LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET C
BOULBTARD SAINT-OBBIUIN , N* 79
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Les anciens peuples contemplaient les grands spectacles de la nature avec d'autres sentiments que les nôtres. Leur admiration était mêlée de plus d'étonnement et de crainte. Nous lisons dans les livres sacrés de Tlnde, les Védas :
« Le soleil se lèvera- t-il?
« Notre amie Taurore reviendra-t-elle?
t Les puissances de la nuit seront-elles vaincues par le Dieu de la lumière? »
Ces questions nous paraissent étranges. Étaient-elles
sérieuses ? Était-ce sincèrement que les hommes primitifs
se demandaient, avec inquiétude, pendant la nuit, si le
Dur sortirait vainqueur des ténèbres et viendrait au matin
rendre au monde la clarté, la chaleur et la vie?
Oui, sans doute, Phistoire l'atteste; les premiers hommes supposaient que les astres étaient des corps animés, vivants; c'étaient à leurs yeux des êtres supérieurs, des dieux bons ou mauvais, amis ou ennemis, et sans cesse prêts à s'engager dans des combats dont Tissue devait être avorable ou funeste aux mortels.
L'aurore était elle-même une de ces divinités, et la plus charmante, toujours belle de fraîcheur et de jeunesse, tou-
jours saluée et invoquée avec reconnaissance parce qu'elle était la première à annoncer la défaite des ténébreuses puissances du mal, et que, chaque matin, messagère aimable et fidèle, elle venait éveiller doucement les enfants de l'homme dans les diverses contrées de la terre.
Ce n'est plus avec ces émotions naïves de Tantiquité que nous contemplons les scènes éternelles de la création. Nous ne doutons plus du lever régulier du soleil : nous savons l'heure, la minute, la seconde où il apparaîtra sur l'horizon, et nous pouvons aussi calculer avec précision la durée de l'aurore dans tous les climats. Mais cette heureuse sécurité que nous devons à l'expérience et à la science n'a pas affaibli dans nos âmes le sentiment de l'admiration. Ce religieux et fécond sentiment s'est au contraire fortifié, agrandi, et surtout épuré à mesure que la réflexion et l'étude nous ont révélé avec plus d'évidence la puissance et la bonté infinie du Grand Être qui préside à l'ordre universel. Nous suivons avec un intérêt plein de poésie les progrès de l'esprit humain dans l'étude de ces forces naturelles, agents matériels, ressorts immenses obéissant à la volonté de Dieu, dont les anciens n'avaient qu'une idée si confuse! Quel vaste champ ouvert à la curiosité, même en se limitant aux phénomènes qui n'ont pour théâtre que l'atmosphère terrestre ! Quelle variété dans les effets produits autour de nous par l'action et les combinaisons incessantes des éléments de l'air, de l'eau et du feu* qui ser-
1 . On divise ordinairement les phénomènes atmosphériques en météores aériens, aqueux ou ignés.
vent à entretenir et à développer la vie à tous les degrés et sous toutes les formes à la surface du globe ! On a dit avec vérité : « Le spectacle des états du ciel, les aspects changeants des nuages, les pluies, les grêles et les orages qui se forment au-dessus de nos têtes, les apparitions de météores lumineux comme les aurores boréales, les halos et l'arc-en-ciel, ont quelque chose d'étrange ou de merveilleux qui sollicite et captive Patte ntion. Pour une dme disposée à sentir vivement, de pareilles études doivent avoir un charme irrésistible*. »