floréal de l'an XI
échappées de ce uuage elTrayant ; on les avait entendues sifQer, on les avait vues rebondir sur le sol et s'enfoncer en terre ; on en citait une du poids de 7 à 8 kilogrammesy enfouie à la profondeur de 5 décimètres. On prétendait en avoir ramassé sur une grande étendue de pays. Plusieurs de ces pierres arrivèrent à Paris presque aussitôt que la nouvelle. Grises à Tintérieur, grenues, fendillées, remplies de parties brillantes et métalliques, elles étaient toutes recouvertes d'une sorte de vernis de couleur noire.
L'annonce de cet événement produisit à Paris la plus vive sensation. L'occasion était belle pour savoir à quoi s*en tenir sur un phénomène accueilli pendant des siècles avec une incrédulité et une indifférence maint^^nant ébranla. Elle fut saisie. Sur la demande de l'Institut, le ministre de l'instruction publique chargea un membre de TAcadémie des sciences, M. Biot, de se rendre sur le théâtre des événements et d*y ouvrir une enquête.
Biot se met en route le 7 messidor, deux mois après que s'était produit le phénomène qu'il s'agissait de vérifier. Il emportait avec lui une boussole, une carte de Cassini et un échantillon d'une des pierres qu'on disait être tombées à Barbatan , près Roquefort, en 1790.
Il ne se rendit pas directement à l'Aigle.
c Si l'explosion du météore avait réellement été aussi violente qu'on nous l'annonçait, on devait, écrit-il, en avoir entendu le bruit à une très grande distance. Il était donc conforme aux règles de la criti({ue de prendre d'abord des informations dans des lieux éloignés, sur ce bruit extraordinaire, sur le jour et l'heure auxquels on l'avait entendu, d'eu suivre la direction, et de me laisser conduire par les témoignages jusqu'à l'endroit même où l'on disait que le météore avait éclaté. Je devais rassembler ainsi, dans une grande étendue de pays, des renseignements comparables ; car, sur le bruit même et les circonstances de l'explosion, les témoignages devaient s'accorder quelque part qu'ils fussent recueillis. »
Guidé par ces considérations, l'académicien se rendit d'abord à Alençon, cheflieu du département de l'Orne, situé à 5 lieues au sud-ouest de la ville de l'Aigle.
Chemin faisant, le courrier de Brest à Paris lui dit que le mardi 6 floréal (26 avril), à 9 lieues par delà d'AIençon, entre Saint-Rieux et Pré-en-Pail, il vit dans le ciel un globe de feu qui parut par un temps serein, du coté de Mortagne, et sembla tomber vers le nord. Quelques instants après on entendit un grand bruit semblable à celui du tonnerre ou au roulement continu d'une voiture sur le pavé. Ce bruit dura plusieurs minutes, et fut sensible, malgré celui de la chaise de poste, qui roulait alors sur la terre. L'heure était celle de midi trois quarts. Par la marche de ce globe de feu, par le bruit, et surtout par l'heure, Biot jugea que c'était le commencement du météore de l'Aigle.
A Alençon, on avait entendu parler vaguement de ce phénomène , mais on n'avait rien vu ; et aucun bruit extraordinaire ne s'était fait remarquer : ce qui n'est pas étonnant dans une grande ville, au mien du tumulte d'un jour de marché. L'ingénieur en chef des ponts et chaussées, M. Barthélémy, avait formé dans cette ville une collection de toutes les substances minérales qui se trouvent dans le département de l'Orne. Biot la visita, il n'y trouva rien qui ressemblât aux pierres dites météoriques, et M. Biirthéleniy, à (|ui il donna un échantillon de celle de
METëORITES. 471
Barbotan, déclara n'avoir jamais rien vu de pareil. L'académicien se trouva ainsi éclairé sur un des points les plus importants de sa mission.
N*ayant plus rien à faire à Âlençon, il en partit le iO messidor et se mit en route pour TAigle avec un guide actif et intelligent, se proposant de s'arrêter dans tous les endroits où il pourrait espérer de recueillir les renseignements.
Le premier endroit qu'ils rencontrent est S^z, petite ville à 10 lieues au sudouest de TAigle. On y avait entendu le bruit du météore, on en indiquait précisément le jour, l'heure, et les diverses circonstances. C'était comme un coup de tonnerre très fort qui semblait partir du côté du nord, et dont le roulement, accompagné de plusieurs explosions successives, avait duré 5 ou 6 minutes. On disait de plus, que les voyageurs venant de Falaise ou de Gaen, avaient entendu fortement la même explosion, et qu'ils avaient eu grand'peur; on ajoutait qu'il avait paru un globe de feu du côté de Falaise. Ces informations donnaient lieu de penser que les effets du météore s'étaient étendus sur un espace beaucoup plus considérable qu'on ne Tavait cru d'abord.
La seconde station fut à Nouant, petit village situé h 8 lieues ouest-sud-ou&st de l'Aigle. Les habitants avaient entendu tiès distinctement Texplosion du météore qui les avait fort épouvantés; ils la comparaient au bruit d*une voiture roulant sur le pavé ou à celui d'un feu violent dans une cheminée. Des employés aux barrières, qui étaient couchés sur le bord de la route, se relevèrent tout effrayés. Ils ne virent rien dans l'air, qui était serein. Aucune pierre n'était tombée en cet endroit.
Au bourg de Merleraut, à 7 lieues ouest-sud-ouest de l'Aigle, mêmes récits : mais le bruit de l'explosion et la frayeur qu'elle avait produite s'étaient accrus en raison de la proximité. Des chevaux qui étaient dans une cour, revenant des champs et encore attelés, sautèrent tout effrayés par-dessus une haie et s'enfuirent dans la rue, tant était grande la force de Texplosion, quoique à une distance de 7 lieues. Il n'était pas non plus tombé de pierres dans ce bourg et on n'avait rien vu en l'air.
Du Merleraut, nos voyageurs se rendirent à Sainte-Gauburge . Chemin faisant, Biot interrogea une foule de paysans, qui tous confirmèrent ce qu*on sait déjà. Un petit chaudronnier de 10 à 12 ans, qui faisait route avec sa tôle et ses outils sur le dos, écoutait une femme du pays, à qui l'académicien demandait les détails de l'explosion. « Oh ! monsieur, dit l'enfant, on l'a entendue beaucoup plus loin ; on l'a entendue à 3 lieues d'Avranclies. — Vous avez donc ouï dire cela ? — Monsieur, je le sais mieux que par ouï-dire, puisque j'y étais. Il y a 36 lieues d'Avranches à l'Aigle. »
Dans le village de Sainte-Gauburge, à 4 lieues ouest-sud-ouest de l'Aigle, tout le monde avait entendu l'explosion. Il n'y était point tombé de pierres, mais on avait entendu parler de celles qui étaient tombées près de l'Aigle, et plusieurs habitants en possédaient des échantillons. On conduisit Biot, auprès d'un paysan du village de Saint-Sommaire qui se trouvait en ce moment à Sainte-Gauburge et était possesseur d'une pierre tombée devant sa porte. Biot lui montra d'abord la pierre de Barbotan, que le paysan reconnut aussitôt pour être tombée du ciel ; celui-ci ayant ensuite exhibé sa pierre qui pesait environ une livre, elle se trouva en tout semblable à celle de Barbotan.
Biot arriva à l'Aigle à 10 heures du soir, le jour même de son départ d'Alençon.
