IV, 338 (LXI
Le nuage en passant se déchire aux étoiles, Comme un voile à des clous d'acier.
Toute la lyre, I, 103 (II, xii).
Victor Hugo compare la lueur encore pâle des astres au crépuscule à celle des poissons qui brillent dans les mailles d'un filet* :
La brume redoutable emplit au loin les airs. Ainsi qu'au crépuscule on voit, le long des mers.
Le pécheur, vague comme un rêve, Traînant, dernier effort d'un long jour de sueurs, Sa nasse où les poissons font de pâles lueurs,
Aller et venir sur la grève,
La Nuit tire du fond des gouffres inconnus Son filet où luit Mars, où rayonne Vénus,
Et, pendant que les heures sonnent, Ce filet grandit, monte, emplit le ciel des soirs, Et dans ses mailles d'ombre et dans ses réseaux noirs
Les constellations frissonnent.
La Légende des siècles^ IV, 295-296 (LVIII, n).
On trouve encore Tidée d un éclat métallique dans cette métaphore :
Sous rétoile agrafée aux plis blancs de la nue.
Dernière gerbe, 135 (II, xxv).
I, Dans Alpes et Pyrénées^ 241 (1843, ix) , des poissons briHant au soleil sont comparés à des étoiles.
Ailleurs, Tétoile est simplement une tache claire sur un fond sombre :
Hélas î tout est sépulcre. On en sort, on y tombe ; La nuit est la muraille immense de la tombe.
Les astres,[dont luit la clarté, Orion, Sirius, Mars, Jupiter, Mercure, Sont les cailloux qu'on voit dans ta tranchée obscure,
O sombre fosse Éternité I
Les Contemplations^ II, 283 (VI, xvni).
Quelquefois, la seule ressemblance matérielle, c'est celle qui existe entre deux points, deux gouttes. La métaphore prenant une valeur allégorique, le poète établit une identité entre Tétoile et la goutte de sang ou la goutte de lait. Dans la première citation, il ne s'agit pas de vraies étoiles ; ce sont des étoiles filantes qui sont comparées à des gouttes de sang. S'il était vrai que les souffrances des hommes fussent la punition de la faute d'Adam, alors Adam lui-même, « à genoux sur le ciel recouvert d'un drap noir >, serait à jamais supplicié par des bourreaux archanges :
Les hommes, ses enfants, auraient dans leur cachot Pour plafond le dessous de l'échafaud du père ! Ces étoiles qu'on voit parfois, dans leur repaire, Par des fentes du ciel s'échappant et glissant, ' Tomber sur eux, seraient les gouttes de son sang î
Dieu, 191-192 (II, vu).
Dans les Quatre vents de l'esprit^ Victor Hugo parle des « combattants du Golgotha » morts dans le
deuil et Taffront en accomplissant un devoir. Les gouttes de leur sang sont lumineuses :
Ils furent grands. Ils ont souffert, ils ont aimé. Leur linceul laisse voir leur clarté sous ses voiles ; Et le rude chemin du martyre est semé De leurs gouttes de sang qu'on prend pour des étoiles.
II, i29(^Zip./^r., XXXIII, II).
Le pape bénit une mère qui allaite son enfant :
Ce que la femme donne à Tenfant, c'est Taurore ; Il coule autant de jour d'un sein que d'un soleil ; D'une sombre mamelle au fond du ciel vermeil Les étoiles sont Tune après l'autre tombées ; Les pléiades en haut, en bas les Macchabées Sont des groupes pareils ; toute clarté descend Et devient notre esprit et devient notre sang. Et dans tous les berceaux Tinfini recommence ; Et l'Éternel emploie à la même œuvre immense, En ce monde où l'enfant sans l'astre est incomplet, La goutte de lumière et la goutte de lait.
Le Pape y 53-54 (XI).
