L. Gambbtta
Extrait du règlement sur le service des étapes dans V armée allemande en campagne, en date du 20 juillet 1872.
« Tout train chargé de matériel pour l'armé^ qui est expédié par une autorité militaire, doit venir accompagné d'un gradé avec on personnel auxiliaire. Ce gradé, ou agent, devra être orienté sur le chargement du train et sa destination. Ce sera d'habitude le même individu qui fera ainsi la navette sur la même ligne ferrée.
< Il ne doit jamais abandonner le chargement qui lui est confié, mais, au contraire, l'accompagner jusqu'au lieu de déchargement. Il n'a aucune influence à exercer sur la marche du train : fi donnera simplement tous les éclaircissements désirables sur le contenu des voitures et leur destination et sur les modifications qui seraient survenues depuis le départ.
< Il informera le directeur militaire du chemin de fer ou le corn-
mandant de la ligne des incidents notables ou des retards considérables qui se produiraient dans le transport »
En établissant les états de situation, il faut distinguer les ordres donnés des ordres exécutés, les envois annoncés de ceux réellement
Ïtarvenus à destination, en indiquant, par exemple, les premiers à 'encre rouge, les autre» à l'encre noire. On évite ainsi les fausses évaluations.
L'empereur Napoléon au ministre de l'administration de la guerre.
Madrid, le 21 décembre 4808.
« Vous m'envoyez un état des équipages militaires, du 15 novembre, qui n'est pas exact. Vous me dites que le 1èr bataillon a ses quatre compagnies en Espagne ; comment les aurait-il eues alors, au 15 novembre f II ne les a pas aujourd'hui, 20 décembre l Vous me dites que le 3* et le 7e bataillon avaient alors leurs quatre compagnies ; ils ne les ont pas aujourd'hui 1 Le 10* et le llv n'ont pas non plus cent quarante-quatre voitures ; de sorte que ces états, comme tous ceux qui sortent de vos bureaux, sont inexacts ; et cela est dangereux en ce que cela peut endormir le gouvernement ; tandis que si le ministre de la guerre avait eu des états exacts, il aurait senti le besoin d'envoyer des officiers à Angers, Bordeaux, et sur les différents points, pour réunir les voitures qui s'y trouvaient et les faire partir.
t Les bureaux du ministère de la guerre sont accoutumés à faire des états précis et en règle ; les bureaux de l'administration de la guerre mettent en états les ordres qu'ils donnent, sans s'embarrasser s'ils sont exécutés ou non ; je n'ai pas encore vu en Espagne une seule paire de souliers ni une seule capote de ceux qui ont été annoncés par l'administration de la guerre. »
NapolSoh.
L'empereur Napoléon au général Clarke, ministre de la guerre.
Paris, 3 février 4842.
« Monsieur le duc de Feltre, je réponds à votre rapport du 31 janvier, sur le train d'artillerie. J'avais trouvé, sur les états de situation, 17 compagnies du train d'artillerie revenues d'Espagne ; vous n'en
trouvez que neuf (9) ; cela met en évidence la faute que commet le bureau qui rédige les livrets de situation, lorsqu'il porte comme exécutés des mouvements qui ne sont qu'ordonnés. J'ai déjà plusieurs fois relevé de semblables erreurs, et cela altère ma confiance dans le travail de ce bureau. J'approuve et je désire qu'il mette en encre rouge ses observations et l'indication des ordres donnés ; mais il ne doit rien hasarder et ne doit mettre en encre noire que ce qui existe. »
Le lieutenant général sir Arthur Wellesley (depuis duc de Wellington}, commandant en chef Varmée anglaise, au vicomte Castlereagh, secrétaire d'Etat.
CasteUo Branco, 30 juin 4809.
« Rien n'est plus trompeur que ces états de situation établis par les bureaux du ministère de la guerre, tels que celui que vous m'avez envoyé. Il contient rémunération de rien moins que 11 bataillons qui ne sont pas encore arrivés, de 2 partis pour Gibraltar, de 2 détachements renvoyés en Angleterre, du 20* dragons envoyé en Sicile ; par contre, il omet de porter les deux bataillons, du 48f et du 61 •, arrivés de Gibraltar.
« L'inconvénient de ces états, c'est qu'ils ne donnent jamais une notion exacte de la force de l'armée. À votre compte, j'ai 35,000 hommes ; d'après le mien, j'en ai 18,000 seulement, et le public ne sera satisfait ni de vous ni de moi si je n'accomplis pas ce qu'on attend d'une force de 35,000 hommes. Y compris les officiers, qui devraient être comptés, je ne doute pas que j'aurai avant peu 35,000 hommes ; mais il faut toujours défalquer sur tous ces états de situation 10 pour 100 pour les malades, et alors vous arriverez au chiffre réel de l'armée. »
Le prince Eugène Napoléon, commandant en chef Varmée d'Italie,
au ministre de la guerre.
Sacile, le 28 octobre 4843.
c Vous me parlez de 12,000 combattants que me donne la nouvelle conscription, de 18,000 qu'ajoutera celle de 1815, de la nouvelle conscription d'Italie, etc. ; et vous formez de tout cela une seule masse, comme si l'on pouvait faire figurer ensemble des levées qui doivent être faites successivement, à une certaine distance l'une de l'autre, et dont la dernière ne fera, au contraire, que remplacer ce que les événements de la guerre auront détruit.
« Pour moi, je sens qu'à des besoins actuels, ce sont des ressources actuelles qu'il faudrait ; et que toutes les promesses de l'avenir ne diminuent en rien l'urgence du présent. »
m+m ..+ ,,,? ff P.^^l
AVEC LE MlifiStlfc DI LÀ GUfcRfcfc. 309
L'unité est aussi nécessaire dans le ministère de la guerre lui-même, qu'à l'armée, et l'anarchie y règne quand les bureaux décident et le ministre signe.
Le mécanisme des bureaux et leurs habitudes de travail rendent difficile la prompte solution des affaires, surtout quand ils sont com-
ignorant, par y a donc que l'exécution des mesures et non l'appréciation de leur convenance.
Le'maréchal Marmont au ministre de la guerre.
Meaux, le 27 février 4844, à 9 heures du soir.
• J'ai l'honneur de vous informer qu'ainsi que je vous l'ai annoncé hier, je suis parti de Jouarre cette nuit pour prendre position à Meaux; le duc de Trévise (Mortier) en a fait autant de la Ferté-sous-Jouarre ; et, après avoir repassé la rivière à Trilport, nous avons détruit le pont.
« A mon arrivée à Meaux, l'ennemi a débouché par Nanteuil et a fait des tentatives pour s'emparer du pont, mais elles ont été sans succès.
« Je n'ai trouvé, à mon arrivée à Meaux, aucune disposition prise pour la destruction du pont ; cependant c'était une chose fort importante pour donner les moyens au duc de Trévise et à moi de nous porter en masse sur le point de passage «m'aurait choisi l'ennemi.
« J'avais espéré aussi que Votre Excellence se serait occupée soit de la défense, soit de la destruction du pont de Lagny. Aussitôt que j'ai vu qu'il n'y avait rien, j'y ai envoyé en toute hâte sept à huit cents hommes d'infanterie avec une brigade de cavalerie et dix pièces de canon. S'il est possible d'envoyer cette nuit en poste, de Paris, des ouvriers et des outils pour détruire le pont, ce serait une chose fort utile ; nous n'avons rien de tout cela. J'envoie d'ici ce que je puis obtenir par réquisition, mais c'est peu de chose.
< Nous avons l'armée ennemie en présence. Nous combattrons jusqu'à extinction pour l'empêcher de passer la Marne ; mais' il n'y a pas un moment à perdre pour nous envover tous les renforts en nommes et en artillerie dont vous pourrez disposer : jamais ils n'ont été plus nécessaires. Je n'ai point encore reçu de réponse de Votre Excellence aux lettres que je lui ai écrites précédemment, ainsi qu'en lui envoyant hier un de mes aides de camp (le colonel Fabvier). Veuillez me faire connaître ce que je puis espérer. Vous connaissez sans doute
la situation de mon corps d'armée ; j'ai deux mille trois cents (2,300) baïonnettes, moins ce que j'ai perdu aujourd'hui, dont je n'ai pas encore l'état. Le duc de Trévise en a deux mille (2,000). Noos avons a nous deux 32 pièces de canon. Les gardes nationales qui sont ici jettent leurs armes et ne veulent pas combattre. »
Le colonel Fàbvier au maréchal Marmont.
(Cette lettre, toute confidentielle, montre les funestes effets de la division du commandement au siège du Gouvernement, et explique les causes de la faible défense que Paris a opposée le 30 mars 1814).
Paris, le 27 férrier 4844, à 44 heures du matin.
« Je suis arrivé ici hier à onze heures. J'ai vu le ministre. Il ne sait rien de l'empereur que par les bulletins. Il ne dispose pas des troupes ; c'est le roi (Joseph). Je suis allé chez Sa Majesté. Elle m'a envoyé au général Maurice Mathieu (son chef d'état-major), qui a bien senti tout ce que je lui ai dit avec beaucoup de chaleur ; il m'a dit de voir le roi ce matin à dix heures.
