‹ Les métaux dans les inscriptions égyptiennes (volume 2)Chapitre 9 sur 13 · N/VS/VN · texte numérisé non relu

N/VS/VN

1) Mariette, Dendéra I. 70, 5. DOm. Bee. IV. 73, 6.

2) DE Bougé, Bech. sur les prem. dyn. p. 69, 3) DOh. Rec. IV. S8, 28.

4) DûM. Kal.-Inschr., 109,7.

5) Denkm. III. 37 b. 6) Chabif. Panth. Eg. pi. 20. St. G.

8) Todtenb. c. 125, 49. 52. 149, 39.

9) Bruqscu, Dict. p. 1589. 10) DûH. Kal.-Inschr. 82.

Mafek. 39

en métal précieux, en argent çt en or, en %esbet^ en mafek et en tehm pour réjouir le visage de la princesse, Toeil du soleil, à Dendéra, et des sistres de tehen et des sistres d'or, qui écartent le mal de la grande déesse de Dendéra». De ces quatres prophètes, le premier portait un vase d'or et d'argent et un sistre; le deuxième un vase de xesbet^ un sistre d'or et un d'argent; le troisième, un vase de mafek et un sistre; le quatrième

un vase et un sistre de tehen ^, Dans un autre passage il est dit^: ST^t A-^ i^^ *

uru em bà en nub arkur xesbet mafek en Le&ui Tefrer teheu] «L'Asie, avec ses grands tributs d'or, d'argent, de xesbet^ de mafek de Lekut et de Tefiel^ et de tehen^). Le tehen venait donc d'Asie. Dans un autre endroit^, on mentionne le tehen du puys de

Bex^ qui se trouvait à l'est de l'Egypte, s=> o V ^ ^"^^ -

A Dendéra, le roi apporte à Hathor mk plateau sur lequel sont rangées un certain nombre de briques. Dessous , l'inscription * : ^^ i ^ (^^ o ^fff^ ^^ ^

ex A/wAA ^ c=^{Z3 ''^^^ , rû tob-u nu nub hat tehen hesteb mafek èenemem iers

o oo^zzzooo <z> ooo ooo

à-tu neb; «Apport de briques en or, argent, tehen, ;ce*Je^, mafek, ienemem, hers et toute sorte de minéraux précieux». Ici, on pourrait croire d'abord qu'on n'employait pas seulemei^ l'or et l'argent, mais toutes les pierre», sous forme de briques: dans ce cas, il ne peut être question que dHmîtations en verre. Il ne manque ici que le nesem la plus rare de ces matières précieuses. Voici du reste qui prouve la couleur jaune du tehen. Le mot s'est conservé dans le Copte ^Hit*, qui désigne le soufre et la foudre^ sans doute à cause de leur eouleur. En Tbëbain on trouve ^Htt; mais c'est une corruption pour -r^Mii. Le scribe avait pris ce mot pour un féminin, t. ^hh^.

Le heries est nommé en dernier. C'est sans doute la pierre nommée à Den-

A M <:i:>ooo

déra et dont le nom s'écrit aussi <:=^ herset '. Sous cette ^ forme nous le trouvons

mentionné parmi les ingrédients d'une composition particulière, formée de 24 substances minérales, et qu'on décrit à Dendéra^. On distingue le hers blanc du hers rouge: la

couleur estimée était le blanc, car il est dit d'une résine odorante beêei^. Dù»^

' > -„oo o

dnem-f hersef^ «sa couleur est le herseh ; ce devait donc être une couleur connue. Il est souvent question du herfes blanc à Dendéra^®, où on apporte le hertes blanc du pays de

Setet C2, ^. Ce pays de éetet était en Ethiopie, car on trouve à Edfou la variante H? ^ ^ y *'. Ce semble avoir été un beau quartz laiteux, comme on en trouve

cr>c:îS3 000iCZ]

Ij DfJM. Kal.-Inschr. 100. 109. 113. Cf. 88.

2) DiJM. Resultate. PI. 44. 3) Dïim. Kal.-Inschr. 22.

4) Mariette, Dendéra. I. 22. 5) Zoega, Cat. 030, 48.

6) Tattam dans son Lexique fait erreur en désignant ^hii comme féminin.

7) DûM. Bec. IV. 86, 5.

8) DOm. Rec. IV. 9, 50. 24, 139 a.

9) DûM. Rec. IV. 86, 5.

10) DiM. Rec. IV. 72, 12.

11) DûM. Rec. IV. 63, 7. cf. 64, 5. 70, 8. heraêi 74, 12.

46 Mafek.

dans le Sud de la forêt Noire S y^t comme il n'est pas rare d'en trouver parmi les bijoux Égyptiens.

La série des pierres vraies ou imitées en verre se présente donc à nous dans Tordre déjà indiqué ci-dessus:

Jyesbet, lapis lazuli, bleu sombre, ooo

^v o xenem^ rubis, rouge, ^gv o nesem, turquoise, bleu-clair,

o mafek. émeraude, vert.

d^^o tehen^ topaze, jaune,

^ o hertes^ quartz laiteux, blanc.

On peut maintenant demander comment il se fait que, dans cette série, le mafek ait perdu son ancienne place d'honneur derrière le /esbet et n'arrive qu'en quatrième lieu. Une palette qui se trouve au Musée de 'Berlin répondra peut-être à cette question. Elle contient les sept couleurs rangées de la plus sombre à la plus claire. Les deux premiers godets contiennent maintenant du noir tous les deux et ont été bjEirbouillés par la touche du pinceau. Il est vraisemblable que la deuxième contenait non pas du noir mais du bleu foncé. Les autres godets contenaient, comme j'ai pu m'en convaincre, du rouge, du bleu clair, du vert, du jaune et du blanc; c'est l'ordre d'après lequel sont rangées les pierres précieuses plus haut. On les classait, non d'après la qualité et la valeur, mais d'après la couleur.

Dans le trésor de Ramsès III, il y a trois monceaux 2;

1®. ' I ç/ > '*^* nofre en set, bon or de la montagne, 1^. j| o^ / — I , xeshei mîi , vrai /esbet,

3^. i — I, mafek ma, vrai mafek.

Nous trouvons le xesbet mentionné sous la forme de qenqennu, c'est à dire, en

petits morceaux: il semble correspondre au "^ " /na/wvn [id-* mafek en ar. Ar,

muni du déterminatif de la pierre, ne peut être que le Copte «^A, n lapis, calctilus, grando: mafek en âr est donc le ^ mafek en petites pierres».

Ce qui montre le mieux le parallélisme avec le xesbet, c'est que le mafek est représenté^ en briques, à côté des briques en ;fé?«^^A, dans le trésor de Ramsès III. Nous avons trouvé que les briques de x^^^^^ avaient dû être coulées artificiellement: il faut en conclure que le mafek aussi devait être transformé en verre, et pulvérisé après.

Les analyses que nous avons faites sur les originaux Égyptiens concordent assez avec ces résultats. Les différentes couleurs vertes, celle des mursùUes des tombeaux royaux à Thèbes, comme celle des sarcophages en pierre et en bois, m'ont laissé apercevoir

1) QUBNSTEDT, p. 169. 2) DuM. Hist. Inachr. PI. 34.

3) DûM. Bec. IV, 9. 4) DûH. Hist. Insohr. PI. 32.

Mafek. ' 41

SOUS le mieroscope de petits éclats d'un verre teint en vert et mêlés de temps en temps à nn peti de verre blanc. Si nous cherchons les minerais qui, torréfiés on non, donnent une belle couleur verte, le choix est des plus restreints. *

L'intensité du vert montre qu'on s'est servi d'un oxyde de cuivre; en effet, toutes les masses de verre fondu que nous avons analysées ont offert des traces de cuivre. De même pour la couleur verte qu'on a prise directement aux monuments. La perle de borax, réduite ou non réduite, quand on la fond avec ce vert, nous appsrraît dans les nuances voulues. La substance qui sert de base à la couleur n'est pas méconnaissable: c'est, on la malachite pulvérisée, ou le vert de cuivre. Qcjenstedt^ dit de la malachite : »Ce minéral est extraordinairement prisé pour des travaux d'omemen- «tation à cause de sa belle couleur et de sa facilité à recevoir le poli. Pulvérisé, il sert cde couleur (le vert de mine) . Il est plus durable que le bleu de mine, car le lapis à base ade cuivre se transforme aisément en malachite». Le bleu de cuivre et la malachite sont les deux minerais de cuivre les plus importants. Ils ne renferment ni soufré ni fer, deux substances qui augmentent beaucoup les difficultés de fonte et de purification. La nature les rapproche autant l'un de l'autre, que les inscriptions le x^^f^^^ ^t le mafek. Le premier est le plus précieux; on le trouve plus rarement, et il suffit d'une transformation moléculaire insignifiante pour le changer en malachite. Voilà pourquoi le nuifek cède le pas au xesbet. On ne saurait donc s'étonner que ces deux minéraux, le dernier surtout, se trouvent sur la péninsule du Sinaï si riche en cuivre. Ils y furent exploités depuis les temps anciens, en partie pour faire du cuivre métallique^ en partie pour être transformés par un procédé particulier en les deux couleurs et en les deux qualités de verre les plus précieuses. J'ai trouvé moi-même, devant les galeries de Ouadi Maghara^ dans la poussière des roches, un petit rognon de malachite que j'ai rapporté à Berlin^ £omme preuve de l'exploitation de ce minerai sur la péninsule. A l'analyse de cet objet placé dans la collection Royale, on reconnut aussitôt 4a malachite. C'est un échantillon du mafek Égyptien qui fit donner à la péninsule son nom de Pays à mafek. Avec un peu d'attention on ne manquera pas de récolter sur les lieux beaucoup d'autres échantillons analogues à celui qui m'est tombé par hasard sous les yeux.

