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CHAPITRE IV

Principes généraux.

Pour éviter que les simples cavaliers, chargés d'apporter des dépêches, ne prennent une fausse direction, il importe de donner, comme en Allemagne, des noms différents aux quartiers généraux du généralissime, des commandants d'armée, de corps d'armée, divisions et brigades. Il arrive, en effet, constamment que des pièces importantes s'égarent ou ne parviennent pas à temps à leur destination véritable, parce que le porteur, trompé par le terme commun de quartier général, se rend à celui qui n'était point réellement désigné.

Le principe à suivre dans la composition des quartiers généraux est celui d'une stricte économie dans le nombre du personnel. Quand le temps des officiers qui en font partie n'est pas absorbé par le travail, l'expérience montre que les natures ambitieuses entrent en fermentation, les caractères difficiles causent des frottements; bientôt des in» trigues occultes commencent à se nouer autour du commandant en chef. Il ne faut donc admettre dans l'état- major qui l'entoure que des hommes de sa confiance, discrets, expérimentés, connaissant la troupe pour y avoir servi, ou sachant ne pas lui imposer des fatigues et des privations au-dessus de ses forces. On écartera les étrangers ou personnes civiles qui s'offrent pour faire la campagne en amateurs, car il est difficile au'ils gardent la discrétion voulue sur les opérations; et si l'on est obligé d'admettre des correspondants de journaux, ce sera à la condition expresse qu'aucune de leurs lettres ne pourra partir sans passer sous les yeux d'un officier autorisé de l'état-maior, qui en élaguera les passages dont la divulgation serait nuisible à l'intérêt de l'armée.

Le quartier général du commandant en chef comprendra tous les chefs de service, ou un représentant de chacun d'eux, chargé non pas seulement d'attendre, mais surtout de provoquer les ordres concernant leur spécialité, et de rafraîchir, à cet égard» de temps en temps, la mémoire du général en chef, dont les préoccupations du moment absorbent souvent ou concentrent toutes les facultés sur un seul objet.

S'il importe que le commandant en chef ait à son quartier général le chef de chaque service ou son délégué, il faut éviter, au contraire,

Sue ce quartier général ne soit encombré par les services dits centraux e l'administration, les réserves centrales d'artillerie, du génie, etc. Il est préférable de répartir ces forces entre les corps d'armée, car l'expérience montre que ces services administratifs centraux restent trop loin des troupes pour subvenir à temps à leurs besoins; et les réserves centrales d'armes spéciales arrivent le plus souvent trop tard,

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là où le péril urgent réclamerait leur présence, car la longueur de leurs colonnes en marche, ou leur place derrière toutes les troupes retarde leur arrivée ou les fait oublier.

En affectant ces ressources aux commandants des corps, ceux-ci pourront mieux en assurer la subsistance, la marche, les besoins en rechanges, etc. En procédant autrement, on aboutit à encombrer le miartier général, à l'alourdir dans tous ses mouvements, à rendre difficile l'accès du général en chef. Ces réserves centrales, dont on attendait tant d'effet, affament le pays autour d'elles, voient leurs attelages dépérir rapidement et souvent finissent par ne pas donner sur le champ de bataille : c'est ainsi qu'en 1859, en Italie, la réserve centrale d'artillerie a été oubliée à Solférino; que le 18 août 1870, à la bataille décisive devant Metz, elle n'a point donné, tandis que si elle eût été répartie entre les corps d'armée, ou mise à la disposition du 6* corps, elle eût peut-être changé le destin de la journée.

Parmi les chefs de service que doit comprendre le quartier général, nous mentionnerons :

Le chef d'état- major, chargé de la rédaction des ordres concernant les opérations ; Le sous-chef d'élat-major, chef des bureaux ; L'intendant en chef, chargé uniquement de l'établissement des magasins et de la répartition de leurs ressources entre les intendants subordonnés, et nullement de nourrir directement les troupes com* battantes;

Le commandant de l'arme de l'artillerie, chargé, non de housarder sur le champ de bataille avec une ou plusieurs batteries en intervenant dans le rôle de ses inférieurs, mais d'assurer le ravitaillement en munitions ou leur répartition entre les corps d'armée, et de diriger V ensemble des batteries dans une bataille ou un siège ;

Le commandant de l'arme du génie, dont la mission est, non pas de se substituer à ses inférieurs dans leur commandement, mais de tracer à grands traits les travaux d'investissement, rédiger les projets des sièges, etc. ;

L'inspecteur général des étapes et des chemins de fer, subordonné au chef d'état-major et chargé de déterminer l'ordre de priorité pour le transport par chemin de fer des ravitaillements de toute nature : vivres, munitions, habillements, renforts d'hommes, de matériel, etc., qui sont dirigés sur l'armée, et de faire protéger ses lignes de communication, de régler le service sur les derrières, les évacuations;

Le directeur de la télégraphie militaire de l'armée, gui disposera directement d'une compagnie de télégraphiers de première ligne, et d'une autre de réserve, pour relier le grand quartier général aux quartiers généraux subordonnés;

