‹ Les méthodes de guerre actuelles et vers la fin du XIXe siècleChapitre 36 sur 85 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ULAT10M fttf OÉtttÊAt M CHB* AY1C SES UEtTrEKAîTO.

Principtt généraux.

§4». CHOIX DES UEUTENAXTf. MAHIÈRE DE COMMÀITDER.

Le général en chef étudie, dès sa nomination au commandement, le caractère et îft carrière antérieure de ses lieutenants, afin d'employer chacun suivant son aptitude particulière. Les hommes qui n'ont pas fait campagne de bonne heure et qui se complaisent dans les détails paraissent, ainsi que l'indique l'expérience, et sauf d'honorables exceptions, plus propres à rendre des services sur la ligne des étapes, comme commandants de place sur les lignes de communication de l'armée, etc., qu'à être mis à la tète des troupes de première ligne. Par contre, aucune mesure n'est plus erronée que de placer un homme d'une grande activité et d'un caractère entreprenant dans une situation où il n'est pas à l'aise pour déployer son esprit d'initiative, car il est porté invinciblement à troubler plutôt qu'à faciliter la marche des affaires jusqu'à ce qu'un changement le replace dans son véritable élément.

11 y a inconvénient à transférer subitement en campagne un officier du commandement d'une troupe à celui d'une autre alarme différente. Cette remarque s'applique surtout à la nécessité d'avoir à la tête de l'infanterie des chers sachant jusqu'à quelle limite on peut imposer des fatigues à des hommes surchargés du poids de leurs armes et de leur sac, sans qu'ils succombent. On a raison de dire, sous ce rapport, qu'aucune arme n'est plus délicate à manier que l'infanterie.

Dans la distribution des commandements, il faut se préoccuper de l'éventualité de la mise hors de combat du titulaire, en prenant des précautions pour que l'ancienneté de grade né force pas à lui donner pour successeur un homme qui ne serait pas à hauteur de cette tâche, tout en ménageant la légitime susceptibilité d'officiers très-bons dans un rôle subordonné. Chaque fois qu'un chef sollicitera une autorisation pour s'absenter, il fera donc connaître en môme temps à qui revient le commandement. Aucun officier d'ailleurs, quel que soit son grade, ne doit quitter l'armée sans l'autorisation du général en chef.

Rien ne prouve mieux la supériorité de sentiments et le zèle pour le bien du service que l'abnégation avec laquelle un chef plus élevé ou plus ancien de grade a souvent laissé un inférieur terminer un engagement commencé, car, dans ce cas, modifier les dispositions déjà prises sous le feu de l'ennemi est rarement avantageux.

g i«» CHOIX DM UBUTBlf AKT8. MANIÈRE DE COMMANDER. 471

Si Que fraction de troupes, une division de cavalerie indépendante, par exemple, est temporairement rattachée à un corps d'année, etc«, au point de vue des opérations, il y a lien de rappeler que les question* de personnel, d administration intérieure, de service -intérieur dans la fraction ainsi momentanément subordonnée, restent de la corn* pétence de son chef particulier.

Quant à la cordialité des rapports entre le chef et ses lieutenants, elle ne peut exister que si le chef accepte la franchise chez ses subordonnés, corrige leurs erreurs dans un langage qui ne soit pas blés-* sant, et si ces subordonnés, de leur côté, savent comprendre que les exigences de l'ensemble obligent souvent a froisser des intérêts parti* cubera* Quant au caractère, il faut comprendre que chez les hommes où il est fortement trempé, les reliefs ne s'aperçoivent que grâce aux ombres ; d'un autre côté, c'est une mesure funeste chez l'autorité que de ne point souffrir les natures primesautières ; et les hommes puissants se perdent en éloignant d'eux les âmes fortes qui sont les âmes ' fières.

Documents à\ méditer»

« Ma grande attention était de bien connaître mes officiers généraux subalternes. Tel, par un esprit audacieux, est propre à mener une tété qui doit âttâqder. Tel autre, par un génie porté naturellement aux précautions, sans d'àillettrs manquer dé courage, répondra plus exactement de la défense d'un pays. Et ce n'est qu'en appliquant à propos ces différentes qualités personnelles que l'on peut se préparer et presque s'assurer dé grands suticèd. *

Le maréchal de VillaH.

L&uvois au matêchol de Duras,

90 juillet 4Ô89*

« Sa Majesté m'a commandé de vous renouveler ce qu'elle vous a expliqué elle-même de ses intentions avant votre départ, à l'égard des détachements que vous auriez à faire ; pour le commandement des-* quels elle vous défend de nommer les officiers généraux par leur rang, mais bien de choisir ceux que vous croire* les plus capables de bien exécuter Us ordre* que vous leur donnerez. »

Le Ministre dé là guerre au général Scttérér^ commandant en chef

Vûrméê d'Italie.