Le nom Grec du vert de cuivre était xp^<3ox6XXa. Les auteurs Grecs et Romains établissent le même rapport entre le xuavoç et la x?\^fiyLKi\\ti y que les inscriptions hiéroglyphiques établissent ^dtre le xesbet et le mafek, et la nature entre les sulfates de cuivre bleu et vert. Le mot xp^<'o^o^a veut dire d'abord soudure d'or, parce qu'on se servait du cuivre pour souder l'or. D'après Pline, on le pilait avec un peu d'or et un cinquième d'argent^ dans un mortier de cuivre : on y joignait de l'urine d'enfant à cause de l'ammoniaque qu'elle contient. On obtenait ainsi un alliage un peu plus fusible que l'or et fait à souhait pour le souder. Théophraste nomme la xp^^xoXXa et le xoavoç parmi les matières colorantes qu'il range dans une catégorie particulière. Après une longue digression au sujet des différentes espèces d'émeraudes, il dit de la fausse émeraude «^soSiqç afjLapa-jfSoc » qu'on la trouve dans les mines de cuivre de Chypre , mais en si petits morceaux qu'on ne peut s'en servir que pour souder l'or. Elle s'y prête aussi bien que la y(fi\>(3Q%ik\a et, d'après l'opinion de quelques uns, ce serait la même substance. La couleur est identique

1) Minéralogie p. 407.

42 ^ Mafek.

des deux côtés. La xP^<'oxoUa se trouvait en grandes quantités dans les mines d'or, et encore plus dans les mines de cuivre ou dans le voisinage.

' Ces mots se rapportent sans doute au malachite et au vert de cuivre. Le dernier était à vrai dire la soudure d'or: les cristaux opaques du premier paraissaient appartenir à une autre substance. On Tavait reconnu pour identique au vert de cuivre : on en broyait les petits morceaux qui ne pouvaient servir à autre chose, et ils servaient à souder Tor.

Pline dit, que la xpu<3o^oXXa se trouve dans les mines d'or et d'argent, et la meilleure dans les mines de cuivre. Pour la fabriquer artificiellement, il suffisait de laisser couler de Peau dans les puits de mine , jusqu'au mois de juin , pendant tout l'hiver, et de laisser sécher pendant les mois de juin et de juillet. On voit par là que la xpoooxoAAa n'est que du cuivre oxydé (vena putris). La native (nativa) est beaucoup plus dure et s'appelle uva, raisin. Elle aussi est teinte au moyen de l'herbe lutum. Elle est pilée dans un mortier, passée au tamis, moulue, passée plus fin encore: le résidu est de nouveau pilé et moulu, la poudre est ensuite trempée au vinaigre, pilée de nouveau, lavée, séchée, enfin saturée d'alun et de lutum. Les peintres appellent cette masse verte arabites: ils en employent de deux espèces, l'une entièrement «ëche et l'autre liquide. On fabrique les deux en Chypre, mais la plus estimée vient d'Arménie, la meilleure ensuite de Macédoine et la plus grande quantité d'Espagne. Son mérite est de donner une couleur semblable au vert tendre d'une jeune moisson. On mélange aussi le lutum avec le caeruleum pour l'employer en guise de xp^^'o^^AAa, ce qui donne la plus mauvaise espèce de couleur. Voilà ce qu'il y a de plus important dans la longue description de Pline. Plus loin, il dit encore que la chryaocolla des fondeurs a donné son nom à toutes les substances vertes, et qu'on imitait la couleur de la chrysocoUa avec d'autres substances, qui fournissaient la plus mauvaise espèce de couleur.

De tout cela il ressort que, parmi les couleurs vertes, la chrysocolla était la meilleure et la plus estimée, comme la couleur mafek en Egypte. C'était avant tout une couleur produite par l'oxyde de cuivre, comme celle de l'Egypte. Il ne faut donc plus douter que, dans les points les plus essentiels, la chrysocoUa était identique au mafék des Égyptiens.

Il peut sembler étonnant que Pline , en décrivant longuement la fabrication de la chrysocoUa, ne mentionne pas un procédé de vitrification, que nous avons pourtant reconnu pour le mafek Égyptien. Théophraste lui-même n'en dit rien, et pourtant, en parlant du xuavoç, il y fait allusion par les expressions de x^'^^ ^^ ^^ Treiropcofiévoc. Cela nous porte à conclure que cette manière de préparer la couleur verte la plus soignée et la plus précieuse n'était pas en usage chez les Grecs et les Romains. Théophraste ne traite pas aussi longuement de la xp^^^^^^o^* Q^© du xoavoç. 11 effleure à peine le sujet, sans quoi il aurait fait mention de la chrysocoUa Égyptienne, comme du xoavoc Même en parlant du xoavoc, il ne dit pas qu'on se soit servi en Grèce, comme en Egypte, de verres colorés, et ses citations des anciennes annales Égyptiennes, sur le Pharaon qui a fait la découverte et sur le tribut que les Phéniciens payaient aux Égyptiens, nous indiquent, qu'il ne connaissait le procédé que par des sources Égyptiennes. On devrait analyser les vieux restes de couleur Grecque , ce que je n'ai pas fait, avant de décider si les Grecs se servaient, oui ou non, des verres colorés. Les Romains n'avaient pas non

Mafek. 43

pins ce procédé pour le caernleum. Cela ressort du texte de PUne. Car, non seulement il ne le mentionne pas, mais il dit, «On en avait jadis trois espèces, FÉgyptien, le Scythique et le Chypriote»; puis il lyoute ces mots qui ne semblent se rapporter qu'au Chypriote: «le reste de la fabrication est le même que pour la chrysocolla». Cette préparation qu'il vient de décrire ne dit rien au sujet des verres colorés.

D nous reste à montrer ce que les Égyptiens comprenaient par nuifek vrai, et ce qui le distinguait du mcfek ordinaire. L'analogie avec le x^^^^^ devra nous guider. Le Xesbet commun était, comme nous avons vu, le verre bleu et la couleur qu'on en préparait. Le lapis lazuli en différait entièrement, et on s'en servait surtout comme pierre précieuse pour la confection d'amulettes. D est probable qu'on le pulvérisait pour en faire une couleur, mais nous n'en savons rien directement, et nous n'avons pu trouver jusqu'à ce jour aucun échantillon de cette couleur. Si les Égyptiens connaissaient le saphir et la turquoise des peuples modernes , ils les appelaient aussi x^^^^^ } ^^ ^^^^ appliquant le nom du lapis lazuli qu'ils avaient connu plus tôt. On pensait peu au lapis de cuivre, auquel sa couleur bleue valait le nom de xesbet, parce qu'il est rare d'en trouver des cristaux bleus solides, et parce que le verre pouvait être coloré au moyen d'autres oxydes de cuivre et même de cobalt. Ce qui déterminait le nom était toujours la couleur bleue.

n en était de même pour la couleur verte {mafek). Ici encore, Théophraste nous met sur la bonne voie. J'ai déjà mentionné plus haut qu'il parle d'une fausse émeraude, ^eoBiQi; aftàpa-ySoi;, qu'on trouvait à Chypre et dans une île près de Carthage. Sur cette île, on en exploitait de grandes quantités , tandis qu'à Chypre on n'en trouvait que de petits morceaux, dont on se servait, comme de la chrysocolla, pour souder l'or. Evidemment il comprend la malachite en bloc, par opposition à la malachite en poudre et au vert de cuivre. La malachite, que nous avons déjà trouvée mentionnée sous sa forme de rognons (uva), revient dans un autre endroit du texte de Pline (37, 114), emprunté sans doute à une source Grecque : «La malachite n'est pas transparente. Elle est d'un vert plus sombre et plus épais que l'émeraude et prend son nom de la couleur des mauves. Elle naît en Arabie». Si Pline veut dire la péninsule de Pétra, il parle du mafek dont nous possédons des échantillons Sinaïtiques. Ce passage, comme celui du xuavo; artificiel, doit être rapporté à une source Égyptienne. Ici, la malachite est aussi placée à côté de l'émeraude, puisqu'elle est appelée ^euSi^ç a\tAfa^ho<i.

Le mafek ordinaire, c'est à dire la malachite avec le vert de cuivre et les verres qu'on en préparait, s'appelle aussi émeraude, mais émeraude fausse. Il en suit que le m(ifek en ma, le vrai mafek^ était la vraie émeraude.

Nous ayons donc, dans le nom Grec de ap-apa-^Soç, de quoi représenter très-exactement le mafek Égyptien; mais, comme ce nom Grec lui-même était employé à désigner une multitude de pierres différentes, et, comme le nom Egyptien de mafek avait déjà été transféré à plus d'une pierre verte, il est toujours difficile, de lui trouver un nom moderne.

