêve, des cieux ébloui ; Il regarde tant Tétoile Que Tétoile entre dans lui.

Toute la lyre, II, 178 (VII, m).

Dans ses métaphores relatives aux astres, Victor Hugo ne se borne pas à traduire une sensation de lumière et de couleur. Il veut savoir à quoi servent ces pierreries, et l'anthropomorphisme lui fournit una explication. Le poète personnifie l'univers. Les astres sont des pierres précieuses qui brillent au front de la nuit, au front du firmament. Il suppose un Dieu invisible, dont les astres ornent la tiare éblouissante. Il place le soleil, comme une tiare d*or, sur le front d'Ormus. Ou bien encore, sacrant le pâtre devenu un mage, proclamant la souveraineté du génie, il croit voir les astres sur ces fronts comme des diadèmes :

148 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

Savons-nous oîi le monde en est de son mystère ? Qui nous dit, à nous, joncs du marais, vers de terre

Dont la bave reluit, A nous qui n'avons pas nous-mêmes notre preuve, Que Dieu ne va pas mettre une tiare neuve

Sur le front de la nuit ?

Les Contemplations y II, 245 (VI, ix).

Qui donc détrônerait du trône de la vie La beauté ? Qui pourrait saisir ce diamant, Vénus, et Tarracher du front du firmament ?

Toute la lyre, II, i6a (VI, xxiv).

Tu voudrais pénétrer ce ciel, palais de gloire... Et savoir quels soleils sont les lettres de feu Dont brille au fond des nuits la tiare de Dieu.

Cromwell, 353 (III, xvii).

Que tout est beau, voyez I ce bois vert, ce lac bleu. Le soleil, et le soir tous les astres ! car Dieu Montre le jour sa face et la nuit sa tiare.

Théâtre en liberté^ 78 (VEpée^ ii).

L'Incréé, couronné de comètes et d'astres.

Dieu y 181 (II, vn).

Pas de trône jetant dans Tombre un vague éclair... Pas d'heure frissonnant au vol du temps rapace ; Point de temps ; point d'ici, point de là ; point d'espace ; Pas d'aube et pas de soir; pas de tiare ayant L'astre pour escarboucle à son faîte effrayant.

/^., 240 (II, vui).

L'éblouissant Ormus met sur son front vermeil Cette tiare d'or qu'on nomme le soleil.

/é., 121 (II, ui).

L'homme n'est qu'une lampe, elle * en fait une étoile. Et ce pâtre devient, sous son haillon de toile,

Un mage; et, par moments, Aux fleurs, parfumsdutemple,auxarbres,noirspilastres, Apparaît couronné d'une tiare d'astres,

Vêtu de flamboiements.

Les Contemplations^ I, 340 (III, xxx, 3).

Qui sait si le génie, effrayant souverain,

A qui les astres font dans l'ombre un diadème,

A l'intuition totale de lui-même ?

Les Quatre vents de l'esprit^ II, 276 (Liv. ép.^ II).

Victor Hugo semble assez souvent attribuer aux astres la lueur blanche de l'acier. Il est probable qu'il pense uniquement à Téclat en faisant abstraction de la couleur : une étoile est comparée soit à la pointe d'une lance,* soit à un clou d'acier :

Au-dessus delà cathédrale, entre les deux clochers noirs,

Vénus étincelle comme la pointe d'une lance entre deux

créneaux.

Le Rhin, II, 228 (XXXIV).

C'est naturellement que les monts sont fidèles Et purs, ayant la forme âpre des citadelles, Ayant reçu de Dieu des créneaux où, le soir, L'homme peut, d'embrasure en embrasure, voir Étinceler le fer de lance des étoiles.

La Légende des siècles, III, 106 (XXXI).

Comme des fantassins le glaivç sur l'épaule.

Mes feux* veillent au bord du vide où tout finit ;

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