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SERVICE MÉTÉOROLOGIQUE

Météorologie^télégraphique.

Il est évident que Tétat atmosphérique d'une région est soumis aux influences des régions environnantes, et même, dans certaines circonstances, de régions fort éloignées. Un observatoire qui recevrait chaque jour de tous les principaux points d'une vaste étendue comme celle qui embrasse l'Europe et les rives de la Méditerranée, des télégrammes indiquant l'état du temps pour chacun de ces points, pourrait donc non-seulement prévoir les variations atmosphériques pour le lieu même où il est situé, mais encore pour chacun des lieux avec lesquels il se trouve en correspondance. Or, telle est aujourd'hui la position des observatoires les plus importants de l'Europe, et principalement de TObservatoire de Paris, justement indiqué par l'amiral Fitz-Roy comme « un grand centre d'alliance télégraphique. »

Cet observatoire publie chaque jour un bulletin con-tenant les données qu'on y recueille, ainsi que celles qui lui sont fournies par un très-grand nombre de correspondants, dispersés sur toute la surface de l'Europe. Ces données comprennent, pour chaque station, la pression barométrique, la température, la direction et la force des vents inférieurs, l'état du ciel, l'état de la mer sur les côtes.

Sur la carte météorologique sont tracées des courbes correspondantes aux pressions barométriques échelonnées de cinq en cinq millimètres. La pression de l'atmosphère sur l'Europe éprouve de fréquentes variations, et c'est dans le rapprochement ou l'éloignement de ces

courbes, ainsi que dans leurs inflexions, qu'on peut trouver les principaux éléments de la prévision rationnelle du temps.

Ouragan du 2 décembre.

Cette utile application de la météorologie télégraphique était à peine réalisée, lorsqu'un terrible ouragan est venu démontrer son efficacité. Cet ouragan, analogue aux cyclones des régions tropicales, a traversé la France du 2 au 4 décembre 1863. Son influence était sentie dès le 28 novembre, époque à laquelle il se trouvait sur rOcéan,' à la hauteur du midi de l'Espagne. Le 27 et le 28 novembre le Bulletin annonçait déjà la situation atmosphérique comme très-douteuse. Jusqu'au l*' décembre, le tourbillon remontait vers le nord, et était alors signalé dans le nord-ouest de l'Angleterre . « La baisse rapide qu'on constate ce matin sur l'Irlande, disait M. Marié-Davy, directeur du service météorologique , la position des courbes d'égale pression barométrique et l'orientation des vents qui ont pris de la force du sud au sud-ouest, montrent que le phénomène s'incline vers l'est pour aborder les côtes d'Europe, vers le nord de l'Angleterre. La tempête, qui s'étendra probablement à toute la France, paraît devoir être assez forte. «Effectivement, le 2 au matin, on voyait la pression baisser avec une extrême rapidité sur l'Angleterre et la France. Le tourbillon était descendu sur l'Angleterre et avait son centre près de Liverpool.

Dès le 30, les ports depuis Dunkerque jusqu'à Nantes avaient été prévenus par le télégraphe qu'un coup de vent menaçait. Le l*^"", à midi, tous les ports de

rOcéan furent avertis qu'une tempête, arrivant du sudouest, fondait sur l'Angleterre et la France. Les dépêches expédiées le 2 donneront une idée de l'activité que déploie le service météorologique dans les circonstances périlleuses :

« A huit heuçes du matin, la tempête a effectivement envahi le nord et une partie de Touest de la France. Paris, Bordeaux ont un vent impétueux. Mais à Lyon, Limoges, Bayonne, le vent est encore faible.

a A midi, tous les ports de la Méditerranée sont de nouveau informés qu'ils sont fortement menacés. Madrid reçoit la même dépêche à l'égard des ports du golfe de Lion. Turin la reçoit aussi pour les côtes nord de l'Italie et jusqu'à Livourne. On la renouvelle, à une heure cinquante minutes, pour les côtes de Givita-Vecchia à Palerme. »

Les télégrammes de l'amiral Fitz-Roy avaient aussi prévenu d'avance nos ports de l'Océan. Ils annonçaient que les côtes d'Angleterre étaient couvertes de signaux d'avertissement.