« J'y suis allé. Sa Majesté 'déjeunait*. Elle est sortie pour aller passer la revue jde la garde nationale, et présenter des drapeaux autrichiens. En passant, je l'ai abordée. Sans m'écouter, il m'a dit : • Je n'ai pas de rapport avec les maréchaux. • — J'ai voulu faire sonner les, mots de Patrie, Paris, etc. « Gela ne me regarde pas, etc. » Voilà sa constante réponse : « Allez chez le ministre de la guerre. » J'ai vu qu'il était piqué, tout comme en Espagne.
« Je suis encore allé chez le ministre, d'où je vous écris. Il est trèsoccupé, on le force à faire une foule de niaiseries, de cérémonies, et il n'a pas le temps pour les choses essentielles. Il m'a dit que le roi avait donné des ordres. Il a envoyé huit cents hommes à Lagny. Deux mille, formant la réserve, marcheront sur Meaux. On a envoyé des ordres pour de l'artillerie ; mais je ne crois pas qu'une tête mène tout cela, et cela m'inquiète. On s'endort sur les espérances de paix. On parle de celle de Francfort. D'après cela on ne veut rien faire.
« La garde nationale est superbe; mais ne passera pas les barrières pour aucun motif. "On ne l'a pas chantée (dupée).
• On garde des troupes pour l'impératrice. J'ai été au moment de m'adresser à elle : j'aurais bien fait.
< Je vais voir M. Allant, qui est le factotum du roi, pour lui demander des détails sur la défense de la Marne.
« Je ne pourrai pas partir aujourd'hui. Je tâcherai de voir le roi. Je le ramènerai. Je lui ferai honte de sa susceptibilité.
« Je vous écrirai encore ce soir.
« Le ministre m'a dit que vous auriez des cartes, mais il y a des formalités que je vais remplir.
« P. S. — L'empereur ne veut rien croire. D croit Blûcher plus maltraité qu'il n'est. •
AVEC LE MiltlSîâl DE LÀ GCIBJtl. 31 1
M. de Freycinet, délégué au ministère de la guerre, à Bordeaux,
au ministre, à Bourges.
Bordeaux, 46 décembre 4870, minuit.
« Permettez-moi, mon cher ministre, de vous faire remarquer que c'est vous qui portez le trouble dans nos écritures. Espivent a été nommé, non en dehors de vous et de Billot, mais par vous-même. Bonnet» que vous nommez aujourd'hui dans le XVIIIe corps, avait été nommé, encore par vous-même, dans le XIXe. Enfin Colomb, que vous retenez à l'armée de Bourbaki , avait été nommé, toujours par vous-même, au commandement du XVII* corps. Gomment voulezvous que nous nous reconnaissions avec tous ces changements que vous apportez en dehors de nous ?
« Renvoyez-nous Espivent à Bordeaux, et ayez la bonté de nous donner la liste complète de vos nominations ; car nous ne savons plus où nous en sommes. »
< Quand j'ai pris la direction du ministère des affaires étrangères, j'y ai trouvé l'organisation suivante :
« Il y avait deux catégories d'employés entièrement distinctes. Une catégorie comprenait les personnes de la carrière diplomatique proprement dite, les ambassadeurs , chefs de légation et leur personnel, qui vivaient uniquement à l'étranger. L'autre catégorie se composait des chefs de division du ministère qui n'allaient jamais à l'étranger. Ces derniers étaient chargés de rédiger des instructions pour les premiers, mais d'habitude ils ne connaissaient pas l'étranger, autant qu'il eût été désirable pour bien y juger la situation. De leur côté, ceux qui vivaient au dehors, ne revenant que rarement dans la mère patrie* perdaient de vue facilement les changements qui s'y opé* raient, les besoins et les intérêts nouveaux qui s'y développaient, et ils tombaient dans cette classe de diplomates cosmopolites qu'on trouve au service de tous les pays.
« Aussi ai -je dirigé de suite mon attention et mes efforts à mélanger davantage le service de ces deux catégories. J'ai voulu que les chefs de légation, avant d'aller à l'étranger, tissent pendant quelque temps le service régulier et effectif de chefs de division ou de conseillers référendaires au ministère; et que réciproquement ceux qui préfèrent à la vie ambulante le service dans {la mère patrie passassent néanmoins quelque temps dans les légations à l'étranger. Le budget m'oppose encore des difficultés pour réaliser ce système de roulement ; mais, à mon avis, le bien du service diplomatique exige ce roulement : pour bien apprécier l'étranger, il faut avoir voyagé ; pour se rendre compte des exigences de la centralisation , il faut que le service au ministère soit une étape obligée, même pour celui qui aspire à devenir chef de légation ou ambassadeur.»
M. le prince de Bismarck.
Extrait d'un discours 'prononcé par M. de Bismarck, ministre-président, dans la Chambre haute de Prusse, Je 19 décembre 1868.
« L'organisation actuelle de la carrière administrative (en Prusse) a été représentée souvent comme une espèce de palladium, ou encore comme un des fondements de la grandeur de la monarchie prussienne. D'après mon sentiment personnel, je prétends que si la Prusse a pu trouver sa voie et la parcourir comme nous voyons, c'a été en dépit de cette organisation; et rien, selon moi, ne témoigne plus hautement en faveur de la capacité de cette race d'hommes qui habite la Prusse, que de voir les éminents fonctionnaires sortis de son sein n'être pas empêchés, par l'organisation existante, de rendre à l'Etat des services aussi considérables que ceux qu'il en a reçus. Quiconque a pu, dans une position ministérielle, juger des difficultés que présente l'appréciation des personnes quand il s'agit de pourvoir aux emplois, quiconque a eu occasion , — comme les plus âgés d'entre vous , Messieurs, — d'observer la verdeur de zèle et l'ardeur des jeunes capacités qui entrent au service de l'Etat entre vingt et trente ans, et de .les retrouver ensuite, dix -huit ou trente ans après, sous la forme de bureaucrates décrépits ou usés, celui-là est amené à se dire qu'il doit y avoir dans notre organisation administrative quelque chose qui dévore ou dissout de bonne heure l'âme humaine, quelque chose que nous devons changer si nous voulons porter aux emplois supérieurs des forces vigoureuses.
er Je conviendrai, si Ton veut, que les hommes sont ce qu'on les fait ; mais un homme fait n'est pas bon à tout. C'est par une bien triste et bien coûteuse expérience que nous savons aujourd'hui qu'une armée peut être mal conduite par des géomètres, mal administrée par des poètes, et mal approvisionnée par des juifs, quel que soit d'ailleurs leur mérite dans leurs métiers respectifs. Si celui qui a fait d'une certaine profession l'occupation de sa vie est néanmoins capable, dans l'âge mûr, de toute autre chose, c'est un hasard dont il faut se féliciter quand on le rencontre , mais sur lequel fl ne faut pas jouer le salut de la République. Faites faire à un homme ce qu'il a appris, et ne vous exposez pas à l'inconvénient de lui voir apprendre ce qu'il doit faire, car vous serez mal servi. Cette considération est très-importante dans les choses d'exécution, où le temps est un élément essentiel du succès. » Dumouriez.
Le général en chef Dumouriez au citoyen Poche, ministre de la guerre.
Valenciennes, le 25 octobre 4792.
« Prêt à entrer dans la Belgique, arrivant avec une armée qui manque de tout, surchargeant de 60,000 hommes une frontière vers laquelle se rassemble une grande affluence à l'occasion de cette expédition, je vous prie dépenser combien il est impossible qu'elle ait heu
si, de la part de vos bureaux, je rencontre des obstacles, surtout quand on détruit des marchés et qu'on n'en présente point d'autres à la place.
« Il a été passé par le citoyen Malus un marché pour 20,000 sacs de fine fleur de farine avec les citoyens Paulet, de Douai, et Fabre, de Paris, d'après l'autorisation du ministre Servan, votre prédécesseur. Ce marché est en pleine exécution : ils sont tous achetés, et déjà on a les connaissements de 5,000 sacs qui doivent arriver incessamment. Les fournisseurs ayant été trouver le citoyen Hassenfratz (premier commis du bureau de la guerre), il leur a dit positivement qu'il n'accepte point un marché du citoyen Malus, à qui il enverra sa démission en lui faisant part de la décision du ministre. Je souhaite qu'au travers la brusquerie du citoyen Hassenfratz, il se trouve autant de patriotisme et de talents qu'au citoyen Malus. Il est bien étonnant qu'un commis républicain prenne le ton tranchant d'un commis de l'ancien régime. Je ne peux me passer ni du citoyen Malus, ni du marché qu'il a conclu, parce que nous sommes ici 80,000 Français chargés d'une grande expédition.
« Le citoyen Hassenfratz dira peut-être que l'administration des subsistances militaires peut, sans ce marché, pourvoir à la nourriture de l'armée qui s'assemble dans le département du Nord. Gela n'est pas pas vrai , car les citoyens Alais et Desmarets ont eux-mêmes invité à faire ce marché, et le premier des deux y est intervenu.
« Je n'entrerai pas dans la discussion de savoir si le marché est cher ou non : il est fait d'après l'autorisation de votre prédécesseur. Il est fait parce que le besoin est urgent, et ce dernier motif oblige à le tenir ; car nous ne pouvons pas attendre qu'on en fasse un autre qui, vu l'augmentation des prix, serait vraisemblablement plus onéreux que celui-ci. Au reste, les citoyens qui se sont chargés de ce marché font une proposition parfaitement honnête : qui est de fournir les mêmes 20,000 sacs en rompant le marché et recevant seulement 2 p. 100 de commission, après avoir justifié des factures. Cette dernière proposition lève toutes les difficultés.
