PAYS ÉLECTRIQUES
Pays ôleotriques.
Ce nom a été donné par M. Fournet, professeur de géologie, dont les amis des sciences déplorent la perte récente, à csrtaines régions dans lesquelles ont été observés des phénomènes particuliers d'électricité.
M. H. de Saussure, petit-fils du grand explorateur des Alpes, rapporte qu'à la fin de l'hiver, quand la sécheresse devient très-grande sur les plateaux élevés du Mexique, où Tévaporation est d'une force extrême, on observe par moments des étincelles électriques trèsvives. Au mois d'août 1856 il faisait avec un autre voyageur l'ascension du Nevado de Toluca, malgré les avis réitérés des habitants du pays. Un brouillard glacé les enveloppa bientôt, le vent devint violent, et il y eut une averse de grésil. En même temps apparurent des éclairs accompagnés de tonnerre, roulant presque sans interruption. On entendait aussi un bruit sourd, inquiétant, une crépitation du genre de celle qu'auraient laite les petites pierrailles de la montagne si elles s'étaient entrechoquées. Les cheveux longs des guides indiens se soulevaient et se dressaient même sur leurs têtes.
Selon le professeur Loomnis, des phénomènes analogues s'observent fréquemment aux États-Unis : électrisation des cheveux, surtout quand on les peigne ; attraction particulièrement abondante et partant fort désagréable des duvets, des poussières qui flottent dans l'air, par les vêtements ; étincelles produisant une sensation de piqûre si l'on touche un objet en métal et qui permettent quelquefois d'allumer un bec de gaz a\ec le doigt. Volney avait déjà remarqué cette abondance d'électricité pendant son voyage en Amérique.
Les orages, dit-il, en founiissaient des preuves effrayantes par la violence des coups de tonnerre, Tintensité prodigieuse des éclairs, la fréquence des accidents graves. Les battements du fluide étaient si forts qu'ils semblaient à son oreille et à son visage « être le vent léger que produit le vol d'un oiseau de nuit. »
D'après le voyageur Livingstone, au printemps, époque de grande sécheresse, les déserts de l'Afrique méridionale sont souvent traversés par un vent du sud chaud et tellement électrique, que les plumes d'autruche se chargent d'elles-mêmes au point de produire de vives commotions; la seule friction du vêtement fait jaillir des gerbes lumineuses.
Voici un fait très-curieux observé par M. H. de Saussure pendant son ascension, en 1865, du piz Surley, dans les Grisous : «... Le froid augmentait, et à une heure du soir, arrivés au sommet du piz Surley, la chute du grésil devenant plus abondante, nous nous disposâmes à prendre notre repas près d'une pyramide de pierres sèches qui en couronne la cime. Appuyant alors ma canne contre cette construction, j'éprouvai dans le dos, à l'épaule gauche, une douleur fort vive comme celle que produirait une épingle enfoncée lentement dans les chairs, et en y portant la main, sans rien trouver, une piqûre analogue se fit sentir dans l'épaule droite. Supposant que mon pardessus de toile contenait des épingles, je le jetai ; mais loin de me trouver soulagé, les douleurs augmentèrent, envahissant tout le dos d'une épaule à l'autre; et elles étaient accompagnées de chatouillements, d'élancements douloureux, comme ceux qu'aurait pu produire une guêpe ou tout autre insecte se promenant dans mes vêtements, où il me criblerait de piqûres.