‹ Les méthodes de synthèse en minéralogie: cours professé au MuséumChapitre 16 sur 85 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Comme cas les plus simples de synthèses accidentelles de voie sèche, il convient de mentionner tout d'abord la cristallisation spontanée de certains corps solides abandonnés à eux-mêmes. Le fait se renouvelle très fréquemment pour certains métaux, et spécialement pour le fer chauffé ou non et soumis à des actions vibratoires plus ou moins continues. La cassure d'essieux ou des rails y fait voir souvent des clivages octaédriques ou cubiques à la place de la structure fibreuse originelle.

Le soufre artificiel prismatique se transforme de même en soufre octaédrique. L'acide arsénieux vitreux cristallise aussi.

La transformation spontanée de l'argent compact en argent cristallisé a été signalée par Warrington * qui a constaté à la surface d'un vase d'argent longtemps enfoui dans le sol entre Bow et Stratford, en Angleterre, l'existence d'une multitude de petits cubes submicroscopiques.

On a signalé des octaèdres d'argent de 2 millimètres de diamètre produits accidentellement par volatilisation de mercure d'un amalgame dans lusine de Schmôlnitz.

Des dodécaèdres rhomboïdaux d'amalgame d'argent ayant les propriétés physiques du mercure argental de la nature ont été, en 1849, extraits des cuves d'amalgamation de Joachimthal, par Kopecki, qui les a décrits sans toutefois en donner l'analyse*.

* Philosophical Magazine, t. XXIV, p. 503, 1845.

• Journal fur Minéralogie, p. 317, 1849.

M. E. Dumas a observé, en 1869, un exemple intéressant de production accidentelle de mercure argental dans une cuve de la Monnaie de Bordeaux où Ton traitait par le mercure le résidus de pièces retirées de la circulation ^ La fîltration au travers d'une peau de chamois retira du bain métallique de très beaux cristaux, d*ailleurs plus riches en mercure que le minéral naturel (72, 6 au lieu de 64).

Parmi les localités où des reproductions accidentelles de minéraux ont été le plus souvent observées, les fourneaux employés dans les opérations métallurgiques se signalent tout particulièrement.

Les synthèses s'y produisent d'ailleurs par des procédés fort divers.

Dès 1816, Haussmann remarqua que les silicates qui, dans les usines résultent des traitements métallurgiques, sont souvent cristallins.

En 1823, Mitscherlich publia à cet égard un travail qui a fait époque*. Cet illustre observateur reconnut dans des laitiers qui provenaient des usines de Fahlun, en Suède, plus de quarante espèces cristallisées, dont beaucoup sont identiques à celles de la nature, comme le péridot, le pyroxène, l'amphibole, le mica, la •cuprite, la magnétite, la pyrite, la blende, la galène, etc.

Ce n'est pas sans surprise qu'on a trouvé tout en tête de la liste, le pyroxène, dont le nom môme, imposé par Hauy et qui veut dire littéralement étranger au feu témoigne assez qu'on ne s*attendait pas à le voir prendre naissance dans des produits purement ignés. Des mesures goniométriques ont montré que l'identité est complète.

Depuis lors, la même trouvaille a été faite maintes fois : Nogge-

• Comptes renduSy t. LXIX, p. 757.

MiTscuËRLicH. Annales de chimie et de physique^ t. XXIV, p. 358.

rath, en 1841 *, donna la description de cristaux de plus d'un centimètre de longueur, provenant des scories du haut fourneau d'Olsberg, près d'Arenberg, et qui sont du diopside.

Les scories du haut fourneau de Skys-Hylta ont fourni à Léonhardt ' de longues aiguilles prismatiques brunes, qui sont de Taugite. Le même observateur en décrit aussi des cristaux noirs de Garpenberg, en Suède, et de Pons, près Sargans, en Suisse.

L'usine de Nisterthal a donné à Sandberger' des cristaux très brillants de pyroxène, les uns bruns et les autres noirs, et offrant les faces m, d 7, et y '.