« J'ai une dernière observation à vous faire à l'égard de ce marché, et vous voudrez bien la soumettre au citoyen Roland, ministre de l'intérieur, avec lequel j'en ai raisonné plusieurs fois : c'est que tout marché qui nous fait venir des grains de l'étranger, fut-il même cher, nous est avantageux, parce qu'il arrête les accaparements qu'on doit craindre de la part d'une compagnie de régisseurs chargés de l'approvisionnement de toutes les armées ; c'est qu'il laisse dans le royaume tous les grains nécessaires pour la nourriture des habitants ; c'est qu'en coupant une branche au monopole des grains, il empêche Tinquiétude des départements et l'interception d'un département à l'autre, ou d'une ville à l'autre.
< C'est d'après ce principe que j'ai promis au citoyen Roland que, dès que je serais entré dans la Belgique, je tâcherais de faire rompre tous les marchés des régisseurs, pour ne plus rien extraire du territoire de la France et pour vivre sur la Belgique même pour la partie
d'armée qui sera dans la Belgique. Tels sont les points dont nous sommes convenus, le citoyen Roland et moi ; et vous sentirez que le marché très-utile, très-urgent, des citoyens Paulet et Fabre rentre dans les mêmes vues, puisqu'au lieu de faire une consommation des grains du pays, il fait entrer les grains de l'extérieur.
« Vous ne" serez donc pas étonné que, par tous ces motifs économiques, politiques et militaires, je demande le maintien de ce marché, et que j'envoie copie de ma lettre au comité militaire de la Convention nationale, ainsi que la copie du marché. La plus grande des économies, dans une crise aussi forte que celle où nous sommes, est celle du temps et des hommes. Je viens d'entlonner la preuve, et je suis pressé de finir comme j'ai commencé. Ainsi, toutes les fois que, pour des besoins de première nécessité, comme subsistances , habillement, munitions de guerre, argent, je serai arrêté parlalésinerie ou l'esprit méthodique des bureaux, je porterai hautement mes plaintes et je rejetterai ma responsabilité sur ceux qui mettront obstacle aux opérations dont je suis chargé. »
Le général en chef Dumouriez, commandant Vannée française en Belgique, au ministre de la guerre.
Liège, le 7 décembre 4792.
a Vous ne voulez pas, dites-vous, qu'on passe des marchés sans que vous les ayez examinés, par.ce que vous en êtes responsable. Par conséquent, actuellement que je suis à 100 lieues de vous, et quand je serai plus avant , il faudra qu'on vous envoie les marchés d'avance, et qu'on attende que vous ayez accepté ou refusé ! J'ai été ministre comme vous, et je vous assure que vous vous trompez en fait de responsabilité. La preuve que vous ne répondez point des marchés, c'est que vous avez fait casser tous ceux de la Belgique sans qu'on s'en soit pris à vous s'ils étaient chers ou non; une autre preuve, c'est que, pour vous défiler de la responsabilité, vous avez agréé la plus perfide de toutes les mesures : celle d'Un comité des achats qui englobe toutes les parties d'administration. L'avidité de ces monopoleurs Tes a portés à se servir de vous pour rompre des marchés, qu'on a été obligé ensuite de rétablir parce que l'armée meurt exactement de faim.
« Vous avez rompu toutes mes mesures par une fausse parcimonie, par une étroite lésinerie qui retombera sur la nation, et qui perdra peut-être vous et vos bureaux. Quand je vous ai déclaré la guerre, ce • n'est pas à vous que je l'ai déclarée, mais vous avez été le prête-nom des hommes coupables qui ont réduit l'armée que je commande aux plus tristes extrémités. Vous avez présenté des états faux à la Convention nationale et à mes amis; vous vous êtes justifié sur le papier, parce que le papier souffre tout, »
ÀVBC LK MimSTEB DE LÀ GUERRE. 315
Le général Servan, ministre de la guerre sortant, au général Meusnier,
au dépôt de la guerre.
Sous les mars de Génère, le 26 octobre 4792.
« En vérité, un ministre de la guerre devrait avoir deux corps : l'un pour parcourir les frontières et les armées, l'autre pour agir à Paris dans le cabinet et dans le conseil.
< Vous ne sauriez jamais vous imaginer, et je ne saurais trop vous le répéter, combien les bureaux, les administrateurs, les régisseurs et les commissaires des guerres entravent la malheureuse machine militaire et font journellement des victimes dans la personne des officiers et des soldats.
« Les bureaux voient trop les entreprises de fournitures en mathématiciens : ce n'est pas le prix seul qu'il faut calculer, c'est la bonté de la fourniture et la sûreté que la fourniture sera toujours bien faite. Ainsi, il né faut pas se borner à d'excellentes cautions, il faut encore un dédit très-considérable et une compagnie bien connue; car, quel parti prendre quand la fourniture devient mauvaise dans le moment où l'on est en campagne ou en cantonnement? ?
« Il faut préférer à tout l'existence précieuse des hommes qu'on
commande. »
Le citoyen Alexandre, commissaire aénéral de l'armée des Alpes,
au comité de Salut pubHc.
Grenoble, le 45 nWose an n.
« Il serait à désirer que la correspondance de la part des bureaux du ministère de la guerre fût à la fois plus active et plus exacte. A la vérité ils écrivent beaucoup, mais ils ne répondent presque jamais, »
Les représentants du peuple près V armée du Nord au comité de Salut public.
Cambrai, le 44 juin 4793.
• Le ministre de la guerre et ses bureaux se f..... de nous. A tout moment le général leur écrit ; nous leur écrivons ; jamais de réponse prompte, jamais de satisfaisante, et le plus souvent, aucune.
« Nous l'avons pressé pour des chevaux, le 26 mai, par votre organe. Il nous écrit le 5 de ce mois qu'il a 1,500 chevaux, à Compiègne pour les corps oui en manquent; et il écrit le 7 au commissaire ordonnateur Petit-Jean qu'il lui manque des états ; de sorte qu'en attendant, la cavalerie et la troupe légère, qui nous sont si nécessaires, ne s'instruisent pas, les chevaux mangent à ne rien faire, et il faut payer des hommes pour leur entretien. Nous demandons que ces 1500 chevaux soient mis sur-le-champ à la disposition du général Custine, qui en fera à l'instant la répartition ; et les états seront envoyés ensuite au ministre. •
Le général Bonaparte, commandant en chef V armée d'Italie»
au ministre de la guerre.
Quartier général, Carra, 5 floréal an vt (24 avril 4796).
• Tout ce qui devait m'être envoyé par le bureau de l'artillerie et du génie n'est pas arrivé ; pas un seul des officiers d'artillerie et do génie que j'avais demandés, pas un ouvrier, pas une compagnie de l'artillerie à cheval. Les armées de la République se trouvent compromises; je ne puis en accuser que la malveillance des bureaux de r artillerie. Si j'avais de l'artillerie légère, je n'aurais pas perdu le brave général de division Stengel, et je ne me trouverais pas arrêté tout court dans la plaine par une cavalerie plus nombreuse et mieux montée que celle de l'armée. »
. Le général Bonaparte, commandant en chef V armée à? Italie, , au directoire exécutif de la République française.
Cherasco, 40 floréal an iv (29 avril 4796).
« Si j'ai quelques chances à courir en Lombardie, c'est à cause de la cavalerie ennemie. Il m'arrive quarante artilleurs à cheval qui n'ont pas fait la guerre, et qui sont démontés. Envoyez -m'en donc six compagnies, et ne confiez pas cette mesure aux hommes des bureaux, car il leur faut dix jours pour expédier un ordre» et ils auront l'ineptie d'en tirer peut-être de la Hollande, afin que cela arrive au mois d'octobre! »
« En me mettant à la tète du ministère (de la police), Napoléon me donna cette instruction en se promenant dans le parc de Saint-Cloud :
« Pour me bien servir, il faut bien servir l'Etat.
« Ecoutez tout, et ne vous prononcez jamais sans avoir donné à la raison le temps de revenir.
« Ne vous laissez pas mener par vos bureaux; écoutez-les, mais qu'ils vous écoutent et qu'ils suivent vos directions. »
Le général Savary, alors aide de camp de Napoléon.
î) empereur Napoléon au général Dejean, ministre de la guerre.
Ostorode, 25 mars 4807.
« Autorisez les dépôts qui ont beaucoup d'hommes à pied, à acheter des chevaux en suffisance pour les monter tous. J'ai de l'argent, t*'ai des hommes. Vous sentez combien je perds à nourrir tous ces lommes dans les dépôts de cavalerie, s'ils n'ont point de chevaux.
« Il faut d'abord que ces marchés soient passés sans délai, et ensuite accorder à chaque coros l'autorisation d'acheter autant de chevaux qu'il a d'hommes à pied au dépôt, en spécifiant la quantité, et lui faire fournir des fonds. Peu importe, en dernière analyse; à la fin de la guerre, cela se compensera avec les pertes. Si vous attendez le
ÂTSC LIS tfmiSTIlft D« LA GUERRE. 317
procès-verbal des pertes, vous n'aurez pas monté un homme de six mois.
« Le temps de guerre n'est pas un temps de paix. Tout retard est funeste en temps de guerre. Il faut de V ordre, sans doute ; mais il faut que V ordre soit d'une nature différente qu'en temps de paix. En- temps de paix, V ordre consiste à ne rien donner qu'avec les formalités voulues; en temps de guerre, Vordre consiste à donner beaucoup sans aucune formalité, mats sur des états qui puissent servir à régulariser.