Le poète, proclamant le caractère sacré du martyre et de la maternité, fait de la goutte de sang et de la goutte de lait des gouttes de lumière. Mais la ressemblance visible, ou plutôt apparente, est simplement celle de deux points, et c'est Tidée, plus forte que la sensation, qui crée réellement la métaphore. Sous une impression lugubre , certaines constellations tragiques peuvent même apparaître en noir :
Les constellations tragiques, Ouvrant sur vous leurs fauves yeux, Passent, grandes larves magiques.
Sur vos destins mystérieux, Aveugle, qui croit les cieux vides!
Quelques-unes, les plus livides, Apparurent, ô sombre esprit, En chiffres noirs dans les ténèbres Sur les dés des joueurs funèbres Qui jouaient la robe du Christ.
Toute la lyre, I, 245 (III, xxiv).
Victor Hugo se représente souvent le ciel comme un jardin. Les astres y brillent dans la nuit comme les fleurs dans la verdure. 11 y a là une comparaison non pas entre deux objets brillants , mais entre deux points dont l'un est lumineux et l'autre coloré, et qui tous deux se détachent sur un fond de couleur différente. Ainsi, relativement à la sensation, la métaphore est bien justifiée. Elle est conforme aux habitudes d'esprit de Victor Hugo, aux habitudes constantes de l'esprit humain qui se représente Tinconnu lointain sous lapparence des choses familières. Elle satisfait le goût du poète pour lantithèse, puisqu'elle unit la petitesse et la grandeur, une fleur et un monde. Elle est encore l'application de sa théorie de l'unité dans la diversité :
Le pâtre attend sous le ciel bleu L'heure où son étoile paisible Va s'épanouir, fleur de feu, Au bout d'une tige invisible.
Les Rayons et les Ombres^ 499 (XXVI).
154 l'A COULEUR, LA LUMIERE HT L OMBRE
Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies.
Les Contemplations^ I, 99 (I, xxv)*.
L'étoile aux cieux, ainsi qu'une fleur de lumière, Ouvre et fait rayonner sa splendide fraîcheur.
/*., 188 (II, xxvi).
Oh ! vous aurez trop dit au pauvre petit ange Qu'il est d'autres anges là-haut,
Que rien ne souff're au ciel, que jamais rien n'y change, Qu'il est doux d'y rentrer bientôt ;
Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres,
Une tente aux riches couleurs, Un jardin bleu rempli de lys qui sont des astres
Et d'étoiles qui sont des fleurs.
/A., I, 351-253 (III, xiv).
D'en haut elle sourit à nous qui gémissons. Elle sourit, et dit aux anges sous leurs voiles : Est-ce qu'il est permis de cueillir des étoiles ?
Ib.y II, 131 (V, xiv).
Et, tandis que montaient les constellations.
Et que la première onde aux premiers alcyons
Donnait sous l'infini le long baiser nocturne.
Et qu'ainsi que des fleurs tombant à flots d'une urne
Les astres fourmillants emplissaient le ciel noir.
/A., 176 (V, xxvi).
A-t-il cessé, le vent qui fit naître ces roses, Sirius, Orion, toi, Vénus, qui reposes
Notre œil dans le péril ?
Ne verrons-nous jamais sous ces grandes haleines
I. Dans cette pièce intitulée Unité ^ le poète nous montre une marguerite regardant fixement le soleil :
— Et moi, j'ai des rayons aussi ! lui disait-elle.
D*autres fleurs de lumière éclore dans les plaines
De Téternel avril ?
/*., 245 (VI, IX, a).
Etre ! quand dans Téther tu dessinas les formes, Partout où tu traças les orbites énormes
Des univers qui n'étaient pas, Des soleils ont jailli, fleurs de flamme, et sans nombre, Des trous qu*au firmament, en s'y posant dans Tombre,
Fit la pointe de ton compas!
/*., 379 (VI, xvii).
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ; Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de Tombre Brillait à l'occident.
La Légende des siècles, I, 70 (II, vi).
Sa tiare splendide' est une ruche immense Où, des roses soleils apportant la semence
Et de Tastre apportant le miel, Essaim de flamme ayant le monde pour Hymètes, Mouches de Tinfini, les abeilles comètes
Volent de tous les points du ciel.