HUMBOLDT
mène paraît beaucoup plus ancien. Uanneau a eu le temps de se fermer.
Les vues ingénieuses que nous venons de résumer peuvent faire juger du vif intérêt qui s'attache aujourd'hui au mystère des -étoiles filantes. Les premiers voiles tombent à peine, mais les observateurs se multiplient et S'associent, les savants s'unissent, soutenus dans leurs persévérantes recherches par le profond sentiment qui a inspiré à Humboldt les pages suivantes :
« Voir le mouvement surgir soudain au milieu du calme de la nuit, troubler un instant l'éclat paisible de la voûte étoilée ; suivre de l'œil le météore qui tombe, en dessinant sur le firmament une lumineuse trajectoire, n'est-ce pas songer aussitôt à ces espaces infinis, partout remplis de matière, partout vivifiés par le mouvement ? Qu'importe la petitesse extrême de ces météores dans un système où l'on trouve, à côté de l'énorme volume du Soleil, des atomes tels que Gérés, tels qiie le premier satellite de Saftume? Qu'importe leur subite disparition, quand un phénomène d'un autre ordre, l'extinction de ces étoiles qui brillèrent tout à coup dans Gassiopée, dans le Gygne et dans le Serpentaire, nous a déjà forcés à admettre qu'il peut exister, dans lee espaces célestes, d'autres astres que ceux que nous y voyons toujours? Nous le savons maintenant, les étoiles filantes sont des agrégations de matière, de véritables astéroïdes qui circulent autour du Soleil, qui traversent, comme les comètes, les orbites des grandes planètes, et qui brillent près de notre atmosphère ou du moins dans ses dernières couches.
« Isolés, sur notre planète, de toutes les parties de la création que ne comprennent pas les limites de notre atmosphère, nous ne sommes en communication
avec les corps célestes que par Tintermédiaîre des rayons si intimement unis de la lumière et de la chaleur, et par cette mystérieuse attraction que les masses éloignées exercent sur notre globe, sur nos mers et même sur les couches d*air qui nous enviromient. Mais si les aérolithes et les étoiles filantes sont réellement des astéroïdes planétaires, le mode de communication change, il devient plus direct, il se matérialise en quelque sorte. En effet, il ne s'agit plus ici de ces corps éloignés dont Faction sur la terre se borne à y faire naître les vibrations lumineuses et calorifiques, ou bien encore à produire des mouvements, suivant les lois d'une gravitation réciproque : il s'agit de corps matériels qui, abandonnant les espaces célestes, traversent notre atmosphère, et viennent heurter la Terre dont ils font partie désormais. Tel est le seul événement cosmique qui puisse mettre notre planète en contact avec les autres parties de l'univers. Accoutumés comme nous le sommes à ne connaître les êtres placés hors de notre globe que par la voie des mesures, du calcul et du raisonnement, nous nous étonnons de pouvoir maintenant les toucher, les peser, les analyser. C'est ainsi que la science met en jeu dans notre âme les secrets ressorts de l'imagination et les forces vives de l'esprit, alors que le vulgaire ne voit, dans ces phénomènes, que des étincelles qui s'allument et s'éteignent, et dans ces pierres noirâtres, tombées avec fracas du sein des nues, que le produit grossier d'une convulsion de la nature. »