DIVISION DE CAVALERIE A DEUX BRIGADES
Général de division commandant
Général de brigade
Colonel ou lieutenant-colonel' chef d'état-major et le personnel
sous ses ordres
Parquet du conseil de guerre
Sous-intendant militaire et le personnel sous ses ordres. . . .
Médecins et pharmaciens attachés à l'ambulance
Deux batteries à cheval de 4 ',
VOITURES
MVO
Le Ministre, secrétaire (TEtat de la guerre,
Le Boeuf.
§ 4. PERFBCTIOHHBMWTS DANS i/OiaAHlSATIOlT. 673
Nécessité d'affecter aux troupes des moyens de transport pour leurs vivres journaliers, . et d'introduire l'usage des conserves.
c Dans la campagne de 1866, les bataillons prussiens cherchaient à se procurer chacun, par tous les moyens possibles, une ou plusieurs voitures, sur lesquelles ils chargeaient les vivres qu'ils parvenaient à ramasser dans le pays, et ils lâchaient plutôt toutes les autres voitures aue celle-là. Ce n'est <jue par ce train réçimentaire, ainsi improvise aux dépens des habitants du pays, qu ils ont pu assurer la nourriture du soldat ; et les bataillons qui en étaient dépourvus mouraient de faim à moins de rencontrer une bonne aubaine. Il faudrait enfin avoir le courage de regarder en face cette nécessité, se résoudre à la satisfaire et rendre ce train réglementaire en attribuant à chaque bataillon individuellement deux (2) voitures à quatre chevaux pour le service des vivres.
« Il importe en effet de se rendre compte que peu importe à la troupe si l'intendance dispose de grands approvisionnements de vivres qui lui sont destinés et entreposés dans telle ou telle gare, ou chargés sur tel ou tel convoi. Peu importe à l'estomac du soldat que ces vivres soient arrêtés par un encombrement de route, à deux lieues ou à dix lieues: si sa marmite n'est pas pleine, tout ce beau système d'échelonnement des parcs de vivres n aboutit à rien.
c A notre avis, il faut retourner sens dessus-dessous le principe suivi jusqu'à présent, renoncer à l'idée de réunir d'abord des vivres
Sour toute une armée, puis à les répartir seulement ensuite par corps 'armée et par division, et enfin de la division à les distribuer par fraction de troupes. La division n'est pas un être ayant un seul estomac, et il ne suffît pas que la division ait des vivres : il faut que chaque soldat et chaque cheval soit servi avant la division. À notre avis, on se laisse égarer par des idées théoriques si on ne se représente pas l'état d'une troupe qui arrive au bivouac après une marche fatigante ou un combat, et qui maintenant veut manger pour refaire ses iorces et dormir ensuite. Le problème à résoudre, c'est de la faire manger dans ces conditions, la est le hic ; car en station, dans des cantonnements, parbleu 1 il n'est pas besoin de beaucoup de malice à l'administration pour y réussir : c est un jeu d'enfants. Le difficile est d'assurer la nourriture de la troupe au bivouac; et ce n'est nullement résoudre le problème que de venir lui dire alors qu'il y a des approvisionnements à tel endroit en arrière. Peu importe comment l'administration se les sera procurés, par des marchés ou des réquisitions : il ne s'agit
S lus de cela en ce moment. On ne réussira à lever la difficulté qu'en otant les troupes de moyens de transport pour qu'elles y chargent elles-même les vivres qu'elles se procurent, ou que les convois contiennent, et qu'il faut aller chercher en arrière aux parcs de l'administration, ou dans les villages.
De même, dans la cavalerie, il ne suffit pas an cheval, pour être nourri, d'entendre dire à ses oreilles <jue les parcs de vivres de réserve restés en arrière sont chargés d'avoine, raison que l'administration ne manque jamais d'alléguer pour prétendre qu'elle a fait ce qu'elle devait : le cheval n'a pas sa musette pleine pour cela ; et lui aussi ne sera sûr de manger que si l'escadron a ses deux voitures de vivres et fourrage, car trouver des vivres n'est que la moitié du problème : l'essentiel est d'avoir des moyens de transport pour les amener à portée de la marmite et de la musette.
« C'est de cette manière seulement qu'on peut nourrir les troupes en première ligne, et les officiers sont seuls capables de la nourrir ; l'administration n'est en mesure que de créer des magasins et des convois en bloc. <
Un officier prussien.