Ali ENCYaOPÉDIE CIIIIIIQUE.
lisblond, membre de TAoïdëmic des sciences^ et M. Humphinyy ancien militaire qm, Tun et Tautre, habitaient TAigle, avaient» comme tous leurs concitoyens, entendu un bruit effroyable. C'était comme un roulement de tonnerre qui a?ait dure sans interruption pendant environ 5 minutes et qui était accompagné d'explosions fréquentes» semblables à des décharges de mousqueterie. Des personnes de cette ville qui se trouvaient à Caen au moment du phénomène déclarèrent y avoir entendu le môme bruit, et qu'on avait vu de plus un globe de feu qui avait causé une grande frayeur.
Il n'était pas ftmbé de pierres à TAigle même, mais H. Humphray parla à Biot d'une masse pesant 8^,56 qui avait été ramassée à la Yassolerie» vilfaige situé à une lieue au nord de TAigle^ M. Humphray, qui s*était transporté sur les lieux le jour même de l'événement, avait vu les paysans, encore assemblés autour du trou que que la pierre avait fait en tombant. Ce trou était profond de 5 dédmètres» la terre avait été lancée à plus de 4'°,86 de distance.
€ J'ai vu depuis avec lui cette trace effrayante du météore, raconte Biot. J'ai entendu les récits des propriétaires de cette habitation, j'ai entendu les témoignages des enfants qui étaient restés dans la maison lorsque la masse tomba à vingt pas d'eux, et voici les renseignements que j'en ai reçus :
€ Le père de ces enfants revenant de l'Aigle avec sa femme et sa belle-fille, ils entendirent tout à coup dans Tair un bruit de tonnerre extraordinaire, accompagné d'un roulement semblable à celui d'un gi*and feu de cheminée. Il n'y avait presque point de nuage dans Tair, si ce n'est un petit nuage noir, et quelque autre comme on en voit fréquemment ; mais point d*apparence d'orage. Ce bruit semblait partir du petit nuage,, et s'éloignait devant eux en soufflant et bourdonnant toujours. Ils étaient tous trois effrayés, la jeune femme se trouva mal et le père n'osait parler. Ce bruit effrayant ne dura que quelques minutes. En arrivant chez eux, ils virent tous leurs voisins assemblés et crurent qu'il était arrivé quelque malheur pendant leur absence ; ils s*approchèrent et on leur montra la masse que l'on venait de déterrer. Le père la pesa aussitôt ; son poids était de 8^,65 (17 livres et 1/2), comme je l'ai rapporté.
c Le fils revenu des champs me donna des détails encore plus précis : c'étaient
lui et ses frères qui étaient accourus les premiers au bruit de la chute de la pierre,
Y et qui l'avaient déterrée.
f y^ \^ c 11 dînait avec ses frères et sœurs sous un noyer qu'il me montra : tout à coup
^. V \^*ils entendirent au-dessus de leurs tètes un bruit de tonnerre effroyable, accom-
^ .^j- V pagné d'un roulement si continuel qu'ils se crurent près de périr. Le jeune homme
^ :. k^ dit à ses frères de se coucher par terre de peur d*étre emportés. Alors ils enten-
y dirent dans le pré voisin un coup terrible, qu'ils comparent à celui d'un tonneau
plein qui tomberait de haut. Ils coururent à cet endroit, d*oii ils étaient séparés
par une haie, ils virent cette pierre, qui était enfoncée si profondément qu'elle
avait fait sourdre l'eau. »
En revenant de la Yassolerie où il était allé le lendemain de son arrivée à l'Aigle, H. Biot prit des renseignements propres à lui faire connaître la route que le météore avait suivie, et l'étendue du pays sur lequel il paraissait avoir éclaté.
i. Voyez la carte placée plus btut, fig. 110, p. 423.
Ces premières informations lui donnaient pour limites In ville de TAigle, d*uno part, et de l'autre 5 villages nommés Saint-Antonin, Gloss, Couvain, la Fertë- Fresnel et Gauville. C'était une étendue de 3 lieues de long sur 2 de large, qu'i' se promit de parcourir complètement le lendemain.
Il partit à 6 heures du matin, accompagné d'un guide qui connaissait bien le pays et les habitant'^, et se rendit d'abord au château de Fontenil, où tous les témoignages plaçaient le commencement de l'explosion. Les maîtres étaient absents. Biot s'adressa au concierge du château. Celui-ci avait entendu comme tout le monde plusieurs coups violents, semblables à des coups de canon, suivis d*un bourdonnement pareil à celui d'un feu dans une cheminée. Tout à coup on avait entendu sur la terre de l'enclos qui environne le château un grand coup sourd, comme d'un grand arbre qui tomberait après avoir été dbra lé. Les ouvriers qui travaillaient dans un bois voisin accoururent à ce bruit ; les bestiaux efTrayés se précipitèrent vers le lieu où s'était faite la chute. Un jeune homme de 15 ans qui travaillait a iO pas de lu, sous un hangar, dit avoir vu tomber une pierre ; on s'approcha et on en tira une du poids de 5 livres. Elle avait fait en terre un trou de 18 pouces de profondeur.
Dans un champ près de Fontenil, une pierre passa en sifflant par-dessus la tête d*un berger, à qui elle causa une grande frayeur, et tomba à 20 pas de lui. Les moutons, épouvantés par ce bruit, se serrèrent les uns contre les autres.
Au hameau de la Métonnerie, voisin de Fontenil, les habitants d'une ferme avaient vu le nuage au-dessus de leurs têtes. Deux pierres étaient tombées dans leur cour, tout près d'eux; Tune sifflait en tombant, elle était brûlante, car la terre fuma tout àl'entour. Ils n'osèrent la retirer que le lendemain, tant ils avaient peur.
De la Métonnerie, Biot s'étant rendu au village de Saint-Nicolas-de-Sommaire, se présente chez une dame à qui Ton avait porté beaucoup de pierres météoriques. Plusieurs personnes s'y trouvaient, entre autres le curé du lieu. Celui-ci rapporta qu'il regardait directement le nuage d'où l'explosion est partie. C'était un carré long dont le plus grand côté était dirigé est et ouest, il semblait immobile et il en sortait un bruit continuel, semblable au roulement d'un grand nombre de tambours ; puis on entendait les pierres siffler dans l'air comme une balle qui passe, et tomber sur la terre en rendant un coup sourd. On remarquait très bien que le nuage décrépitait successivement de différents côtés, et chacune de ces explosions ressemblait au bruit d'un pétard. Le curé de Saint-Nicolas avait entendu tomber ces pierres sans les voir, celui de Saint-Michel, présent à l'entretien, assura en avoir aperçu une qui, étant tombée dans la cour de son presbytère, aux pieds de sa mère, avait rebondi à plus d'un pied de hauteur sur le pavé.
La maltresse de la maison donna à Biot plusieurs des masses qui étaient en sa possession. Elles étaient toutes semblables à celles que l'académicien avait eu déjà l'occasion de voir. D'après les renseignements recueillis, il en est tombé une quantité efTrayante en cet endroit et dans les environs. Quoiqu'elles fussent encore fort grosses, puisqu'elles pesaient jusqu'à 0^,97, aucune d'elles n'égalait celle de la Vassolerie et des environs de Fontenil. Tout le monde s'accorde à dire que ces pierres fumaient sur la place où elles venaient de tomber. Portées dans les maisons, elles exhalaient une odeur de soufre si désagréable, qu'on fut obligé de les mettre dehors. Dans les premiers jours elles se cassaient très facilement, elles avaient acquis depuis une
exeeniTe dureté ; changement qui, suivant la remarque de M. Biot, attestait qa^eUes étaient étrangères aux lieux ob on les avait trouvées.