« Il arrive qu'un régiment a 300 hommes à pied à son dépôt, et seulement 42 ou 48 chevaux; il faut faire une enquête, mais commencer d'abord par lui donner 300 chevaux, 300 selles, 300 brides, afin que ce régiment me fournisse 300 hommes devant l'ennemi. Comme vous suivez la méthode qu'on suit en temps de paix, tout mon service éprouve de la lenteur. L'économie aujourd'hui consiste à donner. Un conscrit à pied, à un dépôt de cavalerie, me ruine et ne me sert à rien. »
Le colonel Arthur WeUesley (depuis duc de Wellington) à Vhonorable Henry WeUesley.
23 octobre 4798.
« Que pensez-vous des bureaux, qui ont oublié de nous envoyer l'équipage de siège? 41 aurait dû arriver mardi dernier. La mousson
, ^ îgérence a empêché
de l'équipage de siège et ne nous le fera pas parvenir avant la fin de la mousson, quoique dans la dernière guerre on l'ait fait arriver jusqu'à Bangalore avec tout l'attirail, au milieu de la mousson la plus violente qu'on ait jamais vue. »
Le sous-intendant Bouché, envoyé en mission de Crimée, à Paris, à l'intendant général de V armée d'Orient.
Constantinople, le 49 férricr 4855.
• rai fait connaître à M. l'intendant Angot, chargé des services à Constantinople, la mission que vous m'avez confiée aaller à Paris réclamer instamment une augmentation dans le personnel des services administratifs. Il m'a dit que déjà il a envoyé un travail complet au ministre de la guerre pour lui faire connaître ses besoins, et l'impossibilité où il se trouve d'assurer, avec un seul adjudant en second, le service d'un hôpital de 700 malades.
« On ne lui a pas répondu. Il se montre très-mécontent des bureaux du ministère de la guerre et de V ignorance pratique des hommes appelés à les diriger. J'ai été enchanté de la sortie qu'il a faite à l'endroit de MM. les chefs de bureaux : il partage votre opinion, la mienne et celle de tous les hommes d'expérience. »
< Dans la guerre de 1870-71, le ministre de la guerre de Prusse était présent au quartier général du roi pour suivre de près les événements militaires. Il était accompagné de quelques officiers composant son état-major, et de plusieurs employés du ministère. En règle générale, il assistait au rapport du chef d'état-major général et se trouvait par là en situation de connaître les besoins urgents de l'armée et d'assurer l'exécution des ordres du généralissime concernant son service en envoyant des injonctions immédiates aux bureaux du ministère de la guerre. »
M. le général prussien Bronsart von Schellendorf, qui était présent an quartier général do roi.
Dans le cas où l'on pourrait prévoir une guerre défensive sur la frontière de l'Est, les principales mesures à préparer et à concerter entre le général en chef et le ministre de la guerre sont les suivantes, toutes déduites de leur correspondance réciproque dans les guerres de 1792, 1793, 1794, 1814, 1815 et 1870-71 :
1° Reporter d'avance sur la rive gauche de la Seine les dépôts, arsenaux, parcs de construction, magasins, etc., du pays compris entre la frontière du nord-est et la ligne Rouen— Orléans — Nevers— Chalonsur-Saône— Besançon. Si ces évacuations se font au dernier moment, les dépôts voyagent et ne peuvent remplir leur but spécial : celui de confectionner du matériel et surtout de dresser des hommes pour l'armée en campagne.
Désigner aux commandants d'armée sur quels points on devra diriger les déserteurs ou les prisonniers de l'armée ennemie.
2° Paris pouvant être bloqué, envoyer en province les cuivres des cartes, les dessins du matériel d'artilïerie, de l'atelier de précision, les gabarits, etc.
Préparer la mobilisation du ministère de la guerre et son dédoublement, bureau par bureau, pour se rendre en province, avec les documents nécessaires pour établir les tours d'avancement, etc.
3° Décentraliser la fabrication des armes à feu, canons et fusils, la développer dans le Sud en profitant des forges des Pyrénées, des grands chantiers maritimes, des grands ateliers des gares, etc.
Préparer également des succursales de fabrication de tubes métalliques pour cartouches, de capsules fulminantes, etc.
Réserver un nombre suffisant de modèles de voitures d'artillerie, d'ambulance, du train, ou des dessins pour faire confectionner dans le plus grand nombre possible d'ateliers des chemins de fer, ateliers de charronnage, grands chantiers de la marine, etc.
Môme prévision à l'égard des ateliers d'arçonnerie et de sellerie.
4° Envoyer les dessins pour fabrication d'armes, de munitions, de harnais et de voitures à nos ambassades et légations à l'étranger, savoir : aux Etats-Unis et en Angleterre, pour Tes armes et munitions ;
En Angleterre, pour les harnais, havre-sacs et gibernes ;
Au Canada, pour les pièces en bois et voitures.
Tenir prêtes les listes d'officiers d'artillerie ou du train, de gardes, etc., devant composer les commissions de réception et de contrôle sur les lieux de fabrication (Voir le rapport présenté en 1873 a l'Assemblée nationale par la commission des marchés).
5° Installer dans les contrées riches en fourrage (vallées de la Saône, vallées des Pyrénées. Vendée, Algérie, etc.) des presses hydrauliques pour confectionner des balles de foin pressé d'un nombre carré de rations.
6° Confier aux boulangeries civiles la fabrication du pain de troupe, afin de consacrer tout le personnel des manutentions militaires à celle du biscuit, que ne peut entreprendre la boulangerie civile.
Installer des machines à vapeur pour pétrir la pâte, vu l'insuffisance de la main-d'œuvre.
7* Des corps d'armée tout entiers pouvant perdre, comme à Frœschwiller, Spicheren, Orléans, etc., leur matériel de campement, havresacs, etc., ou avoir des besoins extraordinaires en linge et chaussure, créer, concurremment avec les dépôts isolés des divers corps de troupes, de grands ateliers de fabrication au sud de la Loire, et placer des entrepôts de ces objets de remplacement dans les gares de bifurcation. Avoir, surtout, la précaution de confier la garde de chaque entrepôt à un personnel responsable chargé de l'accompagner.
8* Dresser d'avance, pour chaque voie de communication (chemins de fer, routes, canaux), la liste des ouvrages d'art :
!• A mettre hors de service passagèrement ;
2° A démonter en emportant les pièces ;
3° A détruire de fond en comble, en cas d'invasion, des fourneaux de mine à préparer, etc.
Confier cette destruction à un agent responsable, et lui nommer un suppléant en cas d'absence ou d'empêchement.
Inondations à tendre.
9° Tenir prêts des achats de conserves de viandes ou autres conserves alimentaires à Buenos-Ayres, à New-York et à Londres. -
10* Fermer la frontière, dès la déclaration de guerre, et interdire l'achat en France de matières nécessaires à l'armée (denrées, chevaux, etc.) à d'autres personnes qu'à celles domiciliées en France, sauf les exceptions justifiées.
11° Préparer les évacuations de blessés et malades par les lignes ferrées en prévision des perles considérables qu'entraîneront les premières batailles, en utilisant les services des médecins civils et le personnel des Facultés de médecine.
Préciser les rapports entre l'autorité militaire et le personnel de la Société de secours volontaires aux blessés.
12° Comme tonte bonne position défensive est celle située snr le flanc de la ligne d'invasion, à la condition d'avoir derrière soi la plus grande partie du pays, remanier dans ce sens le système des^ voies ferrées. Boucler, à -leur extrémité du côté de l'armée, les chemins de fer destinés à l'approvisionner, afin qu'il soit possible de faire les évacuations sans faire repasser les trains sur la ligne déjà parcourue. On comprend, en effet, qu'il faut éviter à tout prix à un train de troupes, de munitions ou de ravitaillement, qui devrait battre en retraite, de n'avoir pour se retirer que la voie déjà obstruée par les trains qui viennent en sens inverse. Pour qu'ils puissent rendre dés services réels à la défense d'un pays, les chemins de fer doivent former des anneaux ferrés présentant de nombreuses voies de dégagement, de distance en distance, sur leur pourtour.
Une autre précaution à prendre, c'est que tout train militaire en marche, d'une destination pour une autre, puisse, lorsqu'il atteint une bifurcation, continuer sa route sans arrêt. Il ne faut pas, comme cela arrive trop souvent dans l'état actuel des choses, qu'il soit obligé de subir des manœuvres longues et pénibles, et encore moins de faire changer ses troupes de véhicules. La solution est simple : chaque station de bifurcation doit être munie de deux voies de garage, Pune se reliant avec le rail montant, l'autre avec le rail descendant, et qui, dans tout leur développement, soient côtoyées d'un quai de débarquement ayant une hauteur égale à celle du plancher des wagons. Ces voiep de garajre devront remiser aisément une locomotive, son tender et soixante (60) wagons. Leur extrémité sera pourvue d'un château d'eau et d'un dépôt de combustible. Il faudra aussi établir un aiguillage spécial donnant le moyen de passer rapidement, sans autre manœuvre que celle de l'aiguille, de la voie remontante à la voie descendante, et vice versa, de façon à n'avoir d'autre soin (pie celui de couvrir la voie, pendant ces opérations, par le jeu des disques indicateurs. De la sorte, jamais les voies principales ne seront obstruées par un train, et le passage demeurera libre pour les autres trains qui n'auraient pas à s'arrêter dans cette gare. Un hangar couvrant le quai aura pour dépendances un réfectoire où les troupes pourront prendre un repas chaud, et des latrines.