« Si le soldat, harassé d'une journée de lutte, est encore forcé de faire une lieue, quelquefois deux, pour aller chercher son pain, le dé*
jette dans un fossé, entre dans une terme, t. est ainsi que les corps se débandent. Et le lendemain, le général qui compte sur un régigiment, n'en trouve plus que les débris.
c Qu'à cinq cents mètres au plus du bivouac, du camp, du cantonnement , les détachements aillent chercher leurs approvisionnements, que les distributions soient faites régulièrement, cela change bien les choses ! Le soldat se refait, se repose, et se bat avec plus d'ardeur encore <jue la veille.
« D'ailleurs, c'est aux hommes du métier que je m'adresse : n'est-il pas vrai qu'il est de la plus grande importance que le convoi des vivres soit placé tout près des corps ? »
M. Kintzinger, ei-directeur des trains auxiliaires à l'armée de la Loire, en 4870-71.
« Le 18 août (bataille de Saint-Privat), je fus chargé, par ordre du général Soleille, de conduire un convoi de munitions en arrière des positions occupées par le 6* corps. Arrivé à hauteur d'Aman-
venir en désordre. C'était bien une retraite désordonnée, mais cela ne me paraissait pas être l'effet d'une panique. Il y avait là une grande masse d'hommes qui encombraient la route, et je ne vis avec eux qu'un sous-lieutenant. Je dis aux hommes : « Je vous apporte des cartouches ». Ils me firent une réponse singulière, et qui m'a frappé; j'en ai rendu compte au général Soleille en rentrant : « Ce • n'est pas des cartouches qu'il nous faut, répondirent-ils; c'est du
< pain! » En effet, ils me montrèrent qu'ils avaient encore des cartouches. »
M. le lieutenant-colonel d'artillerie Abraham.
Le colonel du 94' régiment de ligne au général commandant la 3e division du 6° corps français.
An camp sous Metz, le \ 9 août 4870.
• J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'hier 18, ayant reçu Tordre de donner mes voitures régimentaires au service des subsistances pour aller chercher des vivres dans un dépôt central voisin de Metz, je me suis empressé d'obéir. Elles n'étaient pas parties depuis une demi-heure, que nous recevions l'ordre de nous porter sur le village de Sainte-Marie-aux-Chênes, laissant forcément tous nos bagages particuliers, la caisse du corps (ne contenant rien heureusement), les caisses de pièces de rechange et d'outillage, que j'avais apportées pour que mon maître armurier pût réparer les armes.
« Quand nous sommes repassés sur ce plateau, nous avons été complètement dévalisés, non par les Prussiens : ils n'avaient pas encore paru ; mais par les régiments qui avaient tenu cette position. Mes officiers n'ont plus absolument rien que ce qu'ils portent sur eux. Quelques-uns avaient de l'argent dans ces cantines. Si j'avais mis un poste, j'aurais perdu des combattants, et cette mesure n'aurait eu aucun résultat, puisque mes voitures n'ont quitté Metz qu'aujourd'hui ; mais j'aurais eu la consolation d'être volé par les Prussiens, ce qui est de bonne guerre. »
« Au début de la campagne de 1870, les règlements prussiens n'allouaient pas aux unités tactiques de voitures pour porter les vivres ou aller aux distributions. C'est là une lacune, car à la guerre les gros convois de l'intendance (Proviant kolonnen), si bien organisés qu'ils soient, ne peuvent pas apporter à chaque unité tactique, bataillon ou escadron, au bivouac ou en cantonnement, le sovr après chaque marche, les vivres dont cependant chaque soldat a besoin tous les jours. L'unité tactique ne sera certaine d'avoir ses besoins journaliers assurés que si elle possède en propre des voitures, dont le chef (le payeur) a un intérêt à revenir au corps de troupes dès qu'il a trouvé ou reçu des vivres*
« Aussi, dans la guerre de 1870, les corps de troupes allemands se sont chacun procuré immédiatement le nombre de voitures nécessaires, et ne les ont pas requises chaque jour comme le veut le règlement, mais bel et bien gardées par-aevers eux malgré tous les ordres contraires des généraux en chef, afin de les avoir toujours sous la main au moment du besoin.