Dans une ferme voisine il trouva une femme Agée et deux jeunes filles qui déclarèrent toutes trois avoir vu tomber des pierres et en avoir eu une peur horrible* elles étaient seules en ce moment dans la maison et s'attendaient incessamment à périr. Elles montrèrent dans Tendos de la ferme plusieurs trous d'oh elles avaient extrait les morceaux de ces pierres et elles en remirent un échantillon à leur visateor : c'était toujours la même espèce.
Dans une autre ferme, mêmes récits. La maltresse de la maison, son fils et sa fille avaient vu au milieu d'un effroyable bruit tomber une pierre qui cassa une branche d*un poirier ; le jeune homme courut pour la ramasser ; mais la trouvant enfoncée en terre, il cria à sa sœur d'apporter une bôche. Celle-ci vint ; à peine arrivée, il lui passa devant le visage une petite pierre qui tomba à ses pieds. Alors elle n'eut rien de plus pressé que de s'enfuir, et la pierre ne fut ramassée que lorsque la peur se fut dissipée avec le danger.
Au hameau du Hesle, un rieux laboureur, sa famille et ses gens avaient été témoins du phénomène. Le roulement ressemblait si bien au bruit du feu dans une cheminée, qu'ils crurent que la maison brûlait, et qu'ils coururent chercher de l'eau à la mare pour l'éteindre. « Nous avons vu, disait le vieillard, tomber des pierres d'en haut. Moi qui ne suis pas peureux et qui étais fatigué, je ne me suis pas dérangé pour les aller chercher ; mais mes enfants y coururent et les rapportèrent. Une d'elles tomba près de la mare et fit peur à une poule qui se trouvait là ; une autre tomba sur le faite de la maison et roula jusqu'à terre ; nous crûmes que c'était notre clieminée qui tombait. »
Biot eut en cet endroit la bonne fortune de retirer lui-même une pierre météorique de la terre où elle était enfoncée. Elle ressemblait parfaitement à toutes les autres. Près de là il rencontra « un berger qui passait autrefois pour incrédule, mais que la peur de ce terrible météore avait converti ».
Au bourg de Gloss, où il se rendit alors, on avait entendu violemment l'explosion au sud-ouest, mais il n*y était rien tombé. Notre savant apprit que quelques pierres, mais petites et en très petit nombre, avaient été vues au hameau de la Belangère, situé à Touest de Gloss. 11 fut ainsi confirmé dans Topinion qu'il n'était rien tombé dans les villages de Saint- An lonin et de Couvain. Dès lors, les limites de Texplosion au sud, à Test et au nord étaient connues ; il ne restait plus à parcourir que le coté de Touest.
Biot alla d*abord au hameau de la Bame. Au rapport des habitants, qui n'en parlaient encore qu*avec effroi, autour d'eux les pierres tombaient comme la grêle en sifUant. Us avaient couru à la mare, croyant que les bâtiments étaient en feu ; leur peur était telle qu'ils s*attendaient à périr, toutes les pierres tombées en cet endroit étaient fort petites. On en avait tant ramassé qu'on finit par les jeter dans la basse-cour comme n offrant aucun intérêt.
Au hameau de Bois-la-Yille, un propriétaire raconta qu'il était au milieu de sa cour, telc nue ; il entendit subitement, comme 5 ou 4 coups de canon, suivis d'une espèce de décharge qui ressemblait à une fusillade, après quoi il se fit un épouvantable roulement de tambours accompagné de sifflements très forts, causés par des pierres qui tombaient sur la terre. L'air était tranquille et le ciel serein ;
seulement on observait directement au-dessus de la cour un petit nuage noir qui paraissait inunol)ile, et duquel semblait partir tout ce bruit. On ramassa sur-lechamp une grande quantité de pierres météoriques dans Fenclos qui environne la maison : elles étaient toutes excessivement petites.
A la ferme de la Blandinière, au hameau du Teil, au village des Guillemius que Biot visita ensuite, il n*était tombé qu*un petit nombre de pierres et fort petites. Ces points formaient la limite occidentale de Texplosion.
Biot rentra à TAiglc à dix heures du soir, son enquête était terminée. Elle avait mis hors de doute les faits suivants, ainsi résumés par le sagace académicien.
« Le mardi, 6 floréal an xi, vers une heure de l'après-midi, le temps étant serein, on aperçut de Cacn, do Pont-Audemcr et des environs (rAIcnçon, de Falaise et de Vemeuil, un globe cnnannné d'un éclat très brillant et qui se mouvait dans l'atmosphère avec beaucoup de rapidité.
« Quelques instants après, on entendit à TAigle et autour de cette ville, dans un arrondissement de plus de 50 lieues de rayon, une explosion violente qui dura cinq ou six minutes.
« Ce furent d'abord trois ou quatre coups semblables u des ceups de canon, suivis d*une espèce de décharge qui ressemblait à une fusillade; après quoi, on entendit comme un épouvantable roulement de tambours.
f Ce bruit partait d'un petit nuage qui avait la forme d'un rectangle, et dont le plus grand côté était dirigé est-ouest. Il parut immobile pendant tout le temps que dura le phénomène ; seulement les vapeurs qui le composaient s'écartaient momentanément de différents côtés par l'effet des explosions successives. Ce nuage se trouvait à peu près à une demi-lieue au nord-nord-ouest de la ville de l'Aigle ; il était très élevé dans l'atmosphère, car les habitations de la Vassolerie et de Bois-la- Ville, hameaux situés à plus d'une lieue de distance l'un de l'autre, l'observèrent en même temps au-dessus de leurs têtes. Dans tout le canton sur lequel ce nuage phinait on entendit des sifflements semblables à ceux d'une pierre lancée par une fronde, et Ton vit en même temps tomber une multitude de masses solides exactement semblables à celles que Ton a désignées sous le nom de pierres météoriques.
« La plus grosse de toutes celles que l'on a trouvées pesait 18*^,15 au moment où elle tomba ; la plus petite que j'ai rapportée avec moi ne pèse que 7 ou 8 grammes ; cette dernière est donc environ mille fois plus petite que la précé • dente. lie nombre de toutes celles qui sont tombées peut être évalué à deux ou trois mille. »
De retour à Paris, Biot s'empressa de lire à l'Académie des sciences (29 messidor an xi) la relation de son voyage. A partir de ce jour, le phénomène de la chute des pierres fut démontré pour tout le monde. Biot avait rapporté du département de l'Orne un grand nombre de pierres météoriques ; elles furent déposées au Muséum d'histoire naturelle, où on peut les voir.