A ces mômes gares de bifurcation, il y aura lieu de créer : 4° des entrepôts sous hangars pour remiser d'urgence le matériel de l'armée ; 2° des installations provisoires pour ambulances d'évacuation momentanées ; 3" des dépôts de farine et des fours de campaane ; 4* des séries de pièces de rechange pour réparer les brèches faites aux ponts et viaducs de la section comprise entre une bifurcation et la suivante, savoir : des travées en bois jumelées et boulonnées, des parties de pont tout assemblées et numérotées, etc.
Un mécanicien des chemins de fer du Midi peut être appelé, en temps de guerre, à faire un service sur les lignes du Nord ou de l'Est. Sa machine, si elle est bien conduite, le mènera partout où il ira ; mais si le mécanicien ne connaît pas les rampes, les pentes, les courbes et les stations de la nouvelle ligne qu'il parcourt, son inexpé-
rîence l'exposera à beaucoup d'accidents, de lenteurs on de tâtonnements.
Un moyen d'éviter le mal que nous signalons, et qui y remédiera, sinon en totalité, an moins en majeure partie, c'est, par ordre de l'autorité militaire, immédiatement après la prise de possession du chemin de fer pour le service de l'armée; de remplacer les chauffeurs par des ouvriers mécaniciens qui se trouvent en grande quantité dans .les ateliers de chemins de fer, et de tenir les premiers en réserve pour accompagner comme pilotes les mécaniciens qui ne connaîtraient pas la route.
13° Décider que tous les secours ou gratifications accordés à des militaires pouvant encore faire un service sédentaire ne leur seront payés qu'à la condition de se rendre, comme instructeurs auxiliaires, dans les dépôts le plus à proximité de leur résidence, sauf les exceptions motivées par des infirmités dûment constatées.
14° Préparer le personnel des états-majors et services annexes des corps à former pendant le cours de la guerre, l'embrigadement des conducteurs auxiliaires, et l'organisation des convois de réquisition sous la direction de cadres de l'armée permanente.
45° Concerter les mesures nécessaires entre la gendarmerie, les autorités civiles et judiciaires pour arrêter les déserteurs, traînards et fuyards qui essayent d'abandonner l'armée pour se cacher dans leurs foyers ; rendre chaque commune responsable du complet de son contingent; Passer une loi déclarant nulle toute transaction avec des individus n'ayant pas rejoint l'armée après convocation, ou l'ayant abandonnée sans autorisation.
16» Assurer la liaison de la flotte française avec l'Algérie, et prévenir toute rébellion dans cette colonie en arrêtant auparavant les principaux chefs indigènes qui seraient mal intentionnés.
Documents a méditer.
Nécessité de déterminer l'emplacement des dépôts loin de la frontière menacée.
Le colonel du 8e régiment de chasseurs à cheval au ministre
de la guerre.
Orléans, le 26 janvier 4844.
« J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence que, conformément aux ordres de M. le commandant du département de l'Aube, j'ai quitté la ville de Troyes avec mon dépôt pour me rendre à Orléans, où je suis depuis aujourd'hui. »
« A notre arrivée dans cette dernière ville, M. le commandant du département du Loiret m'a annoncé n'avoir reçu aucun avis de la part de Votre Excellence pour notre établissement dans son département ; néanmoins, il m'a désigné un village, à une demi-lieue d'Orléans, oà nous resterons provisoirement jusqu'à nouvel ordre.
< Je supplie Votre Excellence de remarquer que mon dépôt a le plus grand besoin d'obtenir une garnison fixe. Les courses continuelles que nous faisons depuis un mois suspendent nos confections, font péricliter tous nos effets d'habillement et de harnachement, et tarissent enfin toutes nos ressources pour le prompt équipement des chevaux que nous attendons de remonte.
« Notre position me fait un devoir de vous prier de vouloir bien fixer pour mon dépôt une garnison stable et hors des atteintes de l'ennemi, afin que l'on {misse procéder sans délai aux confections de l'habillement et du harnachement. »
Le Conseil d'administration du 20e régiment de chasseurs à cheval
au ministre de la guerre.
Laon, le 30 janvier 4844.
« Nous avons l'honneur de vous rendre compte qu'en vertu de vos ordres du 14 de ce mois, transmis par M. le général de division Merle, commandant la 25* division militaire, le dépôt du régiment est parti de Namur le 21 du même mois pour Mézières, d'où il a été dirigé, par le commandant de la 2« division, sur Clermont (Oise).
« Gomme nous ignorons si c'est d'après lés ordres de Votre Excellence qu'on nous assigne cette destination, nous croyons devoir l'en prévenir et lui observer que, d'après les renseignements que nous nous sommes procurés, il paraît cpi'il n'y a aucun emplacement convenable pour un dépôt de cavalerie. Si Votre Excellence juge à propos de nous assigner une autre destination, nous Ja supplions de vouloir bien nous la faire connaître à Clermont (Oise), »
Le Conseil d'administration du 23e régiment d'infanterie légère
au ministre de la guerre.
Orléans, le 30 janvier 48H.
« Nous avons l'honneur de rendre compte à Votre Excellence qu'en suite des ordres de M. le général de division Belair, commandant la 18e division militaire, nous nous sommes rendus dans cette ville avec les gros bagages, la caisse, les papiers de comptabilité et le cadre du 5e bataillon, que nous administrons.
t Nous informons également Votre Excellence que nous avons laissé à Auxerre, à la disposition de M. le baron Veaux, général de brigade, les hommes armés du 5* bataillon, au nombre de vingt, commandés par un lieutenant, pour y faire le service conjointement avec la compagnie départementale de la Côte-d'Or.
AVEC LB M1NISÎRE 01 LA GlJKRM. 3&
« Le général commandant ce département n'ayant reçu aucun ordre sur notre destination ultérieure, nous supplions Votre Excellente de daigner nous la faire connaître, afin de nous mettre à même d'installer nos ateliers et d'activer par là la confection de l'habillement des conscrits qui nous sont annoncés. >
Le général Hulin au ministre de la guerre.
Pari3, le 34 janvier 4844.
c II arrive à chaque instant à Orléans, tant en détachements qu'isolément, des militaires blessés et autres qui étaient en route pour aller rejoindre leurs dépôts respectifs du côté de Metz et de Strasbourg, les malades dans les hôpitaux du pays menacé par l'ennemi, et que l'on a fait rétrograder de Troyes sur Orléans pour y attendre de nouveaux ordres.
< Pour obvier à l'inconvénient du moment, sur la demande du corn» missaire des guerres, il a été formé un dépôt provisoire de ces hommes, auquel on a attaché un officier pour l'administrer et procurer la solde et le pain aux militaires qui y sont reçus, en attendant les ordres qu'ils doivent recevoir et que je prie Votre Excellence de vouloir bien me transmettre. »
Le major du 21e régiment de ligne au ministre de la guerre.
Cambrai, le 5 février 4844.
c Le 16 janvier, je rencontrai à Aix-la-Chapelle le dépôt du 21% qui avait reçu l'ordre, du comte Sébastiani, de sortir de la place de Juliers dans l'espace de cinq heures et de se diriger sur Cambrai, où le dépôt doit recevoir de nouveaux ordres.
< Le peu de temps que le dépôt eut pour sortir de la place de Juliers l'empêcha de se procurer les moyens de transport nécessaires
Ï»our l'évacuation du magasin d'habillement. Le peu de voitures que 'on peut se procurer dans la place servirent à transporter la comptabilité du régiment, 800 havre-sacs, 400 gibernes, 4,200 porte-giberne et 600 paires de souliers. Le capitaine d'habillement est demeuré à Juliers, ayant en magasin dix-huit cents (1,800) habillements presque tout confectionnés, y compris la réserve* et presque pour 25,000 francs de linge et chaussure.
« J attends les ordres ultérieurs de Votre Excellence sur la destination définitive du dépôt. •
Le sous-préfet de Compiégne au ministre de la guerre."
Compiégne, le 6 février 4844.
« J'ai l'honneur de vous informer que, par les différentes dispositions prises par M. le commandant du département de l'Aisne, il est arrivé à Compiégne plusieurs dépôts avec des magasins assez considérables.
324 MUTIONS DU GÉNtiLU, EN Cfljtf
« J'ai cru devoir prendre sur moi de les diriger sur Versailles, par l'impossibilité où je suis de pouvoir les placer convenablement à Corn* piègne, surtout, d'après les rapports que m'ont faits les différente commandants de ces dépôts, qui m'annoncent que ces effets, depuis le temps qu'ils sont dans les caisses, pourraient éprouver un grand dépérissement. »
Le major commandant le dépôt du 28e régiment d'infanterie légère
au ministre de la guerre.
Saint-Quentin, la 40 février 4 SU.
< Le Conseil d'administration a eu l'honneur de vous rendre compte
Sue le dépôt du régiment était arrivé à Saint-Quentin, en conformité e vos ordres, et qu'il s'y était établi. Mais les mouvements de l'ennemi, sur ce point, m'obligent d'en partir pour mettre à couvert l'aigle, la caisse, la comptabilité et tous les effets appartenant à ce dépôt. »
Le général commandant k département de la Somme au maréchal
îourdan.