« Le nombre de ces voitures était habituellement de deux par bataillon : c'était le train conduit par le payeur. Ce petit convoi avait pour mission d'aller prendre les vivres au lieu de distribution du corps
676 RELATIONS DU GÉHERAL BU CHEF AYKC 818 LIEUTBNAKTS.
d'armée on de la division et de les porter à la troupe, on d'aller requérir des vivres dans les villages. »
M. le colonel suisse Feiss et H. le lieutenant-colonel Good, qui ont été en mission près de l'armée allemande d'occupation en 4 874 .
Observations d'un employé du service des subsistances, en Prusse, sur l'organisation du parc de boulangerie d'un corps d'armée, d après V expérience de la guerre de 1870-71.
« Le parc de boulangerie d'un corps d'armée prussien, avec le personnel dirigeant, comprend en tout cent vingt-trois individus et vingtquatre chevaux. Si ce groupe, comme il arrive très-souvent dans la période des marches en campagne, est logé dans un village avec d'autres troupes, l'insuffisance du nombre de fours et de chambres à
Ï>étrir empêche de mettre à profil les bras des quatre-vingt-trois bouangers du parc. Ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles et rares qu'il est possible de faire travailler tout ce personnel à la fois sous une direction unique. Souvent même le temps manque pour que les masses de pâte à préparer puissent entrer en fermentation ; et il arrive, en hiver, que si on a pu trouver des locaux suffisants, on ne
S eut s'en servir faute de chauffage, parce que le levain ne prend pas ans des chambres froides. Il en résulte que pendant la période des marches, où cependant il serait si important de fournir du pain à la troupe, le parc de boulangerie est réduit à se borner à marcher avec les troupes sans pouvoir travailler, si on le laisse compact.
« Il serait plus avantageux de le diviser, et de répartir son personnel entre les diverses unités qui composent le corps d'armée. Les bataillons pourraient ainsi profiter de la farine qu'on trouve dans le
Eays ; les régiments, brigades..., etc., se formeraient de petits parcs de oulangerie et utiliseraient tous les fours existant dans les villages occupés par leurs troupes. Au contraire, si le corps d'armée devient stationnante, comme dans des investissements, des sièges..., etc., il peut être convenable de concentrer le personnel dans des manutentions de campagne établies autour de grands magasins ; mais, même dans ce cas, il ne faudrait pas faire les groupes plus forts que ceux nécessaires pour confectionner le pain d'une division, car la tâche de manutentionner pour 12 ou 14,000 hommes est déjà bien assez forte, et l'expérience de 1870-71 nous a prouvé gue, même en station, le parc de boulangerie ne pouvait suffire à lui seul à fournir le pain à tout uncorps alarmée. »
Wellington à Charles Stuart, ambassadeur d'Angleterre à Lisbonne.
Celorico, le 30 mars J844«
t Trouver des vivres pour une armée n'est que la moitié de la difficulté à vaincre. Vous vous en convaincrez vous-même en vous rappelant que nous avons des provisions en abondance à nos dépôts de
| 4. PEHFBCTIOOTmiKNTS DAÏfS L'ORGàHISÀTIOU. 677
Villa Franca, Figueira, Tojal et Lisbonne ; mais ces provisions ne sont d'aucune utilité à l'armée en opérations s'il n'y a pas de moyens de transport pour les amener aux troupes sur le lieu ou elles doivent les consommer. »
L'intendant du 2* corps d'armée à M. le général Frossard,
commandant le 26 corps.
Basse-Bévoye (près Metz), le 42 août 4370.