D'après M. Bourgeois*, c'est au pyroxène diopside qu'il faut rapporter des cristaux trouvés dans les scories des hauts fourneaux de Jeunbach en Tyrol, d'Olsberg en Westphalie, de Tannendorf, près Culmbach', de Gammelbola dans le Westmoreland qu'on avait considérés comme étant de la wollastonite '. « Il est extrêmement probable, dit-il, qu'on a affaire au diopside. En effet, l'analyse des échantillons de Gammelbola donne ;

Silice 54,60

Alumine 1,53

Chaux 23,56

Magnésie 15,37

Oxyde de manganèse .... 1.66

Oxyde de fer 0,07

Soude 1,93

Potasse 1 ,25

et la teneur en magnésie est comme on voit, considérable. La forme cristalline est celle du pyroxène ; les faces observées sont m, d Yj: on a rf 7* d 7j = 131% m m = %T. Les cristaux de Gammelbola offrent, en outre, le prisme A\ rappelant celui de l'amphibole (A* A'= 124°), clivage m. Tous ces caractères sont ceux du pyroxène et non de la wollastonite. »

Le pyroxène diopside s'est produit inopinément à l'usine de

' Journal fur pratische Chemie. t. XX, j». oOi.

* Jakrbuch fUr Minéralogie, aniiêo 1853, j». OU. Poggendorfs Annalen, t. LXXXUl, p. 457.

* Encyclopédie chimique, t. II, 1" appendice, p. ii^J, 188».

* Q{:rlt, D. j)yf'ogenisch, k unsl lise he Minéralogie, p. 6J.

Bluînavon dans des conditions spéciales *. Des briques faites, avec un calcaire argilo-magnésien étant venues à fondre au contact de la paroi siliceuse du four, on trouva à leur place un amas de cristaux donnant à l'analyse chimique, comme à Texamen goniométrique, exactement les résultats de cette espèce minérale.

Le péridot et surtout la fayalite ou péridot ferreux, est un élément très fréquent de beaucoup de laitiers métallurgiques. Mitscherlich a fait à cet égard des déterminations nombreuses et précises, et depuis lors beaucoup d'autres observateurs les ont confirmés. Parmi les localités qui ont fourni des laitiers péridotiques il faut citer ici : Osterberg et Kamonionna en Pologne, d'après Mitscherlich et Noggerath%Mûhlhofen, d'après de Dechen', Iberg dans le Hartz, Gleiwitz d'après Uaussmann, Rothebûtte, Riibeland, Slatoust dans TOural*, Dillingen, près Saarlouis, d'après Bothe, Tusine de Juresen d'après Sokolov^*, Dax, d'après Walkenaer, les fours à cuivre de Lautenthal, d'Ocker, de Dillenburg, de Rôras en Norwège, de Fahlun en Suède et deFreibergenSaxe, d'après Stebsner*. L'usine de Milspe, près de Schwelm, en Westphalie, où Ton affine de l'acier au moyen du spiegeleisen, a procuré à M. Laspeyres ' des cristaux tabulaires d'un péridot ferro-manganésien, désigné sous le nom de knébélite.

M. Fouqué a reconnu dans une scorie cristalline provenant des forges de Saint-Nazaire un minéral cristallisé appartenant au groupe des wernérites*.

Un four à cuivre de Sangershausen a procuré des cristaux qu'on a rapportés à l'orthose, à la suite des études de Freiesleben'. Ils avaient de 13 à 20 millimètres de longueur et présentaient toutes les propriétés physiques et chimiques du feldspath. Leur couleur ordinaire est le blanc nacré ; quelques-uns étaient d'un bleu

• Comptes rendus. II* partie, p. 937, 1878.

s Jahrbuch fUr Minéralogie, p. 223, 18U.

^ Niederrhein Gessels. fur Naturkundey 1858.

• Journal fur praklische Chemie, t. LXXVIII, p. 222.

' EuMAN, Archiv. fur wiss, Kund. v, Russland, t. XIX, i>. 12(5.

• Seues Jahrbuch fUr Minéralogie ^ t. I, p. 170, 1882.

' Zeitschrift fUr Krislallographie and Minéralogie, t. VII, p. 494, 1883.

• Bulletin Soc. Miner,, t. IX, p. 293, 1886.