Théophraste nomme l'émeraude en même temps que le saphir, c'est-à-dire, le lapis

lazuli, parmi les pierres dont on se servait pour faire des sceaux (acppa']f(Sia) . Il parle,

d'une manière qui m'est tout à fait incompréhensible, d'une particularité de l'émeraude:

cette pierre communiquerait sa couleur à l'eau, tantôt plus, tantôt moins, et ferait du bien

44 Mafèk.

aux yeux. Elle ne se trouve que rarement et en tout petits morceaux. Ici, nous ne pouvons songer qu'à notre émeraude ou à notre béryl, ou bien encore au Plasma ou i la chalcédoine connue des anciens. Je trouve mentionné dans Hausmank ^ qu'Irénée, «Contre les hérésies d, parle de Timitation de Témeraude par le verre. Parmi les joyaux Égyptiens, on trouve aussi des perles d'un vert foncé et brillant, qu'on peut prendre pour de Témeraude fausse. Théophraste continue: «Si nous devons ajouter foi aux ren- «seignements que nous possédons sur les rois d'Egypte, un roi de Babylone leur envoya «jadis une émeraude haute de quatre coudées et large de trois. Dans le temple d'Ammon aThébain, on avait placé quatre émeraudes,* de quarante coudées de long et de deux à aqnatre coudées d'épaisseur))^. Ptoni les soi-disant émeraudes de Bactriane^, la plus grande, si ce nest pas une émeraude fausse, était à Tyr et formait une des grandes colonnes du temple d'Hercule. Vient ensuite le passage mentionné plus haut, sur les pierres que nous devons prendre pour de la malachite.

Pline consacre à l'émeraude le plus long article parmi toutes les pierres précieuses. Il compte sous ce nom douze espèces différentes. Les plus recherchées étaient celles de Scythie et de Bactriane, ensuite celle d'Egypte, qu'on tirait des collines près de Goptos. Toutes les autres espèces se trouvent dans les mines de cuivre, et la meilleure est celle de Chypre. D nomme encore une espèce d'Ethiopie qu'on trouve à vingt-cinq journées de distance de Coptos. H conclut en citant avec Théophraste les grosses masses d'une sorte d'émeraude, qu'on prend souvent pour l'émeraude fausse.

Plus loin, il revient encore sur les pierres vertes et nomme la malachite d'Arabie et le jaspe vert; après quoi, il passe de suite aux trois espèces de xuavoc, de Scythie, d'Egypte et de Chypre.

n est donc évident que nous avons à' faire ici à des pierres très-différentes. On doit exclure celles qu'on trouve en grandes masses, lorsqu'il s'agit du vrai mafek. Le mafek ne paraissait comme le xesbet qu'en petits morceaux. Ainsi le montre le tableau de Médinet-Habou, où il est représenté, comme l'or et le ;fe«Jcf, en monceaux de moyenne grandeur. Le monceau vert [mafek] ^ que les représentations d'un tombeau de Thèbes nous font voir dans un panier, était du vrai mafek. C'était sans doute l'émeraude de Scythie; les Assyriens qui l'apportent forment la station intermédiaire entre l'Egypte et l'extrême Orient. H n'est pas invraisemblable de croire que les Égyptiens connaissaient et recevaient des pierres précieuses vraiment vertes, l'émeraude, le béryl, le jaspe vert et d'autres. Pour reconnaître celle qu'ils appelaient mafek ma, et s'il y en a dans nos musées, il faudrait entreprendre des recherches minutieuses. Dans les musées nous trouvons surtout du spath vert travaillé en amulettes. Il ne faut pas croire que nous devions reconnaître dans cette pierre blanchâtre et laide le mafek ma des Égyptiens. Il semble bien au contraire

1) Mineralo^e 1847. I. p. 608.

2) D'après le texte actuel : dsaxeXa^ai ôè xai èv xîj) xoO Ai6c 6peXlox({> afiLapcÉ^Bouç Térrapa;, fx-^xoç [ih xercapdxovTa injywv, cupoç ôè xfj (xèv xérrapa;, tiq Se ouo, il n'y a pas de sens possible. Au lieu d'6peX(ax(j>, il faut lire lep^i- Los pierres en forme d'ol)élisques donnèrent lieu à la glose i^eXloxo^j; devant ofxapaYSou;. Pline ayait déjà trouvé le texte corrompu, car il parle (37, 74) en citant Théophraste, d'un obélisque qui aurait été fait de quatre émeraudes, et aurait eu quarante aunes de hauteur. Les obélisques et les monuments semblables étaient toujours monolithes en Egypte, et on les érigeait deux à deux.

3) La lecture est incertaine.

XOMT. 45

qne le spath vert B^appelait î luit H est difficile d'admettre qu'on taillait Témerande

en amnlettes: elle est trop dure pour cet usage. On ne pouvait que la polir et la porter en anneaux. Tirer des espèces communes une poudre colorante aurait été d'autant plus inutile pour les Égyptiens qu'on pouvait obtenir la splendide couleur du mafek au moyen d'un verre coloré au cuivre. Mais, quand on parle, d'après des documents Égyptiens, de blocs d'émeraude de quarante coudées de long, il semble en ressortir qu'on employait le nom de mafek à désigner de temps en temps d'autres pierres, par exemple, le granit vert dont on se sert fréquemment sous la XXVI'*"« dynastie pour élever des obélisques et de grands sarcophages.

n parait du reste qu'on employait beaucoup plus le lapis lazuli, car le vrai xesbet est nommé beaucoup plus souvent que le vrai mafek , dont je ne connais que deux mentions.

La fabrication du verre bleu et vert et des couleurs qu'on en tirait était, il ne faut pas l'oublier , plus importante pour les Égyptiens que la possession du vrai xe^het et du vrai mafek. Dans les temps anciens cette fabrication était difficile et coâteuse, non pas à cause des ingrédients qu'elle comporte, mais à cause du procédé de fusion: aussi fut-elle abandonnée sous les Grecs et les Romains, au moins pour les couleurs de peintres. On donnait au xesbet et au mafek une place d'honneur derrière l'or et l'argent et devant les autres métaux: ils se maintinrent à cette place jusqu'aux temps modernes, bien que leur valeur eût changé essentiellement.

£fo x<wi^> ^ojuiT, le cuivre, yiphno^^ aes.

Le signe de ce métal se trouve, dans sa forme la plus ancienne, au Ouadi Maghara * ^. La forme ordinaire, pendant la première partie du nouvel Empire, était J7 et, depuis les époques Grecques, souvent, mais pas toujours, 5. Chez DOmichbn je trouve aussi une seule fois J^& . Ajoutez, dans les inscriptions Éthiopiennes de Barkal, les formes \ y M j \i • Champollion ct BiRCH^ prennent J7 pour un creuset. La forme la

plus ancienne C7 prête à cette supposition, mais non les formes modernes.

La prononciation avait été difficile à déterminer jusqu'à ce jour, car le signe, à son origine, a toujours une valeur idéographique et non phonétique. Il se joint comme déterminatif à beaucoup de mots différents , dont il dénote la nature métallique , sans que rien nous autorise à en tirer la prononciation du signe idéographique lui-même.

Champollion, qui traduisait ]J o par «fer)>, le comparait au Copte Àenine, ferrum, sans se

décider au sujet de la prononciation hiéroglyphique ; de Rougé ^ prenait aussi D o pour fer ou acier, et lisait ba\ Bibch^ de même ba, bois, fer ou laiton. Ghabas^ ne donne

1) Denkm. IL 137 c.

2) Dans Bunsen, Egypte place, vol. I. 2« Ed. 1867. p. 555.

3) Rev. Arch. 1860. II. 305. 4) 1. 1. 5) Pap. mag. p. 249.

46 XOMT.

pas de prononciation et traduit bronze on fer. DCmichên^ le rend sans prononciation par métal. Bbuosch, dans son Dictionnaire, hésite entre diverses lectures : aux pages 51. 571. 618^ il incline à lire àpot et à comprendre par fer (Ben-mi) ; à la page 751, il traduit par bronze et lit, page 1592, tehset: enfin il revient ^ à sa première idée, lit bà

et traduit fer, (lance de fer) | ^ , le fer sacrée dans les inscriptions d'Edfou, que

Navillb' a publiées et que Bruosch a traduites en partie.

C'est justement de ces inscriptions d'Edfou que ressort Fégalité des deux signes J^ et D et leur signification de cuivre ou de bronze. Sur les murailles du temple on voit souvent Horus et le roi occupés à percer avec une lance Typhon sous beaucoup de formes différentes et surtout sous celle d'un hippopotame. Le nom de cette lance ^^-T- j t , revient dans chaque tableau sous les huit variantes :

ooo, om, ooo, ppîT, Z'.^^.' Jl^^ ^zizooo, jK n^^^ .

Dans les trois premières formes ainsi que dans les deux dernières, la forme ancienne J7 s'échange avec la nouvelle D. Les trois du milieu donnent la prononciation xemt, les deux dernières xemes. L^échange de Tidéogramme d'un objet avec une orthographe phonétique du même objet prouve assez la prononciation originelle du signe. Il n'y a pas de raison pour admettre que nous ayons ici, par exception, un signe polyphone, car nous ne trouvons pas qu'il s'échange avec aucun autre groupe polyphone. Au contraire, ' la lance t, à cause de sa prononciation phonétique /om^, se place directement pour le

métal JJ conmie métal, même sans déterminatif, par ex. T JZj^^)^, %omt en Seti,

«bronze d'Asie»; d'un autre côté, J7 o se met à la place de la lance, même sans déterminatif^. La prononciation /cm»^ est aussi celle du nombre 3, pour lequel on trouve le même

groupe : ^^ — , d'où est sorti, par contre-sens, r^ a^/vw . D est étonnant de trouver la

variante ç^ , qui signifie 30 et non pas 3: elle s'explique peut-être par ce que, dans l'ancien temps, les racines de 30 et de 3, qui sont différentes en Copte, ^oin-r et xxàA, ont pu être identiques, comme celles de 5 et de 50, de 6 et de 60, de 7 et de 70, de 8 et de 80, de 9 et de 90. L'échange, aux temps des Ptolémées, de ^ pour ^, ne serait

pas extraordinaire. Nous trouvons pour la lance le groupe x^^^} écrit de même que celui

de l'épi ^^^^fnl'f ^€Aic, gjuic, spica: ici, la terminaison différente nous force à prendre

*deux mots différents, ce qui s'explique facilement, comme nous le verrons plus tard.