« Depuis le 6 du courant, nos mouvements et les déplacements fréquents des campements ont produit beaucoup de confusion dans la situation de nos approvisionnements en subsistances. Plusieurs convois envoyés de Metz ne nous sont parvenus que pendant la nuit et plusieurs fois le lendemain. Des expéditions faites par le quartier général aux divisions ne leur sont pas arrivées exactement, parce que les troupes avaient changé de bivouac. Il en résulte que nous avons éprouvé bien des mécomptes^tout en faisant notre possible pour assurer nos approvisionnements. »
« L'administration des subsistances ne peut évidemment opérer avant que l'ennemi soit délogé. L'administration doit suivre de près, avec quelques-uns de ses moyens, l'avant-garde. Si le corps d'armée marche en plusieurs échelons, la 1" section d'administration laisse à la 2* tous les renseignements sur les subsistances et donne à l'autorité les ordres pour que tout soit préparé à jour fixe. Au Mexique, dans la campagne de 1863-1864, nous portions, avec nos boulangers à cheval sur des mulets, du levain en aoondance dans les sacs. Apres reconnaissance des localités, on s'installait dans quelques boulangeries, et l'on fabriquait du pain pour tout le monde et pouf plusieurs jours. A Piedra-Grorda, en 24 heures, par ce procédé, nous avons fait 24,000 rations de pain pour la colonne. En payant, au moyen d'avances faites aux comptables, et en employant le système : donnant, donnant, nous avions tout ce qui nous était nécessaire. Les magasins se formaient instantanément, et nous ne touchions pas à nos réserves, qui se complétaient au contraire. »
M. l'intendant général FrianU
Extraits du journal historique de la 2e division d'infanterie dul" corps a armée français pendant la campagne de 1870.
c Pendant leur séjour à Haguenau et Brumath, du 24 juillet au 27, les corps de la 2e division devaient, conformément à l'Ordre général n* 1, toucher, en dehors des distributions de chaque jour, quatre jours de vivres de campagne de réserve, dans lesquels le pain figurait pour deux rations, qui devaient toujours être complétées, et le biscuit pour deux autres rations. Mais, loin de pouvoir toucher des
vivres de réserve, la 2e brigade (Pelle) ne put qu'à grand'peine percevoir ses rations de consommation journalière pour les nommes et les chevaux. Il n'y avait, à Brumath, qu'un sergent d'administration qui, avec la meilleure volonté du monde, ne' pouvait créer des ressources. Déjà se manifestait, et dès les premiers pas, cette insuffisance de l'administration, qui ne fit qu'augmenter de jour en jour, et qui, pendant cette guerre, exerça une si pernicieuse influence sur le moral de nos soldats. Les souffrances dues au manque de vivres, aussi bien que la fatigue des longues marches, engendrèrent, dès les premiers moments, dans les rangs de la troupe, un mécontentement qui fut la cause première de l'indiscipline et de l'insubordination, à laquelle nous dûmes dans la suite une grande partie de nos malheurs.
« Le 2 août, la 26 division reçut l'ordre de se tenir prête à partir le lendemain matin pour Wissembourg. Elle devait faire, à Soultz, une grand'halte pendant laquelle elle recevrait des vivres. Le départ eut lieu le 3, à quatre heures du matin. On devait toucher à Haguenau, en y passant, deux jours de pain destinés à compléter les quatre jours de vivres de réserve ; mais on ne put en toucher que pour un jour, en raison de l'insuffisance des approvisionnements. A Soultz, où la division arriva à dix heures et demie du matin, on ne trouva point de vivres.
« 6 août. — (Bataille de Frœschwiller.) — En battant en retraite, nous arrivâmes vers cinq heures et demie du soir à Reichshoffen, et traversâmes aussitôt ce village, abandonnant derrière nous un immense convoi de vivres : c'est celui qui aurait dû servir la veille aux distributions ; mais, comme toujours, il était arrivé trop tard.
c A Saverne, la 2e division put enfin percevoir deux mille rations de pain. C'était un peu plus d'une demi -ration par homme, après quatre jours passés sans qu'il eût été fait de distribution.
« 11 août. — L'intendance ne pouvant décidément plus suffire à faire vivre la troupe, des ordres sont donnés aux généraux de division (par le maréchal de Mac-Mahon) pour désigner des officiers chargés de procéder à des réquisitions journalières et régulières. »
M. le général de dinsion Pelle:
Extrait du journal historique des marches et opérations du 5* corps d'armée français dans la campagne de 1870.
« 9 août. — (Marche de Sarrebourg sur Réchicourt.) — Les employés de l'administration ayant devancé la colonne rassemblent avec peine des vivres. Le pain est acheté chez l'habitant, quand on peut en trouver. La viande sur pied et les fourrages sont trouvés plus facilement lorsque les maires des villages environnant les gîtes d'étapes peuvent être prévenus à temps.
t Ce mode de vivre fut le seul qui put être employé par le 5- corps pendant toute la durée de cette triste campagne. »
§ 4. PERFECTIONNBMINTS DAIfS i/ORGAHISATlOft. 679
Dans Tannée prussienne sont en vigueur deux principes qui, si je ne me trompe, facilitent singulièrement le service des subsistances. D'abord, les régiments jouissent d'une certaine liberté d'action, qui les porte à pourvoir eux-mêmes à la satisfaction de certains besoins. Ainsi, par exemple, quand ils bivouaquent, ils n'attendent pas qu'on leur apporte le bois et la- paille : ils vont eux-mêmes en réquisition.