• Jahrbuch filr Minéralogie, p, 3, 1835, et p. 47, 1836.

violet ou noirâtre ; pourvus de clivages rectangulaires, ils offrent fréquemment la macle de Garlsbad. Leur dureté est de 6 et leur densité mesure 2,55. Déjà Haussmann avait, en 1810, signalé Torthose dans un four à cuivre du Mansfeld*, puis à Kreuzhûtte, près Laimbach. Zincken a vu des faits analogues à Rottleborodo, près de Magdebourg et le haut fourneau de Josephhutte, près 1

Stollberg, a fourni en 4845 de belles cristallisations d'adulaire parfaitement analogue au minéral naturel.

Ces divers faits sont d'autant plus remarquables que jusqu'ici les tentatives de synthèse de Torthose par voie sèche n'ont pas complètement réussi, ainsi qu'on le verra plus loin.

M. Stanislas Meunier a décrit la cristallisation accidentelle de Tanorthite dans des conditions qui méritent d'être résumées'.

En réparant l'un des fours de l'usine à gaz de Vaugirard, on s'est trouvé en présence de massifs pierreux provenant de la fusion, maintenue pendant plusieurs années, de matériaux dits réfractaires^ dont la partie inférieure de ces fours avait été construite. Leur structure évidemment cristalline, sans analogie avec celle des briques et des ciments primitifs, ne manqua pas d'attirer l'attention du régisseur, qui eut la bonne idée d'en envoyer des échantillons au laboratoire de géologie du Muséum.

La matière est une pierre grise, grenue, dont la ressemblance avec maintes laves volcaniques est manifeste à première vue. Sa densité est égale à 2,70. Dans certaines parties se trouvent des grenailles parfois volumineuses de fer métallique qu'il parait légitime d'attribuer à des fragments d'outils. A la loupe on voit de longues aiguilles hyalines qui se détachent sur un fond sombre.

En lame mince au microscope, on constate que ces aiguilles, très actives sur la lumière polarisée, sont ordinairement des macles hémitropes. Elles s'éteignent suivant les angles qui varient de 35 à 45 degrés et présentent tous les caractères optiques de Tanorthite. On y voit des inclusions très variées fluides et solides ; parmi ces dernières sont des grains noirs opaques ayant l'allure

* Académie des sciences de Oœtlinffue, t. IV, p. 257.

• Comptes rendus, t. G, p. 1450, 188.'i.

du fer oxydulé et des boules hyalines seulement visibles dans les directions où elles éteignent la lumière polarisée.

Beaucoup de ces cristaux, qui atteignent plusieurs millimètres de longueur, sont réduits à des squelettes enveloppant des matières étrangères. Celles-ci, repoussées par le fait même de la cristallisation forment fréquemment un amas selon Taxe des aiguilles et les sections perpendiculaires à la longueur donnent des apparences tout à fait comparables à celles d'où la chiastolite a tiré son nom.

Dans la matière sombre qui enveloppe les grandes aiguilles d*anorthile, on voit en abondance des microlithes du même feldspath et des grains plus ou moins foncés se colorant brillamment entre les niçois et qu'on est autorisé à considérer comme étant de nature pyroxénique.

Un fragment de la roche accidentelle de Vaugirard, abandonné dansTacide chlorhydrique concentré, se réduit en poussière au bout de quelques jours. Le liquide, coloré en jaune, donne les réactions très nettes de la silice, de Talumine, de l'oxyde de fer et de la chaux. Toute Fanorthite n'est cependant pas dissoute, à beaucoup près ; le résidu lavé et séché fournit des myriades d'aiguilles feldspathiques, les unes émoussées comme les bâtons de sucre d'orge sucés par les enfants, les autres presque intactes et qu'on peut étudier cristallographiquement. Avec ces aiguilles se présentent des tables cristallines brunes et qui sont du pyroxène. Ces éléments sont mélangés à une matière grisâtre dont la composition ne parait pas être chimiquement défînie.

Les scories de Garpenberg, en Dalécarlie, ont fourni du mica à Mitscherlich ^ Il était en lames hexagonales fort brillantes atteignant plusieurs centimètres et constituant une masse cristalline des plus remarquables.

Un laitier procuré par la fusion du lépidolithe de Zinnwald contenait, d'après Léonhart% des paillettes d'un mica grisâtre.

