Nautical magasine y ] Ski (Eolian Researches
arrive la tempête, on voit d'abord comme un nuage, flamboyant de la façon la plus étonnante, et quelquesuns de ces ouragans et tourbillons ont paru aussi terribles que s'il se passait une entière conflagration de l'air et des mers. Le capitaine Prowd, de Stephey, dans un de ses voyages aux Indes orientales, rencontra une tempête de ce genre, dont j'ai quelques détails, extraits de son journal. La mer était entièrement agitée; et, ce qui fut le plus remarquable et le plus effrayant, le ciel devint étonnamment rouge et enflammé dans les parties nord de Thorizon ; le soleil était alors au méridien. On y vit les signes d'une tempête, qui arriva suivant les prévisions. A mesure que croissait l'épaisseur de la nuit, la violence du vent grandissait aussi, jusqu'à ce qu'il finit par un ouragan terrible. A une heure après minuit, il arriva à une telle force qu'on ne put garder aucune voile ; sept hommes pouvaient à peine gouverner ; toute l'atmosphère, le ciel et la mer en furie, ne semblaient qu'une seule masse de feu .»
Une relation officielle du formidable ouragan qui dévasta la Guadeloupe, le 25 juillet 1825, contient le passage suivant :
« Le vent au moment de sa plus grande intensité, paraissait lumineux; une flamme argentée, jaillissant par les joints des murs, les trous des serrures et autres issues, faisait croire, dans l'obscurité des maisons, que le ciel était en feu. »
Quelquefois, du côté de l'horizon d'où le cyclone arrive, on voit un épais banc de nuages, d'une menaçante obscurité, d'où s'écoulent des nappes d'éclairs, dont ce la terrible magnificence » rappelle, suivant Piddington, les splendeurs de l'aurore boréale. En même temps la mer se couvre de lueurs phosphorescentes, qui rem-
plissent la sombre nuit de pâles clartés ; tandis que pendant le jour un ciel rouge de sang étend sur tout riioiizon sa teinte sinistre. Un calme profond précède presque toujours la tourmente, qui s'annonce aussi par le . rugissement éloigné des éléments, comme si les vents s'engouffraient sous une voûte. Ces grondements lointains rappellent le bruit de Torage dans les cavernes. »
La mer prend une couleur trouble, brise en bouillonnant sur les côtes, et se soulève parfois en lames énormes, les « lames de tempête, » produites par l'approche du cyclone. L'élévation du niveau des eaux, qui est presque toujours Tindice de violentes bourrasques ou de grandes pluies, cause souvent des inondations sur les plages battues par l'ouragan.
Le diamètre de l'immense météore varie de 50 à 100 railles et quelquefois plus; ce disque d'air ^tourbillonnant n'a probablement jamais plus de 1 à 10 milles en hauteur verticale. Placé sur une cime comme le pic de Ténériffe, le marin pourrait le voir passer au-dessous de lui, de même que, dans les Alpes, les voyageurs voient souvent l'orage dévaster à leurs pieds les vallées inférieures. Dans la plupart des cas, le disque du cyclone est si mince qu'on voit distinctement le ciel à travers les noires masses de nuages. Piddington cite les extraits suivants du journal de bord de deux capitaines :
« Voici un fait très-remarquable : tandis que tout autour de l'horizon paraissait un banc obscur d'épais nuages, le ciel au zénith était si parfaitement clair qu'on voyait les étoiles; et chacun à bord remarqua, au-dessus de la tête du mât de misaine, une étoile filante d'un éclat tout à fait particulier.
<c Pendant que nous étions à la cape, les nuages se déchirèrent et le soleil, sur toute la surface de l'eau, donna à Técume une teinte aussi blanche que la neige, et colorée comme Tarc-en-ciel dans toutes ses directions. »
De nombreuses observations tendent à prouver que les disques de tempête sont presque toujours inclinés en avant. Tandis que le front de l'ouragan laboure la mer ou le sol, la partie arrière se relève et montre des traînées de nuages qu'on voit tourbillonner d'une manière extraordinaire. De fortes décharges électriques se produisent en même temps et annoncent la fin du cyclone.
