‹ Les méthodes de synthèse en minéralogie: cours professé au MuséumChapitre 24 sur 85 · VI. — LES VERRES DÉVITRIFIÉS · texte numérisé non relu

VI. — LES VERRES DÉVITRIFIÉS

La dévitrification du verre artificiel est un phénomène connu depuis très longtemps. Réaumur Ta étudiée d'une manière spéciale*, et il est possible qu'il soit intervenu dans la formation de certaines roches naturelles.

Voici comment Réaumur décrit le procédé propre à dévitrifier le verre : « On mettra dans de très grands creusets, tels que les gazettes des faïenciers, par exemple, les ouvrages de verre qu'on voudra convertir en porcelaine. On remplira les ouvrages et tous les vides qu'ils laissent entre eux, de la poudre faite d'un mélange de sable blanc et fin et de gypse. Il faudra faire en sorte que cette poudre touche et presse les ouvrages de toutes parts, c'est-àdire que ceux-ci ne se touchent pas immédiatement et qu'ils ne touchent pas non plus les parois du creuset. La poudre ayant été bien empilée, bien pressée, on couvrira le creuset, on le lutera et on le portera dans un endroit où l'action du feu soit forte. Quand on retirera et qu'on ouvrira la gazette, on verra les objets qu'elle renferme transformés en une belle porcelaine blanche. »

Dans le cours de l'année 1830, J.-B. Dumas avantfait l'analyse comparative d'un verre dévitrifié et d'un verre transparent, retirés l'un et l'autre d'un même creuset de verrerie, considéra le premier comme une combinaison définie, plus riche en silice et moins chargé d'alcali que le second et par conséquent moins fusible. Partant de cette analyse dont le résultat n'était pas contestable, et qui d'ailleurs cadrait avec les idées émises par BerthoUet dans ^^ Statique chimique^ sur les cristaux observés dans le verre parlleir, Dumas considère la dévitrification comme une cristallisation du verre due à la formation de composés définis infusibles à la température actuelle au moment de la dé vitrification. Il admit que cette infusibilité relative est le résultat tantôt de la volatilisation alcaline, tantôt d'un simple partage dans les éléments du verre, les alcalis passant alors dans la portion qui conserve l'état vitreux.

Histoire de V Académie, année 1727.

LES VERRES DÉVITRIFIÊS 79

Toutefois quelques chimistes*, et à leur tête Berzelius, ont émis une opinion différente, partagée d'ailleurs par les verriers en général et qui consiste à ne voir dans la porcelaine de Réaumur rien autre chose qu'une masse vitreuse cristallisée. Le verre, en se dévitrifiant, ne subit aucune altération ni dans la nature, ni dans la proportion des matières dont il est formé. Les cristaux agglomérés en forme de boules, isolées les unes dans les autres en une masse de verre transparente, ne diffèrent pas de celle-ci, quant à leur composition. Cela résulte d'un grand nombre d'analyses de verres cristallisés et de verres transparents ^

M. Léon Appert a étudié spécialement les cristallisations qui se développent au sein des masses vitreuses et en déterminent la dévitrification • : son travail présente beaucoup d'intérêt au point de vue spécial où nous sommes placés, et il convient de lui faire quelques emprunts.

Il résulte des études de l'auteur que le corps rencontré le plus fréquemment est le quartz ; en lame mince, on constate très aisément tous ses caractères optiques qui ne peuvent laisser aucun doute. Le quartz n'est cependant pas engendré dans le verre ; il se rencontre dans les parties infondues et provient d'un mélange imparfait de matières vitrifîables ou d'une sorte de liquation produite au moment de la fusion du verre dans un vaisseau chauffé à trop basse température.

Quant aux minéraux réellement produits par la dé vitrification, ils diffèrent suivant la composition du verre : quand le verre est uniquement sodique et calcique, c'est de la wollastonite qui se produit; quand il est magnésien et ferrugineux, c'est un pyroxène magnésien voisin du diopside. Si le verre contient de l'alumine en même temps que de la potasse, de l'oxyde de fer et de la magnésie, c'est delà méllilite, ou humboldtilite; enfin dans certains cas plus rares, on voit se développer des cristaux de feldspaths et spécialement de Toligoclase et du labrador.

Comme Ehrenberg Ta reconnu dès 1835^ la porcelaine contient

' Pelouze. Comptes rendus, année 1874.

• Voy. Henri VAUX, Encyclopédie chimique^ t.V, 5*fasc. (Le verre et le cristal), p. 62. ' Société des Ingénieurs civils, h* série, t. I, p. 310 (avec une planche), 1890.

* Poggendorfs Annalen, t. CXV, p. 103.

des parties actives sur la lumière polarisée. En 1847, Oschatz et Wàchter ont démontré* que, pendant la formation de la porcelaine, il se produit dans un verre amorphe des petits cristaux prismatiques auxquels est due en partie la couleur blanche de la porcelaine. M. Behrens est revenu sur le même sujet* et récemment M. Vernadsky' a reconnu que la cuisson de la porcelaine est accompagnée d'une vraie synthèse accidentelle non pas de la sillimanite, mais de ces silicates très analogues que H. Sainte-Claire Deville et Caron ont produits en différentes circonstances.

Schultze et Stelzer^ ont observé une transformation de la pâte des creusets employés pour la préparation du zinc en une association de cristaux de spinelle et de tridymite. C'est un fait ayant de la parenté avec la dévitrification proprement dite.

* Dingler's Polytechn, Jotamah t. CVI, p. 32.

* Poggendotfs, t. CCXXVI, p. 389, 1873.

» Bull. Soc. Miner,, t. XIII, p. 269, 1890.

* Uebei' die Umwandlung der Distillations gefœsse der Zinkœfen, t. I, p. 120, 1881.

Page 1