SÉRIE DES FORMES ET ORDRE DE LA NATURE
Moins naïvement anthropomorphique que la représen- | tation d’une hiérarchie universelle des êtres créés, contre laquelle a beau jeu l'ironie de Voltaire (1), la croyance aux | gradations insensibles n’est pas sans donner lieu, elle aussi, à bien des difficultés et à bien des incertitudes. Et si l'examen | de ces difficultés ne fait, sur certains points, qu’accentuer Vincompatibilité de la continuité qu’on découvre et de la progression qu’on avait conçue, il laisse pressentir, sur d’autres, les revanches que de nouvelles méthodes de recherche réservent à l’idée d’une distribution ascendante des formes de la vie.
Une partie des discussions relatives à la continuité se | déroule autour d’une affirmation doctrinale et prend, selon | Jes milieux, d’autant plus d'importance que cette affirma- | tion jouit d’une plus grande autorité.
des affinités, c’est là — répétons-le encore — une vue de laquelle les naturalistes d’alors, en général, ne songent pas plus à se prévaloir qu'à s’in- | quiéter : car la réalité de la série telle qu'ils l’entendent n’a rien à voir avec une interprétation de cette sorte.
(4) Vorratre, 1764, art. Chaîne des Etres créés du Dictionnaire philo-
sophique (éd. Garnier, t. 18, p. 123).
hémtratthet tete
En Allemagne surtout, où la philosophie de Leibniz a gardé un grand prestige, on à cru pouvoir s’autoriser de sa pensée, combinée à celle de Linné, pour affirmer que l’uni- { vers doit contenir effectivement toutes les espèces vivantes dont l’existence est possible sous la loi d'harmonie qui le 1 régit. D’où résulte cette conséquence qui préjuge dogma- 1 tiquement de l'expérience : aucune espèce n’a pu être détruite, dans le passé; aucune des espèces actuellement : présentes ne saurait disparaître dans l'avenir. Peut-on, cependant, prétendre déterminer a priori quel degré de conti- | nuité doit exister entre les êtres donnés ? Plusieurs com- !
mencent à se le demander et s’enhardissent parfois jusqu’à répondre négativement à cette question de principe (1). Hardiesse d’autant plus pardonnable, du reste, que les |
idées rèçues dans l’histoire naturelle linnéenne permettent !
en apparence, et qui satisfait à sa place aux convenances * philosophiques et religieuses. {
“traits essentiels de l’ordre de la Nature la « police » admirablement réglée en vertu de laquelle chacune des espèces : qui l’habitent exerce ses opérations vitales (se nourrir, se !
reproduire) (2), de manière à sauvegarder la « proportion » qui fait la beauté de cette République (3). Dans le même
(1) CE. Hermann (1783, Tab. affin. anim., pp. 16-17, 23, ete.), qui cite | et discute, à ce sujet, plusieurs publications allemandes peu antérieures | à son ouvrage, :
(2) Les opérations principales des habitants, rapportées au plan de cette « police naturelle » sont les suivantes :
«19 multiplier leur espèce,de manière à pouvoir suffire à leurs besognes»:;
«2° maintenir l'équilibre entre les espèces des animaux et celles des vé- 4 gétaux, de sorte que la proportion subsiste » ; }
«39 se préserver eux-mêmes de la mort, afin qu'il n’y ait pas vacance H de leur administration ». — (Linné, 1758, Syst. Nat., t. 4,-p. 11::11766- à 67, ibid., t. 1, p. 18). st
(3) Linné, 1758, ibid.,d°, p.10 ; 1766-67, ibid., de, pp. 12,17. Cf, -— entre
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autres passages du même genre (p.113:les «travaux » des Oiseaux), — la manière dont est apprécié le rôle des « Insectes » dans l’économie universelle : la Nature a en eux, chaque année, « autant de ministres, affectés
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