Au sujet de Torigine des météorites, il y a quelque intérêt à citer un passage d*un petit livre du dix-septième siècle, peu connu, et qui montre que des hypo* thèses aujourd'hui en honneur ont été depuis longtemps avancées. Le livre dont il s'agit est dû à Le Galloise On y trouve, à la page i8i, le récit vraiment fort bien
1. Conversation de V Académie de M. Bourdelot^ etc. Le tout rccueilly par le sieur Le Gallois. Paris. 1072.
m BNCYCLOPËDIB CnMIQUB.
hit (la la cliuto de mdt^rites qui eut lieu à Vëroue le 18 juin i668. Puis : c Cdi (liti on prit li pierre et on la considëra fort curieusement. On rit qu'elle esloit de couleur jiunastre, fort aisée à pulyériser, et qu'elle s^toit le soufre. Pérîandre aprfts cela demanda à toute rassemblée quelle estoit son opinion sur œ sujet. Chacun en parla diversement.... Le Signer Adriano parla de la sorte :
« Messieurs, dit-il, la croyance que j'ay que les planètes sont des globes terresties comme le nostre, m'oblige aussi ï croire que ces deux pierres sont deux fragments du globe de la lune, lesquels sont tombez sur le nostre. Si ce que voiis dites ostoit véritable, interrompit Périandre, ces deux pierres auroient deu tomber perpendiculairement et non pas de costé. La lune estant en son couchant, r^lîqua l'Italien, et la terre en mouvement, aussi bien que la lune, cela fut cause que ces pierres tombèrent collatéralement.
« l'ay leu. dit Oronte, que du temps d*Anaxagore, il tomba pareillenoMOt une pierre dans Atlièiurs ; et comme le philosophe fut interrogé d'ob cette piore estoit venue, il ré|Hmdit qu'elle venoit du ciel, qui peut eslre n'estoit qu'une vieille masurt" en niine. Cette plaisante imagination fit rire la compagnie, qui ne jugea pas i pro|ws de plus contester cette opinion, qui se destruit aussi assex d'elle wesnM»» etc. » Cependant cette opinion a été défendue, il y a peu d'années, et elle Mmi|4e iii^me encore des adhérents.
Il y a d^ailleurs dans le public actuel une série d'explications qui ne d^Murendent eerles luns la collection de celles qui sont développées tout au long dans les (t\Miv#»^«ilioiis de M. Bourddot. Ainsi, par exemple, une dame possédant desoon- IMissaiivon oxtrôrnement variées et qui a publié sur les sciences naturelles un très liraïul lUMiibre d'observations, lesquelles, suivant l'appréciation qu'elle en donne elle- Hli^iiMS « ont le cachet de l'exactitude et de la plus grande vérité; » cette dame HitiurI (|iH» lu t'Jiiite des météorites est due à des trombes et s*opère de la manière
H Mitlnii moi, dit-elle, la trombe enlève des masses de roches basaltiques, pierres, «•<|ili> i'iM'niKÎii^^ux, fer, charbon, nickel, thersolithe, péridot, enstatite, pyroxènc (i| «illmsr l'ar son action électrique et chimique, elle fond ces minéraux, souvent |^« ilikMiiit, les mélange ou les divise, les décompose, les scarifie, les oxyde et les
Iini4Mii Im rendant parfois massifs, spongieux, cristallins, globulaires, granulaires, M^i i««^K, driciques, lisses ou rugueux ; parfois aussi les ornant de veines, de lignes d(Mil«>>» parallèles, régulières et irrégulières, de fines aiguilles disposées en faisceau Htf di%»éininée8. La trombe donne ensuite à ces masses des formes selon son caprice, (MMJtt d'une configuration généralement polyèdre émoussé, elle les vernit ou les inm^tti d'une croûte noire vitreuse qui provient de la décomposition de la vapeur ul^ ^Ui lu transsudation des matières ^ » L'auteur, comme on voit, n'a laissé aucun ^^timi douteux, toutes les circonstances du phénomène sont expliquées.
La phice est convenable pour citer un opuscule récent*, où les météorites sont pré-
I . Oburvationê iur l'origine det corpi météotiquei, aétroUlhei, bolides ou pierres gu'om dit IféMltées du ciel, par Mme Jeannette Power, née de Villepren, titulaire do seixe diplômes de tmmïtri' c/irref|K>n(]ant do plusieurs Académies des sciences, belles-letlres et arts de France, d'Angle- ^fut, At*. nruxclles, de Sicile, etc. Paris, 1867.
t Aperçus sur le rôle des astéroïdes inférieurs dans la physique du monde, pu: N. F. Capel, ii^fkétm Mht de l'Kcole polytechnique (1883), sous le titre de La chute du Ciel. M. d'Eq>itr da IféAUmuM a publié un ouTrage du même genre.
sentées comme a la cause première des plus grands fléaux qui désolent notre malheureuse planète )>.
C*est Chladni qui, le premier, émit Topinion que Tespace renferme, outre les corps célestes que nous connaissons, de petites masses de matières isolées, et qui s*y meuvent jusqu'à ce qu'elles arrivent assez près d'un autre corps céleste pour en être attirées et tomber sur lui^ Dans cette supposition, la chute des météorites est due à Tattraction exercée par la Terre sur les minuscules corps planétaires. L'hypothèse de Chladni, admise généralement aujourd'hui, rend assez bien compte des diverses particularités du phénomène.
Elle fut développée d'abord par l'illustre physicien de Wittenberg dans un mémoire relatif à la masse de fer découverte à Krasnojarsk par Pallas. La Bibliotlièque britannique en publia une analyse, à laquelle nous empruntons quelques passages : « Le docteur Chladni fait voir d'une manière fort ingénieuse que la masl^e de fer de Krasnojarsk n'a pu être produite par voie humide ; qu'elle n'a pu non plus être l'effet de Tart ou de la combustion d*une forêt, occasionnée par le feu du ciel ou par une éruption volcanique. 11 parait beaucoup plus probable que cette masse est de même nature que ces météores appelés balles à feu ou dragons volants; et il cite une grande variété d'observations faites sur ces phénomènes. 11 cherche à établir, d'après ces observations, que ces accumulations ne sont point dues à une accumulation de la matière des a\irores boréales, ni à un passage de Télectricité d*une partie de l'atmosphère dans une autre, ni à une accumulation de matières poreuses, inflammables, dans les hautes régions, ni à l'inflammation d'une longue traînée de gaz hydrogène ; mais il montre que leurs ingrédients doivent être d'une nature fort dense et pesante, parce que leur cours paraît être soumis évidemment à l'action de la gravité ; et parce que leur masse, quoiqu'elle s'étende jusqu'à acquérir un volume prodigieux, conserve encore assez de consistance et de poids pour posséder uu mouvement très rapide dans une grande portion de l'espace, sans être décomposée ni dissoute malgré la résistance de l'atmosphère. Gomme notre globe est principalement composé de particules terrestres et métalliques, et que le fer en particulier est de beaucoup le plus abondant des métaux, d'autres corps planétaires peuvent être composés d'une manière analogue, peut-être même tout à fait semblable au fond, quoique les combinaisons et les modifications de ces éléments puissent varier indéflniment. H se pourrait aussi qu'il existât dans l'espace quelques petites accumulations de matière dense, indépendante des grands corps planétaires, et qui, mise en mouvement par quelque force de projection ou par quelque attraction, continue à se mouvoir en ligne droite jusqu'à ce qu'elles arrivent dans le voisinage de la Terre ou de quelque autre corps qui, par son attraction supérieure, décide leur chute à sa surface. Par leur vitesse excessive, qu'augmente encore l'attraction de la Terre et par le frottement violent que ces masses éprouvent de la part de l'atmosphère qu'elles traversent, il doit naître beaucoup d'électricité et beaucoup de chaleur, et elles ne tardent pas à devenir incandescentes; elles se fondent : il s'en dégage beaucoup de vapeurs et diverses sortes de gaz qui font boursoufler la masse jusqu'à un volume considérable, et finissent quelquefois par la faii'c voler en éclat avec explosion. »
i. Ueber feucr Météore, und iiber die unt denselhen herabgefalletien^ von Ernst-Floroos-Friedricb Chladni. Vienne, 1810.