Amiens, le 20 février 4844.
t J'ai l'honneur de faire part à Votre Excellence* qu'un corps de / cavalerie ennemie, fort d'environ 600 hommes, est entré aujourd'hui, à quatre heures et demie, à Doullens. Trois dépôts du train d'artillerie en sortaient au moment de leur entrée. Ces dépôts formaient environ 300 hommes et autant de chevaux : ils conduisaient 13 caissons chargés d'obus et de boulets. Aucun caisson ni cheval n*a été pris ; quelques voitures de bagages, restées en arrière, ont été prises, le les fais nier demain sur Paris, lieu de leur destination. »
Le préfet de l'Eure au ministre de la guerre.
Evreux, le 45 février 48U.
c La ville d'Evreux, propre à contenir un dépôt de cavalerie et un d'infanterie, en a maintenant sept (7), qu'elle ne sait où loger. Les écuries de Saint-Sauveur, les seules que renferme la ville, sont remplies de la remonte de 400 chevaux d'artillerie. Il n'est pas possible d'évacuer ces écuries, parce qu'une maladie affreuse les ravage aujourd'hui : plus de 50 chevaux sont menacés de périr du charbon. Le mal fait des progrès et l'on craint pour toute la remonte.
« Ainsi, en supposant même l'évacuation possible, il serait fort dangereux d'établir dans cette caserne un dépôt de cavalerie avant de prendre toutes les précautions nécessaires. »
Le préfet du département de VEure au ministre de la guerre.
Errera, le 44 mars 4844.
« Le département de l'Eure contient en ce moment vingt-cinq (25) dépôts, pins ou moins nombreux, de cavalerie, dragons, hussards et chasseurs à cheval arrivés, pour la plupart, sans avis préalable,
c Us ont été dirigés, de Versailles, sur des points quelquefois peu convenables, à raison, soit du nombre des logements, soit, et plus souvent encore, de la nature des productions du sol. C'est ainsi que la ville de Verneuil, depuis longtemps presque inhabitée et assise sur une contrée qui produit à peine pour se nourrir pendant six mois de l'année, a reçu quinze (15) dépôts; que la petite commune de Neubourg, située au milieu d'une vaste plaine où il ne se récolte point de foin, a reçu, le 8 de ce mois, le dépôt du 7* régiment de hussards,
2ui eût été plus convenablement placé à Brionne. dans la vallée de la ille. »
L'empereur Napoléon au ministre de la guerre.
Paris, le 2 arril 4845.
c II faut prévoir le cas où les alliés nous attaqueraient. Ils pourraient le faire sous un mois, et, dans ce cas, tous les dépôts devraient sortir des places fortes et se centraliser entre Paris et la Loire. >
Le comte Daru, ministre d'Etat, aux généraux commandant
les divisions territoriales.
Paris, le 7 mai 4845.
« J'ai l'honneur de vous informer que le ministre de la guerre a décidé, le 4 de ce mois, que pour hâter, par tous les moyens possibles, l'habillement et l'équipement des hommes appelés à former les 4" bataillons et les 5M escadrons, et à augmenter fa force des escadrons du train de l'artillerie et des équipages, les fonds nécessaires à l'achat des étoffes qui devraient être fournies des fabriques seraient mis à la disposition des corps par quart et en quatre mois.
« Cette mesure, en disséminant les fonds sur toute la surface de l'Empire, rendra plus facile un approvisionnement considérable, et
2ui doit avoir lieu concurremment avec les fournitures générales éjà ordonnées pour le service ordinaire et qui ne se font déjà qu'avec trop de lenteur. »
L'empereur Napoléon III au ministre de la guerre.
Camp de Châlons, le 48 août 4870.
c II faudrait faire refluer vers l'intérieur les dépôts de corps qui pourraient tomber aux mains de l'ennemi. >
326 RELATIONS DU GÉNÉRAL BN CHB?
c Dans l'armée allemande, il est de principe que si des dépôts sont stationnés dans des places fortes, on ne doit les faire contribuer que le moins possible au service de garde et de place, afin qu'ils puissent se consacrer tout entiers à .leur tâche difficile du dressage des hommes incorporés. Si une plaee forte est menacée d'un siège, les dépôts l'évacuent et se reportent plus en arrière, car autrement ils ne pourraient plus envoyer de renforts à l'armée active. >
M. le baron d'Eberstein, chef de bataillon aa 3* régiment de la garde à pied en Prusse.
Le major générai de V armée du Rhin au ministre de la guerre
par intérim.
29 juillet (870. *
t Conformément à des dispositions antérieures, je fais diriger les déserteurs de l'armée prussienne sur Tours, mais je ne sais encore sur quels points doivent être envoyés les prisonniers ennemis. Je vous prie donc, en conséquence, de me faire connaître dans quelle ville du territoire, devront être internés les prisonniers. »
En prévision d'un blocus de la capitale, envoyer en province les cuivres des cartes et les dessins du matériel de guerre.
t Le ministère de la guerre, à Tours, en 1870, avait été constitué sur les bases les plus étroites. Le gouvernement de Paris, cédant à L'erreur répandue au début touchant le rôle secondaire de la province, avait retenu dans la capitale la plus grande partie du personnel administratif. Un quart seulement des bureaux avait été envoyé au dehors. Plusieurs services avaient été confondus dans les mêmes mains; certains même n'étaient pas représentés. C'est ainsi que le général Lefort, chef (au début) de la délégation militaire, cumulait le secrétariat général avec les directions de l'infanterie et de la cavalerie. L'artillerie, cette arme à laquelle tant d'efforts, tant d'initiative allaient être demandés, était subordonnée à un général du génie, qui réunissait deux direclions. Le cabinet du ministre, lequel embrasse tant d'objets divers, n'existait pas. Un simple sous -intendant militaire portait la charge démesurée de tous les services dits administratifs : l'équipement, les subsistances, la solde, les ambulances, la comptabilité, etc. Bref, neuf directions (y compris le cabinet) n'en formaient plus que trois ; le personnel dé chacune était d'ailleurs considérablement réduit, et le secrétariat général, qui représentait le service central, comptait à peine trois ou auatre employés. Deux généraux et deux colonels constituaient tout le personnel militaire supérieur d'un ministère, qui d'ordinaire en occupe une vingtaine.
« Je ne parle pas de ces nombreux comités, si bien pourvus en
AVBC LS MlXISTtB DM LA GOttUfc 3ft
temps de paix, pour ilnranterie, l'artillerie, les fortifications, l'état* major, etc. A Tours, il n'en était pas question ; aucun d'eux «n'avait çnvoyé un seul de ses membres* Le service d'inspection n'existait pas. D'autres services annexes, qui, en temps de guerre, prennent une grande importance, n'avaient pas davantage trouvé place dans la Délégation. En somme, pour faire face à un labeur qui, par suite des événements, allait être quatre ou cinq fois plus grand, on avait en main un levier quatre ou cinq fois plus petit.
€ Mais, ce qui était peut-être pins grave encore, c'est qu'à ce personnel déjà si exigu, le nécessaire même manquait. Il avait été expé- -dié de Paris si précipitamment et, croyait-on, pour si peu de temps, qu'on ne lui avait pas donné son i>agage administratif ordinaire. Les archives étaient demeurées dans Paris. On ne possédait à Tours ni les dossiers de Varmée, ni les caries de V état-major. Ainsi, on allait être condamné à constituer des cadres et- à confier des commandements sans connaître les antécédents des officiers, et à faire la guerre sans se diriger sur des cartes. »
M. de Freycinet, délégué au ministère de la guerre à Tours et à Bordeaux, en 4870-74.
Décentraliser la fabrication du matériel de guerre.
V empereur Napoléon au ministre de ht guerre-
Paris, le 44 avril 4846.
« La fabrication des armes est le premier moyen de salut de l'État. ' « À-t-on établi dans toutes les places fortes des ateliers pour réparer les armes des gardes nationaux ? »
L'empereur Napoléon au ministre de la guerre.
Paris, le 20 novembre 4809.
« Si la position de notre matériel (de guerre) n'est pas bien déterminée, il pourrait y avoir telle campagne malheureuse qui nous privât de nos arsenaux, de nos armes et de nos moyens de défense. >
t Lors du débarquement de l'armée anglo-française en Crimée (septembre 4854), il se trouvait dans les arsenaux de Sébastopoî 1,944 pièces d'anciens calibres. ' '
t Ce matériel de guerre aurait pu être employé avantageusement pour la défense si la Crimée eût possédé une fonderie. Dans ce cas, on aurait pu fondre les pièces qui ne pouvaient servir à l'armement pour en faire des projectiles ; mais, dans l'état où elles se trouvaient alors, ces bouches à îeu étaient tout 'à fait inutiles. On ne comptait
328 MUTIONS DU GÉHfiBAL KM CHEF
en réalité, dans les arsenaux, que 931 pièces en état de servir utilement. »
Le général russe Todtleben, qui commandait Tanne da génie dans Sébastopol.
Extrait du rapport fait à l'Assemblée nationale, le 23 juillet 1873, par M. le comte Rampon, sur les opérations de la commission d'armement pendant la guerre de 1870-71.
« M. Le Gesne, président de la commission d'armement, eut Je mérite de comprendre le concours presque indéfini que pouvaient donner à la défense nationale des établissements comme le Greusot, Fourchambault, Decazeville, Terre-Noire, les Messageries maritimes, etc.; malheureusement les fournisseurs reçurent tardivement les dessins et les modèles indispensables pour commencer la fabrication.