Revenons au métal que nous devons trouver dans JJ o . Si nous avons écarté

o , mafka^ de la série des métaux, cette série même, or, électrum, argent, nous

conduit à trouver le. cuivre dans ;fom<. Il s'appelle en Copte m ^oait, qui s'écrit avec une extension bien connue, g^oAin^, comme igaAiin^, très, à côté de igoAi^, ajlîi^, decem, à côté de A&H^ etc. Que x^^^ ^^i^ 1^ même mot que le Copte g^oAi^r, on n'en saurait douter, bien que nous ne trouvions plus en Copte une forme ;6oai^, à côté de ^oai^. La lance d'Horus, ou du moins la pointe, était de cuivre. On pouvait donc appeler tout simplement cuivre la lance qu'il enfonçait dans le corps de Typhon. Si l'on trouve parfois ;fem« ou

]) Rec. IV. p. 2. 2) La légende de Tursus ailé.

3) Textes relatifs au mythe d'Horus. 4) Dûm. Tempel-Inschr. I. 102, 18.

XOMT. 47

Xofns, il faut y voir le mot propre pour lance qni, on bien provenait dn même mot^ on bien ponvait être un mot tont à fait différent, pris de m ;6€ajlc^ T. ^enc épi, avec leqnel il aurait en commun Tidée de pointe. Je ne crois pas que x<^^^ ^^ X^^^'^f ^ lance , soit dérivé de x<^^^j igoAi^, et donne le sens de trident, car, ni la lance d'Horus à Edfou, ni aucune autre lance à ma connaissance, n'est représentée avec trois pointes: il faudrait faire entrer en ligne de compte les deux barbes de la lance, ce qui est insoutenable ^ Pour montrer la différence entre /em^ et jfcw*, on pourrait dire aussi que, derrière ;fe»w, le signe U ne manque jamais, mais était tenu pour inutile et ne se trouve pas d'ordinaire derrière x^n»^ Xems, sans déterminatif, signifierait Tépi; c'était, d'ailleurs, Fbabitude de déterminer par U tous les ustensiles ou toutes les armes de bronze. Naturellement x^^^ pouvait aussi être déterminé par JJ : on trouve n ^ > ^ ^^^ de J^ o , pour le bronze, dans un des chapitres additionnels du Livre des Morts (115, 4. 5j.

Le Copte a une autre dénomination, n À«^po^ (À«^pai^), qui semble être le vrai nom du cuivre, tandis que goAi^ a plutôt la signification de erz en Allemand. Cela semble ressortir de ce qu'on dit toujours m Àt^purr en combinaison avec d'antres métaux : n noyk

Ain vL2j^nr ajlK n À&.pai^ (Z. p. 600), «or, argent et cuivre»; ^r ^mp^mÀ e n À«i.pai^, metallurgia nous apparaît comme c«^ n ^oAin^, aerarius faher; du reste g^oAi^r se met aussi pour pecunia. La locution ^oAin-r n À«^po^ est étonnante: on la traduit x<^^>(o^^pttvoç. Elle paraît désigner le cuivre, et À«^po*r doit être la plus restreinte des deux expressions. Dans les Hiéroglyphes, le mot À«^po^ ne désigne aucun métal ; il doit donc s'être

formé pins tard et paraît correspondre , dans sa première partie > ^ J '^^ iàa mi-

néral dur, pierre. £J est donc le cuivre dans son sens le plus étendu et le plus restreint.

Dans le décret de Canope, 1. 37, on traduit ÎO Q If] e/ Q ''^^^ 1^ ? «'«^ ^ àner ropu homt, par ottXij Xiftfvij 13 jjaXx^.

Le cuivre est représenté ^ comme l'argent et le plomb, en grosses plaques appuyées les unes sur les autres, dans le trésor de Ramsés lU, à Médinet Habou. Parmi les tributs que les peuples de la Syrie et de l'Asie, les Rotennou, les Anoukasa, les Asi et d'autres encore, apportent ^ à Thoutmosis lU, on nomme surtout du cuivre et du plomb, et le cuivre toujours

^ ^ K.o^ , acuivre dans sa gangue», comme nous avons trouvé plus haut, «or dans sa

000 I Ci 1 ' o o 7 r 7

gangue»; c'est à dire, cuivre et or en fragments bruts, massifs, mais non purifiés par la fusion. Une fois^ seulement cette épithète manque, mais doit être rétablie d'après le sens général de la phrase. Car on peut à peine douter qu'à ces masses de cuivre brutes soit opposé le

-^ M >5\/wwAA, ;f<wi^ sotefu, le cuivre fondu ou purifié, copt. co-rq, ciu^q Théb.

puruSj purgatusj cin^q, Memph. effundere^ que donnent les Asi dans la grande inscription de Kamak**^.

Le cuivre brut, conmie le plomb, est pesé toujours en '"^ J ^ » '^* * c'^^t à

1) On dit expressément d'une fourchette à trois pointes: ot igAi^ n o^OAJiirr n ^«^p. Zobga, Catal. 334.

2) DûM. Hist. Inschr. 1. 34.

3) Auswahl Xn. 11, 33; Denkm. m. 31 a, 6. 8.

4) Denkm. III. 30 a, 1 .

5) AuBwahl xn. 35.

XOMT.

dire en briques (copt. ^xmÀe , *r later) . On trouve des masses de 40 toi S 80 to6 \ 40 tob 5, 2 toi *, 76 toi *.

Le passage cité plus haut sur le enivre purifié a une grande valeur : ''^ J rn ^

-^ fl "^ %III^^^n??^^, toi 108 em romt sotefu ten 2040, «108 briques

Il II

Il II

de cuivre purifié pesant 2040 tem. Chaque brique pesait en moyenne 18% de ten. Probablement on coulait le cuivre fondu dans des formes qui, remplies exactement, renfermaient, en chiffres ronds, 20 ton chacune = 1818 gr. = SVs livres. Il était rare qu'on remplît les formes exactement^ pour éviter la perte du métal liquide : la brique restait un peu au dessous de son poids normal. Cela avait peu d'importance^ car les briques, qui n'étaient jamais exactement semblables, avaient besoin d'être pesées de nouveau après s'être refroidies. Le même usage, et presque les mêmes masses et les mêmes formes, sont en vigueur encore aujourd'hui dans les fonderies que j'ai récemment visitées. Le cuivre brut et les minerais de cuivre ne pouvaient pas se trouver en briques. Si nous trouvons néanmoins le cuivre brut pesé en toi, c'est que le tob ne signifie que le poids en gros de 20 ten: on n'avait pas toajours besoin de la pesée plus exacte par ten. L'or, Télectrum et l'argent étaient aussi quelquefois coulés en briques, mais on ne les pesait jamais par toi, toujours par ten et kite. Le enivre avait moins de valeur: on le pesait non pas toujours par ton, mais quelquefois par toi. De même pour le plomb fondu. Dans ce passage unique les deux mesures sont nommées. Nous apprenons par là que la brique pleine pesait 20 ten. On ne saurait dire, si les briques de métaux précieux avaient même poids, et partant moindres dimensions, ou bien si elles étaient de grandeur égale et plus lourdes.

Dans des inscriptions de basse époque, à Dendéra^, on trouve souvent le groupe

^ "ijl^ , %omt keniy cuivre noir. C'était ', avec l'or et l'argent, un des métaux dont

. on fabriquait les quatorze organes d'Osiris pour les cérémonies sacrées : il servait pour la poitrine, le ventre (d'après une coiyecture de Mr. Dûmichen) et les oreilles. Il s'agit ici du cuivre fondu et purifié puisqu'on le travaille. Aujourd'hui encore le cuivre qui a subi une première fusion s'appelle tout simplement cuivre noir ^. Les Grecs parlent déjà du XoXxàc (liXa; dans le même sens. Il est appelé sombre ou noir par opposition aux nombreux alliages plus clairs^ le bronze, le métal du prince fiobert (xaXxàç Xeuxoç), le laiton ou cuivre jaune, dont une partie seule est du cuivre.

Si l'on donnait, aux basses époques, le nom spécial de cuivre pur au cuivre noir, c'est sans doute que ^om^ désignait à lui seul, non seulement ce métal, mais aussi les différents alliages de bronze dont on se servait pour la confection de vases, d'instruments et de statuettes. Les musées d'Europe possèdent beaucoup d'objets, non pas en cuivre pur, qui ne se prête que peu à la fonte, mais en alliages variés, dont on estimait les nuances claires. On trouve de temps en temps des objets presque aussi jaunes que le laiton. Quelques pièces du Musée de Berlin ont été analysées par Yauquëlin. Un miroir contenait 857u de cuivre, 14% d'étain et IVo de fer. La composition d'un autre miroir est peu différente.

1) Auswahl XU. 11. 2) ibid. 33.

6) DOm. Bec. IV. 3, 17 a. 10, 55 a. 56. 57 a. 17 a.