Les typhons de l'océan Indien sont précédés par les mêmes signes et accompagnés par les mêmes phénomènes que les cyclones de l'Atlantique, dont Us ne diffèrent que par quelques particularités sans importance. Dans la mer de Chine, les plus forts de ces ouragans sont nommés « tourbillons de fer. »
L'épouvantable mer qu*ils soulèvent, la formidable violence du vent, soufflant dans des directions opposées d'un côté à l'autre du disque, le calme dangereux qui règne au centre et qui laisse le navire immobile, sous le choc de vagues monstrueuses, la pluie torrentielle, l'effroyable tumulte des éléments, tout s'unit pour rendre la lutte impossible au marin; C'est surtout pendant la nuit, au milieu de profondes ténèbres, sous l'éclair livide ou dans l'étrange lueur phosphorescente qui parfois enveloppe le navire, que l'horreur du spectacle défie toute description. « Si les vents sont déchaînés dans une tempête, dit un vieux marin, Thomas Fuller, ils sont fous furieux dans les oura-
gans. » Dans son Voyage à Vile de France^ Bernardin de Saint-Pierre donne la très- exacte description dun ouragan dont il fut témoin :
« Le 23 décembre au matin, les vents étant au sudest, le temps se disposa à un coup de vent. Les nuages s'accumulèrent au sommet des montagnes. Ils étaient olivâtres et couleur de cuivre. On en remarquait une longue bande supérieure qui était immobile. On voyait des nuages inférieurs courir très- rapidement. La mer brisait avec grand bruit sur les récifs. Beaucoup d'oiseaux marins venaient du large se réfugier à terre. Les animaux domestiques paraissaient inquiets. L'air était lourd et chaud , quoique le vent ne fût pas tombé.
a A tous ces signes qui présageaient l'ouragan, chacun se hâta d'étayer sa maison avec des arcs-boutans, et d'en condamner toutes les ouvertures.
c< Vers les dix heures du soir, l'ouragan se déclara. C'étaient des rafales épouvantables , suivies d'instants de calme effrayant, où le vent semblait reprendre des forces. Il fut ainsi en augmentant pendant la nuit. Ma case en étant ébranlée , je passai dans un autre corps de logis. Mon hôtesse fondait en larmes dans la crainte de voir sa maison détruite. Personne ne se coucha. Vers le matin, le vent ayant encore redoublé, je m'aperçus que tout un front de la palissade de l'entourage allait tomber, et qu'une partie de notre toit se soulevait à l'un des angles : avec quelques planches et des cordes, je fis prévenir le dommage. En traversant la cour pour donner quelques ordres, je pensai plusieurs fois être renversé. Je vis au loin des murailles tomber, et des couvertures dont les lambeaux s'envolaient comme des jeux de cartes.
« Il tomba de la pluie vers les huit heures du matin, mais le vent ne cessa point. Elle était chassée ho* rizontalement et avec tant de violence , qu'elle entrait comme autant de jets d'eau par les plus petites ouvertures.
« A onze heures , la pluie tombait du ciel par torrents. Le vent se calma un peu ; les ravines des montagnes formaient de tous côtés des cascades prodigieuses. Des parties de roc se détachaient avec un bruit semblable à celui du canon. Elles formaient en roulant de larges trouées dans les bois. Les ruisseaux débordaient dans la plaine , qui était semblable à une mer.
« A une heure après midi , les vents sautèrent au nord-ouest. Ils chassaient l'écume de la mer par grands nuages sur la terre. Ils jetèrent du port sur le rivage les navires, qui tiraient en vain le canon ; on ne pouvait leur envoyer du secours. Par ces nouvelles secousses , les édifices furent ébranlés en sens contraire et presque avec autant de violence. Les vents firent ainsi le tour de l'horizon dans les vingt-quatre heures, suivant l'ordinaire; après quoi, tout se calma.
« Beaucoup d'arbres furent renversés, des ponts furent emportés. Il ne resta pas une feuille dans les jardins. L'herbe même, ce chiendent si dur, paraissait en quelques lieux rasée au niveau de là terre. »
Quoique ces terribles météores soient surtout fréquents dans la zone torride, ils apparaissent aussi quelquefois dans nos climats tempérés, sur les côtes de l'Atlantique et de la Méditerrauée. Nous verrons bientôt comment nos observatoires météorologiques peuvent les suivre dans leur course et prévenir à temps les points menacés.
« Ces convulsions de la nature, dit Peltier, parais
sent nécessaires pour rétablir l'équilibre dans Tatmosphère, et souvent , malgré les terreurs qu'elles inspirent, les habitants des contrées qu'elles ravagent les appellent de tous leurs vœux. »
Des brumes épaisses, stagnantes, causes de maladies, sont dissipées par la tempête; d'abondantes pluies raniment partout la vie et répandent la fraîcheur ; Tair devient pur et léger ; renouvelé par Faction électrique des orages, il rend leur vigueur à Fhomme et aux animaux alanguis par Taccablante chaleur de l'ardente saison, leur éclatante verdure aux plantes flétries. Aux bouleversements de Touragan , aux noires tempêtes, aux torrents de pluie, aux éclairs et aux foudres , succèdent la sérénité des beaux jours, le calme, la pure lumière, la beauté d'un incomparable printemps.
OSpD