L'Observatoire de Paris est resté quelque temps sans savoir si ses dernières dépêches étaient parvenues à leur destination. Sur plusieurs lignes, la tempête avait renversé les poteaux des télégraphes et brisé les fils. Mais la communication resta ouverte pendant un temps suffisant à la transmission du télégramme le plus important. « J'ai reçu dans la journée du 2, écrivait à M. Le Verrier le président de la chambre de commerce de Toulon, les deux dépêches annonçant qu'une tempête allait envahir la France. Elles ont été publiées et affichées sur l'heure, et les navires du commerce présents sur la rade ont pu prendre et ont pris immédiatement les mesures nécessaires pour parer à

toute éventualité. La préfecture maritime, de son côté, ordonnait à tous les officiers à terre de regagner leur bord. — La tempête s*est déchaînée vers trois heures et demie de l'après-midi. Le premier télégramme du 2, confirmant celui de la veille, avait donc gagné quatre heures d'avance sur la tempête, et tout était prêt pour y faire face. Il n'y a eu, grâce aux précautions prises, aucune avarie, aucun sinistre à déplorer. »

Les télégrammes expédiés à Turin furent immédiatement communiqués aux ports de la côte occidentale d'Italie. La note suivante était publiée, le 3, dans le Journal de Gênes :

« La prédiction de l'Observatoire de Paris s'est complètement réalisée ; les premiers signes de l'ouragan se sont fait sentir hier, vers sept heures et demie du soir. Dans la nuit il s'est déchaîné furieux; il ne paraît pas toutefois que des sinistres aient eu lieu dans nos parages. Le commandant du port s'était hâté de prendre les mesures opportunes, et nous n'a\ons eu qu'à nous en louer. »

Aussitôt que les principaux ports de la Manche et de l'Océan eurent reçu les télégrammes d'avertissement, ils les communiquèrent à tout le littoral au moyen des électro-sémaphores qui y ont été récemment établis. Le nombre des sinistres fut cependant assez grand dans ces parages pour qu'on ait pu s'en étonner. Relativement à la direction du vent, qui battait généralement en côte, les précautions étaient plus difficiles à prendre, et, d'un autre côté, on a dû en négliger.

Les meilleures idées entrent lentement dans les esprits ; il y a malheureusement encore beaucoup de

marins qui ne prennent pas assez au sérieux les prévisions ainsi signalées. Il a fallu pendant assez longtemps, en Angleterre, des instructeurs spéciaux, pour donner aux marins et aux pêcheurs des notions plus justes à ce sujet.

La tempête éclata, sur nos côtes nord, avec une soudaineté et une violence extrêmes. A Cherbourg, par exemple, il y avait le matin très-peu de vent et de mer ; des embarcations légères pouvaient circuler dans la rade. Le baromètre, cependant, se montrait d'accord avec les prévisions pour annoncer le mauvais temps. A huit heures, il était descendu à 737 millimètres. A dix heures, l'ouragan arriva comme un coup de foudre. Des parties d'édifice furent renversées, des toitures enlevées. Sur la rade, la mer était soulevée en tourbillons et formait un épais rideau de brume. D'énormes vagues passaient par-des» sus la digue.

Une chaloupe de la frégate cuirassée la Couronne était partie pour secourir un bâtiment de commerce qui était près de sombrer. Après y être parvenue, elle le remorquait vers le mouillage, quand la tempête se déchaîna. Un petit bateau à vapeur du port lui vint en aide pendant quelque temps, mais il fut obligé de quitter la remorque pour ne pas sombrer lui-même. La marée descendait, et tandis que le navire allait s'échouer sur une plage moins dangereuse, la chaloupe était entraînée au large. On la perdit de vue, et le soir on recueillit près du cap Lévi deux matelots couverts de blessures, évanouis, qui n'avaient qu'un souvenir confus de la catastrophe. Ils étaient les seuls survivants de l'armement de cette embarcation, commandée par un vaillant officier, M. de Besplas, et

montée par des hommes intrépides, qui, conduits par un digne chef, n'avaient pas hésité à faire le sacrifice de leur vie pour accomplir un acte de dévouement et d'humanité.