Pour se procurer des vivres, ils emploient le même procédé. Le pourvoyeur du bataillon est le payeur, employé militaire auquel le règle* ment militaire interdit d'aller au feu, mais qui est chargé de procurer à la troupe tout ce dont elle a besoin en vivres et en moyens de transport. Suivant le cas, il procède directement à la réquisition, ou bien seconde l'intendance et reçoit d'elle la part qui revient à son corps de troupes. Les troupes doivent se faire nourrir par les habitants chez lesquels elles sont logées, ou bien se pourvoir de denrées au moyen de réquisitions, enfin ne recourir aux magasins qu'en cas d'extrême besoin. Quant à la réserve du sac, il est interdit d'y toucher sans l'autorisation du commandant de la troupe. Enfin, on peut donner une indemnité représentative en argent lorsque les populations atteintes par la réquisition ont fourni de l'argent à la place de denrées.
Dans les stationnements d'une certaine durée, l'administration civile fait seule exécuter les réquisitions par ses agents, et on distribue les produits aux troupes. Parfois aussi elle invite les habitants à réinstaller leurs marchés et ûxe le prix des denrées présentées en vente, en avertissant que les récalcitrants seraient frappés de réquisitions. Ge procédé fut appliqué, non sans succès, par la II* armée allemande dans sa marcne de Metz sur Orléans.
Lorsqu'enfin l'armée marche en ordre serré, et que les ressources du pays sont insuffisantes ou épuisées, le service des subsistances doit être assuré au moyen de parcs de vivres-courants (Proviant-Kolonnen), ou magasins sur roues qui tâchent de suivre les troupes d'aussi près que possible. Les payeurs de chaque bataillon vont alors avec des voitures requises chercher les vivres au lieu où s'établit le parc de vivres : on évite ainsi à la troupe la fatigue gratuite d'aller à pied au loin recevoir des distributions.
D'après les règlements allemands et l'historique des régiments en 4870-74.
Extrait du journal de marche tenu par un officier du 2e régiment de zouaves, pendant les expéditions cfel859 sur la frontière du Maroc, et de 1860 dans la Kabyhe orientale.
« Voici comment les capitaines de zouaves les plus expérimentés réglaient la nourriture de leur compagnie les jours de marche.
Le matin, à cinq heures, les hommes après le réveil prenaient un
rapide.
680 RELATIONS DU GfiltÉlAL SR CHBP AVEC SIS LIEUTENANTS.
c Ils mettaient ensuite sur le feu la soupe à la viande, et ils man geaient vers cinq ou six heures.
< Enfin ils prenaient un troisième café avant de se coucher. *
« Je ne puis m'empêcher de faire remarquer, en me rappelant les événements de la retraite d'Orléans (décembre) combien notre système d'alimentation en campagne est défectueux.
< Parmi les régiments placés sous mes ordres, un grand nombre n'avaient pas eu le loisir, du 1er décembre au 7, de faire cuire deux fois leurs vivres. Cependant ils avaient le plus grand besoin d'une nourriture substantielle pour les soutenir dans nos marches forcées de nuit et de jour, sans at>ri contre la pluie, la neige et un froid de. plusieurs degrés au-dessous de zéro.
« Aussi, c[u'arrivait-il ? Les hommes jetaient la viande qu'ils ne pouvaient faire cuire et qui les surchargeait inutilement. Ils ne mangeaient plus que des biscuits, et la ration de plusieurs jours était consommée en un seul. Aussi tombaient-ils dans un affaissement
'Afrique
soldat en campagne repose sur le pot-au-feu fait par escouade deux fois par jour; c'est-à-aire sur un mode de nourriture qui demande, pour être mangeable, cinq à six heures de cuisson le matin et autant le soir ? Mettons même, au dépens de la qualité, quatre heures seulement de cuisson par repas : c'est huit heures par jour pendant lesquelles toute opération militaire doit être suspendue. Et nous avons la prétention d'avoir une armée mobile t Oui, mais à la condition que l'on ne tienne plus compte du bien-être du soldat, oui ne se nourrira plus que de pain sec, de biscuit et ne boira que de Veau, régime peu fait pour lui conserver ses forces, alors qu'il porte continuellement sur ses épaules un poids de soixante livres.
