‹ Les métaux dans les inscriptions égyptiennesChapitre 16 sur 121 · MEN · texte numérisé non relu

MEN

abondance, surtout dans les endroits où l’on nomme les autres métaux et dans l'énumération des objets qu'on a coutume de fabriquer en fer. Il n'y a que men et (ehäset qui puissent répondre au fer, et, si on pouvait penser au fer et au bronze dans les passages qui précédent, à cause de l’usage identique des deux métaux, des raisons générales nous forcent à nous décider en faveur du fer, jusqu’à ce qu’on ait trouvé une autre dénomination qui ne laisse pas de prise au doute.

Ajoutez que le cuivre et le bronze peuvent bien être différents en soi et selon l'usage de notre langue, mais qu'ils se rapprochent tellement l’un de l’autre, que nul peuple de l'antiquité ne les a séparés. Les Grecs appelaient les deux (466, les Romains aes, les Hébreux NÜnb neyoëet. Les Égyptiens aussi ne leur donnaient pas d'habitude deux noms différents. Il semble d’abord étonnant que le fer soit déterminé par le signe du cuivre; mais il suffit de se rappeler le cas de l'argent. (Ce métal se distingue de l'or par 8 couleur et ses autres qualités, aussi bien que le fer du cuivre; néanmoins il est déterminé par le signe de l’or, comme l’électrum. Des quatre métaux qui seuls jouaient un rôle à l’origine, on opposait les deux nobles aux deux vils, en rassemblant toujours deux sous le même déterminatif. L'argent /kat) signifiait proprement le blanc (c’est à dire, l'or blanc), et men peut être à l’origine «le cuivre durable et rigide», en opposition avec le cuivre plus mou et plus ductile. L’or, que les fleuves charriaient, et qui brillait dans le sable, fut employé plus tôt que l’argent, 16 cuivre de même plus tôt que 16 fer. On partit de nub et de 2 pour trouver hat et men: les déterminatifs se plaçaient en conséquence.

Nub, hat et yomt se sont conservés en Copte ,בסה‎ sas, som. Le fer ne s'appelle pas men en Copte, mais henme. BRuGscH! a cru retrouver ce mot dans le groupe

1 ג‎ | \ , 266 en pet, qu'il traduit par «fer météoriquer, en opposition 0

Ji ט‎ O1 20 en to, le fer trouvé dans la terre. Dans une stèle d'Abou Simbel de 1la 000 דל‎

. . @ --14 = 3 | Don (Ne de מ‎ 1.0 il 08% | ;-* אל‎ PET TES צ םר כ !ו‎ \ nubu תל טבה‎ äsemu, àb uk em yomt, {of-ek 006 en pet, «tes membres sont en électrum, ton corps en cuivre, ton bras est un arbre de ciel Ici, 6 en pet n'est pas un métal, il n'est même pas désigné comme une substance dont le bras aurait été fait, car alors il devrait y avoir א‎ devant; son bras étendu est comparé à an arbre qui atteint au ciel ou bien qui en descend. L’autre groupe se trouve dans

8--- (₪9 6 passes D ו‎ 3. 2 un passage מתנ16ן‎ 8 OL 2 00 = = 000 —. l'ürger sen m

108060 en ma yomt-es m bà en to, «Les Chaines 4 serrures en vrai lapis lazuli, le levier de ג[‎ porte est de 20 en-tor. Bà désigne minéral en général et surtout la pierre, le minerai; comme métal, je ne crois pas qu’on l’ait encore rencontré.

Le Copte henme est sûrement un mot composé; mais l'x du Génitif, rendu dans les transcriptions grecques par ve ou vo, n’a point passé en Copte sous la forme 1, comme cela serait si henmme venait de bà-en pet. Il vaut mieux voir dans la deuxième moitié du

1) Dict. p. 1722.

2) Denkm. 111. 194, 10.

3) .אסכ‎ Hist. Inscbr. 1]. 56. col. 2; voir plus haut p. 104.

mot le Copte one, esone 068, opus artificis; ns, seh opera fabrilia, utensilia. La première partie du mot, ken, pourrait bien être dérivé de men, car le passage de אל[‎ au 2 se trouve souvent en Égyptien, comme dans men, l'hirondelle!, Copte 61 mesanovr, Zeñévvutos 2. Nous aurions ainsi à expliquer herune par ferrum fabrile operarium, comme le métal dont on se sert le plus souvent pour la fabrication d’ustensiles de toutes sortes, et nous trouverons dans la première partie le mot Égyptien men, dont l'adjonction se justifierait encore par les sens multiples de men: me serait le déterminatif phonétique de men déjà vieilli.

On ne saurait décider si le mot intermédiaire éehset était vraiment identique à mes et signifiait le fer durci, l'acier: en ce cas, men aurait subsisté à côté de fehset et ne se serait pas trouvé jusqu'à présent dans les inscriptions. Ce mot lui-même est sans contredit un mot composé. C'est ici le cas de rappeler que les Égyptiens, d’après -Plutarque 3, appelaient le fer ootéov Topüvos, l'os de Typhon; 6040/ pourrait contenir dans 8 deuxième partie le nom de set, 86/0, soit réellement, soit par explication mythologique. Nous savons du reste qu'au temps des Ptolémées la plupart des métaux avaient des noms qui n'étaient point d'un usage populaire et ne sont pas restés en Copte.