\a tluWio (le Chladni fut suivie d*asscz près par une hypothèse qui, bien qn'imai^imH^ pr l^place, était tout à fait abandonnée, lorsque, il y a quelques années, un Mviint distingué des États- Onis, que nous avons eu souvent Toccasion de nommfr^ Ijiivrence Smith, a entrepris de la relever. Cette théorie consiste à faire, des météorites, des déjections des volcans lunaires.
Ou a di'jà vu |Kir Textrait donné plus haut des Conversatiom de l'abbé Bour- MaL que cette idée avait été émise bien avant Laplace. Nous pouvons ajouter qu*elle a été rqutiduite bien des fois, et que. par exemple, Lichtcnbei^ disait : i La Lune ««I un voisin inaHuoKxie qui <alue la Terre en lui lançant des pierres ' ».
Uans l'hvp^uhr<e tie thladoi, il faut considérer les météorites comme de petites nianèles cinrulant jiatHur da Soleil. Leur arrivée sur la Terre peut être considérée c^Miiroe un acin^kat: d q'm est pas de môme de leur chute vers le Soleil. Si les Mtlèmte^ WMirneQt latiKir du Soleil, leurs orbites vont nécessairement ;se rétrécis- $anl« ivir <at)e ie TiCfirtcti^Hi qui émane de Tastre central, de façon qu*au voisinage ihi Sv4aI U >.\Mjii^asit£ixi lie cette matière cosmique doit être plus grande que
i\a a YTJL ^cue r<fbt«ie dt^s météorites nous a conduits à une conclusion tout à fait
l\«iMnH^«f i^ météorites a occupé un grand nombre d'auteurs dont les travaux ^ t*f«K^vft< >.>Hi«^rtt^'s dans la très intéi*essante étude de M. Kesselmeyer, continuée
.V w«;«ct%HttKrtii )Kirmi les ouvrages généraux :
|\^ v\'AiL\u (ÎBSSNER. De Meteoris (Tigur).
1^4 v^i\wii. Veber den Ursprting des vonPallas gefundenen und anderer t^ tik4>\^<n Kii^nmassen, und cinige damit in Verbindung stehende Naturer»
I *^K^ KiN^i. lirmarks concerning atones said to hâve fallen front the clouds
|K\V\. HowAiii). Expérimenta and observations on certain slony and métal- >;4v* ^MhUinces which at différent times are said to hâve fallen on the Earth
IS^WV, l/vHN. Des pierres tombées du ciel. Lithologie atmosphérique y présentant ;^4 M4«i»s'Ai? et Vétat actuel de la science sur le phénomène des pierres de foudre, k4HH'* dt* pic t'res, pierres tombées du ciel, etc. (Paris).
|8(*S. I^io'»'- Relation d'un voyage fait datis le département de VOme pour con- ^li*r h réalité d'un météore observé à l'Aigle (Paris).
1 8 1 -. liiooT DR MoROGDEs. Mémoire historique et physique de la chtde des pierres Uml^'t^'* u///- la surface de la Terre à diverses époques (Orléans).
|N*J*i. Wai.cii. Ueber Meteorsteine oder Aerolithen (Schleusing).
I H I il . < !ii i.A UN I . Ueber F cuer météore und die m itselben herabge faite nen Massen
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•J /'r/i/'/* r/r/i iU'Kprung des Meteorsteine , von P. A. Kesselmeyer. — Quetlenveneichnùê zur I.HIim/iifder Meteoritcn, voii D' Buchner; 2 volumes in-4» avec 3 cartes. Francforl-sur-Ie-Mein, \m ri 1N(n.
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1863. Buchner. Die Meteoriten in Sammlungen; ihre Geschichte, minerahh gische und chemische Beschaffenheit (Leipzig).
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1871. Stanislas Meunier. Le ciel géologique^ prodrome de géologie comparée (Paris).
1874. Stanislas Meunier. Cours de géologie comparée professé au Muséum d'histoire naturelle (Paris).
1875. Maskelyne. Some lectures on météorites (Londres).
1879. Dauurée. Études synthétiques de géologie expérimentale [^aris).
Il parait indisi)ensable, pour Gxer les idées relativement à la partie météorologique de rhîstoire des météorites, de rapporter quelques relations de chutes: nous les avons choisies parmi les mieux connues et parmi celles qui ont ofTert les particularités les plus remarquables.
CHUTE D*AGEN (LOT-ËT-GAROlINE)
(Extrait du Journal de Lot-et-Garonne ^ ii° 911, 19 novembre 1814.)
(( Belvez, 15 octobre 1814^ u Monsieur,
a Le dimanche 4 septembre 181 4, je partis pour une tournée à Tissue de laquelle je me rabattis, le samedi matin 10, à Sarlat.
a J*y appris que quinze des habitants les plus distingués de la ville étaient partis
480 ENCYCLOPÉDIE GUIVIQUE.
le matin par Bezenac, oommiine située sur les bords de la Dordogne» à Teflet d*y constater les accidents produits par une trombe de feu qui y a?ait ëclaté le 5 sur la plaine.
« Après plusieurs fortes détonations^ la terre, disait-on, s*était ouverte, le gonlTie avait vomi et lancé au loin beaucoup de terre, des pierres» etc. Ceux qui n*aTaient pu se procurer des chevaux, en étaient tout centristes : ils erraient par la ville pour tâcher de recueillir des renseignements sur le phénomène extraordinaira qui les alarmait par trois raisons : 1® parce que les détails qu'on en racontait croisant, comme de règle, dans chaque bouche, étaient devenus à la fin éponvantablea; ^ parce que deux ans auparavant, à pareil jour (5 septembre 181 S), une tranbe d*eau avait occasionné dans Tarrondissement de Sarlat des désastres hcNnribles; 3® enfin, parce que, je ne sais pourquoi ni comment, il s*était, dqmis on mois, répandu parmi le peuple que la fin du monde arriverait le 5 septembre de cette année.
« Dès que je parus, on me demanda des nouvelles du volcan $ani feu; je répondis que, voyageant depuis dimanche dans des pays éloignés de celui qui avait été le théâtre du phénomène, je n*en avais aucune connaissance. Je me retirai chez moi le samedi soir : on n*y savait rien de ce qui occupait les Sarladais.