Parmi les silicates fréquemment rencontrés dans les scories et dans les laitiers des hauts fourneaux, il convient de mentionner

* Abhandlungen der K, Akademie der Wissenschaft zu Berlin, p. 36, 1882.

• Jahrbuch fUr Minéralogie, p. 129, 18.ji.

62 SYNTHÈSES AœiDENTELLES DE VOIE SftCHE

ici la gehlénite et la mélilite. Le premier de ces minéraux a été trouvé par Haussmann et par Percy en prismes quadratiques gris clair, à Oldburg et à Holzhauhen. La mélilite est plus répandue encore : des prismes carrés d'un jaune de miel plus ou moins foncé ont été rencontrés à Russels Hall et à Tipton par Forbes ; à Dudley, à Weyks, à Peuny-Darran, à Nanty-Glo ; à Janon près Saint-Etienne etàDowbs dansle pays de Galles, d'après Berthier ' ; à Kônigshûtte, en Silésîe, d'après Karsten*; à Saint-Etienne, d'après Haussmann ; à Bettingen, près Lebach, d'après Bothe'.

Fréquemment le refroidissement de la fonte met en liberté du carbone cristallisé. De beau graphite de ce genre s'est accidentellement constitué en tables hexagonales par exemple dans l'usine de Mutterhausen, près de Sarrealbe dans l'ancien département de la Moselle.

Souvent les fentes des parois des fours renferment des accumulations de lamelles de graphite, et on retrouve le m^me corps dans les cavités des scories.

Scheerer* a trouvé dans une fente d'un fourneau à réverbère de Freîberg, en Saxe, un échantillon d'argent filiforme résultent d'ailleurs de réactions qui n'ont pas pu être complètement élucidées.

Des cristaux de cuivre natif se présentent accidentellement dans les produits des usines métallurgiques. Le fait a été noté par exemple dans le Hartz auLautenthal, àDillenberg, à Riechelsdorf, à Mitterberg, et à Campiglia (Toscane).

Des observations analogues ont été faites pour l'étain, et les usines de Cornouailles ont en particulier fourni des cristallisations métalliques que Breithaupt a étudiées*.

Les usines métalliques ont offert fréquemment des cristaux de fer métallique. Bien que le fer pur ne paraisse guère s'être isolf* dans la nature, il y a intérêt à mentionner ici quelques-unes de ces cristallisations. Divers hauts fourneaux ont fourni à Haussmann et à Carnall des fers ductiles renfermant des cristaux octaédriques

* Traité des essais par la voie sèche , t. 11, p. 282.

* Uandbuch der EisenhûUenkundej t. III, p. 222.

* Jahrbtich filr Minéralogie^ p. 153, 1859.

* Uiitten Erseugnisse, p. 3G8.

* Poggendorfs Annalen, t. XL, p. 4Ô0 et t. LVIII, p. 600.

Wohleravudes cristaux hexaédriques dans un bloc de fer enfermé dans un mur de haut fourneau, et c'est dans une situation toute pareille que Noggerath a rencontré des octaèdres à clivages hexaédriques. Cornuel a signalé le m^me fait dans un four à puddler.

Suivant Ulrich, dans une fabrique d*acier se sont produits des cubes de fer dont les arêtes étaient tronquées et Bréguet a rencontré dans les matières provenant d'un four de fusion un cube qui n'avait pas moins d'un demi-centimètre de côté.

La collection de la Direction supérieure des Mines de Berlin, possède des cristaux compliqués où se montrent simultanément les faces du cube, de l'octaèdre et du dodécaèdre rhomboïdal*.

i; II. — PRODUITS SUBLIMÉS DES USINES

La haute température des appareils métallurgiques peut déterminer des synthèses soit par la condensation de corps volatils, soit 'par la réaction mutuelle de vapeurs, simultanément dégagées.

Le traitement des minerais de fer plombifères et phosphores, a déterminé, à l'usine d'Asbach, près de Trêves, la cristallisation accidentelle de la pyromorphite ou plomb phosphaté dans des produits que Noggerath a signalés en d847 *.