8) HaUSMANN, I. 36, QufiNSTBI>T p. 617.

3) Denkm. m. 30 a, 1.

7) y. DOm. 1. 1. texie p. 7.

XOMT. 49

ainsi que celle de deux instruments, tandis qu'un poignard ne contient que peu d'étain, mais renferme une substance résineuse qui devait sans doute le préserver de la rouille ^ Les tombeaux et les temples nous ont conseiTé un grand nombre de dieux , d'animaux sacrés et d'emblèmes de grandeurs différentes. Parmi les dieux, la triade d'Âbydos, 0«tm, Isia et HortM^ est trés-fréquente. Au Musée de Berlin, il y a deux statues d'O^m, hautes, Tune de 19 pouces avec des traces de dorure. Vautre de 16 pouces V4. Une figure de femme bien travaillée, mais malheureusement dépourvue d'attributs, est haute de 21 pouces et Y2- Une plume en bronze, avec la corne et Turaeus appartenant à un Osiris ou à un roi sous forme d'O^tm, est de proportions telles, qu'elle doit provenir d'une statue de grandeur naturelle. Le plus grand nombre des objets en bronze que nous avons dans les musées appartient à peu près aux temps des Psammétiks. Mais on en trouve de plus anciens, et le Musée de Berlin possède une statuette très-intéressante en cuivre ou en bronze qui représente Ramsès II sous forme d'O^tm: peut-être provient-elle de sa chapelle funéraire à Thèbes. Elle est du travail le plus fiU; ainsi que l'inscription qui donne le nom du roi. Écrasée aujourd'hui, elle était coulée en creux: c'est donc un des rares exemples de bronze coulé en creux, à une époque aussi ancienne que le XIV**""* siècle avant notre ère. On trouve dans les musées des instruments de toute sorte en bronze, des sistres, des clefs, des serrures, des cuillers, des clous, des instruments de chirurgie, des armes , des poignards, des haches, des couteaux, des têtes de lance , des miroirs, des plaques, surtout des vases sacrés avec leurs cuillers à longue tige, des coupes et des seaux, etc.

Dans les inscriptions anciennes, et surtout à Karnak^, on nomme des n^T ,

hannu^ de bronze. Ce mot correspond au Copte ^n«^«^T, ^no, t>a8j supellex, instrument tum qtiodvis, des vases, comme l'indique le déterminatif, ainsi que toute espèce d'ustensile ou d'instrument.

En plus, on nomme une quantité d'ustensiles ^ d'armes et de vases qui portent tous JJ pour déterminatif. On ne doit pas alors prendre O pour un mot et traduire «de bronze»: JJ désigne seulement que l'objet appartient à la classe des objets en bronze, ou peut-être seulement à celle des objets métalliques, car il est dit quelquefois que l'objet est d'un autre métal, d'or ou d'argent. U est alors un simple déterminatif générique. A

Karnak3, on cite parmi le butin des Assyriens: ^ I^^T"^ \ -^H^^ÏS!^ J o, nub mekrotina sâm em x^^^^ty «d'or: un bâton ^ incrusté de lapis-lazuli ou bien coulé en émail bleu».

/VWVNA

O Qyw *, men meses en xer^ «en métal men : un casque». On écrit aussi :

fi ° fn f n^ * *^®^ ^® déterminatif des animaux, ici celui du cuir, car le casque était fait, tantôt en métal, tantôt en cuir, tantôt en métal et en cuir. A Edfou^, on parle

1) Passalacqua, Catalogue. Paris 1826. p. 238.

2) Rev. Arch. 1860. IL pi. (XVI), 1. 33. 3) Denkm. III. 32, 34.

4) Doit se rapporter à b^^tg, pi. n^bpç, hacuïm, pedwn; 1^ b^c, hetsta.

5) Denkm. m. 30 a, 16.

6) Denkm. lU. 32, 27.

7) DûM. Rec. IV. 90, 6. 92, 18. Texte p. 51. cf ibid. 10, 54. 59. où heti, ainsi déterminé, est masculin.

50 XOMT.

d*une cassette pour certains ingrédients ^ 5 rw^ o r^ , y? D ^ (v\ o é heti en haf nul, a cassette d'or et d'argent»; de même à Dendéra. On trouve encore plus loin* U ■ 5 pjjj^ àpot («.noT, «^^o*r) en nub, acalix , scyphua en or» ; la cuirasse \ iKà^ '

w wS^ ^^ ^^ H H ^ ^ ^ tarolna avec le détemiinatif du cuir, par la même raison que mesesj le casque. Mr. de Rougé a eu raison de Texpliquer ainsi et de le comparer à

•j'^'ntD, ]Wp, cuirasse.

^:^ JJo , un objet, sans doute une arme, que Mr. de Rougé* croit être un jam-

bard, bien qu'alors on eût dâ le représenter debout^. La forme exacte semble être celle d'un poignard dans son fourreau ^=:Ç* ®.

^^ JJ ^, .^s^ l^^mareh. D'après BruoscH; Copte jULepej6?éf/HirttA«m, lancea, enfin un vase.

J5 , ;^5 la coiffure, le casque ; Copt. gaii, pars superior ; d'après Brugsch, les

armes en général, sans doute le même mot que n [/1 , )u ,

(] u J7> mahi ; selon Brugsch, emli partie de porte (Dict. p. 609] . O , uteriy un anneau de métal. Brugsch Dict. p. 609.

A/WVW

1 ra^-^ ' ^^^'' ^^ sceptre de métal. Todtenbuchy Ch. 80, 3.

=> J-^J^ô, la ville de éenfeb (Pleyte, Pap. de Turin, p. 16).

CJTD

(^^5, ^ o , tt^, un chaudron, une marmite (Brugsch, Dict. p. 1685). Dans

les autres cas où le signe U est muni du déterminatif des trois grains, nous ne pouvons plu» le regarder comme déterminatif: c'est un mot à part pour désigner «de bronze».

5^ 8 * ^th une ampoule d'airain, Copte otot^c haustrum. Brugsch, Dict. p. 300.

^^ J D 7 t^^> d'après Pleyte », un poids de bronze = x=* j ^^ .

De plus, certains ustensiles en bronze mentionnés dans la stèle Éthiopienne de Dongola ^®.

|jf<ir>Ll i } o > sonuter kalere xomt âa 3, trois grands vases kalere

d'airain remplis d'encens.

Ll -5- } ° > d®^^ grands vases kalere de bronze. Comp. J If *-'

Ç'* et i^-Ô-*^*"^^^ * \ ) 8«r ^^^ stèle de Barkal à Boulaq.

J) DûM. IV. 24, 14. Brugsch, Dict. p. 50. 61. 1378.

2) V. DE Bougé, Bev. Aîcb. 1867. 11. 96.

3) Brugsch, Rec. II. 54, 2. 4. 6. Dict. p. 1706.

4) Bev. arch. 1. 1. 5) Pleyte, Zeitschr. 1871, 17.

6) DCm. HiBt. Inschr. 5, 61. 7) Brugsoh, Dict. p. 608.

8) Aegypt. Zeitschr. 1865, 68. 9) Aeg. Zeitschr. 1871. p. 17.

10) Denkm. Y. 16 b. 9 ss.

TCOMT. 5 1

X ^ 8^A u II , deux vases à boire de bronze.

nH^^-fe^i )o , six yases hal; comp. Brugsch, Dict.

m Or, vase à anse, et m Uiin 1 ' , des vases hen en électrum, et

rn'^^ -S-rSTi ^ , un vase haro en argent, stèle de Barkal. '-' ^\oà des vases kes de bronze.

»kf v^^ > 8Î^ cuvettes, ernsefi, de bronze.

^^^ ^ i o n , seize vases rolet de bronze.

'^ >Ô> ) o 7 deux vases iextet en bronze, j ^ ) o n , dix vases reb en bronze.

J 55^4!> )o j deux vases bah eu bronze.

(J14!>Pa ^ , deux vases àp en bronze.

Une autre suite de huit différentes formes de vases se trouve sur la stèle de Barkal à Boulaq, stèle de la XXXV^^"^^ année du roi Horsiâtef. Ce nombre considérable de noms pour les différentes espèces de vases est assez étonnant ; il indique un grand développement de cette branche de Fart et de Findustrie en général. C'est une preuve de plus quil n'est pas question ici de fer, mais de cuivre.

Dans les anciennes inscriptions, les objets de cuivre sont toujours apportés par des peuples d'Asie : le cuivre sans épithète , le x^f^^t et YiMt! A o , par les Tahi de Syrie , le cuivre brut par les mêmes ou par les Rotennou, le cuivre purifié par les Asi. Des colonies Égyptiennes exploitaient le cuivre et le minerai de cuivre (mqfka) sur la péninsule du Sinaï, comme on Ta dit plus haut. On faisait des portes précieuses avec le bois le plus dur recouvert de cuivre. Ainsi, sous Ramsès ni, à Médinet-Habou 2, l / — JÛ4. (j ^Qj

g ^~ ^ y à em âê ànhe em romt, aPorte en bois de cèdre entourée de cuivre» ; et sous

Séthos, à Abydos^: ^^,^ ]| ^/^ ^^ " fy J'^'^ rwio à-ui nefb em xomiy nub em

àsemj aies battants des portes couverts de cuivre et ornementés d'électrum».

