PARIS
F. YIEWEG, LIBRAIRE-ËDITEUR
KUE RICHELIEU, 67
DES MÉTAUX CHEZ LES ANCIENS ÉGYFllENS.
Ijes métaux précieux et les pierres précieuses avaient grand valeur et jouissaient d'une grande considération chez les anciens Égyptiens. De même que Tart de polir, de tailler les pierres précieuses, et de les employer à Tomementation des objets les plus variés, la métallurgie s'était développée de bonne heure et avait atteint bientôt un haut degré de perfection. On fabriquait le verre , on le colorait en masses transparentes ou opaques à Timitation des pierres précieuses, on le travaillait de toutes les manières, on en faisait des émaux, on en recouvrait des figures et d'autres objets eu terre ou en pierre propre à cet usage: les produits de cette industrie étaient répandus et recherchés partout. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un coup d'œil sur les trésors que Thoutmosis III amasse devant Ammon dans le temple de Karnak^, ou sur l'or, l'argent et les autres matières précieuses de toute sorte que les peuples du Nord et du Sud apportent en quantités énormes au même roi dans le tombeau de Re/mara^, ou enfin sur les richesses qu'une ambassade du Nord et du Sud présente au roi postérieur Toutan^aihen. Ces deux derniers tableaux sont empruntés à des tombeaux thébains^. Les monceaux d'armes et d'objets précieux que Ramsès III (le riche Rhampsinite d'Hérodote) gardait dans ses trésors sont représentés en grande partie dans une chambre de sa syringe ^. On savait préparer de grands vases artistiques en or et en argent émaillés , munis d'anses et de couvercles, ornés de figures d'hommes et d'animaux, de fleurs et de feuillages; la riche collection que Rosellini ^ en a reproduite, presque partout avec les couleurs de l'original, nous montre le degré de perfection auquel on atteignait. On peut se former une idée des quantités incalculables de minéraux précieux bruts ou travaillés, que les expéditions triomphales des puissants Pharaons des grandes dynasties thébaines firent passer d'Asie et d'Ethiopie en Egypte, par l'étude des inscriptions qui retracent, sur les parois du pronaos du grand temple à Karnak, les campagnes de Thoutmosis III depuis l'an XXIII jusqu'à l'an XLII de son règne. Au dire de Tacite, les prêtres de Thèbes expliquèrent à Germanicus des inscriptions semblables du temps de Ramsès II. «On y lisait, dit-il, les tributs «imposés aux nations, le poids de l'or et de l'argent, le nombre d'armes et de chevaux,
1) Champ. Mon. pi. 316. 317.
2) Reproduites en couleurs par Hoskins, Voy. en Éthiop. p. 328 ss. pi. 46^49 et au trait par WiLKiNSON, Mann, and Cust. Vol. I.
3) Denkmaler der Preuss. Exp. III. 115—118.
4) Champ. Mon. pi. 258—264. Rosell. Mon. Civ. 50, 60, 61.
5) Mon. Civ. tav. 58—62.
DES BfÉTAUX,
(des dons faits aux temples, Tivoire et les parfams, avec les quantités de blé et d'objets «utiles que chaque nation avait à verser, et le tout n'était pas moins considérable que les «impôts levés par la puissance des Parthes et Fautorité des Romains.»
De même pour des époques plus récentes : je me bornerai à citer les stèles Éthiopiennes du Djebel Barkal. Les monuments des Ptolémées et ceux des Romains nous fournissent de longues listes de villes et de pays, qui avaient à verser dans les trésors des temples des métaux et des minéraux précieux rangés d'après leur valeur.
Donné pareille abondance de matériaux propres à nous faire connaître les métaux connus et estimés des anciens Égyptiens et le grand progrès que le déchiffrement des hiéroglyphes a fait dans ces derniers temps, on peut s'étonner à bon droit de trouver encore parmi les Égyptologues tant dincertitude dans la nomenclature, non seulement des pierres précieuses, mais aussi des métaux.
Cette incertitude vient d'abord du signe D que Ghampollion et d'autres après lui ont cru, je ne sais pour quelle raison, être un creuset. Il n'en connaissait pas la prononciation, mais le traduisait par «feD. Maintenant on le lit le plus souvent ba et Mr. de Rougé le traduit par fer ou acier. Birch* lit ba^ bois, fer ou cuivre. Chabas^ ne donne pas de prononciation, mais traduit bronze ou fer. Brugsch^ hésite entre fer et cuivre. DOmichbn* rend le groupe ^o ^ — i ^ par «métal noir».
Cette hésitation entre deux métaux aussi importants que le sont le bronze et le fer a son origine dans le fait que voici. On trouve dans les inscriptions une série constante, dans laquelle le signe idéographique douteux se trouve placé entre deux groupes phonétiques. Le dernier se lit laht qui correspond au Copte ^^2.^ plomb, et le premier mafka qui n'a pas de correspondant en Copte. Si Ton traduit, comme le faisait ChampoLt- LION, mafka par cuivre et le signe douteux par fer, tout parait être en règle et l'on a cuivre, fer, plomb: l'étain est ici hors de question. Mais alors cet ordre semble être contredit par les faits : car mafka «le cuivre» n'est jamais nommé lorsqu'il s'agit de vases, d'armes et d'autres ustensiles de toute sorte, mais seulement le fer, et pourtant les objets que nous connaissons par les tombeaux sont presque exclusivement en cuivre et trèsrarement en fer. Si l'on veut prendre pour le cuivre le signe inconnu U, le fer manque entièrement à la série et il faut chercher pour mafka une autre signification qui ne se trouve que difficilement. A la vérité Bhugsch^, s'appuyant sur ce fait que l'Anglais Mac- DONALD avait rencontré et, pour ainsi dire récolté, aux mines de mafka du Sinai des turquoises incrustées dans le roc, en avait conclu que ces turquoises avaient attiré sur la péninsule les anciennes colonies minières des Égyptiens , partant que mafka signifie non pas cuivre mais turquoise. Cette conjecture semblait d'autant plus acceptable, que, dans la série constante des métaux, immédiatement derrière l'or et l'argent et devant mafkuy se trouvait intercalé un minéral xesbefy qui désignait, d'après le consentement général des Égyptologues, non pas un métal, mais un minéral, le «lapis lazuli». Cette hypothèse, d'après laquelle mafka serait la turquoise et que nous examinerons par la suite trouva peu d'accueil r pourtant Brugscu la maintient encore dans son Dictionnaire.
1) Bunsen, Égypt. vol. I. 2. éd. p. 555. 2) Papyrus Uarris.
3) Dict. p. 23, 50, 91, G18, 751. 4) Recueil IV. 55, 50, 57. et a. Texte p. 7.
5} WanderuDg nach den TUrkis-Miueu uud der Sinai-Halbinsel. lS6t>. p. 80 ss.