« Le Greusot, Fourchambault, Decazeville, la Compagnie des Messageries maritimes fournirent des canons.
« L'usine Labouheyre (près Bordeaux) fabriqua des obus.
« La Compagnie de Fourchambault, l'usine de Pont-Salomon, appartenant à M. Dorian, livrèrent des sabres -baïonnettes.
< Les ateliers de M. Toussaint, à Saint-Etienne, de M. Perre, à Avi-
fnon, de la Buyre, à Lyon, de M. Legravian et de la Compagnie de ives-Lille, à Lille, de M. Mouraille, à Toulon, de M. Barny, à Limoges, de MM. Merker et Malin vaud, de la Compagnie de Decazeville et de la Compagnie du Midi, entreprirent la transformation de fusils d'anciens modèles.
L'usine de Viviez, dans l'Àveyron, fut montée pour fabriquer des cartouches d'armes portatives et des gargousses pour canons rayés de 7.
< L'usine Garnier de Saint-Étienne produisit des torpilles.
« Il y avait, au 15 décembre 1870, dans les arsenaux, beaucoup de fusils chassepot sans emploi ; mais les cartouches manquaient en province, Paris ayant conservé et les cartouches et les matières premières. »
Les liens qui unissent l'exploitation des houillères aux fabrications métallurgiques sont tels que, dans beaucoup de localités, les deux industries se trouvent confondues. Ce sont les mêmes compagnies qmi extraient le charbon, qui exploitent les minerais, fabriquent le fer et l'acier, fabriquent même les machines, le matériel métallique des chemins de fer, les eoques et appareils des bateaux à vapeur.
Cette liaison intime de l'exploitation des mines avec toutes les industries métallurgiques est le témoignage le plus expressif de l'importance des houillères.
Un vaisseau de guerre est aujourd'hui pourvu d'une machine de 800 à 1,000 chevaux; d'une cuirasse en fer de 14 à 10 centimètres d'épaisseur : de 30 ou 40 gros canons d'acier, d'un éperon de 20 tonnes. Sa construction a exigé 30,000 tonnes de houille. En marche,i 1 consomme par jour 60 à 70 tonnes de charbon en gros et gailletteries.
En 1870-71, nos grandes forges ont presque tontes fabriqué du matériel de guerre ; et, si nous avons eu un regret sous ce rapport, c'est qu'on ne les ait pas appelées plus tôt à organiser ces fabrications pour fa défense du pays.
Sous ce rapport, la Prusse nous avait devancés. Elle avait compris avant nous qu'il y avait tout avantage à demander les armes à l'industrie du pays, au lieu d'organiser un monopole de fabrication dont la production est toujours limitée. Les houillères et forges de la Westphalie ont été pour l'artillerie de la Prusse une école de progrès, tandis que nos ateliers de l'Etat restaient dans une infériorité regrettable comme perfectionnement et comme moyens de production.
Et pourtant la guerre de sécession en Amérioue aurait dû être pour nous un enseignement : ce sont les éléments des fabrications métallurgiques, la houille et les minerais, les forges et les ateliers, qui ont assuré la prépondérance des Etats du Nord sur les Etats purement agricoles du Sud.
Ajoutons que la législation commerciale de 1860 avait eu encore les résultats les plus déplorables. Elle avait tué tous les petits établissements et organisé une sorte de monopole en faveur de quelques grandes compagnies ; de telle sorte que le jour où il fallut faire appel à un développement soudain et énergique pour la fabrication des armes, un petit nombre d'établissements se trouvaient en mesure d'y répondre.
Le Creusot lui-même se trouvait dans l'impuissance de fournir des canons d'acier ou des fusils Ghassepot; il lui aurait .fallu, pour organiser l'outillage, six mois de préparation. L'Etat restait avec ses ateliers insuffisants, accablé par les conséquences de son monopole, et obligé d'aller chercher à grands frais à l'étranger des armes inférieures à celles de l'ennemi.
M. l'ingénieur Burat, secrétaire du comité des houillères françaises.
Tout le monde sait que la fabrication de l'acier, par les procédés . Bessemer et Martin-Siemens, a apporté dans cette industrie une véritable révolution. Elle est aujourd'hui obligée d'employer, à la fabrication des fontes, des minerais riches et sans phosphore, qu'on ne trouve que dans la Méditerranée. L'importation des minerais de Moktael-Hadid (près Bône, en Algérie), de l'île d'Elbe, de Sardaigne et d'Espagne, atteint aujourd'hui (1875) plus de 400,000 tonnes, et se fait presque entièrement par Marseille et Cette. Les usines placées dans le centre et même dans le nord de la France sont obligées d'employer ce minerai.
M. l'ingénieur civil Molinos.
Le département de Saône-et-Loire renferme les importants charbonnages de Blanzy, du Creusot et d'Epinac. Blanzy et le Montceau s'étendant le long du canal du Centre donnent
330 ULÂTIONS BU GtKtftlI. EH CHBF
d'un côté la main à la Loire, de l'autre à la Saône. On y extrait annuellement plus de 500,000 tonnes de houille.
Le Creusot occupe 15,000 ouvriers et produit le dixième de la fonte obtenue en France.
Epinac tient l'autre extrémité, celle du nord, de ce riche bassin houiller, comme Blanzy tient l'extrémité sud et le Creusot le centre. Epinac communique avec le canal de Bourgogne par son chemin de fer de Pont-d'Oulche. On y extrait plus de 250,000 tonnes de houille.
M. Simonin, ingénieur des mines.
Tenir prêta les dessins, les commissions et les commande*
pour la fabrication d'armes, de munitions et de matériel à l'étranger.
Extraits du rapport fait, le 23 juillet 1873, à V Assemblée nationale, par Jf . le comte Rampon, sur les opérations de la commission d'armement pendant la guerre de 1870-71.
Achats à ^étranger. 1° États-Unis. — La maison Remington reçut une commission de cinq pour cent sur les premiers achats d'armes faits par son intermédiaire. Cette commission fut réduite h deux et demi pour cent, le 18 novembre 1870, lorsque M. Remington fàt chargé de tous les achats effectués en Amérique. La réduction fat môme appliquée aux achats antérieurs, et le taux de deux et demi pour cent calculé sur l'ensemble des opérations. Quelle était la conséquence de ce mode de rétribution? Sans doute, les intermédiaires étaient sollicités par l'élévation, de la prime à bien servir la commission d'armement, pour conserver un mandat qui leur donnait de si beaux bénéfices ; mais, à un autre point de vue, leur intérêt était en opposition directe avec celui du Trésor (français). La prime étant proportionnelle au prix des armes, l'intermédiaire réalisait un bénéfice d'autant plus considérable que les armes qu'il procurait coûtaient plus cher à l'Etat. Dans l'intérêt de son mandant, il devait rechercher la baisse ; dans son propre intérêt, il devait désirer la hausse. Or, peuton et doit-on attendre d'un négociant étranger qu'il pousse le désintéressement jusqu'à préférer l'avantage du Trésor français à son propre bénéfice ? La commission d'armement s'était bien réservé le droit d'exercer une surveillance sur les opérations de son commissionnaire, mais son contrôle ne pouvait être qu'illusoire. Comment pouvait-elfe s'immiscer dans les négociations de l'intermédiaire avec les* fabricants ou les détenteurs d'armes ? Comment pouvait-elle distinguer de la hausse naturelle, résultant du mouvement commercial, la hausse factice quepouvaient provoquer la complaisance ou l'appât d'un gain plus considérable ? D'ailleurs, il n'était pas nécessaire que le commissionnaire devînt infidèle pour que les intérêts de l'Etat fussent compro-
mis; il suffisait qu'il ne voulût pas sacrifier son bénéfice. Or, qu'y art-ii de saisissable dans l'inertie d'un intermédiaire qui profite de la hausse des prix, et qui n'a qu'à ne pas la combattre pour la laisser se
Sroduire? Il y a lieu d'espérer qu'en fait, et grâce à la loyauté de L Remington, on a échappé en partie au danger que présente le système de rémunération proportionnelle. Mais le système, déjà condamné, à peu près dans les mêmes termes, par la commission chargée de reviser les opérations relatives aux transports effectués pendant la guerre de Crimée, n'en est pas moins défectueux en principe. Tout porte à croire que la commission d'armement aurait réussi à faire accepter un mode de rémunération différent, et notamment une prime fixe (par arme et par millier de cartouches).
Les traités conclus avec M. Remington stipulaient la vérification des armes, mais elle devait avoir lieu aussitôt après Farrivée des navires, tandis qu'elle ne pouvait être efficace qu'en Amérique, avant le dépari. Dans une lettre du 4 septembre 1871, M. le ministre de la guerre assure que son administration n'a pas connu ces traités. Le ministre a été mal informé. Les directions d'artillerie du Havre, de Cherbourg et de Brest, ports choisis pour le débarquement des armes, avaient connu les marchés ; elles avaient reçu les instructions de la commission d'armement. Ces directions attribuent aux circonstances l'absence du contrôle. On manquait d'employés spéciaux, de .contrôleurs d'armes. Stimulé par le télégraphe, on débarquait en toute hâte. On se bornait, après vérification sommaire, à délivrer des récépissés constatant les quantités. Ainsi, pour les armes reçues en vertu des traités, la vérification a été prévue, mais elle n'a pu avoir lieu ; quant aux achats effectués sans traité, l'idée d'un contrôle n'est pas même entrée dans les prévisions du Gouvernement. Pour les armes neuves, tirées des arsenaux des Américains ou des usines de la maison Remington, il y avait une garantie morale ; mais beaucoup d'armes ne provenaient pas de cette origine. Lorsqu'on pénétrera dans le détail des achats, on s'apercevra que l'économie d'un contrôle a coûté cher au Trésor.