« Il est donc indispensable de se munir en campagne concurremment avec la viande sur pied, de préparations cuites peu encombrantes, pouvant se réchauffer à l'occasion ; et ne vaudrait-il pas mieux supprimer tout cet attirail de grandes marmites, de grandes
fameiles, dont l'absence du porteur prive son escouade de dtner, en onnant à chaque homme une petite gamelle, dans laquelle il pourra porter des vivres, qu'il peut manger dans cet état, et les réchauffer quand il en aura le loisir ? »
Le général de dirision Martin des Pallières, qui commandait le 45e corps à l'armée de la Loire.
t Les Allemands aujourd'hui font des approvisionnements de conserves, ayant reconnu les inconvénients des troupeaux. Nous devrions faire comme eux. Il a été présenté à la commission supérieure des subsistances, dont je suis président, des conserves de bœuf d'une
g 4. PBRFECTIOIfWÏMEirrS HAHS L01GÀ1USATÏOH. 681
qualité excellente, d'une grande conservation, d'un bon marché inouï, en boites de trois kilogrammes net et d'un kilogramme, et an prix de 1 fr. 25 le kilogramme. On les mange à froid sur le pouce, et on en fait une excellente soupe. Quelle économie on réaliserait si enfin on se décidait à l'adopter, et à obtempérer au désir général d'un aliment de guerre ! En campagne, quand le soldat ne peut faire la soupe, quand on renverse la marmite jusqu'à trois fois par jour, comme je 1 ai vu en Italie, quand on est toute une journée sans manger comme cela est arrivé sous les murs de Metz, n y aurait-il pas un immense avantage à pouvoir manger de la viande froide avec un morceau de pain, et n'en résulterait-il pas une grande facilité pour les opérations de guerre ? Un bœuf pesant 600 kilos brut donne 300 kilos de viande crue ; et 300 kilos ae cette dernière donnent 150 kilos de viande mangeable. Les transports en chemin de fer seraient réduits au quart. Il n'y aurait plus de dépérissement, de mortalité effrayante chez les animaux quand ils sont en troupeau ; et l'on ne distribuerait plus de la viande morbide qui communique, à mon avis, des maladies aux hommes. Que peut donner, comme alimentation, un bœuf qui marche, qui ne se nourrit pas, se réduit à la peau et aux os, comme en Crimée, comme partout ? A Besançon, nous avons perdu, à la dernière guerre (1871), douze cents bœufs; en Crimée, combien en a-t-on perdu ? Un kilogramme d e viande, par le troupeau et en marche, est très-cher ; il est revenu, par suite aes pertes, à plus de quinze (15) francs en Crimée. Une denrée précieuse à l'armée, et plus encore dans les places, le fourrage est consommé, et souvent on n'en a pas à mettre sous la langue de l'animal. La ration que l'on distribue aujourd'hui en station coûte, à raison de 1 fr. 20 le kilogramme, 0 fr. 36 les 300 grammes, 0 fr. 11 de plus que celle équivalente de la conserve de bœuf Quelle sécurité, quelle commodité, quels avantages nous aurions si nous adoptions en campagne la conserve 1 »
M. l'intendant général Priant.
« On croit généralement, et il est logique de penser, qu'en campagne les soldats ont des rations plus fortes qu'en garnison ; il n'en est rien.
c Les vivres du soldat consistent en : Une ration de pain, dit de munition, de 750 grammes.
— de vin, de 25 centilitres.
— de riz et légumes, de 60 grammes.
— de sel, 1/60 de kil.
— . de viande, de 250 grammes.
« Joignez à cela 20 ou 25 centimes par jour versés à l'ordinaire, ce qui permet au soldat d'augmenter et d'améliorer sa nourriture ; et cependant il n'a qu'un travail peu pénible : il va à l'exercice, fait quelques corvées, monte la garde, couche toujours dans son lit ou sur le lit de camp, et se trouve à l'abri de toutes les intempéries des saisons.