Les rapports de Londres afÇrmaient qne depuis 1823 on n'avait pas vu une tempête aussi formidable. Partout elle présentait le même caractère qu'à Cherbourg, sauf des variations dans la direction du vent et dans les phénomènes secondaires. A Strasbourg, c'est le 3, vers quatre heures du soir, que de gros nuages, accompagnés d'éclairs et de coups de tonnerre, couvrirent le ciel en un instant. Aussitôt la pluie, la neige et la grêle, chassées par un vent furieux, inondèrent les rues et les places. Dans le Midi, au contraire, le vent du nord, sec et froid, souffla d'abord en tempête sous un ciel clair.

L'Observatoire s'est proposé une étude d'ensemble sur cet ouragan, d'après les indications précises qui peuvent être demandées à toutes les stations placées sur son parcours. Cette étude, dont la première partie a été publiée dans le Bulktin du 31 mars 1864, sera sans doute très-féconde pour la science météorologique, comme l'ont été les travaux analogues de l'amiral Fitz-Roy, après la grande tempête d'octobre 1859.

La théorie des cyclones, fondée par les Redfield, les Reid, les Piddington, comprend les lois générales de leur rotation et de leur translation ; elle a fourni des règles pratiques pour la conduite des navires, mais elle présente encore différentes lacunes que les études nouvelles auxquelles la télégraphie électrique sert d'auxiliaire, contribueront puissamment à combler. Le point de vue auquel se place l'Observatoire nous paraît

d'ailleurs excellent, et nous souhaitons vivement que l'extension du service météorologique permette bientôt d'étendre les recherches sur la plus large base*. « Si nos cartes, disait M. Marié-Davy dans une Note présentée à l'Académie desi sciences, peuvent nous faire pressentir une tempête et nous permettent de la suivre dans sa course à travers l'Europe, elles ne nous indiquent rien ou presque rien sur leur lieu d'origine et sur leur mode de formation, et cependant c'est là un des éléments essentiels non-seulement de la science, mais de ses applications. Nous attachons la plus grande impor tance à la construction de cartes journalières, s'étendant à tout l'hémisphère nord, fallût-il une année pour réunir les éléments de chacune d'elles. Au milieu de l'incessante mobilité des phénomènes atmosphériques, il est très-certainement de grandes lois générales qu'il importe d'en dégager et qu'on peut aller rechercher dans les années antérieures. 5?

Signaux d'alarme.

Les signaux d'alarme employés en Angleterre pour annoncer l'approche des tempêtes se composent, pour le jour, de trois figures préparées avec de la forte toile, qui sont hissées au mât des sémaphores et peuvent s'apercevoir de très-loin.

Un cône, dont la pointe est tournée vers le ciel, annonce qu'une tempête venant du Nord est probable.

1. V. sur les progrès obtenus depuis la publication de cette note l'intéressant ouvrage de M. Marié-Davy : les Mouvements del'atmosphère et des mers y considérés au point de vue de la prévision du temps, Paris^ 1866.

Placé la pointe en bas, le cône indique l'approche d'une tempête du Sud.

Un cylindre est le signe d'un ouragan, ou tempête tournante.

Si le cône est placé, la pointe en haut, au-dessus du cylindre, Touragan qui menace vient du Nord.

Si le cône est, au contraire, sous le cylindre, la pointe tournée vers la terre, Touragan vient du Sud.

Pendant la nuit, des lanternes disposées, comme on peut le voir dans la figure, de manière à représenter les cônes ou le cylindre, remplacent les signaux de jour.

Ces signaux, très-simples et d'un usage facile, seront sans doute généralement adoptés partout où l'organisation du service météorologique permettra de prévoir l'approche des tourmentes.

Sur les côtes du royaume d'Italie, les marins sont prévenus qu'un ouragan les menace par un pavillon rouge arboré sur les tours et les phares des principales localités situées depuis Gênes jusqu'à Palerme et dans l'Adriatique. Ce signal n'est employé que lorsqu'on peut conclure, d'après le Bulletin météorologique envoyé par le directeur de l'Observatoire de Paris, qu'une tempête s'approche. Le télégramme qui l'annonce est en outre affiché dans tous les ports et transmis aux chambres de commerce.

Sur les points les plus dangereux du littoral de l'Angleterre, où les bateaux pêcheurs et les petits bâtiments qui font le service de la côte sont exposés à des coups de vent redoutables, même pendant la belle saison, des baromètres, installés par les soins du Bureau météorologique, aident à prévoir le mauvais temps. Nos ports de l'Océan ont reçu du ministère de la marine

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