MINÉRAUX DES SOLS REMANIÉS
des graviers et des débris organiques employés en 1 670 pour combler rancien fossé dont le boulevard Saint-Martin occupe aujourd'hui l'emplacement. Mais, à part le caractère artificiel de Taccumulation, on remarque une conformité de condition chimique avec des gisements naturels de soufre stratiforme, par exemple au Tapets, dans le département de Vaucluse.
M. Bionne a signalé encore une production identique sous le pavé de la rue Meslay.
Le nitre ou salpêtre est encore un minéral accidentel de voie humide : les vieux plâtras réagissant par porosité sur certains éléments atmosphériques amènent par des procédés qui ne sont pas encore absolument connus, mais dans lesquels paraissent in-
tervenir des actions biologiques analogues aux fermentations ; il se produit des cristallisations plus ou moins abondantes de nitrates solubles. En France, on a longtemps extrait tout le salpêtre du lessivage de semblables matériaux. Gen'est quaune époque relativement récente qu'on a découvert des gisements de nitratine d'une exploitation plus profitable.
Le remaniement des terrains contenant de la pyrite de fer peut déterminer par oxydation la production des sulfates solubles donnant aux eaux d'infiltration les caractères des eaux naturelles ferrugineuses. C'est, entre beaucoup d'autres exemples, ce qui a eu lieu à Passy sur l'emplacement des anciennes exploitations d'argiles plastiques ^
Nous aurons à revenir sur cette intéressante question dans la partie expérimentale du présent ouvrage . Cependant il faut noter ici comme minéraux accidentels, outre le sulfate de fer soluble plus ou moins analogue à la mélanlérie ou couperose verte, l'apatélile ou sous-sulfate de peroxyde de fer et le gypse parfois très bien cristallisé.
De la limonite se produit toutes les fois que de la pyrite est soumise à l'action oxydante de l'air et de l'eau en présence de matériaux calcaires. Cet hydrate, qui résulte d'une décomposition du sulfate de fer d'abord dissous en s'insinuant dans le sol, devient
* Traité des eaux minérales nouvellement découvertes au village de Passy^ près Paris, etc., par M. Moullin de Marouery, médecin de la faculté de Paris, 1723, Paris.
un solide ciment de graviers, de sables ou de pierrailles ainsi transformés en grès ou en conglomérats ferrugineux.
On observe ce fait très souvent dans la cour des usines à gaz où il résulte du lavage par la pluie des houilles pyriteuses. On conserve au Muséum des grès très durs qui viennent de Tusine de Vaugirard. Il s*en fait aussi au Muséum au pied d'un gros échantillon de pyrite originaire de Portugal*.
L'eau de mer active parfois la réaction et il existe auprès de Calais, vers Sangatte, un conglomérat polygénique dont les éléments sont des graviers, des débris de houille, des fragments de bois plus ou moins brunis dont le ciment est justement la limonite accidentelle qui nous occupe.
Exposé dans des conditions convenables à l'action oxydante des eaux aérées, le cuivre et le bronze métallique se sont plus d'une fois recouverts accidentellement de cristaux de cuprite. C'est l'observation faite au siècle dernier par Demeste * à Toccasion d'un pied de cheval en bronze découvert dans le sol de Lyon, et peu de temps après par Sage sur une statue retirée du lit de la Saône où il crut reconnaître la cuprite qu'on venait de découvrir en Cornouailles *.
Un vase exhumé à Wichelshof, près Boten, en 18i8, a fourni à Noggerath des faits analogues*.
L'altération de monnaies enfouies dans le sol humide a souvent développé la cristallisation de minéraux variés.
Ainsi, des monnaies romaines ont fourni des cristaux de cuprite et de céruse à M. Fletcher qui les a décrits *. La cuprite forme des cubo-octaèdres transparents et des cubes de près de un millimètre de côté. La céruse constitue des aiguilles jaunes. Avec ces minéraux étaient des mammelons verts et bleus de malachite etd'azurite.
M. Lacroix a trouvé des cubes de cuprite sur des monnaies romaines trouvées en Algérie et datant du règne de Sévère*.
' Stanislas Meunier, Les causes actuelles en f/éologie, p. 298, 1879.
■ Cité par Buffon, qui i)eiisc qu'il s'agit d'un compose arsenical. Ilist, natur. des minéraux, l. III, p. ôO.
3 Observations physiques, de Rozieu, t. XIV, p. Iô5, 1779.
* Das Gebirge in Hhcinland Westphalen, t. 111, p. 231, 1821.
* British association, meeting of octob. 20"* 1880.
* Bull. Suc. Miner., t. IV, p. 176, 1883.
MINÉHAUX D'ORIGINE BIOLOGIQUE 111
La vivianite ou phosphate de fer bleu se constitue en beaucoup de localités où des sels de fer sont au voisinage de phosphate de chaux en présence de matières organiques.
Tout d'abord de Haidinger ' a signalé ce sel dans les ossements d'un mineur enseveli depuis longtemps par un éboulement dans la mine de Tarnowitz. Une observation analogue est due àNickles^ diaprés qui les ossements provenant du cimetière d'Ëumont en Lorraine étaient colorés en bleu.
§ IIL — MirsÉRAUx d'origine biologique
Il parait que des organismes végétaux inférieurs peuvent attaquer des produits artificiels et déterminer la cristallisation de quelques espèces minérales ; d'après M. Raphaël Dubois, des moisissures engendrent de la malachite *.
Si on verse sur une pièce de monnaie de bronze une solution de sulfate de cuivre renfermant des flocons de ce tissu qu'on nomme mycélium et qui résulte de la végétation des spores — car, contre toute vraisemblance, des moisissures trouvent à vivre dans un pareil milieu — d'abord la solution change de couleur dans les points où sont rassemblés ces mycéliums ; ensuite, lorsqu'elle s'est évaporée, le bronze se montre parsemé dans les mêmes points de taches d'un vert malachite caractéristique, semblable à la patine du plus beau bronze antique.
Pour s'assurer que la transformation du sulfate de cuivre en malachite est bien due à l'activité vitale de la moisissure, il n'y a qu'à purger par la chaleur la pièce de monnaie et la solution de sulfate de ce qu'ils peuvent contenir de cette sorte d'organismes : alors, en efl*et, le sulfate de cuivre se dépose sans altération. Le phénomène signalé par M. Raphaël Dubois est donc au nombre de ceux qui, attribués autrefois aux simples actions chimiques, sont rentrés à titre d'œuvres d'organismes vivants dans le domaine
* Journal filr prak lise he C hernie ^ t. XLIV, p." 81.
• Comptes rendus, t. XLI, p. 11G9, 18o5.
' Comptes rendus, séance du 3 iiov. 1890.
tant accru et toujours en voie d'accroissement de la physiologie.
Des clous qui avaient séjourné dans Testomac d*une autruche étaient recouverts de vivianite, selon Tassertion de Schlossberger ^
Les grilles de fer sur lesquelles s*écoulent les liquides dans les urinoirs montrent de la vivianite parmi les résultats de leur oxydation.
• Annalen der Chemie itnd Pharmacie A. LXII, p. 382, 1848.