On peut mentionner, à côté, la découverte assez fréquente de Tanglesite ou plomb sulfaté dans les fours oii l'on soumet la galôme à l'opération du grillage. C'est ainsi qu'on, voit souvent cette espèce à Bleiberg, en Carinthie, dans le Hartz supérieur, à Oberhausen et à Lautenthal. Ce sont ordinairement des aiguilles ou des lamelles tapissant des géodes blanches, jaunâtres et verdâtres. Les premières constituent des prismes orthorhombiques allongés ; les lamelles résultent de la troncature A* associée aux faces m.

La willémite ou silicate de zinc est beaucoup moins fréquente. MM. Schulze et Stelzner^ Tont signalé en petits prismes hexago-

Os divers faits sont rapportes par Fuchs, Die kilnstliche dargestellen Mineralien, p. 17, 1872.

* Seues Jahrbuch, p. 37, 1847.

» A>M<».s Jahrbuch, t. I, p. 120, 1881.

Ji

naux jaunâtres ou brun violacé sur les parois de certains moufles silésiens.

La poudre blanche qui provient de la combustion du zincetque les anciens appelaient lana philosophica ou nihil album prennent très souvent des indices de formes semblables à celles de la zincite naturelle. Dans beaucoup d'usines où Ton fond le zinc et ses alliages comme le laiton, dans celles où Ion traite ses minerais, on a vu la zincite cristalliser à maintes reprises.

Les cristaux forment tantôt des géodes dans les fentes des fours et tantôt des enduits sublimés sur les parois des moufles. Filisur dans les Grisons, Konigshûtte et Rothehûtte au Hartz, Lautenthal et diverses localités silésiennes ont fourni de bons échantillons ^

En étudiant les scories que le traitement du minerai de plomb accumule aux usines du Freyberg, M. Stelzner y a rencontré le spinelle zincifere (gahnite), associé d'une manière intime au péridot de fer ou fayalite que nous avons déjà mentionné*.

Depuis longtemps on avait signalé la production d'une matière bleue qui incruste progressivement les moufles des fours à zinc de la Silésie. M. Degenhardt * lui a trouvé la composition et les propriétés du spinelle zincifère. C'est un résultat qui a été pleinement confirmé par les études microscopiques de MM. Wohlfahrt, Schulze et Stelzner*.

Bien souvent la cuprite se montre en cristaux dans les scories des usines à cuivre et aussi sur les parois intérieures de leurs fourneaux. Haussmann a étudié des cubes ayant cette origine '. Les usines d'Ocker et de Mansfeld; celles de Mulden et d'Antonshûtte, en Saxe en ont fourni à diverses reprises*. M. Léon Bourgeois a trouvé la cuprite associée à la cassitérite et à un magma vitreux dans une scorie provenant de la fonte des cloches et conservée au Collège de France depuis une époque inconnue \ Ce corps forme,

* Haussmann. Abhandlungen der K. Geselchafl der Whsenschaft zu Gœttingen, t. IV, p. 234.

• Neues Jahrbuch, p. 170, 1882.

' Ameincan Joinmal of Sciences y ii" 58, p. 351, 1875.

♦ Neues Jahrbuch, t. I, p. 120, 1881.

* Beitrwge, p. 17.

• Jahrhvch filr Minei^aloffie, 1841, p. 116.

' Bull. Soc. Miner., lé v. 1888.

dans les lames minces, des cristallites très arborisées d'un jaune rougeàtre monoréfringent.

Le bioxyde de cuivre cristallisé ou ténorite a été plusieurs fois rencontré dans les produits industriels. Aussi, dès 1838, Ilœnle* a observé cette substance sur un fragment de cuivre qui, au contact d'une boue argileuse, avait pendant plusieurs jours subi la haute température d'un four à chaux. De même de la ténorite accidentelle en cristaux orthorhombiques a été décrite par Jeusch «omme provenant d'un four où, dans l'usine de Mûlden, on grillait des pyrites cuivreuses.

