‹ Les métaphores et les comparaisons dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 67 sur 112 · I. L'Océan · texte numérisé non relu

I. L'Océan

De ces flots de cristal, de ces ondes de moire ; Et le passage affreux du tonnerre est ma gloire. Les Quatre vents Je l'esprit, I, iSo (Liv. sat.^ XLIV).

A travers Tonde, le vieillard Océan voit grossir le gigantesque vaisseau :

Le vieillard Océan, qu'effarouche la sonde, Inquiet, à travers le verre de son onde, Regardait le vaisseau de Thomme grossissant.

La Légende des siècles^ IV, 284 (LVIII, i).

Mais ce n'est pas avec cette transparence que nous voyons l'eau de la mer, des fleuves et des lacs. Suivant sa profondeur, suivant la lumière qu'elle reflète, Teau nous apparaît diversement colorée. Elle est bleue, elle est verte. Elle a Téclat de Tor ou celui de Targent. Elle est plus ou moins marbrée ou moirée par les jeux de la lumière et de Tombre. Elle n'a pas, à la clarté de la lune, la même couleur que sous les rayons du soleil, et le ciel nuageux la rend sombre et plombé©. Aucune de ces modifications n'a échappé aux yeux de Victor Hugo, et, à la façon dont il les traduit, on voit que l'eau est pour lui une chose lumineuse autant qu'une chose colorée.

Quand l'eau paraît bleue, elle rassemble au saphir; c'est parmi les pierres précieuses que Victor Hugo choisit un point de comparaison, parce qu'il voit leau briller sous la lumière:

Mon saphir se dissout, ruisselle et fait le Rhône.

Le Rhin, I, 574 {XXI, ix).

328 LA COULEUR, LA LUMIÈRE ET L'oMBRE

J ai VU le Rhône entrer dans la Méditerranée, large de

deux lieues, jaune, trouble, fangeux, grand et sale. Il y a

six jours je l'avais vu sortir du Léman, sous le vieux pont

de moulins de Genève, clair, transparent, limpide, bleu

comme un saphir.

Alpes et Pyrénées, 74 (1839, vi).

La mer est un saphir.

Ib,, 76.

Vous allez aux pays de lumière, à Tltalie, à la Grèce, à rÉgypte; vous allez faire le tour de Teau de saphir.

Correspondance^ II, 229 (11 déc. 1859).

Une eau k magiquement limpide » fait resplendir ce quelle couvre. Elle change de petites fleurs bleues en saphirs :

Cette plante. . . offrait au regard de larges nappes brouillées et obscures, partout piquées d'innombrables petites fleurs couleur lapis-lazuli. Dans Teau ces fleurs semblaient s allumer, et Ton croyait voir des braises bleues. Hors de Teau c'étaient des fleurs, sous Teau c'étaient des saphirs ; de sorte que la lame en montant et en inondant le soubassement de la grotte revêtu de ces plantes , couvrait le rocher d'escarboucles.

Les Travailleurs de la mer, II, 74 (II, 1, 13).

Quand Teau paraît verte, Victor Hugo la compare à rémeraude :

Mon émeraude fond et devient le beau Rhin.

Le Rhin, I, 374 (XXI, ix).

J*ai devant moi un ciel d'été, le soleil, des coteaux couverts de vignes mûres, et cette magnifique émeraude du

Léman enchâssée dans des montagnes de neige comme dans une orfèvrerie d'argent.

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