« Il y vint des personnes qui me racontèrent l'issue du voyage des quinie curieux de Sarlat à Bezenac ; le maire de cette commune, qui est mon ami pailiculier, me confirma leur récit, qui fut tel que vous allez le lire.
c Si le maire fut étonné de voir arriver inopinément tous ces messieurs de Sariat, il le fut bien autrement lorsqu'ils lui expliquèrent le motif de leur voyage, le priant de leur faire voir le gouffre qui, suivant la tradition, s'était ouvert sous ses fenêtres et de leur montrer les pierres tombées du ciel ou sorties de la terre, desquelles il avait sans doute fait ample collection. Il eut toutes les peines du monde à leur fiiire entendre qu il n*y avait ni goulTre, ni volcan sans feu, ni pierre du ciel ou d'ailleurs; que probablement quelque plaisant s*était amusé à faire des contes; que toute l'affaire se bornait à trois coups de tonnerre qui avaient éclaté le 5 vers midi, par un ciel très clair et un' temps excessivement chaud ; enfin, que ces trois coups de tonnerre qui avaient été distinctement entendus par des gens qui se trouvaient dehors, n'avaient pas été assez forts pour être généralement entendus dans les maisons. Ces messieurs, et vous le croirez aisément, furent tout à fait désappointés ; ils se voyaient devenus la risée de tout Sarlat, où l'esprit est passablement goguenard. L'un d'eux proposa de prévenir les sarcasmes en mystifiant toute la ville : il ne s'agissait, suivant lui, que de frotter avec un peu de soufre des pierres qu'ils porteraient à Sarlat et qu'ils diraient être tombées du ciel. Le maire leur offrit du soufre pour cette opération. Un autre, plus avisé, prétendit que la mystification serait bien plus complète et aurait bien plus de sel s'ils se bornaient k ramasser des pierres à Venlrée même de Sarlat et à les donner, sans aucune espèce de préparation, comme pierres du ciel qu'ils feraient, disaient-ils, avaler fort aisément à la crédulité publique. Cet avis fut adopté et suivi. Aux approches de la ville, chacun se chargea d'une pierre de deux ou trois livres ; ils les portèrent en triomphe et les déposèrent dans la boutique du sieur Lavergne, apothicaire, l'un des voyageurs curieux. La population entière accourut a cette boutique; on s'extasiait devant ces pierres merveilleuses; on se disputait le plaisir de les tâter, de les flairer : on trou^-ait qti elles sentaient
k soufre à plein nez; qu'il était bien aisé de voir qu'elles n'étaient pas de ce monde ; que leur couleur et surtout leur poids, au moins double de celui des pierres terrestres» dévoilaient leur origine céleste, etc. « Quel bonbeur, disaient ces bonnes gens, que ce vilain gouflre ne se soit pas ouvert près de Sarlat; ces pierres si pesantes auraient mis la ville en capilotade, » etc. Les voyageurs, rentrés cbez eux, racontaient les merveilles qu'ils avaient vues et celles plus étranges encore qu'ils disaient avoir entendu raconter. Leurs femmes, leurs ûllcs et leurs sœurs remarquèrent que leurs habits empoisonnaient le soufre, les firent cbanger malgré qu'ils en eussent, et suspendirent leurs vêtements pour les faire aérer, etc.
ff Cette facétie durerait encore, peut-être même quelque savant nous aurait-il déjà rendu plus claires que le jour les causes de ce phénomène si, le lendemain même, un des voyageurs n'avait tralii le secret juré. Vous avez pu, monsieur, vous convaincre plus d'une fois que sur ce point bon nombre dliommes sont femmes. 11 en est résulté que tous, absolument tous les habitants de Sarlat, ayant ainsi été moqués, aucun d'eux n*a osé se moquer des voyageurs.
« Signé: Am. B. »
CHUTE DE JUVINAS (ARDÊCHE)
Observations sur Vaérolithe tombé à Juvinas, /^ 15 juin 182i :
« Le 15 juin 1821, vers les 3 heures du soir, le ciel était serein, quelques nuages légers traversaient les airs poussés par un vent de nord-est qui agitait aussi les couches inférieures de l'almosphère.
« Je faisais tailler des mûriers et, au moment oh l'on plaçait une échelle contre le plus élevé de tous et que j'avais par conséquent les yeux levés vers le ciel, louvrier qui tenait l'échelle et moi aperçûmes en même temps perpendiculairement sur nos têtes un globe de feu qui, avec une rapidité extrême, alla tomber vers l'extrémité est du Tanargue, mais sur un point ].lus éloigné.
€ La rapidité de la chute de ce météore me donna la conviction que j'assistais à la chute d'un aérolithe.
c J'ordonnai de suite à douze ouvriers qui m'entouraient et dont un seul avait aperçu le globe enflammé de garder le silence, et je plaçai vite la main sur mon pouls afin de calculer à quelle distance avait lieu l'explosion qui accompagne toujours la chute des aérolithes.
ff J'avais lu le rapport de HM. Biot et Delambre, qui avaient, au commencement de ce siècle, été dans la Normandie constater la fameuse chute de pierres météoriques arrivée à l'Aigle et qu'on évalna à environ 2000.
« De plusieurs communes éloignées on avait vu au zénith, disaient ces savants» un globe de feu sortir d'un nuage noir triangulaire. J'avais toujours pensé que le nuage n'était pas le point de départ de l'aérolithe, mais qu'il se formait là ou avait lieu l'explosion. Je me hâtai, tout en comptant les pulsations de mon pouls, de voir si j'apercevrais quelque trace de l'explosion, et je fus heureux de voir que mes conjectures se réalisaient.
Til
48i ENCYCLOPÉDIE CIIINIQUE.
« Au zénith, où j'avais aperçu le globe au moment de son apparition, il n*y avait aucune trace de vapeurs, mais beaucoup plus bas, à un angle peut-être de 20", sur la ligne qu'il avait parcourue, j'aperçus comme un ruban perpendiculaire, ayant environ quatre doigts de largeur apparente et plusieurs mètres de longueur. Ce nuage resta immobile, s'aflaiiilit peu à peu sans changer de forme et disparut au bout d'environ vingt minutes.
« J'avais compté quatre-vingts pulsations, mais j*avais malheureusement, en recommandant le silence à mes ouvriers, dit que le globe de feu que j'avais aperçu éUit une pierre tombée du ciel, et l'un d'entre eux m'ayant demandé si la chose était possible, les autres firent un tel bruit que mon observation fut interrompue.
« Je ne m'en consolerai pas, leur dis-je, si, dans quelques instants, nous entendons un bruit pareil à celui d'un tonnerre. Après avoir causé quelque temps, nous enten«iimes eifectivement comme le roulement d'un tonnerre lointain qui se répéta, mais aiïaibli, sur la droite. Je pensai que c'était l'effet d'un écho sur les montagnes du CA>iriMi qui soûl dans celle direction.
^ Ou von^. en lisant la lettre de M. le curé de Juvinas, que mes conjectures triaient rondées.
« On (Kirle beaucoup des illusions d'optique que produit la chute des aérolitlies, mai» jo crois que le manque d'instruction est la principale cause que l'on ob-
»or\o mal.
« A Borrias, ou dans les environs, un assez grand nombre de personnes avaient •uivi lu chute de Taérolithe, et toutes dans des directions diiïérentes et même op-
« VM bien, je puis certifier que j'apréciai si bien la véritable direction que suivit rn(^iH)lilhe et la distance où il tomba, que j'annonçai qu'il avait dû tomber du côté de VuU. ou vers Autraygues. Juvinas est au couchant d'Antraygues et limitrophe, llunias est à la distance de 9 à iO lieues de Juvinas.
M Je voulais partir de suite pour aller à la recherche de cet aérolithe. Des obsti- {>\vn Hurviiirenl et je chargeai un négociant qui allait le lendemain samedi au marche d'Auhenas, de s'informer si une pierre n'était pas tombée du côté de Vais.
