‹ Les métaux dans l'antiquitéChapitre 171 sur 248 · Hist. Aug., t. I, p · texte numérisé non relu

Hist. Aug., t. I, p

Italiens appellent ce métal ottone^ en supprimant le l initial, comme ils l’ont fait pour d’autres mots, et au lieu de dire l'ottone ; les Espagnols l’appellent lata j mais il s’agit de remonter plus haut. Je ne trouve qu’une origine qui satisfasse mon esprit, c’est l’adjectif lut eum^ jaune. On aura dit d’abord ses liiteum.^ cuivrée jaune., et l’adjectif devenant substantif en vertu de la loi que nous avons signalée, à propos de Cyprium., # on se sera contenté de luteiim. Il existe un cas tout pareil : le jaune de l’œuf se dit en latin luteuin, pris substantivement.

Mais nous pouvons serrer encore de plus près notre mot.

Les anciens teignaient la chrysocolle avec une plante nommée luteum, ou plus ordinairement lutuin {\e Réséda luteola). C’est ce lutwn, ou plutôt loutoum, prononcé à la romaine, qui aura engendré l’italien lottone, et de là le français leton, laton et laiton.

^ Les anciens voulurent très-naturellement désigner les dif- * férents alliages du cuivre par la couleur que ce mélange donnait au métal. Ainsi, quand le cuivre rouge, æs rubruni, devint jaune, ils l’appelèrent , nous venons de le voir, æs luteum, puis luteum , lutuin, cuivre jaune. Cette idée va nous servir de guide dans la recherche de l’étymologie de bronze.

L’airain que nous appelons aujourd’hui de ce nom, est, comme on sait, un mélange de cuivre, d’étain et de zinc, et sa couleur est un brun plus ou moins foncé, tirant plus ou moins sur le noir. Quel est donc le nom qui conviendra le mieux à cet alliage ? évidemment celui qui exprimera le mieux sa couleur. Du Cange interprétant, sur l’autorité d’un glossaire, le mot hrunea, brunia ou bronia-i dit que dans la basse latinité le mot s’est pris pour désigner une armure défensive de la poitrine, une cuirasse : « Thorax, lorica, bru- « nia ; » et comme ces cuirasses étaient ordinairement d’airain, c’est de brunia qu’il dérive le mot bronze. Il va plus loin; il pense que la couleur désignée par brunus, c’est-à-dire sombre, noirâtre, brune, dérive elle-même du nom de la cuirasse. Au mot Brunus : « Il est. peut-être tiré, dit-il, ou

« de la couleur des prunes, comme le pense Ottavio Ferrari, « ou parce qu’il reproduit la couleur de la hrunia^ ou cui- « rasse 5 d’où les Français ont tiré le mot bronze^ pour dési- « gner \ airain dont on fait aussi les statues appelées « hruneæ^ de bronze. — Sic forte dictus a prunorum colore, « ut censet Octavius Ferrarius, vel quod bruniæ^ seu loricæ « colorem référât; unde nostri bronze^ pro ære ex quo « bruneæ et statuæ conficiuntur. »

Ce n’est pas là raisonner juste; Du Gange prend le dérivé pour le primitif; car nécessairement le nom de la couleur a précédé le nom de la cuirasse, et celui-ci ne peut venir que de celui-là. C’est donc de brunus qu’a été tiré brunia et ensuite notre mot bronze. Ménage fait sortir ce dernier de frontis : rien de plus forcé et de moins vraisemblable. Nous avons déjà presque le mot français dans brunus^ prononcé brouns, après la suppression de Vu final ; toutefois, l’étymologie n’est pas encore complète. De même que les Latins disaient album æs, pour désigner un laiton tirant sur le blanc, de même ils ont dû dire nigrum æs^ pour désigner le bronze plus ou moins foncé, comme les Grecs disaient [xsXaç;

et plus tard, lorsque le mot brunus s’est employé dans le sens de fusciis^ ils ont dû dire plus justement encore brunuiy. a?.9, et ensuite, les cas et les genres se perdant, brunus æs^ qvii prononcé br omises^ touche à bronze.

Je trouve une preuve sensible de cette agglutination dans un mot de la basse gréçité, rapporté par Du Cange, au même endroit. Du anonyme paile de portes d'airain^ et dans sa langue métisse, il les appelle Ttopraç -TrpouT^iveç : « jcal Séo « TTopTaç TTpouT^ivsç. » Le mot est mal écrit, et devant -jTpouT^tvsç; il doit y avoir un (x. Les Grecs modernes n’ayant pas dans leur alphabet de caractère équivalent à notre è, pour la prononciation, le figurent par [xti, parce que dans leur langue, lorsque ces deux muettes sont suivies d’une voyelle, le % se prononce comme notre b ; ainsi apt,7r£);oç= ambelos. MTipout^ivsç représente donc broutzines^ et me paraît décider la question.

Maintenant, à quelle ëpoque brunus est-il entré dans le latin, pour y devenir le synonyme de fiiscus? Il serait difficile de le déterminer. Du Gange signale brunla y cuirasse^ dans un capitulaire de l’année 805. Mais comme le mot bronze devait exister antérieurement, et que l’adjectif désignant la couleur de cet alliage devait lui-même remonter encore plus haut, on pourrait conjecturer que brunus date du septième siècle. Je n’ose m’appuyer sur Isidore, bien qu’il semble résulter au premier abord d’un article de ses Origines^ que brunus était en usage de son temps. Lorsqu’il définit le métis, produit de l’accouplement du cheval avec l’ânesse, métis plus petit que le mulet, et ordinairement plus roux, et qui se nommait en latin burdo^ hinnus ou mannuSy il dit qu’on l’appelle vulgairement brunitus : « Mannus vero « equus brevior est, quem vulgo brunitum vocant*.» Mais de meilleurs manuscrits ont donné brunicumy qui ne paraît luimême qu’une corruption. Mannus avait pour synonyme burrichuSy du grec Tcu^pcyoç, roux^ d’où est venu notre mot bourrique. Ce nom de burrichuSy qui s’écrivait aussi biiricus^ paraît avoir dégénéré plus tard en brunicuSy témoin le passage d’Isidore où il faut rétablir sans hésitation buricuniy et çela, de l’aveu d’Isidore lui-même, qui, dans son Glossaire, interprète mannulus par buricus : « Mannulus, caballus, bu- « ricus. « Brunicus , en effet, ne pourrait venir que de brunus ; or, la couleur de l’animal s’y oppose.

Quant à l’étymologie de brunus, il ne sort certainement pas de prunum, comme le croyait Ferrari ', le dériver de l’allemand braun, brun, c’est tomber dans une pétition de principes \ remonter à brennen, brider, c’est s’écarter du sens du mot. Concluons que la racine de brunus nous échappe', et qu’il nous suffise d’avoir découvert, je crois, l’origine de bronze.

\ . Orig. , XII, J .

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