Paris, le 40 germinal an vil

t Le Directoire a senti la nécessité de donner aux généraux en* chef la plus grande autorité sur les officiers généraux, supérieurs et

472 RELATIONS DU GÉfttlAL EN CBBF AVEC. SU LIEUTENANtS.

tous autres des armées qu'ils commandent, afin de ranimer cet esprit de subordination, de zèle et de dévouement qui caractérise plus fortement les guerriers républicains. Cette grandis mesure, nécessaire à la stricte et prompte exécution des ordres des généraux en chef, Test également à leur responsabilité envers le gouvernement et la République.

• En conséquence, le Directoire vous charge, citoyen général, d'employer dans l'armée que vous commandez les officiers généraux et supérieurs que vous croirez les plus dignes de votre confiance, de renvoyer sur les derrières ceux sur lesquels vous ne pourriez; pas compter, sous tel rapport que ce soit; et de lui proposer les nominations que vous croirez convenables à la justice, à l'émulation et au succès de vos opérations. •

Le prince de Cobourg, générai en chef de V armée impériale, à ? empereur <ï Allemagne et d'Autriche.

43 janvier 4793.

< J'écouterai volontiers les avis des généraux Wurmser et Ferraris que Votre Majesté meta mes côtés, mais je ne dois pas lui cacher que j'agirai constamment d'après ma propre manière de voir ; je ne me croirai pas même obligé d'une manière absolue de compromettre dans certain cas le secret nécessaire dans les opérations militaires en faisant des communications à ces généraux; enfin, je me réserve le droit, qui m'appartient comme général en chef, d'assigner au comte Wurmser ou au général Ferraris tel commandement qui pourrait l'éloigner de ma personne. »

L'empereur Napoléon au major général Bertkier.

Milan, 30 floréal an xm (20 mai 4805).

# Faites connaître à Soult mon mécontentement de ce que, dans les différentes revues à son camp, le prince Joseph (Napoléon) a paru autrement que comme colonel; que rien dans une armée ne peut éclipser le commandement en chef; que le prince pouvait passer la revue de son régiment comme il le voulait; mais le jour d'une revue, s'il y avait un déjeuner à donner, c'était au général et non au prince; cela'tient de trop près au service. Le principe général est qu'un prince colonel n'est à la revue que colonel. Le prince ne peut quitter Boulogne sans l'ordre du général.

« Vous écrirez à Joseph qu'instruit que, rendu au camp, il l'a quitté sans consentement, je ne puis que lui en témoigner mon mécontentement; que la discipline militaire ne souffre point de modifications, et qu'une armée est une et entière; celui qui la commande est tout; que mon intention est qu'il se rende à son régiment et qu'il y remplisse, dans toute la force du terme, son devoir de colonel. Faiteslui sentir qu'il se tromperait étrangement s'il croyait avoir encore les qualités nécessaires pour mener son régiment. •

§ i«. CHOIX DBS LIEUTENANTS. MÀN1ÈRB DB COMMANDER. 473

L'empereur Napoléon au roi Joseph.

Nogent, le 24 février 4844.

« Le roi de Westphalie (Jérôme) se rendra à mon quartier général, d'où mon intention est de l'envoyer à Lyon pour prendre le commandement de la ville, du département et de l'armée, si toutefois il veut me promettre d'être toujours aux avant-postes, de n'avoir aucun train royal, de n'avoir aucun luxe : pas plus de quinze chevaux, de bivouaquer avec sa troupe, et qu'on ne tire pas un coup de fusil qu'il ne soit le premier exposé. »

« Aucune mesure n'est plus erronée que celle de placer un homme d'une grande activité et de talent dans une situation où il n'est pas à l'aise pour déployer son activité, et dans laquelle il sent que ses talents ne sont pas utilisés. Il est alors porté invinciblement à troubler plutôt qu'à maintenir l'ordre dans la marche des affaires, afin qu'un nouveau changement le replace dans son élément. »

Wbllingtok.

c Depuis la bataille de Fair Oaks (31 mai 1862), le général Peek avait été promu au commandement d'une division (de l'armée du Potomac), et avait été remplacé à la brigade par un capitaine d'artillerie passé brigadier général dans le service volontaire.

