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LE SPECTRE DU BROGKEN

en tourbillonnant dans les gorges des montagnes, à l'approche des bourrasques, inspirent encore la crainte, comme un signe de la présence des mauvais esprits, qui passent avec la rafale.

Un phénomène merveilleux, le spectre du Brocken, a été longtemps aussi expliqué par le fait d'une intervention surnaturelle. La meilleure description de ce phénomène est celle qu'en a donnée M. Hane, qui en fut témoin le ^5 mai i797 *. « Apres être monté plus de trente fois au sommet de la montagne, il eut le bonheur de contempler l'objet de sa curiosité. Le soleil se levait à environ quatre heures du matin par un temps serein ; le vent chassait devant lui, à Touest, vers TAchtermannsbohe , des vapeurs transparentes qui n'avaient pas encore eu le temps de se condenser en nuages. Vers quatre heures un quart, le voyageur aperçut, dans la direction de l'Achtermannsbohe, une figure humaine de dimensions monstrueuses. Un coup de vent ayant failli emporter le chapeau de M. Hane, il y porta la main, et la figure fit le même geste. M. Hane fit immédiatement un autre mouvement, en se baissant, et cette action fut reproduite par le spectre. Une autre personne vint alors rejoindre M. Hane, et tous deux s'étant placés sur le lieu même d'où l'apparition avait été vue, ils dirigèrent leurs regards vers rAchtermannshohe, mais ne virent plus rien. Peu après, deux figures colossales parurent dans la même direction, reproduisirent les gestes des deux spectateurs, puis disparurent. Elles se remontrèrent peu de temps après, accompagnées d'une troisième. Quelquefois les figures étaient faibles et mal déterminées ; dans

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d^autres moments, elles offraient une grande intensité et des contours nettement arrêtés. On a deviné (jue le phénomène était produit par l'ombre des observateurs projetée sur un nuage. La troisième imafi^ était sans doute due à une troisième personne placée derrière quelque anfractuosité de rocher. »

Pendant son voyage avec La Condamine dans les Cordillères, Bouguer' fut témoin d*un phénomène semblable au sommet du Pambamarca : « Ce qui nous étonna, dit-il, c'est que la tête de l'ombre était ornée d'une auréole formée de trois ou quatre petites couronnes concentriques d'une couleur très-vive, chacune avec les mêmes variétés que le premier arc-en-ciel, le rouge étant en dehors. C'était comme une espèce d'apothéose pour chaque spectateur; et je ne dois pas manquer d'avertir que chacun jouit tranquillement du plaisir de se voir orné de toutes ses couronnes ,' sans rien apercevoir de celles de ses voisins. »

Kaemtz a vérifié le même fait sur les Alpes. Dès que l'ombre était projetée sur un nuage, la tête se montrait entourée d'une auréole lumineuse. Scoresby, dans les régions polaires, Ramond, dans les Pyrénées, de Saussure ont observé et décrit avec détail ce curieux phénomène, connu sous, le nom i'anthélie.

Il se manifeste quelquefois dans des circonstances plus ordinaires, au lever et au coucher du soleil, (juand des brouillards reposent sur la terre. Souvent la figure aérienne, dont la tête est presque toujours entourée de rayons lumineux, n'est pas plus grftnde que nature. On comprend que de telles apparitions aient pu donner

1. Membre de l'Académie des sciences, envoyé à l'équateur avec La Condamine pour mesurer un degré terrestre.

l'ombre du MONT-BLANC. 47

lieu aux légendes qu'on retrouve en diverses contrées, surtout dans les pays montagneux, où les hautes cimes, couronnées de nuages aux contours changeants, aux couleurs variées, ont joué un si grand rôle dans la formation des mythes religieux.

Quant le soleil est à l'horizon, on peut voir aussi en se plaçant près d'un chemin de fer, les ombres des poteaux télégraphiques apparaître sur la traînée de blanche vapeur qui sort de la locomotive et flotte audessus du convoi. Souvent encore les aéronautes aperçoivent Timage agrandie de leur ballon sur les nuages des hautes régions (ju'ils traversent. C'est toujours un phénomène semblable à celui qu'on observe sur le Brocken.

L'ombre du mont Blanc.

Lorsqu'on se trouve placé au sommet d'une trèshaute montagne, Tombre que projette le soleil, à son coucher, se dirige vers le ciel, et produit quelquefois un magnifique phénomène, observé par MM. Bravais et Martins, dans une de leurs excursions scientifiques au mont Blanc. M. Bravais en a donné la description suivante :

« Le soleil approchant de l'heure de son coucher, nous jetâmes les yeux du côté opposé à l'astre, et nous aperçûmes, non sans quelque étonnement, l'ombre du mont Blanc qui se dessinait sur les montagnes couvertes de neige de la partie est de notre panorama. Elle s'éleva graduellement dans l'atmosphère, où elle atteignit la hauteur d'un degré, restant encore parfaitement visible.

« L'air, au-dessus du cône d'ombre, était teint de ce

rose pourpre que Ton voit, dans les beaux couchers de soleil, colorer les hautes cimes; le bord de cette teinte offrait une zone plus intense, et cette bordure continue rehaussait l'éclat du phénomène.

ce Que Ton iiaagine maintenant les montagnes de la grande vallée d'Aorte projetant, elles aussi, à ce même moment, leur ombre dans Tatmosphère, la partie infé • rieure sombre avec un peu de verdâtre, et au-dessus de chacune de ces ombres la nappe rose purpurine avec la ceinture rose foncée qui la séparait d'elles ; que l'on ajoute à cela la rectitude du contour des cônes d'ombre, principalement de leur arête supérieure, et enfin les lois de la perspective faisant converger toutes ces lignes Tune sur l'autre, veis le sommet même de Tombre du mont Blanc, c'est-à-dire au point du ciel où les ombres de nos corps devaient être placées, et Ton n'aura encore qu'une idée incomplète de la richesse du phénomène météorologique qui se déploya pour nous pendant quelques instants. Il semblait qu'un être invisible était placé sur un trône bordé de feu, et que, à genoux, des anges aux ailes étincelantes l'adoraient, tous inclinés vers lui. A la vue de tant de magnificence, nos bras et ceux de nos guides restèrent inactifs, et des cris d'enthousiasme s'échappèrent de nos poitrines. J'ai vu les belles aurores boréales du Nord avec leurs couronnes zénithales aux colonnes diaprées et mobiles, que nos plus beaux feux d'artifice ne sauraient égaler par leurs efl'ets ; mais la vue de l'ombre du mont Blanc me paraît plus grandiose encore, w

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