Ce n'est pas en Amérique qu'il aurait fallu chercher les harnais. L'Angleterre, ce grand marché de harnais, était approvisionnée pour en produire des quantités indéfinies. Mais le ministère de la guerre avait, dès le mois d'octobre, envoyé en Angleterre pour s'occuper des achats de harnais, un ingénieur des poudres, qui ne sut ni découvrir, ni utiliser les ressources de l'Angleterre.
Achats en Angleterre. — M. Merton fut envoyé en Angleterre (par la commission d'armement) dès le 15 septembre 1870. Le ministre des finances chargeait, de son côté, un inspecteur des finances de suivre à Londres le délégué de la commission d'armement. Les fonds ne devaient être remis par les banquiers à l'agence anglaise que sur les signatures conjointes du délégué et de l'inspecteur.
M. Merton était trop versé dans les opérations commerciales pour frapper à d'autres portes qu'à celles des fabricants; mais il dut reconnaître qu'il ne pourrait traiter avec eux qu'à la condition dé leur
consentir des avances. Ces avances, qui s'élevaient généralement au tiers de la commande, étaient nécessitées par deux causes : d'abord, elles permettaient le développement de l'outillage au moment où l'on voulait accroître les ressources; en second lieu, elles étaient exigées par le discrédit qu'avait amené le choix malheureux de certains intermédiaires (des départements français achetant des armes en Angleterre pour leurs mobilisés). Une précipitation irréfléchie avait rendu le gouvernement français dupe d'agents interlopes, et l'exposait à des fraudes qui jetaient un mauvais renom sur les opérations d'armement en Angleterre. L'agiotage sur les armes et les munitions avait mis en défiance le commerce sérieux, et celui-ci refusait de s'engager dans des dépenses tant qu'un dépôt de fonds ne lui offrait pas des garanties. L agence anglaise (de la commission d'armement} tenait à n'être pas confondue avec ces aventuriers auxquels on livrait si follement les trésors de la France. Aussi, dès le début de ses opérations, elle se distingua d'eux par ses procédés, par sa régularité toute administrative, et surtout par un contrôle puissamment organisé.
Les livraisons étaient inspectées par neuf contrôleurs français, deux ingénieurs civils commissionnés appartenant au personnel du ministère de la guerre, et trois ouvriers d'Etat, tous placés sous les ordres d'un capitaine d'artillerie, outre les cinq contrôleurs anglais qui visitaient les fusils Snider. Les fabricants honnêtes n'étaient pas éloignés par ce luxe de précautions. Ce qu'ils craignaient, c'était de voir confondre leurs produits avec les marchandises de rebut adressées en France. Ainsi, les fournisseurs de poudre, MM. Curtis et Harvey, John Hall, Pigou et Wilks, remirent à la commission d'armement des échantillons de leur poudre pour empêcher de la confondre dans les magasins avec les poudres inférieures, avec la poudre de mine, que certains fournisseurs avaient eu l'impudence de livrer comme poudre à canon, en exécution de divers contrats.
Les agents d'affaires qui avaient trompé l'inexpérience des délégués du ministère, des départements et des villes, ne se bornaient pas à fournir de détestables produits ; leurs demandes incohérentes désorganisaient le marché et surexcitaient les convoitises.
Les fusils étaient assimilés à des valeurs de bourse; on spéculait sur des lots d'armes qui n'existaient pas; de là, une foule d'offres illusoires et l'accumulation de courtages sur des demandes imaginaires. Aussi les fabricants ne pouvaient pas toujours tenir leurs engagements. On séduisait leurs ouvriers. On les séduisait eux-mêmes par l'appât d'un prix supérieur à ceux des contrats de la commission d'armement. Si l'on n'a pas à reprocher ce fait au syndicat de Birmingham, certains de ses associés, notamment le sieur Hollis, se sont détachés de lui sous la séduction des prix offerts par M. Chollet. Cet abus ne pouvait être évité par une clause insérée dans les traités. La loi anglaise n'accorde de dommages-intérêts qu'à la partie matériellement lésée par l'exécution d'un contrat. Or, lorsqu'un fournisseur manquait à ses engagements envers M. Chollet, celui-ci pouvait bien prétendre qu'en ne lui livrant pas les fusils promis,, on le privait d'un gain consi-
ATEC LS M1NISTRB DE LÀ GUERRE. 333
«iérable. Mais la commission d'armement, intermédiaire gratuit, n'ayant éprouvé pour elle-même aucun préjudice pécuniaire, restait désarmée en face des fournisseurs. La concurrence des acheteurs avait enfin l'inconvénient d'assurer une prime à la négligence. Le fabricant, certain de voir disputer ses produits, était tenté de les moins perfectionner, ou même de les présenter à dessein défectueux, afin de les faire repousser et de les placer ailleurs plus cher qu'au prix de commande.
Quant aux commandes de voitures d'artillerie, M. Merton mit l'entreprise en adjudication ; mais, s'il arrivait des ordres de France, les dessins n'arrivaient pas. Comment exécuter une commande sans dessins?
en réserve des balles de foin pressé, et installer des presses hydrauliques dans les contrées riches en fourrages.
Le maréchal Vaillant, ministre de la guerre, au général Canrobert,
commandant en chef V armée d'Orient.
Paris, le 40 novembre 4854.
« Les bâtiments à vapeur nolisés par le département de la guerre porteront à l'armée du biscuit, du tafia, du lard salé, des effets d'hôpitaux.
« Le foin seul présente des difficultés : il faut qu'il vienne d'Algérie. Le midi de la France n'en a presque pas; et puis il n'y a point de presses hydrauliques organisées convenablement. »
Le général Larchey f commandant supérieur des dépôts et magasins de Y armée d'Orient à Constantinople, au ministre de la guerre. -
Constantinople, le 30 novembre 4864.
• L'intendant militaire s'occupe des achats de denrées sur les i * Qt ngcessajres p0ur r($.
voulait en expédier en
« kj lurciiuau» militait c s utMJUpc ucs au il a 13
lieux. Il fait observer que des presses seraient nécessaires pour réduire le foin sous un moindre volume, si l'on vc Grimée. »
< Il était devenu fort difficile à l'armée russe de Crimée de se procurer des fourrages pendant l'hiver de \ 854 à 1855, surtout sur la route entre Pérékop et Sébastopol, où tous les approvisionnements avaient été épuisés; en sorte que l'on perdait chaque jour, faute de nourriture, une grande quantité de chevaux et de bœufs du parc mobile. Il en résulta que, de 6,000 chariots qu'on comptait en Grimée, il n'en restait plus, à la fin de décembre 1854, que 2,000 dont on pût faire usage. Les
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mêmes causes influèrent aussi sur la mortalité des chevaux de tm des régiments. >
le général rnsse Todtleben, qui commandait l'arme du génie dans la ûêtew de Sébastopol.
Le major général de V armée d'Italie au général de Bévitte.
Gènes, le 44 mai 4859.
Ordre.
« M, le général de Béville, aide de camp de l'empereur, se rendra sans délai à Marseille. Aussitôt arrivé dans cette ville, il s'enquem près de l'intendant militaire et près du général commandant la division territoriale des mesures prises pour faire arriver à Marseille, et diriger de cette ville sur Gênes, le plus de foin et d'avoine possible. II se mettra en rapport avec le maréchal de Castellane, qui a reçu ordn, aujourd'hui même, de faire descendre h Marseille du foin et de l'avoine. »
< Le général a pleins pouvoirs, donnera tous les ordres, fera toutes les réquisitions qui lui paraîtront devoir hâter Penvoi des fourrages à Gênes. »
L'intendant général de V armée d'Italie au major général.
Gênes, le U mai 4859. ,
« Je. demande à l'empereur l'autorisation d'étendre la réquisition des bâtiments à vapeur des Messageries Impériales jusqu'au nombre nécessaire pour enlever tout le foin actuellement disponible dans les ports de la Méditerranée, en France et en Algérie. >
Le major général de l'armée à? Italie au commandant Sehmitz.
Gênes, le 44 mai 4869.
t'M. le chef d'escadron Sehmitz, officier d'ordonnance de l'empereur, se rendra sans délai à, Civita-Vecchia. Aussitôt arrivé dans cette ville,. il se mettra en relations avec M. le général de Goyon ctPintendant de la division d'occupation, et s'enquerra de tous les moyens à prendre pour réunir à Civita-Vecchia le plus de foin, d'orge et d'avoine possible, et faire diriger ces fourrages sur Gênes.
« Le foin devra être pressé autant que faire se pourra. A défaut de presses parfaitement organisées, on emploiera les presses ordinaires et les autres moyens que les ressources locales fourniront. »
Le ministre de la guerre au major général de V armée d'Italie.
Paris, le 20 mai 4859.
« Les mesures recommandées par l'empereur pour procurer du foin à l'armée sont en cours d'exécution dans le commandement territorial