On désigne fréquemment, sous le nom de bronze Asiatique^ une variété à laquelle on attachait un grand prix. A Thèbes, on mentionne sous Taharka^ des portes de sy-

comore | ^3; JJ o ^o nefb em xami Set, «couvertes de bronze d'Asie» ; à Edfou *, (des portes en bois Au de Tepxet) , fw) ^— ^ T "^^ aomementées de bronze d'Asie» ; et ^

1) cf. Bruosch , Dict. p. 609 rD A I T«^«*'foïf>6poç, ..^v^ [Tl ^ (A>^ ^ , un vase

- -fl AAAj^A^ ''^ Jt^ AA/v\A^ AA/v\A^ a ino

ml hen en argent, sur une stèle de Barkal à Boulaq.

2) DûM. Hist. Inschr. II. 47 c. 16. Comp. L, 87, 2 à Edfou.

3) Brugsch, Bec. I. 12, 3. 4) DûM. Hist. Inschr. U. 48, 8. 5) DûM. Tempel-Inschr. I. 87, 2. 6) Ibid. I. 102, 14.

52 Men et tehset.

oCSÔÛ^^^— -^ \^ ^ o «des portes en bois de cèdre entourées de bronze

d'Asie D. C'est la même phrase qu'à Médinet-Habou , si on en excepte la mention de la provenance Asiatique.

1§. ]^,Yo^ ,men,

&0 41 ooo Aoooo

ni Àeitme^ le fer, l'acier ; o at87]poc, ferrum.

A Eamak S on trouve parmi les tributs ^^^ ? *^ ® (» u ^^^^ ItiL ^^ o ^^^ 2

/^ oooiooo 1^000,®^ ^ 0000

I o ç:f=D>8^ pBV^H hI^' ''^^^ argent, lapis lazuli, émeraude, cuivre, meriy

plomb, couleurs et émeri». Le cuivre serait répété encore une fois derrière men, si on devait prendre à la rigueur le deuxième déterminatif et conclure qu'il y a deux mots : ce n'est

pas le cas. Ailleurs il y a lo^ tout seul, ou fl o -^^ ^. Dans cette dernière ortho-

•^ 41 o SfO 000

graphe, JJ ne peut être que le déterminatif de men. Si le scribe a placé les trois grains devant le déterminatif, c'est que la syllabe men avait trop de significations et gagnait à être déterminée trop plutôt que trop peu. Le pléonasme est commun : je l'ai rencontré deux fois dans ce groilpe^.

On fabriquait en men surtout des ustensiles S ^ O ^ ^ , hunnu, que nous avons

trouvés en métal précieux, mais plus rarement. On compte dans le butin de Thoutmosis m ^ 100 ten d'argent, 100 ten d'or, «du xesbet^ du mafek, des ustensiles de m^», et, sous le même règne ^, des boeufs, du mafek^ des ustensiles de men\ sous Menephthès^, argent^ or, ustensiles de meîi. Dans le temple d'Amada, sous Aménophis II ^, des ustensiles d'argent et de men\ sous Taharka, à Thèbes, des tables à offrande en argent, en or et en men ^^ ; sur la stèle de Pianchi, argent, or, ;f e«i«^, men et toutes sortes de minéraux précieux.

On fabriquait ou on garnissait en partie de men certaines pièces d'armure, surtout les meses en /er, f j N [1 /wwva ( y> **, que je tiens pour les casques, et dont le nom s'écrit tantôt

avec le déterminatif du cuir j ^2^ tantôt avec celui du cuivre JJ ^^, tantôt sans dé ter-

1) Denkm. III. 30 b. 10.

2} Brugsch, Rec. I. 43, 10. donne à la place n ^ . L'empfeinte que je possède ne laisse

aucun doute sur la vraie lecture. -D ne paraît jamais comme féminin. Le déterminatif de la pierre

CZDest une exception unique: il servait peut-être à distinguer JD idéogramme du déterminatif suivant IJ.

3) Auswahl XII. 32. 40. 41. Denkm. DI. 32, 26. 27. 65a, 14. 30, 15. 32, 31. 34.

4) DûM. Hist. Inscbr. I, 4, 36. II. 48a, 13. Stèle de Piànxi à Barkal 1. 57. e.

5) Auswahl XII. 3. Brugsch, Bec U. 56.

6) Auswahl XU. 3. Cf. Denkm. III. 32, 31.

7) Brugsch, Rec. II. 56, 7. 8) Dûm. Hist. Inschr. I. 4, 36. 9) Denkm. III. 65 a, 14. 10^ DûM. Hist. Inschr. II. 48 a, 13.

11) Denkm. lU. 32, 26. 12) Ausw. XII. 41. Denkm. III. 32,36.

13) Denkm. UI. 30a, 15.

Tehset. 53

minatif. Les casqnes consistaient snrtont en cuir recouvert de métal. Nous avons trouvé le même changement plus haut au sujet des cuirasses, tarona^ qui avaient la même composition. Un autre vêtement T j) , xenel^ I ^ î » %enru^ dans lequel Bbugsch * a

voulu reconnaître le Copte n. Bg^^p, pelltSy vestis pellicea^ est déterminé souvent par le cuir dans les passages qull mentionne; dans la grande inscription de Eamak^, on voit qu'il

était fait de men et orné d*or. Enfin Tarme bien connue, h,^=^. > X^pK était de men. Dans un tombeau de Qoumah^, on mentionne 360 xopi de men.

Dans le butin le men ne se rencontre qu'avec la série déjà citée, travaillé, mais non pesé par ten et par tob.

n faut d'ailleurs remarquer que toutes les inscriptions que nous avons mentionnées au sujet du men appartiennent aux bonnes époques. Les dernières sont de TËtbiopien Taharka et du roi d'Ethiopie Ptô?«;irt.

Aux basses époques, nous rencontrons un groupe tehset^ inconnu aux anciennes dynasties. C'est un substitut du vieux mot m>en^ car il apparaît, tantôt avec le seul déterminatif des trois grains, tantôt avec celui du cuivre 5. Bbugsch^ croyait à cause de cela qu'il était identique avec le métal D et lui donnait la prononciation tehest; mais, comme nous l'avons vu plus haut, le groupe î)o et son phonétique ;|rom/ ne disparaissent pas sous les Grecs et se rencontrent fréquemment avec le tehest^.

Nous ne trouvons pas d'ustensiles et d'armes en tehàset^ parce que les inscriptions n'y donnent pas lieu; mais on mentionne® des serrures de ce métal, des revêtements de portes et d'autres pièces semblables dans les temples.

On le tirait d'Asie ' et surtout de i -^^ JL ^, Pers, la Perse ^s "Tp (^£3 ® p-a

en mas^ l'île de Mas^^ (Chypre), et d'une localité ^ïï^r^'=^ ^ ** BektoU On dit de cette dernière, à Dendéra, H^^'^r'^o^^l? û ^^^^ •^^=^§'^.^551^™^

tehàset em rer-J em bà nu to Sait er x^^^ heken nu a-u n at-et er ànhe (kera) nu at-et tun tehàaet er terlt-et, «Lui, le roi, t'apporte (à Hathor] le pays de Bektot, fourni de tehàset dans sa nature, des mines d'Asie, pour fabriquer les serrures des portes de ta maison et pour encadrer tes armoires, apportant le tehàset à ta maison». V Si l'on reprend maintenant ce qui a été rassemblé au sujet des groupes men et

tehset^ on pourra être tenté de prendre le métal ainsi désigné pour du cuivre ou du bronze. On est conduit à cette conclusion par le déterminatif du cuivre, qui est toujours la partie la plus importante dans le bronze. Toutes les armes et tous les ustensiles que nous trouvons fabriqués en men^ ou bien sont aussi en cuivre, ou bien se prêtent à cette fabrication. Les meilleures espèces viennent d'Asie, et cela encore nous ramène au cuivre.

1) Dict. p. 1105. 2) Denkm. III. 32, 34. 3) Brugsch, Dict. p. 1710.

4) Ibid. p. 1591. 5) DÛM. Rec. IV. 67, 8. Hist. Inschr. 56, col. I. 2.

6) DûM. Rec. IV. 72, 10. 67, 8. Hist. Inschr. II. 56.

7) DûM. Hist. Inschr. I. 111,2. Rec. 74, 10. et a.

8) DtJM. Rec. IV. 67, 8. 9) Ibid.

10) Pour la prononciation, voir Pusytb, Aegypt. Zeitschr. 1868 p. 48.

11) DÛM. Rec. IV. 76, 11. Cf. 72, 10. 74, 10.

54 Men.

Les nombrenx objets en bronze qui nons ont été conservés par les tombeaux montrent qu'on connaissait de bonne heure Talliage qui contient de 12 à 147o d'étain, mais qui présente de grandes variations de couleurs.