• Le général Albion P. Howe était donc plus familier avec le commandement d'une batterie qu'avec le service de l'infanterie. On s'en aperçut bien quand, le 6 août, ce fut à notre tour de pousser une pointe de Harrison's Landing jusqu'à Haxall's Landing. Partie au coucher du soleil, la brigade n'arriva à la ferme de Haxall's qu'à une heure du matin. La distance est de trois à quatre milles (deux lieues environ), et aurait pu être aisément franchie en moins de deux heures. Mais, égaré dans des détours multipliés, à la clarté brillante de la lune, le général ne sembla pas imaginer que les hommes pussent avoir besoin, de temps à autre, de quelques minutes de repos. Pour leur avoir trop peu ménagé la fatigue, il laissa derrière quantité de retardataires, et n'arriva au bivouac qu'avec un commandement réduit d'un tiers et tellement harassé que, si nous avions rencontré l'ennemi, nous nous serions trouvés dans la condition la moins favorable pour l'attaquer ou même pour nous bien défendre. •

M. lé général de Trobriand (alors colonel) de Tannée des Etats-Unis.

Le major général Berthier au roi de Westphalie (Jérôme).

Vilna, le 3 juillet 4842.

« L'empereur a vu avec peine que le prince Poniatowski n'ait pas marché à la tête des troupes qui ont été à Grodno : cela ne regardait pas le général (d'artillerie) Allix.

474 RsuTiQftfi w alnâiu^ bn ciuf ay*g m uwwuiit*.

« L'intention de Sa Majesté est gue chacun commande ses troupes; en agissant différemment, on établit un esprit de jalousie qui ne peut que nuira aux opérations. •

Wellington à un colonel de son armée,

Freneda, le 4 0 mai 4 843,

< l'ai reçu votre lettre du 8 courant, et j'avoue que je ne com-

. prends rien à la susceptibilité d'un officier qui se croit humilié, parce

qu'il remplit les fonctions de son grade dans la situation où Sa Majesté

et les règlements du service Font placé. Tout ce que je puis dire, c'est

Sue pendant le cours de ma carrière militaire, j'ai passé du commanement d'une brigade à celui de mon réçiment, ou commandement d'une armée (dans l'Inde) à celui d'une brigade et d'une division (en Europe;, selon que j'en ai reçu l'ordre; et je n'en ai ressenti aucune humiliation.

« Toutefois, comme vous vous trouvez mortifié de reprendre le commandement de votre régiment après avoir commandé la brigade dont il fait partie, j'espère que vous approuverez ma résolution de ne plus distraire des colonels du commandement de leur régiment pour leur confier temporairement celui d'une brigade à laquelle ils n'appartiennent pas ; car il est probable que vous vous fussiez senti bien plus humilié s'il vous avait fallu rentrer à votre corps après avoir exercé le commandement d'une autre brigade. »

Le lieutenant général Bugeaud, gouverneur général de f Algérie, au colonel Reveu, commandant supérieur à GoUah,

Alger, le %\ janvier 4843.

• Je viens de recevoir votre lettre relative à l'ordre qui nomme M» le colonel Gachot commandant provisoire du territoire d'Alger, en l'absence de M. le général De Bar, dans laquelle vous me dites : ■ Je pense donc que c'est une erreur que vous rectifierez aussitôt « qu'elle vous sera connue, et je me crois autorisé h regarder cet ordre c comme non avenu. >

< On peut réclamer contre un ordre ; mais il n'est pas permis de le considérer « comme non avenu >; et on l'exécute d'abord en attendant le résultat de la réclamation,

< J'avoue que je suis étonné de la susceptibilité qui vous a porté à faire une réclamation semblable ; surtout de la manière dont elle est présentée et des expressions que vous avez cru pouvoir employer.

« L'absence de M. le général De Bar n'est que momentanée. Provisoirement on charge un colonel de faire face à une partie des détails du service ; et pour cela, faut-il retirer d'un poste, devenu plus difficile par la diminution des troupes, celui qui est au fait du service, qu'un séjour prolongé dans la localité a mis k même d'en connaître les besoins, de le faire remplacer par quelqu'un qui ne connaîtra

g i». CHOU ftfel UBUT1IIAKTS. MJJUtlB PI COmUKDII. 475

rien, et qui n'aura pas te temps de sa meure au courant de sou ser» vice?

« Non. colonel, vous ue considérerez pas mon ordre comme non avenu ; il existera, mais pour ménager votre susceptibilité, vous recevrez les ordres que j'aurai k vous donner par l'étet-major général, t

L$ général Shtrman, commandant in thef formé* du MitsitHpi,

au général Pointer,

Au camp, près d'Atlanta (Géorgie), le 5 août 4864.

