‹ Les méthodes de la classification et l'idée de série en botanique et en zoologie de Linné à LamarckChapitre 19 sur 57 · SÉRIE ET ORDRE NATURELLE · texte numérisé non relu

SÉRIE ET ORDRE NATURELLE

esprit, mais avec plus de complaisance encore, Ch. Bonnet

a décrit « la liaison des êtres terrestres » par leurs services mutuels (1). Blumenbach, s'inspirant librement de ces précédents, émet l’avis qu’il n’est pas nécessaire, pour garantir la perfection dela création, de soutenir que Dieu ait donné à ses créatures toutes les formes possibles : il suffit qu’il y

’ ait, grâce à l’exactitude avec laquelle chacune d’elles est:

pourvue de la structure corporelle nécessaire à sa destination, marche régulière et équilibre perpétuel des actions qu'elles exercent les unes sur les autres (2). De ce point de vue, il est parfaitement licite, selon lui, d'admettre que telles espèces et même tels genres, après avoir joué un rôle déter-

* miné dans une période antérieure de l’histoire de la terre, ont été éliminés, parce que devenus inutiles, à un certain

moment de son évolution : ce qui paraît bien être le cas de certains fossiles (3). La véritable harmonie de l'Univers

serait, en somme, de nature dynamique : on pourrait re-

noncer à la chercher dans une gradation incertaine des

formes qui le composent, puisqu'on la trouve effectivement réalisée dans la constante corrélation des forces qui le gou-

vernent.

J. Hermann, moins audacieux, concède pourtant qu’une espèce pourrait disparaître sans que soient détruits l’ordre

et l'équilibre de l’univers. Mais il n’admet pas pour autant,

. à l’accomplissement des besognes qui leur sont propres, qu'il en faut pour

qu’ils suffisent à leur fonctions : maintenir la proportion entre les plantes, consommer ce qui est erroné, superflu, mort ou pourri, servir enfin d’ali-

ments à d’autres êtres, surtout aux oiseaux » (1758, ibid., d°, p. 340 ;

1766-67, ibid., d9, p. 535).

(1) Cu. Bonner, 1764, Contemp. Nature, 5° partie, ch. xvi-xvir : Œuvres, t. 7, pp. 283-290 ; par ex. p. 284... « Il est entre les Animaux des guerres éternelles ; mais les choses ont été combinées si sagement que la destruction des uns fait la conservation des autres et que la fécondité des Espèces est toujours proportionnelle aux dangers qui menacent les Individus » ; 1781, tbid., d0, p. 285 : « Partout il est des réparations qui com— pensent les destructions ».

(2) Brumensacu, 1779, Hdb. d. Ngs., par. 7 (pp. 10-14).

(3) Brumensacm, ibid., par. 39 (pp. 43-44).

avec Maupertuis, que de telles disparitions aient été fréquentes dans le passé de notre planète (1) et n’approuve pas davantage Buffon de prévoir l’extinction du « genre » des « paresseux » (2) : il est choquant, en effet, de supposer que la Providence aït abandonné au hasard le pouvoir d'éliminer une œuvre de ses desseins (3).

Qu'ils insistent pour la continuité des êtres vivants, ou

croient possible de se contenter de la constance de leffet

total de leur action, les discussions de ces naturalistes mettent donc au jour un postulat commun. Pour eux, l’état sous lequel le monde animé se présente à l’observation a ses raisons d’être, non pas dans les circonstances déterminantes des processus qui l’y ont amené, mais dans certains rapports permanents qui sont inhérents à cet état luimême. La formule d’un certain ordre, qu’on croit être une réalité, fournit en même temps l’explication de cette réalité, indépendamment de toute enquête sur les antécédents. Façon de penser plus profonde et plus persistante encore que les conceptions explicites par lesquelles elle s’exprime, y compris l’idée de série elle-même, et qui ne cèdera la place, dans le travail biologique, qu’à partir de Darwin.

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