Le directeur militaire des chemins de fer, subordonné à l'inspecteur général des étapes, mais provoquant près de lui tous les ordres concernant cette branche de service;

Le grand prévôt, exerçant la police disciplinaire sur les cantiniers et gens à la suite de l'armée, et la répression de l'espionnage ;

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Le médecin en chef, chargé de provoquer l'adoption des mesures d'hygiène générale, près dn général en chef, le règlement des évacuations, près de l'inspecteur général des étapes et des chemins de fer, et d'assurer le service médical du quartier général ;

Le vétérinaire en chef, dont le rôle est de provoquer les mesures d'hygiène pour les animaux de selle, de trait et de bât, près le général en chef; l'établissement d'infirmeries de chevaux sur les derrières, près de l'inspecteur général des étapes et des chemins de fer; de diriger le service vétérinaire et de maréchalerie dans son ensemble, et en particulier au quartier général; de solliciter à temps les mesures de prévision à prendre pour la ferrure d'hiver; les approvisionne* ments de réserve à former en fers à cheval, et clous;

Le directeur en chef des postes, chargé de provoquer , près l'inspecteur général des étapes et des chemins de fer, l'établissement des relais sur les derrières, et de diriger l'ensemble du service, ainsi que celui en particulier du grand quartier général ;

Le commandant du quartier général, ayant sous ses ordres la garde, tant d'infanterie que de cavalerie, à effectuer d'une manière permanente au quartier général, et dans laquelle seront mis en subsistance les ordonnances, plantons, coufriers du quartier général, guides, etc.;

Le représentant de la Société internationale de secours volontaires aux blessés* subordonné à l'inspecteur général des étapes et des chemins de fer;

L'employé des bureaux du ministère de la guerre, chargé de tenir les contrôles d'avancement à l'ancienneté ou au choix, et les contrôles pour la Légion d'honneur ou la médaille militaire;

Le payeur général, dont la mission est de diriger le service des fonds, de manière à parer aux exigences du service de guerre, et de provoquer près du général en chef les mesures concernant les contributions en pays ennemi, et celles de nature à favoriser le commerce français.

Tel est l'ensemble des services à représenter dans la sphère la plus élevée.

On trouvera plus loin la méthode de travail de Napoléon I" et de Wellington à leur quartier général, tant au bureau qu'au dehors. On remarquera que Napoléon, ayant sous les yeux la position des corps de son armée et celle présumée des corps ennemis marquées sur la carte avec des épingles de couleur différente, dictait ses ordres de mouvement le compas à la main, en l'ouvrant à l'échelle d'une étape ordinaire; et que Wellington s'entretenait lui-même avec tous les chefs de service.

Pour être bien informé sur l'état intérieur de ses troupes, que tant de circonstances tendent à lui cacher, le général en chef doit : 1* envoyer fréquemment ses aides de camp prendre langue sur les plaintes qu'on y entend ; 2* inviter à sa table ou en conférence les chefs de corps, colonels ou chefs de bataillon, qui, vivant avec le soldat, forcés de s'occuper chaque jour de ses besoins, sont bien placés pour orienter le chef sur ces points, mais qui ne le feront que si ce dernier ne leur sait pas mauvais gré de leur franchise ; 3° passer en revue, comme

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Napoléon Ier ne manquait jamais de le faire * tous les isolés ou détachements venant des derrières et passant par la ville où réside le quartier général, car c'est par la vue de la queue d'une armée Ou d'une colonne qu'on peut le mieux en juger l'état moral et matériel.

Par contre, il faut interdire toute correspondance particulière, concernant le service, avec des membres du quartier général ; car l'cxpé» rience montre qu'elle est une source d'intrigues ou de manœuvres

Î)Our affaiblir la confiance du général en chef dans ses subordonné* et àvoriser des jalousies. Les faits parlent d'eux-mêmes» et les plaintes fondées n'ont pas à craindre de se formuler officiellement; sinon» il y a peu de probabilités que le chef auquel elles s'adressent ait les qua* lités voulues pour y faire droit.

Le tableau d'organisation du quartier général doit, pour que le service, tant intérieur qu'extérieur, ne trébuche pas à chaque instant, comprendre et énumérer, en personnel et matériel* tout ce qui suit ;

1 . — Le personnel attaché directement à la personne du comman* dant en cher, aides de camp, officiers d'ordonnance, porte- fanion, etc.

S. — Le personnel de l'état-major, des armes spéciales, de l'intendance, du service des étapes, de la télégraphie et des chemins de fer.

3. — Le personnel des bureaux, secrétaires! plantons, courriers du quartier général, le règlement de leurs allocations et moyens de trans* port, groupement pour la nourriture.

4. — Le commandant du quartier général, la garde permanente du quartier général, et la prévôté.

5. — Le personnel du service médical et vétérinaire. 6« — • Le train, et le vaguemestre chef des équipages.

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