< J'ai communiqué au général Thomas la substance de votre réclamation, et il m'a répondu par le télégraphe : « Je regrette d'appren- « dre que Palmer prend cette voie; puisqu'il prétend donner sa « démission à la première occasion, je suis a'avis qu'on l'accepte. »

« Maintenant, si le général Schofield a un brevet de général de division de la même date que le vôtre, quoique confirmé subséquemment avec un effet rétroactif, il prend néanmoins rang avant vous parce qu'il était plus ancien dans le grade antérieur. Si vous vous retirez parce que vous vous regardes comme son supérieur par ce fait que vous commandez h une force numérique plus considérable que la sienne, et vos services de guerre comme supérieurs aux siens, vous commettez l'erreur de mettre votre opinion personnelle au-dessus de la loi et des usages militaires. En nommant le général Schofield au commandement d'une armée séparée et d'un territoire distinct, le Président a montré que ce général possédait sa confiance dans une étendue plus grande encore que le grade dont il est revêtu. Si vous voulez donner votre démission, attendez encore quelques jours et alléguez quelque autre raison, un motif que vous n'ayez pas à regretter plus tard. Voire avenir est trop précieux pour le mettre en jeu sur un simple malentendu. Votre cas rentre clairement dans cette vieille prescription militaire qui dit ; « Quand deux ou plusieurs chefs militaires sont réu- « nis, le commandement appartient à l'officier le plus élevé en grade c ou le plu* ancien* » Or, le général Schofield a un titre de nomination plus ancien que le vôtre, et il ne convient pas à des officiera vraiment militaires de discuter si le Président a le droit d'antidater un brevet.

« Je voua prie de nouveau de ne pas rejeter l'avis amical d'hommes tels, que le général Thomas et moi- môme, car vous ne pouvez avoir de doutes sur nos sentiments d'amitié pour vous. »

« Il faut connaître le caractère loyal du comte Ostermann-Tolstoy (envoyé du quartier général pour prendre le commandement des troupes chargées d'empêcher Vandamme de déboucher sur les derrières de la grande armée coalisée marchant sur Dresde), pour comprendre que quelques observations de ma part suffirent pour l'engager à m'abandonner les soins de l'affaire qui allait commencer, et dont l'issue nous tenait également à cœur. Cette condescendance de sa part,

476 BELATlOlfS DU GÉNftAAL EN CHEF AYBC SES LIEUTENANTS.

dictée par la conviction qu'il est dangereux de remplacer un chef par un autre au moment du combat, et de confondre ainsi les vues de de deux personnes dans l'exécution des dispositions dont une seule peut être au fait exactement, me sauva effectivement d'un abîme, prétint les suites d'un quiproquo dont f ignore encore aujourd'hui la cause réelle, et achemina ainsi la victoire de Culm (27 août 1813), un triomphe dû par double raison à la vertu et au courage de celui qui, en cédant ici son droit d'ancienneté, ne céda cependant jamais le pas pour aller au-devant du danger et de l'honneur. »

Le prince Eugène de Wurtemberg, qui commandait alors le 2» corps de l'armée russe. '

< Le général Sir James Outram donna une preuve bien frappante de sa généreuse abnégation lorsqu'il fut envoyé avec des forces nombreuses pour aider Havelock dans sa marche sur Lucknow. Etant l'officier le plus élevé en grade, il avait le droit de prendre le commandement en chef ; mais, reconnaissant ce que Havelock avait déjà fait, il eut le rare désintéressement d'abandonner à son inférieur la gloire de compléter la campagne qu'il avait si bien commencée, offrant de servir sous ses ordres comme volontaire. < Avec la réputation que le général Outram s'est acquise par lui-même, dit lord Clyde, il peut se permettre de partager avec d'autres la gloire et les honneurs. Mais cela ne diminue pas la valeur du sacrifice qu'il a fait avec une si noble générosité. •

M. Smiles.

Déposition de M. le maréchal Canrobert devant la commission d'enquête de V Assemblée nationale, te 12 décembre 1872.

Arrivé à Metz le 12 août (1870) au matin, j'appris que le maréchal Bazaine avait le commandement en chef.

Le maréchal Bazaine était colonel dans mon armée d'Orient (en Grimée); comme il était très-brave, très-vaillant, j'avais été très-content de lui, et je l'avais proposé pour le grade de général de brigade. J'étais maréchal de France depuis quatorze ans, et il pouvait paraître un peu étrange (ju'on me plaçât dans une armée commandée par un de mes cadets, si cadet que cela.

Comme l'opinion publique à Paris, dans la Chambre, et un peu dans l'armée même, désignait le maréchal Bazaine pour le commandement, je dis : « Quant à moi, ne faites pas attention. Dans les circonstances où est la patrie, les individualités ne sont rien ; mettez-moi sous les ordres de Bazaine. Je ferai là ce que j'ai ifait toute ma vie, mon métier d'honnête soldat, et je serai le plus obéissant de ses subordonnés, tout en conservant ma dignité >• Cela se fit ainsi.

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