« En campagne, le soldat fait huit à dix lieues par étape, chargé de ses armes, de vivres pour plusieurs jours, gravit des montagnes, traverse des torrents ou bien parcourt des plaines immenses, tantôt sous un ciel de feu, tantôt sous un déluge de pluie ; sans compter les marches de nuit, qui sont les plus pénibles. Arrive-t-il au bivouac? il dresse sa tente; mais si c'est pendant l'été, il a à lutter contre la chaleur et les insectes ; si c'est pendant l'hiver, la terre détrempée ne lui offre qu'un lit de boue. Après avoir essuyé les fatigues d'une longue marche, on ne trouve pas toujours de l'eau, et quand ils'en trouve, elle est souvent saumâtre et bourbeuse ; que reçoit-il alors en vivres ?
c Une ration de biscuit de 643 grammes,
— de viande de 300 grammes,
— de sel, 1/60 de kilogramme,
— de sucre et café (16 grammes de café, et 21 de sucre),
— de riz, de 60 grammes.
€ Ainsi, au lieu de pain, il mange du biscuit ; si l'on m'objectait que 643 grammes de biscuit équivalent à 750 grammes de pain, parce que le biscuit renferme moins d'eau et plus d'élément? nutritifs, je répondrais que la ration de biscuit donnée au soldat est insuffisante. Au lieu de vin, il boit du café. Loin de tout lieu d'approvisionnement (en Afrique), dans un pays où les habitants fuient devant lui, il ne trouve rien à acheter, il lui est de toute impossibilité d'améliorer sa nourriture.
c Qu'arrive-t-il alors ? C'est que les soldats mangent tout ce qu'ils rencontrent ; rats, serpents, gerboises, tortues, racines, tout leur est bon. C'est une excellente aubaine pour eux que de voir abattre un cheval ou un mulet : en quelques instants ils Font dépouillé, et leurs privations ont été quelquefois si grandes que, pour eux, de tels repas sont alors des festins.
< Non- seulement les vivres de campagne sont insuffisants, mais de plus, chaque soldat en porte avec lui pour dix jours ; or, il est de règle générale, absolue, pour toutes les colonnes, qu'ils sont mangés en huit. Il est assez difficile de remédier à cet inconvénient, car, comment empêcher les soldats de ronger leurs biscuits, pendant les marches de nuit réitérées ?
c Le commandant (d'une colonne) qui a calculé la durée de son. expédition sur la quantité de vivres que transporte son convoi, s'aperçoit bientôt qu'un grand nombre d'hommes dépérit, et que la marche de la colonne est forcément ralentie. C'est alors qu'apparaissent les traînards.
< Que faire ? Comment punir des hommes qui souvent n'ont pas mangé de trois jours ? Sévir contre ces malheureux ne remédierait à
exiguë de chaque homme pour retrouver le supplément qu'il a donné, ou abandonner ses opérations, et alors le fruit de tant de fatigues se trouve perdu et l'argent de la France dépensé inutilement.
§ 4. PBRFECTIOÏUWMENTS DANS L'ORGANISATION. 683
« 11 faut avoir le courage de le dire : dans nos expéditions (d'Algérie), des soldats sont morts de faim. Que de fois n'ayons-nous pas été attristés de spectacles enrayants, et que n'aurions-nous pas donné souvent pour procurer un biscuit ou une pipe de tabac à ces hommes dont les efforts avaient été inouïs, le courage toujours admirable, et qui ne succombaient que sous l'excès de la misère ?
< Il n'est pas un de nous, pas un commandant de colonne qui ne se soit promis de faire ressortir les souffrances de ses soldats ; mais cette promesse n'a jamais été tenue. A peine rentrés dans les cantonnements, misères, privations, souffrances, tout était oublié. Après une nuit passée à la caserne, les soldats n'y pensaient plus; ils se consolaient, se raillaient même de leurs fatigues et se plaisaient à les exagérer en les racontant à leurs camarades. Ils seraient repartis le lendemain aussi insouciants que le premier jour.
