‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 54 sur 112 · I. Les dévots · texte numérisé non relu

I. Les dévots

iSa LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

OÙ le poète proteste contre le meurtre légal et contre toutes les formes de l'assassinat :

Le penseur n absout point les grands forfaits lyriques Q.ue Thistoire engloutit sous ses panégyriques ; Il excuse parfois, il n'approuve jamais.

Il veut de l'aube, et non du sang, sur les sommets. Les Quatre vents de V esprit^ I, 86 (Liv. sat.^ XX).

Quatre-vingt-treize est une de ces sanglantes aurores que le poète comprend et excuse :

J'ai lu; j'ai comparé Taube avec la nuit noire, Et les quatrevingt-treize aux Saint-Barthélémy ; Car ce quatrevingt-treize où vous avez frémi. Qui dut être, et que rien ne peut plus faire éclore, C'est la lueur de sang qui se mêle à l'aurore.

Les Contemplations, II, 88-89 (V, ni, 4).

Le matin d'une bataille, le sourire de Taurore semble celui d'une bouche sanglante :

Cent vingt têtes alors, ainsi qu'un archipel, Sortirent de la neige ; un sergent fit l'appel, Et l'aube se montra, rouge, joyeuse et lente; On eût cru voir sourire une bouche sanglante.

La Li^gende des siècles, IV, 71 (XLIX, vi).

Victor Hugo, montrant les terreurs de Thomme devant le mystère de la création , compare l'aube à une plaie :

On a peur quand l'aube qui s'éveille Fait une plaie au bas des cieux, rouge et vermeille.

Dieu^ ICI (II, n).

l'aube et l'aurore, le coucher du soleil 183

C'est aussi comme une plaie que laurore apparaît à Tesprit impuissant de l'homme, où les idées et les mots sont incertains :

Oh ! dans Tesprit de Thomme où tout vacille et fuit. Où le verbe n'a pas un mot qui ne bégaye, Où l'aurore apparaît, hélas î comme une plaie, Dans cet esprit tremblant dès qu'il ose augurer. Oh ! comment concevoir, comment se figurer Cette vibration communiquée aux tombes*... î

La Légende des siècles, IV, 325 (LX).

Enfin le soleil s'élève au-dessus des brumes. L'aurore a définitivement triomphé de la nuit; ce n'est plus que la flamme qu'on aperçoit, c'est la couleur victorieuse de l'or; c'est d'abord une frange, puis l'or envahit tout le ciel, et Taurore le prodigue à tout ce qu'elle touche de ses rayons. Peu importe que le mot aurore soit employé dans son sens propre ou qu'il soit pris au figuré ; nous savons que Victor Hugo distingue dans l'aurore des peuples les mêmes phases que dans celle de la nature :

O peuple... î

Toi qui soufflas le vent des tempêtes sur l'onde

Et qui fis du chaos naître l'aurore blonde...

Toute la lyre, II, 307 (La Corde d'airain^ x).

Autrefois j'ai connu Ferdousi dans Mysore.

Il semblait avoir pris une flamme à l'aurore Pour s'en faire une aigrette et se la mettre au front.

La Légende des siècles, III, 23 j (XXXVIII, ni).

I. Il s'agit du bruit du Clairon. Le reste de la pièce fait comprendre coniQient le poète emploie ici le mot aurore.

184 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRE

La frange d'or de Taube au rebord des ravines.

La Fin de Satan ^ 278 (Satan dans la nuit, m).

Puis dans Tor du matin luisant comme une étoile, Tantôt elle* y découpe une frange à son voile.

Les Feuilles d'automne, 276 (VII).

Tout s'illuminait, Tombre et le brouillard obscur; Des avalanches d'or s'écroulaient dans Tazur.

La Légende des siècles, I, 37 (II, i).

Mai, ce libérateur...

Redore laube, met hors de prison les roses.

Toute la lyre, III, 336 (La Corde d'airain, xvm).

Cette couronne de colonnes - Que le soleil levant redore tous les jours.

Les Chants du crépuscule, 38 (III).

Le tigre dit : — Et moi ? je veux ma part du ciel ! — L'aube dore le tigre et l'offre a l'Éternel.

La Fin de Satan, 250 (Satan dans la nuit, 1).

On s'aimait. On se craint. L'univers est nocturne ; L'aube bail le matin, inutile doreur.

La Légende des siècles, I, 98-99 (IV, m).

Mes vieux monts pour dorure ont le soleil levant.

Ib., III, 98 (XXXI, II).

Le faste providentiel

Partout brille, éclate et s'épanche,

Et l'unique livre, le ciel,

Est par l'aube doré sur tranche.

VArt d'être grand-père, 26 (I, ix).

Nous regardons passer Charles-Quint sur son trône, Jules deux sous son dais, César dans les clairons,

1, Sa poésie.