« Je devins la risée de tous les négociants à qui il s'adressa. Quatre jours après j'obtins le même résultat.
f Une lettre que j'écrivis réussit mieux, et des recherches amenèrent la découverte de l'aérolilhe.
u Je transcris quelques fragments d'une lettre que je reçus de M. le curé de Juvinas en réponse aux questions que je lui adressais :
a Monsieur, c'est avec un vrai plaisir que je m'empresse de vous donner les dé- « tails que j'ai pu recueillir relativement à l'important phénomène dont nous .( avons été témoins dans cette commune :
« Le vendredi, 15 juin dernier, un vent du nord presque froid soufflait avec assez u de violence. Le ciel était clairement parsemé de petits nuages, lorsque, vers les « trois heures de l'après-midi, nous entendîmes tout à coup une détonation épou- « vantable que l'on peut comparer à un coup de canon, mais beaucoup plus forte; « elle fut suivie d'uu roulement qui se prolongea environ de trois minutes et qui u semblait parcourir et remplir les vallons circon voisins, ce qui faisait croire à nos H paysans que le monde touchait à sa fin et que notre globe s'enfonçait peu à peu.
NÉTëORITES. 483
u Tous étaient remplis de frayeur et d etoanement, tous promenaient leurs ref gards dans l'atmosphère.
€ Au milieu de ce roulement, plusieurs crurent entendre deux ou trois coups i sourds et semblables à des mines souterraines, mais il parait que ce n'était que « les échos de la première détonation, vu qu'ils furent diversement entendus selon « les lieux où Ion se trouvait.
c Un instant après, trois témoins entre autres, bien dignes de foi, aperçoivent « du côté du nord un très petit nuage noir qui traverse obliquement les airs et qui a semble s'agiter, se tordre en tout sens. Ils suivent des yeux cette masse qui a paraît se diriger vers eux ; saisis de crainte, ils se jettent la face contre terre et « se croient morts; aussitôt ils entendent comme des arbres qu'on arrache et qui « tombent en pièces, des sifflements, des frottements dans l'air et enfin un bruit a sourd, assez considérable; c'est en ce moment que la terre est frappée par l'aéro- « lithe. Quelques moments se passent, ils se relèvent, l'un d'eux monte sur une c muraille, mais il ne peut s'y soutenir tant la frayeur l'occupe, il n'aperçoit rien.
c Le lendemain, il passe par hasard au même lieu et aperçoit à cinquante pas c environ de l'endroit où il était la veille au moment de la chute de l'aérolithe, au d milieu d'un champ ensemencé de pommes de terre, une ouverture de trois pieds d de diamètre et deux pieds de profondeur; il regarde de plus près et voit au a milieu de cette ouverture un trou autour duquel la terre est brûlée et réduite en a cendres, et s'aperçoit que la terre de la grande ouverture a éclaboussé de tous côtés.
« Quelques jours après on se rendit sur les lieux, on creusa et Ton trouva à cinq « pieds de profondeur une pierre noire et brillante, pesant deux cent vingt livres; « les petits cailloux environnants étaient pulvérisés et la terre, réduite en cendre, « s'était attachée avec tant de force à cette pierre météorique dans sa partie infétf rieure, qu'elle y formait une couche épaisse que l'on pouvait à peine détacher a avec un marteau en enlevant même des particules du vernis qui la couvre en- « tièrement; ce vernis forme une couche plus ou moins épaisse et plus brillante « en dessus que dessous.
« Cette pienc ne présentait aucune forme particulière et avait beaucoup de si- « nuosités.
a Elle ne conservait plus aucune chaleur quand on la retira, mais en l'approchant « du nés, elle avait une légère odeur de soufre. On n'a pas trouvé d'autres pierres « météoriques dans le môme champ, mais, au delà d'une montagne assez élevée « et située au midi, sur un petit sentier, on en découvrit une du poids de deux « livres; plusieurs autres plus petites ont été trouvées à Ncyrac; toutes sont re- « couvertes du vernis.
a Le terrain sur lequel a eu lieu la chute du grand aérolithe présente une couche « de terre végétale d'environ un pied; dessous il n'y a ni rochers ni grosses pierres,* « mais un gravier mêlé avec une terre roussâtre, si dur qu'à peine on peut y « enfoncer la pointe d'un marteau. »
€ Voilà ce que m'écrivait M. Fraysse, curé de Juvinas.
c On remarque dans cette narration quelques inexactitudes bien fortes. Ainsi, c'est quelques instants après la détonation que les trois hommes qui se trouvaient à 50 pas seulement du lieu où tomba l'aérolithe, le voient venir sous la forme d'un nuage noir, et c'est encore après qu'ils ont entendu les sifflements, comme le bruit
484 SHCTGLOPÈDIB CHIIIIQUK.
d*irbres que l'on brise et enfin un coup sourd. Ils n*ont pas tu l'aërdithe qui paraissait comme un globe de feu. Ils ont dû d'abord entoadre les sifflemeats et le coup sourdi puis apercevoir ce même nuage que j'avais vu de Bernas à l'endroit où dut se faire l'explosion, et quelques instants après, h détonation.
€ Je regrette de n'avoir pas conservé la relation imprimée par les ordres des autorités de Juvinas et qui commençait ainsi : « Entends-tu, Jean^J'ierre» le bruit que i font ces cinq cent mille diables qui traversent les airs f — Ooi, Glaude, je i'en- € tends» i etc.
i Les ouvriers ne creusèrent le sol où était tombé l'aérolithe qu'après y avoir jeté de l'eau bénite.
i La relation faite par M. Frayssé, si l'on écarte cette transposition de quelques eiroonstances, est pleine d*intérét.
c Ne pourrait-on pas calculer approximativement la force dn mouvement d'un corps qui s'enfonce à 5 pieds de profondeur dans un sol dont 4 pieds sont d'une telle dureté que la pointe d'un marteau y pénètre à peine, pulvérisant et agglutinant ces graviers; l'aérolithe étant dans un état d'ignition depuis quelque temps quand l'explosion a lieu, le vernis doit être moins épais là où il se détache des fragments, et j'avais demandé à M. le curé d'examiner l'épaisseur sur toute la surface ; mais il aurait fallu faire cet examen dans les parties seules qui n'avaient pas essuyé de frottement.
( Au reste, on pourrait faire encore cette observation, une portion de l'aérolithe de Juvinas, du poids de plus de 15 kilogrammes, étant au cabinet d'Histoire naturelle du Jardin des Plantes et le fragment de deux livres trouvé au delà d'une montagne faisant partie des collections qu*à laissées M. Villiers du Ten'age.
« Revenons à nos observations faites à Berrias. J*avais compté 84 secondes lorsque je fus interrompu, et je jugeai, lorsque j'entendis la détonation, qu*il s'était écoulé à peu près le même espace de temps. Ce serait donc à 57 kilomètres de hauteur qu'aurait eu lieu Fexplosion. Gela s'accordait assez avec Tanglc sous lequel j*avais aperçu le nuage où je présume qu'elle se fit.
n Les fragments les plus éloignés de l'aérolithe de Juvinas étant tombés à Meyras, environ à 5 kilomulres de distance, il me semble que cette distance s'accorde assez bien avec la hauteur u laquelle les fragments se séparaient.
« On verra plus bas une autre observation d'un autre aérolithe que j'ai vu tomber et qui viendrait à l'appui de ce que j'avance.
« Je recommande beaucoup aux personnes qui verront tomber des aérolithes de bien observer le nuage qui les accompagne. J'avais cru, comme je l'ai dit, que ce nuage ne se formait qu*au moment oîi avait lieu l'explosion, et je crois en être certain depuis que j'ai observé la chute de l'aérolithe de Juvinas.