1[ nous reste à donner quelques détails sur les monuments qui prouvent l'usage du fer. Dans les représentations de tributs du tombeau de Reymara, fl n’y a pas de fer reconnaissable au nom ou à la couleur. De même pour les dons qu’on apporte au roi Toutanyamon. Le nom ne 8e trouve pas non plus pari les trésors qui sont représentés

au temple de Médinet-Habou. ; | Une quantité de peintures très bien conservées, dans les tombeaux et dans les temples, renferme beaucoup d'objets, surtout des armes, dont la couleur ne permet pas de méconnaître la matière. Les Égyptiens n'avaient que peu de couleurs bien tranehées, auxquelles ils rapportaient des nuances innombrables. (Cela rend difficile la distinction des objets. De plus 168 publications ne .sont pas toujours sûres; car, en copiant à la lumière, on est souvent exposé à prendre du bleu pour du vert et à échanger les autres couleurs entre elles. Dans les grandes peintures, on restaure quelquefois par hypothèse des couleurs détruites. Tout cela ne fait que peu de tort au jugement général. L'or et l'argent se distinguent facilement comme métaux: celui-ci est peint en jaune, celui-là en blanc. On distingue le cuivre ‘rouge d'avec le fer ou l'acier, car ce dernier n'est pas peint en | gris, comme on pourrait le croire, mais en bleu. Les Égyptiens substituaient presque partout le bleu au gris. Pour Îes petits objets, on ne rencontre presque jamais le gris et même des animaux gris de grande taille sont peints en bleu plutôt qu'en gris. Les poissons ont toujours le dos gris, le ventre et les nageoires rougeâtrest 66) les oies et les hérons® sont en bleu; les chiens de toutes les couleurs, sauf le gris, quelquefois même en bleu‘; les souris et les chauve-souris rougeâtres? et même l’éléphant est orné d’un rouge clairs. L'âne seul fait exception à la règle. L'eau est peinte sans exception en bleu. Parmi les Hiéroglyphes bariolés, la couleur grise n'est jamais

1) Il n'y ג‎ pas de doute sur la valeur (Todtenb. ch. 86), malgré le changement de genre. Cfr. 2008011, Dict. p. 642.

2) de | 0 mesenti est rapproché par 23008013, Dict. p. 704, du Copte RecnxT, faber.

3) de Is. 26. 4) Ros. Mon. Civ. 24. 25. 5) Ibid. 7. 9. 6) Ibid. 20, 7. 7) Ibid. 14. 21, 5. 8) Ibid. 22.

représentée. On ne doit donc pas s’étonner, si le fer brillant et d'une couleur qui tire sur celle de l’eau se trouve peint en bleu.

Quand nous voyons sur les monuments des ustensiles et des armes, peints tantôt en rouge, tantôt en bleu, nous devons admettre qu'on voulait ainsi désigner, tantôt le cuivre, tantôt le fer, et cela d'autant mieux que 16 fer durei prend réellement une couleur bleue.

Le casque royal est toujours peint en bleu’. Sa forme particulière nous apprend déjà qu'il était en métal; la surface extérieure en était composée de pètites bagues d'acier, garantissant la carcasse de cuir. Le chariot d'une reine d'Éthiopie, au temps de Toutanyamon, est jaune, c’est à dire couvert d'or; les roues bleues sont en fer. Dans le tombeau de Ramsès 111, on représente les armes et les autres richesses de son trésor?; entre autres, des épées bleues avec des poignées en 0:3; des hachettes dont les têtes échancrées et bleues, c'est à dire en fer, sont attachées à des manches en bois‘; des lances en bois : portent alternativement des pointes rouges ou bleues, c'est à dire de cuivre et de fers. Quand on peint du bleu foncé à côté du bleu clair, celui-ci paraît quelque peu verdâtre. et la vieille couleur bleue revient seulement quand on gratte la surface. Je pense donc que, dans les publications Franco-Toscanes, on rend souvent le vert-foncé pour le bleufoncé, et je serais tenté de prendre les casques peints alternativement en rouge et en vert foncé pour du cuivre et du fer6. C’est ainsi que les poignards à manches d'or’, sont peints tantôt bleu, tantôt vert. L'arme yops est reprèsentée avec une lame en fer bleu‘, ce qui s'accorde avec la présence d'un zopé en fer, dans une tombe de Qournah. L'or du manche court le long du dos de la lame; le fer était plaqué d’or ou doré sur le dos. Dans d’autres cas, 3קסק ג[‎ du roi est entièrement en or‘, ou bien en bronze °. Une aatre arme offre dans la lame la même combinaison du bronge et du feri.

Les grosses masses de granit travaillé, dont certains spécimens se rencontrent dès la 17955 dynastie de Manéthon, ne nous permettent pas de douter qu’on connût le fer à cette époque. Pourtant les peintures du vieil Empire ne nous donnent aucun exemple d'armes peintes en bleu. Le métal en est toujours peint en rouge ou en brun clair. 6 sont des hâches échancrées 5, des pointes de flèches ' des faucilles 4, des scies 5, l’herminette ‘6, des instruments d'armurier!’, des fléaux 5, des mortiers!”, des poids?, des rasoirs 2!, des miroirs 22, des couteaux de boucher 2 des cordes de harpe? et d'autres encore. Le fer était peau employé sous le vieil empire: on le remplaçait par le cuivre, quand sa dureté n'était pas indispensable.

1) Denkm. 111. 115. et .טושה‎ PI. IL. 1.

2) Ros. Mon. Civ. 121. Champollion, Mon. 202 suiv. 3) PI, IL 2.

Page 1