Nous n'en devons pas moins nous décider, ce me semble, à prendre men et teiset non pas pour le bronze, mais pour le fer. Nous ne trouvons que peu d'objets en fer dans les tombeaux : ce qui s'est rencontré jusqu'à présent , ou bien est d'époque trés-postérieure, ou bien laisse des doutes sur son origine ancienne. La raison principale en est sans doute que le fer s'oxyde dans l'air ou dans la terre , et disparaît au cours des siècles. Les Égyptiens connaissaient le fer et s'en servaient beaucoup, cela ne fait pas l'objet d'un doute, n ne faut pas oublier que, pendant des milliers d'années, l'Egypte appartint aux peuples les plus civilisés de l'Antiquité, si même elle n'a pas été à leur tête^ et que toutes les inventions, si elles n'émanaient pas d'Egypte , lui parvenaient sur le champ à cause des relations qu'elle avait avec les autres pays : à peine faites, elles étaient exploitées par des artisans Égyptiens. Le progrès sérieux que fit la métallurgie par la découverte du fer pouvait très bien sortir d'Egypte, car la matière première se trouve répandue partout; et même, en Egypte, on a démontré l'existence d'au moins une ancienne mine de fer^ Si la découverte est sortie d'un autre pays du vieux monde, elle fut aussitôt connue des Égyptiens, et le fer fut importé chez eux des pays les plus éloignés, jusqu'à ce que l'occasion de le fabriquer plus près se* fût présentée. Le fer a été beaucoup employé par les Grecs: il est souvent nommé dans Homère. On le trempait dès lors en le plongeant dans l'eau froide, comme il ressort du récit de l'aveuglement de Polyphème^. De même pour la mention du b'n^ barzel dans l'Ancien testament: elle remonte aux livres de Moïse. Le fer du Nord, mentionné par Jérém^e, était sans doute une espèce de qualité supérieure, peut-être de l'acier durci PLV, 12).

La vieille tradition 3, d'après laquelle le fer aurait été employé beaucoup plus tard que le cuivre, n'en a pas pour cela moins de probabilité; car le fer n'est jamais trouvé pur, et les procédés de purification et de fonte sont plus difficiles pour lui que pour le cuivre. Il se peut que le fer travaillé^ ait été plus estimé au début qu'il ne le fut plus tard : abstraction faite de ses autres qualités, il n'avait guère moins de valeur que le cuivre chez les différents peuples anciens. On employait tantôt le fer, tantôt le cuivre, pour les mêmes objets, et surtout pour les armes de toute sorte. Chez les Israélites, les trésors du temple comprenaient, non seulement de l'or et de l'argent, mais aussi des ustensiles de cuivre et de fer ^. On donna, pour l'édification du temple de Salomon, de For, de l'argent, et cent mille talents de fer^; le fer servait pour les clous et les entourages de portes^, comme le tehàset dans les temples Égyptiens. La pointe de la lancé de Goliath était en fer^, tandis que son casque, sa cuirasse et son pectoral étaient de bronze.

Si les peuples environnants faisaient du fer un usage général à une époque aussi primitive , il est évident que pour les Égyptiens la chose s'est passée de même. Ce métal doit donc se rencontrer au cours des inscriptions dans une mesure proportionnée à son

1} WiLKiNSON, Manners and Customs III. 246. 2) Od. 9, 392.

3) Héaiode, Op. 151. 4) Hesek. 27, 19. 5) Josua 6, 19. 24.

6) I. Chrou. 23, 14. 30, 7. 7) I. Chron. 23, 3. 8) I. Sam. 17, 7.

Men. 5S

abondance, surtout dans les endroits où Ton nomme les autres métaux et dans Ténumération des objets qu'on a coutume de fabriquer en fer. Il n'y a que men et tehàset qui puissent répondre au fer, et, si on pouvait penser au fer et au bronze dans les passages qui précédent, à cause de l'usage identique des deux métaux, des raisons générales nous forcent à nous décider en faveur du fer, jusqu'à ce qu'on ait trouvé une autre dénomination qui ne laisse pas de prise au doute.

joutez que le cuivre et le bronze peuvent bien être différents en soi et selon Tusage de notre langue, mais quils se rapprochent tellement Tun de l'autre, que nul peuple de l'antiquité ne les a séparés. Les Grecs appelaient les deux x^^^oç, les Romains nés y les Hébreux n^fi ne%ohet Les Égyptiens aussi ne leur donnaient pas d'habitude deux noms différents. Il semble d'abord étonnant que le fer soit déterminé par le signe du cuivre; mais il suffit de se rappeler le cas de l'argent. Ce métal se distingue de l'or par sa couleur et ses autres qualités, aussi bien que le fer du cuivre; néanmoins il est déterminé par le signe de For, comme Télectrum. Des quatre métaux qui seuls jouaient un rôle à l'origine , on opposait les deux nobles aux deux vils , en rassemblant toujours deux sous le même déterminatif. L'argent (hat) signifiait proprement le blanc (c'est à dire, Tor blanc), et men peut être à Torigine «le cuivre durable et rigide», en opposition avec le cuivre plus mou et plus ductile. L'or^ que les fleuves charriaient, et qui brillait dans le sable, fut employé plus tôt que l'argent , le cuivre de même plus tôt que le fer. On partit de nub et de jt^m^ pour trouver hai et men: les déterminatifi9 se plaçaient en conséqumice.

Nub^ hat et %omt se sont conservés en Copte nôfÀ, ^«w^, gojutnr. Le fer ne s'appelle pas men en Copte, mais Àenme. Bruosch^ a cru retrouver^ ce mot dans le groupe

y ^^ (j \ï 5 î *^ ^ P^^t qïi îï traduit par « fer météorique », . en opposition avec

y =, ^à en to, le fer trouvé dans la terre. Dans une stèle d'Abou Simbel de la

J 1 OOO ^iSFf

XKXVI*-. ann. de Bam^s H., il est dit^: <#>;!, [J] JT^-^I^ 1^|| 4, ^l^

^ mÛ^^ ^ ? nubu hatûc m àsemUy àb uk em %omtj fof-ek bàa en pet , «tes

membres sont en électmm, ton corps en cuivre, ton bras est un arbre de ciel». Ici, bàa en pet n'est pas un métal, il n'est même pas désigné comme une substance dont le bras aurait été fait, car alors il devrait y avoir ^^v devant: son bras étendu est comparé à un arbre qui atteint au ciel ou bien qui en descend. L'autre groupe se trouve dans

un passage plein d'obscurités » : ^^\'^''^^ k^"^^^^^ \ Jl àr%ex-8enm

Xesteb en ma xomt-es m bà en to, «Les chaînes des serrures en vrai lapis lazuli, le levier de la porte est de bà en-toi». Bà désigne minéral en général et surtout la pierre, le minerai; comme métal, je ne crois pas qu'on l'ait encore rencontré.

Le Copte Àenme est sûrement un mot composé ; mais l'n du Génitif, rendu dans les transcriptions grecques par ve ou vo, n'a point passé en Copte sous la forme m, comme cela serait si Àenme venait de bà-en pet. Il vaut mieux voir dans la deuxième moitié du

1) Dict. p. 1722.

2) Denkm. m. 194, 10.

3) DûM. Hist. Ifischr. il. 56. col. 2 ; voir plus haut p. 104.

56 Men.

mot le Copte lone, eione aes, opus art^icis; m, lek opéra fabrilia, utensilia, La première partie du mot, Àen , pourrait bien être dérivé de men, car le passage de Vm au b se trouve souvent en Égyptien, comme dans men^ Thirondelle ^, Copte Àeni; ^sejutnoT^, 2i&^évvuToc 2. Nous aurions ainsi à expliquer Àeiune par ferrum /abrite operarium, comme le métal dont on se sert le plus souvent pour la fabrication d'ustensiles de toutes sortes, et nous trouverons dans la première partie le mot Égyptien men^ dont Tadjonction se justifierait encore par les sens multiples de men: me serait le déterminatif phonétique de men déjà vieilli.

On ne saurait décider si le mot intermédiaire teftset était vraiment identique à men et signifiait le fer durci, Tacier; en ce cas, men aurait subsisté à côté de tehset et ne se serait pas trouvé jusqu^à présent dans les inscriptions. Ce mot lui-même est sans contredit un mot composé. C'est ici le cas de rappeler que les Égyptiens, d'après Plutarque ^, appelaient le fer oaréov Tucpcùvoç, Tos de Typhon ; tehset pourrait contenir dans sa deuxième partie le nom de sei, seti, soit réellement, soit par explication mythologique. Nous savons du reste qu'au temps des Ptolémées la plupart des métaux avaient des noms qui n'étaient point d'un usage populaire et ne sont pas restés en Copte.

Il nous reste à donner quelques détails sur les monuments qui prouvent l'usage du fer. Dans les représentations de tributs du tombeau de Rexmara^ il n'y a pas de fer reconnaissable au nom ou à la couleur. De même pour les dons qu'on apporte au roi Toutan^amon. Le nom ne se trouve pas non plus parmi, les trésors qui sont représentés au temple de Médinet-Habou.

Une quantité de peintures très bien conservées, dans les tombeaux et dans les temples, renferme beaucoup d'objets, surtout des armes, dont la couleur ne permet pas de méconnaître la matière. Les Egyptiens n'avaient que peu de couleurs bien tranchées, auxquelles ils rapportaient des nuances innombrables. Cela rend difficile la distinction des objets. De plus les publications ne sont pas toujours sûres ; car, en copiant à la lumière, on est souvent exposé à prendre du bleu pour du vert et à échanger les autres couleurs entre elles. Dans les grandes peintures, on restaure quelquefois par hypothèse des couleurs détruites. Tout cela ne fait que peu de tort au jugement général. L'or et l'argent se distinguent facilement comme métaux : celui-ci est peint en jaune, celui-là en blanc. On distingue le cuivre rouge d'avec le fer ou l'acier, car ce dernier n'est pas peint en i gris, comme on pourrait le croire, mais en bleu. Les Égyptiens substituaient presque partout le bleu au gris. Pour les petits objets, on ne rencontre presque jamais le gris et même des animaux gris de grande taille sont peints en bleu plutôt qu'en gris. Les poissons ont toujours le dos gris, le ventre et les nageoires rougeâtres^ et jaunâtres; les oies et les hérons^ sont en bleu; les chiens de toutes les couleurs, sauf le gris, quelquefois même en bleu^; les souris et les chauve-souris rougeâtres' et même Téléphant est orné d'un rouge clair ^. L'âne seul fait exception à la règle. L'eau est peinte sans exception en bleu. Parmi les Hiéroglyphes bariolés, la couleur grise n'est jamais

1) U n'y a pas de doute sur la valeur (Todtenb. ch. 86), malgré le changement de genre.