« H. de Humboldt dit, dans le Cosmos, que les aérolithes partent d'un nuage très >bscur, et je lis dans la page suivante : « Que se passe-t-il dans ces nuages noirs où il tonne des minutes entières avant que les aérolithes en soient précipités? »
a Je crois que des observations mal faites sont cause de cette erreur.
« Voyez la relation que m'a envoyée H. le curé de Juvinas ; un habitant des environs de Juvinas, ayant reçu une bonne éducation, m'assurait que Taérolithe venait de l'horizon, ce qui lui faisait croire qu'il avait été lancé par un volcan.
« Celte pierre météorique fut brisée en quantité de fragments qui ont été disséminés.
« Un fragment de 60 livres que s*ëtait procuréun habitant de Juvinas fut livre à la curiosité publique à la foire de Beaucaire et dans les principales villes du Midi. Le propriétaire en vendait des fragments, et H. Conlier acheta trente livres qui restaient pour la collection du Jardin des Plantes. Un de mes amis en envoya six livres à M. de Bournon. J*en ai moi-même beaucoup donné; il me reste deux beaux échantillons pesant près d*un kilogramme.
« Le plus petit fragment appartenait à la partie supérieure qui n*avait $ubi aucun frottement; la surface extérieure est lisse et le vernis qui la couvre en entier est très brillant.
a Le plus gros fragment a été détaché de la partie supérieure, qui a subi un choc et un frottement énormes ; le vernis est en partie enlevé; mais un fait bien important et qui prouve qu'en dessous de la surface vitrifiée il y a eu un grand ramollissement, c*est qu*on voit des dépressions causées par deux petits cailloux roulés sans qu*il y ait eu des éclats, des déchirures ; on voit évidemment que, près de sa surface, l'aérolithe était un peu h Tétat pâteux.
a On prétend qu'il n*y avait pas de fer dans cette pierre météorique ; on distingue à la loupe de petits points pyriteux et, ce qui est remarquable, un cristal miroitant bien reconnaiss<ibIe de labradorite de trois à quatre cenlimètrtfs de longueur. »
CHUTE D'AUMIÊRES (LOZÈRE).
« J*ai vu tomber un autre aérolithe dans les premiers jours de juin 1842. G*était à rentrée de la nuit ; tout fut illuminé comme par Teflet de Téclair le plus brillant.
« Je ne vis le globe de feu qu'au moiuent où il plongeait vers le couchant derrière les monts de la Lozère, je regardai vite ma montre, et ce ne fut qu'après huit minutes qu'un roulement comme celui d'un tonnerre lointain se fit entendre.
a L*éloignement qui, je le pense, était trois fois plus considérable que celui de l'aérolithe de Juvinas, d'après ce que je rapporterai plus bas, fut cause sans doute que ce roulement ne fut pas aussi considérable que celui occasionné par la chute de l'aérolithe de Juvinas ; il ne fut répété par aucun écho.
« J'étais au moment d'envoyer ù M. Ëlie deBeaumont un mémoire géologique, et j'y joignis une lettre où je lui faisais part de mon observation. Il la fit insérer dans les journaux, afin que l'on s'occupât de la recherche de cette pierre météorique, et, quelques jours après, ils publièrent une lettre de l'ingénieur en chef du départe* ment de la Lozère ayant le même but.
c Les recherches ont été vaines; le phénomène eut lieu à l'entrée de la nuit; la Lozère est peu peuplée et renferme surtout beaucoup de montagnes incultes et désertes.
f Je pus l'année suivante parcourir ce département : plusieurs habitants de Mcnde, que je connaissais, me dirent qu'ils étaient à la promenade au moment de la chute de l'aérolithe et qu'il s'était écoulé environ deux minutes de l'apparition du météore au bruit de Texplosion. On m'écrivit, il y a quelques années, qu'un garde forestier ayant trouvé un aérolithe du côté du Coiron, l'avait vendu à un monsieur de ma connais-
480 EKCYaOPtDIE CHIMIQUE.
MDoe. On crnt en me TenTOjant me faire un cadeau prëdeuz ; c'est un culot de Terre noir et poreux.
« Hais voici des faits bien singuliers et dont je ne puis garantir 1 authenticité, mais que je crois cependant devoir faire connaître.
« Une gréle épouvantable enleva toutes les récoltes de Lachamp Raphaël et Burzet^ étendit ses ravages du côté d'Âubenas, de Joyeuse, et jusqu'aux portes de Viviers en diminuant d'intensité. A Burzet, on cassa un grêlon de trois ponces de diamètre^ et dans l'intérieur on découvrit avec surprise une pierre qui fut portée à M. Ar» naudy notaire et maire de Burget. Ayant fait une excursion dans ccscontrées, M. Arnaudy voulant m'en faire cadeau, la chercha vainement, il l'avait montrée quelques jours auparavant à H. le préfet de l'Ardèche et à HM. les membres du Conseil de revision qui étaient venus dans sa commune. Elle avait la grosseur d'une noix, était brunâtre et d*une extrême légèreté. H. Arnaud la comparait à une pierre ponce brune trempée dans de Teau oîi l'on aurait délayé du plâtre et que Ton aurait ensuite longtemps gardée dans sa poche.
« C'était donc un enduit luisant qui ferait présumer un commencement de vitrification à l'extérieur comme dans les autres aérolithes, dont le vernis est noir au lieu d'être blanc. Cette différence de couleur ainsi que la légèreté de l'aérolithe do Burzot semblerait annoncer une composition différente.
« On suit que Ion a trouve des grains de fer météorique dans des gréions en Angleterre et à Florence.
c Voici encore un fait qui me paraît bien singulier : un de mes voisins, homme du peuple, mais rempli d'intelligence et de jugement, m*avait souvent assuré que pendant un orage affreux, en 1810, il avait trouvé dans l'intérieur d'un grêlon, dans le noyau limpide qui en formait le centre, trois ou quatre cheveux entortillés qu'il comparait à ceux qui forment les favoris ; il fit observer cette singularité à deux de SCS voisins que je fis venir et qui me confirmèrent la vérité de ce fait.
« Quelle a été ma surprise quand M. Armand, le maire de Burzet, que je viens de citer, nfa certifié qu*il avait observé deux fois le même fait, et m'a dit qu'il n'était pas le seul dans la contrée qui eût trouvé dans des gréions de ces cheveux qu'il comparait aussi à ceux qui forment les favoris.
f J'ajouterai que je n'avais pas raconté l'observation faite à Berrias, qui est éloigné de Burzet de plus de 12 lieues, que les liabitants de ces deux parties du Vivarais n'ont aucune relation et que M. Armand, maire et notaire à Burzet, est un homme instruit.
f Comment expliquer ce fait ? Les courants d'air, les courants électriques auraient pu transporter les cheveux ou poils d'animaux jusque dans les couches de l'atmosphère où se forment les grêlons, mais pourquoi n*a-t-on pas aussi diservé dans les grêlons des plumes, des débris de végétaux qui sont si légers ? 11 faut se rappeler la chute de graines légumineuses en Espagne, de poissons à Bénarès, de poussière météorique, de cendres volcaniques, de poussière contenant des infusoires et recueillie sur les vaisseaux à plus de trois cents lieues à l'est de l'Afrique. 11 faut ne rien nier des faits difGciles à expliquer, quand ils sont surtout certifiés par plusieurs témoins, et multiplier les observations, h