Il est assez fréquent de voir la cassitérite cristalliser dans les fonderies de bronze. En 1859, Abel en a cité un exemple observé à Woolwich * ; à Dresde, un fait semblable a été vu par Tarnier '. •On trouve dans les mémoires de Klaproth* un exemple de cristallisation artificielle de la cassitérite. « Lamine d'étain commune du Schlakenwald, dit-il, exposée au feu du fourneau de porcelaine dans un creuset d'argile, était fondue en un verre clair, compacte, qui était verdàtre au centre, mais dont les côtés et la partie supérieure paraissaient jaunâtres. La surface était recouverte d'une pellicule trouble et blanchâtre ; les parois intérieures du creuset étaient recouvertes d'un émail blanc et tapissées de petits groupes bruns cristallisés en aiguilles ; la surface intérieure du couvercle était recouverte de cristaux semblables. »

En examinant une ancienne scorie de « fusion des cloches », conservée au Collège de France, M. L. Bourgeois y a trouvé de la cassitérite en cristaux aciculaires incolores et très éclatants '. La scorie coupée en plaques minces s'est montrée à l'auteur, constituée d'un magma vitreux silicate, dans lequel s'étaient isolés des cristaux de cassitérite et des cristaux de cuprite déjà mentionnés plus haut. La cassitérite se présente en sections rectangulaires, carrées ou octogonales, parfaitement incolores, chagrinées, très réfringentes, avec quelques inclusions vitreuses et des cli-

* Naturf, Vei's, Freiburg, 1838.

* Journal of the Royal Chemical Society, t. X, p. 119. ' JoiomalfUr pratische Chemie, t. XXXVII, p. 380.

* Traduction française, t. II, p. 97, 1807, ■ Bull. Soc. Miner., fév. 1888.

SYNTHÈSE EiN ULNÉRALOGIE. 5

vages prismatiques. Les propriétés optiques sont celles de lacassitérite ; la réfringence considérable est bien celle qui appartient à cette substance ; en lumière convergente on observe les figures d'interférence des cristaux à un axe positif ; les macles sont fréquentes.

M. Bourgeois a étudié toute une série de scories provenant des fourneaux d'un atelier de fonte de cloches et dans tous les échantillons il a retrouvé la cassitérite accidentelle. Leur attaque par Tacide fluorhydrique a laissé un résidu formé de cristaux d'étain oxydé avec nombreuses macles dont quelques-unes en cœur comme chez le minéral naturel.

Scheerer a signalé * des échantillons de rutile en prismes pyramides dans les fentes d'un haut fourneau.

On doit à Kuhlmann' la description des cristaux ayant la composition chimique (Mn'O*) sinon la forme cristalline de lahaussmannite, dans un four qui avait servi longtemps à régénérer le manganèse par la calcination du chlorure brut avec la craie. Il y aurait peut-être lieu de reprendre Tétude de ce beau produit.

Boussingault' a rencontré des octaèdres et des dodécaèdres de magnétite dans un fourneau où Ion traitait le fer spathique de Rio, dans les Pyrénées-Orientales. De semblables observations avaient été faites fréquemment et ont été répétées dans plusieurs localités ; par exemple à Oker près de Gosslar, par Haussmann *, à la surface et dans les vacuoles d'une matte de plomb soumise au grillage, àChâtillon-sur-Seine, par Laurent* dans les laitiers du haut fourneau ; à Pions, par Wiser*.

Les cristaux étudiés par Boussingault étaient implantés dans des lamelles d*oligiste accidentel; et ce dernier minéral a été observé aussi par Kuhlmann dans un four où passait un courant de chlore".

* Berg-und Uûtteninœnnische Zeilunr/. p. 98, 1862. ■ Comptes rendus, t. XLVl, p. 746, 1857.

* Comptes rendus, t. LXXXÏII, p. 1007, 1876.

* Gœtting, gelehrt. Nachinchten, n° 11, 1872.

* Annales de chimie et de physique, p. 330, 1835,

* Jahrbuch fur Minéralogie, p. 517, 1842.

' Comptes rendus, t. LU, p. 1283, 186 L

L*oIigiste a d'ailleurs été retrouvée bien souvent, par exemple, d'après Haussmann, dans les fondations d'un haut fourneau, à Altenau, dans le Hartz *, dans un four à poterie d'Orianenburg^ Hochtetter* a signalé des cristaux très petits, mais parfaitement nets d'oligiste dans un four à sulfate de soude de Hruschau.