Gfr. Bruosch, Dict. p. 642.

W Jl ^'^^^^ ^^ rapproché par Bruosch, Dict. p. 704, du Copte Àeciuinr , faber.

3) de Is. 26. 4) Ros. Mon. Civ. 24. 25. 5) Ibid. 7. 9.

6) Ibid. 20, 7. 7) Ibid. 14. 21, 5. 8) Ibid. 22.

Men. 57

représentée. On ne doit donc pas s'étonner, si le fer brillant et d'nne conleur qui tire sur celle de l'eau se trouve peint en bleu.

Quand nous voyons sur les monuments des ustensiles et des armes, peints tantôt en rouge, tantôt en bleu, nous devons admettre qu'on voulait ainsi désigner, tantôt le cuivre, tantôt le fer, et cela d'autant mieux que le fer durci prend réellement une couleur bleue.

Le casque royal est toujours pdnt en bleu^ Sa forme particulière nous apprend déjà qu'il était en métal ; la surface extérieure en était composée de petites bagues d'acier, garantissant la carcasse de cuir. Le chariot d'une reine d'Ethiopie, au temps de Toutan^^amon, est jaune, c'est à dire couvert d'or ; les roues bleues sont en fer< Dans le tombeau de Ramsés m, on représente les armes et les autres richesses de son trésor^; entre autres, des épées bleues avec des poignées en or ^ ; des hachettes dont les têtes échancrées et bleues, c'est à dire en fer, sont attachées à des manches en bois ^ ; des lances en bois portent alternativement des pointes rouges ou bleues, c'est à dire de cuivre et de fer*. Quand on peint du bleu foncé à côté du bleu clair, celui-ci paraît quelque peu verdâtre. et la vieille couleur bleue revient seulement quand on gratte la surface. Je pense donc que, dans les publications Franco-Toscanes, on rend souvent le vert-foncé pour le bleufoncé, et je serais tenté de prendre les casques peints alternativement en rouge et en vert foncé pour du cuivre et du fer^. C'est ainsi que les poignards à manches d'or 7, sont peints tantôt bleu, tantôt vert. L'arme xop^ est représentée avec une lame en fer bleu^, ce qui s'accorde avec la présence d'un xopi en fer, dans une tombe de Qoumah. L'or du manche court le long du dos de la lame; le fer était plaqué d'or ou doré sur le dos. Dans d'antres cas, la x<>P^ du roi est entièrement en or-\ ou bien en bronze i^. Une autre arme offre dans la lame la même combinaison du bronze et du fer^^

Les grosses masses de granit travaillé, dont certains spécimens se rencontrent dès la W^^^ dynastie de Manéthon, ne nous permettent pas de douter qu'on connât le fer à cette époque. Pourtant les peintures du vieil Empire ne nous donnent aucun exemple d'armes peintes en bleu. Le métal en est toujours peint en rouge ou en brun clair. Ce sont des haches échancrées i^, des pointes de flèches^ S des faucilles ^S des scies ^^ l'herminette^*, des instruments d'armurier *', des fléaux*®, des mortiers*», des poids 20, des rasoirs ^S des miroirs 22, des couteaux de boucheras, des cordes de harpe 2* et d'autres encore. Le fer était peu employé sous le vieil empire: on le remplaçait par le cuivre, quand sa dureté n'était pas indispensable.

1) Denkm. III. 115. et suiv. PI. II. 1.

2) Ros. Mon. Civ. 121. Champollion, Mon. 262 auiv. 3) PI. II. 2.

4) PI. II. 3. 5) PI. n. 4. 6) PI. n. 5 7) PI. II. 6.

8j PI. II. 7. 9) PI. II. 8. 10) Champ, pi. 15a. 11.

11) Ibid. pi. 11. 12) PI. II. 10. 13) Denkm. H. 141. PL IL 11.

14) Denkm. U. 133. 141. Ros. M. C. 16. PL II. 12.

15) RoB. 1. 1. 36. PL n. 13. 16) ibid. 43. 44. PL II. 14.

17) ibid. 43. 44. PL IL 15. 18) ibid. 45. PL IL 16. 19) ibid. 45. PL IL 17.

20) ibid. 52. PL IL 18. 21) ibid. 76. PL U. 19. 22) ibid. 76. PL IL 20.

23) ibid. 83. PL H. 21. 24) ibid. 98. PLU. 22.

58 Taht.

X o, c— ^ "w^ Q ((iht , (ahiij t^hiu, ni t^^^T; le plomb ,

{loXo^Soç , plumbum.

En tenant compte de l'analogie du mot Copte avec le mot hiéroglyphiqne, il ne peut y avoir de doute sur sa signification. En Copte, on trouve le changement d'écriture

TA^Tg^ comme en hiéroglyphes, c^^ |1 *, ^X ^ ftfahtj (ahti.

Dans le temple de Médinet-Habou, on représente le plomb, comme l'argent et le

cuivre, avec l'inscription cz^^^^aJ?*^ ^. Parmi les tributs, on le pèse en général, comme

le cuivre, par tob, dont on mentionne un, cinq, onze, vingt et quarante-sept^. .11 est

remarquable qu'on trouve à Karnak •'» c^^ 9 "^s^ Il ' c^^ S /wvs/vv | g

«plomb, 47 iob, plomb, 1100 tetu); car, bien que tout ce qui précède, y compris le t du commencement, soit détiniit, il n'y a pas d'autre restitution possible. Il est indifi*érent aussi qu'on ait placé d'abord (ahti et ensuite (aht. Nous avons trouvé pour le cuivre que la brique pesait à peu pr^s 20 ten. Si on voulait dire que les 47 tob pesaient 1100 ten, il aurait fallu à peu près 23 Yg de ten pour une brique. Mais alors on n'aurait pas répété le mot taht, et on aurait placé les mots '^^^ entre tes deux. Nous devons admettre qu'il s'agit ici de plomb sous deux formes différentes. D'abord la forme ordinaire en briques et une autre forme quelconque qu'on pesait par ten. Dans un autre passage % on a der-

rière le cuivre c^^^a R ^s^ c^^ K —h— 1 ^ ; suit du ye«ic^ et de l'ivoire.

n faut admettre que les nemiom étaient une autre forme de plomb, peut-être des disques, semblables à des rayons de miel; cfr. hhiu, favus mellis. On voit quelquefois tahf^ avant x^^^^^' ^^^ rassemblait tous les métaux et on les plaçait devant les pierres.

Tels sont les métaux qu'on a reconnus jusqu'à présent sur les monuments Egyptiens. L'étain n'en est pas, quoiqu'on puisse à peine douter qu'il fût connu des Égyptiens. Nou8*ën trouvons une trop grande quantité, 14%, dans le bronze pour qu'il n'ait pas été ajouté de propos délibéré^. On ne peut que difficilement assigner un âge aux bronzes Égyptiens, et, par suite, déterminer l'époque où les Égyptiens ont connu l'étain, mais nous pouvons dire avec certitude qu'ils connaissaient, au moins aussitôt que les Hébreux, les Grecs et les Romains, un métal qui répondait au b'^^â bedil, xaaodspo;, stan-

1) Denkm. UI. '^U, 6.

2) St. Éth. à Boulaq. 1. 22. Je n'ai pas pu trouver la forme r^*-^ Q >K^. ^'^ Il 5 ^ v

Br. Dict. p. 1656. 1592.

3) DÛM. HÎBt Inschr. I. 34.

4) Denkm. III. 30 a, 1. Ausw. XII. 35, 33. Denkm. III. 31a, 6. 30 a, 15.

5) Denkm. III. 30 a, 15. 6) Aosw. XII. 35. 7) Ausw. XII. 6. S) Voir les Analyses de Vauquelin chez Passalacqua: Catal. rais. p. 238.

ni

Conclusion. 59

num. Ce métal pent avoir été Tétain ou bien, comme le croit Beckmann ^ un alliage d'argent et de plomb. Il est fort possible qn'on n'eût pas Thabitude de travailler Tétain tout seul, si on le connaissait, au moins pour en faire des armes et des ustensiles analogues à ceux que nous rencontrons sur les monuments* il ne s'y prête que peu, et c'est pour cela que nous ne le trouvons pas mentionné. On s'attendrait plutôt à le rencontrer parmi les tributs ou les articles de commerce dont nous avons de longues listes aux temps des Ptolémées. On pourrait songer à Tidentifier au tehset, si on n'admet pas, comme moi, que c'est un autre nom pour le fer; mais alors les seuls objets faits en tekset seraient un preuve que ce mot ne désigne pas Tétain. Le mot Copte &«wcne(^, étain, pas plus que Àenme, ne peut correspondre à tehset. Nous pouvons encore moins nous attendre à trouver un nom hiéroglyphique pour le zinc, car ce métal, dans sa forme purement métallique, semble n'avoir jamais été connu des anciens.

Nous allons rassembler maintenant d'une manière sommaire les résultats principaux de notre examen, en renvoyant aux planches pour les représentations des diverses formes.

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