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Et nous avons pitié lorsque nous comparons A Taurore des cieux cette fausse dorure.

Les Quatre vents de Vesprtty I, 55 (Liv. sat.^ XIII).

II arrive pourtant que cet or ne donne pas au ciel un aspect de joie ; la tristesse des choses résiste à la dorure du matin , qui semble parfois même ne faire que la compléter :

Les forêts sont le lieu lugubre; la terreur, Noire, y résiste même au matin, ce doreur.

La Légende des siècles^ III, 18 (XXII, 11).

L'horizon noir paraît plein des douleurs divines; Le cercle des monts fait la couronne d'épines, L'aube fait l'auréole d'or.

Toute la lyre, I, 105 (II, xn).

Le soir, le poète retrouve, dans l'ordre inverse, à peu près les mêmes couleurs que le matin. L'or brille au couchant ; le sommet des monts est doré; les nuages construisent de merveilleux édifices, des portiques , des arcs-de-triomphe sous lesquels va disparaître le soleil :

Derrière les derniers brouillards, plus loin encor, Apparaissent soudain les mille étages d'or , ' D'un édifice de nuées.

Les Feuilles d'automne, 394 (XXXV, v).

En ce moment l'abîme devenait magnifique. Le soleil

se couchait derrière la crête dentelée du Pilate. Il n'éclairait

plus que les sommets extrêmes de toutes les montagnes, et ses rayons horizontaux se posaient sur ces monstrueuses pyramides comme des architraves d'or.

Alpes et Pyrénées^ 44-45 (i839> ")•

l86 LA COULEUR, LA LUMIERE ET l'oMBRB

Le couchant flamboyait à travers les bruines Comme le fronton d'or d'un vieux temple en ruines.

Toute la lyre y III, 97 (V, iv).

L'aurore chaque jour bâtit la galerie Des heures dont le luxe à chaque pas varie, Et le couchant construit au bout du corridor Des montagnes de pourpre et des portiques d'or.

Je lie regarderai ni l'or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur.

Les Contemplations^ II, 52 (IV, xiv).

Les prés, les fleurs, les fumées Dans l'or du soir.

Les Quatre vents de l'esprit, II, 78 (Liv, lyr,, XIX, n).

Cet or du soir prend insensiblement d'autres teintes : on voit apparaître la pourpre , la nacre verte. Le poète nous montre, rampant à Thorizon, le scarabée effroyable du soir :

Un rayon de soleil horizontal empourpre au loin la poussière sur la route ducale de Rudesheim à Biberich et fait étinceler de rapides calèches qui semblent fuir dans un nuage d'or portées par quatre étoiles.

Z^i?///«, 1,437 (XXII).

Si c'est l'heure où déjà des vapeurs sont tombées Sur le couchant rougi de l'or des scarabées.

Les Voix intérieures, 344 (III, vm).

On a peur quand on voit, vague, à fleur d'horizon.

Montrant, dans l'étendue au crépuscule ouverte,

Son dos mystérieux d'or et de nacre verte.

Ramper le scarabée eff'royable du soir.

Dieu, loi (II, n).

l'aube et l* aurore, le coucher du soleil 187

Jamais d'ailleurs Téclat du soleil n'est plus magnifique qu'au moment où il va s'éteindre. Le couchant est une fournaise, un brasier, un incendie. Les rayons du soleil transforment en braises les vitres qu'ils viennent toucher ; ils font briller comme une étoile la vitre d'un taudis ; ils embrasent les nuages ; il semble que l'on soit sous le regard d'un œil de flamme :

Tantôt, comme un guerrier qui résonne en marchant, Elle* frappe d'éclairs la forêt qui murmure, Et tantôt en passant rougit sa noire armure Dans la fournaise du couchant.

L^s Feuilles d'automne^ '2'j() (VII).

C'était un grand château du temps de Louis treize. Le couchant rougissait ce palais oublié.

Chaque fenêtre au loin, transformée en fournaise, Avait perdu sa forme et n'était plus que braise.

Les Voix intérieures, 291 (XVI).

Un beau soleil couchant, empourprant le taudis.

Embrasait la fenêtre et le plafond, tandis

Q.ue ce couple hideux, que rend deux fois infâme

La misère du cœur et la laideur de Tâme,

Etalait son ulcère et ses difformités

Sans honte, et sans pudeur montrait ses nudités.

Et leur vitre, où pendait un vieux haillon de toile.

Était, grâce au soleil, une éclatante étoile

Qui dans ce même instant, vive et pure lueur,

Eblouissait au loin quelque passant rêveur 1

Les Contemplations^ I, 208 (III, xvni).

A quoi bon chaque soir, quand luit Tété vermeil, Comme un charbon ardent déposant le soleil

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