Parmi les oxydes accidentellement cristallisés dans les fours industriels, il en est qu'on n'a pas rencontrés encore comme minéraux cristallisés naturels, mais qui méritent d'être mentionnés ; tels sont le sesquioxyde de chrome et l'oxyde de calcium.

L'oxyde chromique ou chromocre, que la nature ne présente qu'en enduit terreux ou à l'état de principe colorant de matières siliceuses, comme les arkoses des Ecouchets (Saône-et-Loire) ou argileuses comme la wolchonskroïte du gouvernement de Perm en Russie, a cristallisé, suivant Blake \ sur les parois d'un four à réverbère oîi l'on transformait le fer chromé en chromate de potasse.

La chaux anhydre s'est montrée en cristaux dans le four de Champigny où elle a été étudiée par MM. x4.1bert Levallois et Stanislas Meunier ^

Jeffries a cité la production de la silice neigeuse par l'action de la vapeur d'eau passant, à la température de la fusion de la fonte, sur des fragments de briques.

L'oxysulfure de zinc décrit par Fournet sous le nom de voltzine a été accidentellement trouvé par Kersten dans les produits des fourneaux où l'on traite des minerais de zinc, à Freyberg en Saxe et à Allenau dans le Hartz. Le composé y est en cristaux du soussystème tétraédrique, tandis que le minéral naturel n'a jusqu'ici été rencontré qu'en masses sphéroïdales ou mamelonnées'.

Dans toutes les usines où sont traités les minerais de plomb on est à même de rencontrer des cristallisations accidentelles de galène et Ebelmen en a décrit un exemple des plus nets. « La fré-

' Annales de chimie et de physique^ t. IV, \}, 153. ■ Poffgendorfs annalen, t. XV, p. 630.

* Jahreshencht der K, geologische Reichanstalt, p. 894, 1854.

* SiUifnan*8 American Journal^ 2* série, t. X, p. 352.

' Annales de l* Institut agronomique et Comptes rendus ^ l. XC, p. 1566, 1888.

* Poggendorfs Annalen, t. LXIV, p. 494, 1845.

quence et la beauté des cristaux qui se forment ainsi, disent MM. Fouqué et Michel Lévy, s'expliquent aisément si Ton tient compte de ce fait que la galène naturelle est fusible et volatile et que, rendue fluide parTun ou l'autre de ces procédés, elle possède une grande tendance à prendre par refroidissement une structure cristalline. Par refroidissement après fusion elle fournit des cristaux que Ton trouve dans les fentes des fours. Par sublimation, elle forme des dépôts de cristaux à la partie supérieure des voûtes et dans les cheminées des fourneaux. Généralement elle présente, dans ces conditions, certains caractères physiques qui la distinguent de ceux qu'elle possède dans la nature. Sa couleur est d'un bleu d'acier; ses cristaux sont groupés sans ordre apparent; leurs faces sont creusées en trémie et relativement dépourvues d'éclat. Ces particularités sont assez frappantes pour avoir mérité une dénomination spéciale à cette variété de sulfure de plomb cristallisé (Ofenbruch). La galène accidentelle se présente presque exclusivement sous forme de cubes, les uns complets, les autres plus ou moins imparfaits. Leonhard * a signalé exceptionnellement des cristaux oclaédriques à faces réticulées. »

Parmi les localités où cette production accidentelle a été constatée on peut citer ici Riechelsdorf, Ems, Holzappel, Frankenschaarn, Bleiberg en Carinthie, Freiberg en Saxe, Tarnorvitz, et Lyon, où M. Gonnard * a trouvé de la galène au fond des creusets d'une cristallerie.

Kuhlmann a signalé la cristallisation accidentelle de Tanglésite ou plomb sulfaté dans les chambres de plomb où se rendaient les dernières vapeurs non condensées d'une fabrique d'acide sulfurique '.

Il arrive fréquemment que la blende vienne cristalliser à la partie supérieure des fourneaux à manche, ainsi que Leonhard* l'a reconnu le premier. Des échantillons de ce genre proviennent de Tusine de Susum dans les monts Altaï, de Lautenthal, au Hartz, et des fours où l'on traite les schistes cuivreux du Mansfeld.

