‹ Les météoresChapitre 42 sur 117 · PHÉNOMÈNES LUMINEUX · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES LUMINEUX

Motiers. Je délibérai un moment pour savoir si j'entrerais dans cette miâson de ferme, ou si je continuerais ma route : et enfin quelques raisonnements de physique, et la plus parfaite confiance en l'auteur suprême de l'appareil formidable dont j'étais entouré, me déterminèrent à poursuivre ma route. Ayant pu déjà impunément remplir ma main de l'eau électrique qui brillait sur le bord libre de mon chapeau, je crus pouvoir répéter l'expérience (ce que je fis néanmoins la seconde fois avec une sorte de crainte), et m'assurer si cette lumière phosphorescente n'avait point d'odeur, si elle ne produisait ni crépitations, ni pétillement. Mais je ne remarquai jamais rien que la belle lumière qui ne s'élevait pas de ma main au moment où je rouvrais, mais qui paraissait appliquée à sa surface comme un vernis brillant. Cette lueur ne durait qu*un instant. Continuant à cheminer en fixant, pour ainsi dire, continuellement l'auréole brillante de mon chapeau, je vis une lumière vive, comme appliquée sur la surface unie de la crosse de mon parapluie, à l'endroit où se trouve la plaque de métal pour y graver un nom. Mon premier mouvement fut de passer le pouce sur cette partie, pour éteindre ce nouveau feu qui me devenait aussi importun que l'autre. Même phénomène ; c'està-dire que la surface de la partie frottante devint aussi lumineuse que celle qui était frottée : alors j'eus peur du parapluie, à la monture métallique duquel mon esprit s'attacha, et sur-le-champ je le jetai à terre. Les éclats de la foudre redoublaient, bien qu'elle parût être et fut en effet à une certaine distance de moi. Une fois débarrassé de mon parapluie, j'essayai de frotter viveme^nt le bord de mon chapeau sur la manche de mon habit, mais je ne réussis qu'à rendre plus sein-

tillante la couronne de lumière, avec laquelle j'arrivai près de Motiers. J'attribuai sa cessation au voisinage de grands peupliers qui bordent la route près de ce village.... »

Ces effets s*expliquent par Tinfluence des nuages orageux deç parties supérieures de Tatmosphère, qui attirent à la surface du sol une électricité contraire à celle dont ils sont chargés. Souvent les aigrettes qu'on voit à Textrémité des pointes placées sur une machine électrique en activité, apparaissent dans des dimensicas agrandies sur tous les objets saillants, les tiges métalliques, les sommets des clochers, les mâts et les vergues des navires. Ces belles flammes, auxquelles les marins donnent le nom de feux de Saint-Elme^ indiquent rémission abondaùte du fluide terrestre qui va neutraliser le fluide des nuages. Nous citerons encore, d'après Arago, les faits suivants :

Le 14 janvier 1824, à la suite d'un orage, M. Maxadorf ayant porté ses regards sur un chariot chargé de paille qui se trouvait au-dessous d'un gros nuage noir, au milieu d'un champ, près de Gothen, observa que tous les brins de paille se redressaient et paraissaient en feu. Le fouet même du conducteur jetait une vive lumière. Ce phénomène disparut aussitôt que le vent eut emporté le nuage noir : il avait duré dix minutes.

Le 8 mai 1831, après le coucher du soleil, des officiers se promenaient tête nue, pendant un orage, sur la terrasse du fort Bab-Azoun à Alger. Chacun, en regardant son voisin, remarqua avec étonnement de petites aigrettes lumineuses aux extrémités de ses cheveux. Quand ces officiers levaient les mains, des aigrettes se formaient aussi au bout de leurs doigts.

Page 1