< Mais si l'excellent moral du soldat se soutient ainsi, il n'en est pas de même du physique : il a contracté le germe de maladies qui ne tardent pas à se développer, alors il va mourir obscurément à l'hô-
Ïtital, ou s'il rentre dans ses foyers, il succombe bientôt malgré toute 'énergie de son cœur. En France, on attribue aux seules influences du climat des pertes qui sont presque uniquement dues aux privations de tout genre, et surtout aux privations de nourriture qu'endurent les soldats. Je suis convaincu que sur tous les hommes qui sont morts en Afrique depuis vingt ans (1830-1850), il n'y en a pas le dixième qui ait succombé sous le feu de l'ennemi.
c Certes, un commandant de colonne ne peut empêcher tant de fatigues, de privations et de misères, mais il ne doit jamais négliger avant son départ de s'assurer de la quantité et de la qualité des vivres. Quelques chefs se montrent d'une sévérité excessive à l'égard des cantiniers et des marchands qui suivent les colonnes. C'est une faute ; si on doit les empêcher d'emporter des alcools, des liqueurs fortes, toujours frelatées, véritables poisons, il faut leur accorder les plus grandes facilités de transport pour tout le surplus de leurs approvisionnements, car souvent ils ont été d'une ressource bien précieuse pour nos soldats.
« De son côté, le gouvernement a plusieurs fois montré une sévérité exagérée vis-à-vis nos commandants de colonne ; ainsi, il a été jusqu'à leur faire payer les vivres qui, à la suite de quelques marches pénibles, avaient été distribués, en sus de la ration strictement due, à de pauvres soldats qui en étaient privés depuis plusieurs jours. Au lieu de montrer une sévérité qui n'est qu'une lésinerie, il devrait augmenter les vivres de campagne, et se rappeler que si une troupe est mal nourrie, on ne peut espérer en tirer un grand parti ; tandis qu'au contraire on peut, au moyen de marches forcées, obtenir de grands avantages et faire bien des économies, avec des soldats qui n'ont pas à souffrir de la faim. »
Le général de division Yosaf, qui a fait les expéditions d'Algérie de 4830 à*4864.
684 RELATIONS DU GtHÉâÀL BR (SEP ATIC «S UMTEKAKTS.
Le lieutenant général Bugeaud, gouverneur général de V Algérie, au maréchal Soult, ministre de la guerre*
Alger, le 40 novembre 4844 •
< Il ne faut pas se le dissimuler, monsieur le maréchal, malgré l'augmentation de la ration, les soldats ne sont pas assez nourris en campagne ; et c'est la plus grande cause de leur affaiblissement. Ce qui le prouve, c'est qu'ils mangent les chevaux tués, les escargots, les tortues..*, etc., avec une grande avidité. »
« Pour que les troupes, lors de leur concentration, ne consomment pas sur place les vivres sur roues destinés aux opérations, il y a un moyen très-simple. Il consiste à prescrire que tout train de chemin de fer apportant des troupes au point de concentration, aura en queue deux ou trois wagons à marchandises portant des vivres en caisses, qui suffiront à nourrir la troupe transportée par le train (bataillon, escadron, batterie) sur place pendant huit à dix jours, sans toucher aux approvisionnements des voitures de campagne. On peut toujours, au point de départ, réunir ces vivres en caisses sans grande perte de temps. L'excédant de ce qui n'aura pas été consommé au lieu de concentration servira à former des magasins. >
H. le lieutenant général prussien ion Hanneken.
Pour que l'Intendance, dans le courant des opérations actives, puisse fouiller le pays et y découvrir les ressources en vivres qu'il renferme, il est nécessaire de lui affecter en propre, c'est-à-dire de mettre à sa disposition en permanence un certain nombre de cavaliers, qui lui sont indispensables d'ailleurs pour se relier avec ses convois et leur envoyer des ordres. C'est ainsi qu'en 1813 et 1814, l'intendant en. chef de l'armée russe, Cancrin, avait à sa disposition un escadron de Cosaques.
Le maréchal commandant le 3e corps de l'armée du Rhin au commandant de la division de cavalerie.
28 juillet 4870.
La division de cavalerie fournira immédiatement, à la disposition de M. l'intendant du corps d'armée, trois sous-officiers intelligents et sûrs. Ces sous-officiers se rendront immédiatement aux bureaux de l'intendance.
Leur service durera vingt-quatre heures. Ils se précautionneront pour leur nourriture et celle de leurs chevaux.
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Remonte des officiera.
On a reconnu depuis longtemps, en Prusse, la nécessité de monter les capitaines d'infanterie, appelés à diriger au feu de longues lignes de tirailleurs.
« Sur le pied de guerre, les officiers ou fonctionnaires, dans Tannée allemande, sont pourvus du nombre de chevaux ci-après :