PRÉFACE
L'importance des stèles de la XIT° dynastie, leur valeur au point de vue artistique et épigraphique, maintes fois signalée, m'ont décidé à réunir celles de ces stèles conservées au Musée du Louvre et à en donner, autant que possible, le fac-similé.
J'aurais voulu pouvoir réunir tous les monuments renfermés dans la riche collection du Musée et se rapportant à la XII° dynastie : bas-reliefs, statues, sarcophages, figurines, etc.; les classer et lâcher de dégager de cette étude quelques données sur la première renaissance pharaonique et ses procédés.
Le temps m'a manqué, et il m'a été impossible de réaliser ce projet : je me borne à joindre aux stèles que j'ai recueillies quelques notes, quelques indications, quelques dessins sommaires exécutés d'après mes croquis, véritables croquis eux-mêmes, mis en place, afin de donner l’ensemble du monument, et je sollicite, ici, toute l’indulgence de ceux qui me feront l’honneur de feuilleter ce recueil ; je les prie de bien vouloir le considérer, non comme 16 travail que je m'étais proposé, mais comme son ébauche, son esquisse, qu'avec 16 temps et de nouveaux matériaux [6 me propose d'achever.
Sans doute, bon nombre des stèles de la XII° dynastie, conservées au Musée du Louvre, ne renferment que les formules banales des procynèmes de toutes les époques, la liste des titres du mort, de ses vertus et de ses bonnes actions, les noms des membres de sa famille et de ses serviteurs; elles invitent le passant à la prière, lui rappellent le moment de cacher son corps, le jour où lui-même demandera le don funèbre afin d’être parmi ceux qui suivent le dieu grand dans sa marche et franchissent avec lui la fente du rocher d'Abydos; elles lui disent de demander tout cela pour celui qui n'est plus, s’il veut être aimé des dieux et les suivre à son heure.
Cependant quelques-unes de ces stèles ont fourni des indications précieuses sur les croyances religieuses ou les coutumes domestiques de l'Égypte ancienne ; elles ont attiré l'attention des plus éminents égyptologues ; MM. de Rougé et Maspero les ont tour à tour traduites. Il ne m'était donc plus possible de trouver en elles matière à une étude philologique ; aussi, me suis-je borné à copier fidèlement la stèle, à donner l’hiéroglyphe sous sa forme exacte, à mettre enfin en relief ce que la période de la XII dynastie a de distinctif
Il PRÉFACE
et de personnel, renvoyant, pour 165 traductions, aux fines analyses ayant pour titre : Un gouverneur de Thèbes au temps de la XIF dynastie, et l'Histoire des âmes d'après 8 monuments du Louvre 1.
Les stèles du Louvre, consacrées à des fonctionnaires importants, sont généralement bien gravées; 16 style en est ample et fort; les n°°15,167, 168, 196 sont, avec raison, regardés comme des modèles de gravure; plusieurs ne portent que de faibles marques de peinture; cependant il parait certain que tout hiéroglyphe était rehaussé de couleur; la règle en était générale, et les plus mauvaises stèles portent des traces de peinture verte ou bleue ; si quelques-unes d’entre elles, telles que C 35, n’en offrent plus le moindre vestige, c'est que ces monuments vulgaires étaient moins bien finis; les noms mêmes, laissés en blanc,
prouvent qu'elles étaient destinées aux classes inférieures de la société 2.
Paris, ce 55 juin 1884.
1 Masrero : Recucil des tracaur, Recue philologique, etc.
2 Diverses notes philologiques devaient accompagner ce sommaire; je les avais réunics pendant l'été de 1884 et me proposais de les faire insérer à leur place; mais, obligé de me rendre à la Mission française du Caire, je me suis vu dans l'impossibilité de les compléter ; de plus, mon manuscrit s'étant trouvé égaré, c'est en Egypte, au milieu de dérangements sans nombre, qu’il m'a fallu recomposer de mémoire ce texte abrégé et incomplet; si, même, il m'est possible de le présenter aujourd'hui, ce n’est que grâce à l'obligceance de M. Guicysse, qui a bien voulu se charger des démarches nécessaires; j'ose espérer qu’il voudra bien me permettre de l’en remercier et de lui témoigner, à cette place, ma vive gratitude.
Pour les besoins de la publication, mes dessins ont dû être réduits dans une proportion
assez forte; car, exécutés primitivement au tiers du monument, il a fallu les faire entrer dans le format voulu; quelques-uns, cependant, de faibles dimensions, sont à la grandeur de l'original.
Une liste de nombreuses corrections se trouve à la fin de cette publication; j'ai exposé en quelques lignes la cause des erreurs qui se sont produites dans la transcription autographique.
Je n’ajoutcrai rien de plus, sinon que toutes ces corrections ont été faites sur mes copies primitives : M. Will. .א Groff avait bien voulu m'aider à les collationner avant de les livrer et avait apporté à ce travail un soin méticuleux. Qu'il me permette de le remercier aussi et de lui témoigner ma gratitude.
Mission archéologique de France au Caire, 8 décembre 1887.