* UUtten Erzeugnissef p. 346.

■ Bull. Soc, Miner,, t. II, p. 186, 1878.

■ FouQué et Michel Levy. Synthèse des minéraux, p. 339.

• HUUen-Erzeugnisse, p. 356.

De la pyrite en cristaux microscopiques a été observée par Ulrich * à Ocker (Hartz), dans les parois d'un four de grillage à l'usine Maria-Suiger.

A plusieurs reprises, la chalkopyrite s'est constituée de toutes pièces sur les parois des fours employés au traitement des minerais de cuivre. C'est ainsi que Fuchs cite ' la trouvaille faite par Plattner de cristaux déterminables dans les fissures de la sole d'un four à cuivre de l'usine de Mulden, par Freiberg en Saxe. Beaucoup plus récemment, M. Gonnard ' a fait au fond d'un creuset dans une cristallerie de Lyon une découverte analogue.

Ainsi que Haussmann Ta signalé pour les usines de Goslar et d'Ocker, les mattes cuivreuses renferment parfois des cristaux identiques à ceux de la chalkopyrite naturelle ^ Ils peuvent dépasser cinq millimètres de longueur et sont fréquemment maclés ; leurs stries sont disposées comme dans le cas d'antihémiédrie.

La sole d'un four à réverbère de Freiberg a fourni à Scheerer * de la chaikosine accidentelle en cristaux rhombiques d'un gris sombre doués de l'éclat métallique.

Il y a bien des années déjà que Leonhard* a signalé de beaux prismes de stibine ou sulfure d'antimoine que les opérations métallurgiques avaient peu à peu accumulés dans des fourneaux d'Andreasberg consacrés au traitement de galènes argentifères et antimonifères du Hartz. Ce sont des cristaux orthorhombiques pourvus des faces pyramidales et donnant au goniomètre exactement les mêmes angles que les échantillons tirés des filons.

M. Sandberger'' a trouvé Tullmannite ou nickel antimonial dans un laitier de l'usine d'Antofagasta en Bolivie.

Il est très fréquent d'observer la cristallisation accidentelle du réalgar ou bisulfure d'arsenic dans les usines où des minerais ren-

• Beiirœge zur meltallurgischen Kristalkunde, publiésjpar Haussmakn, p. 359, 1859^

• Diekûnst, darg. Min., p. 62.

» Bull. Soc. Miner., t. II, p. 186, 1878.

^ Gœlt. gel, Nachrichten, n" 2, p. 177, 1852. ' Hûtlen Erzeugnis8e,\>. 366.

• Hûiten Erzeugnisse, p. 340.

Jahrbuch fur Minéralogiey 1883, 1, p. 171.

70 SYiNTHÈSES ACCIDENTELLES DE VOIE SÈCHE

fermant simultanément du soufre et de l'arsenic, sont traités par le grillage.

Les résidus du traitement métallurgique des minerais d'argent du Hartz contiennent, comme Leonhard s'en est le premier aperçu, des cristaux parfaitement distincts et mesurables d*orpiment ou trisulfure d'arsenic K

Les résidus de l'usine de Lautenthal dans le Hariz ont permis à Haussmann d y reconnaître des prismes hexagonaux fort allongés dont la couleur, la cassure, le magnétisme comme la composition chimique étaient celles de la pyrite magnétique ou pyrrholîne.

Les parois des hauts fourneaux présentent très souvent des masses compactes ou des agrégats cristallins de chlorure de sodium ou sel marin qui s y sont déposés par voie de sublimation.

On a trouvé la sylvine ou chlorure de potassium exactement dans les mêmes conditions.

Le grillage du lignite de Baden, près Eger, qu'on exploitait pour fabriquerde l'alun, a donné lieu aune sublimation de beaux cristaux d'arsenite ou acide arsenieux que Laube a étudiés *.

Il arrive fréquemment que le traitement des minerais de mercure amène la cristallisation inopinée du calomel ou protochlorure : un (les exemples les plus nets a été procuré par une usine de Hongrie qui traitait par grillage une panabase mercurielle préalablement mélangée de sel marin.

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